‹ Les primitifs parisiensChapitre 5 sur 13 · PAREMENT DE NARBONNE · texte numérisé non relu

PAREMENT DE NARBONNE

appelé parce qu’il fut trouvé dans cette ville, d’où il parvint au musée du Louvre 1 . C’est une de ces pièces de « chapelles » dont j’ai parlé à propos de Pierre de Bruxelles. Le dessin, en grisaille sur soie blanche, représente au centre le crucifiement ; à gauche et à droite se succèdent des « histoires » : l’arrestation de Jésus, la flagellation, le portement de croix, l’ensevelissement la descente aux limbes, l’apparition du Christ en jardinier. De chaque côté de la scène centrale, sont agenouillés Charles V et sa femme, Jeanne de Bourbon ; au-dessus d’eux, l’artiste a figuré l’église et la synagogue, suivant la donnée symbolique du moyen âge. L’œuvre a du être exécutée dans les dernières années du règne de Charles V 2. Elle est vraiment admirable : la composition ne se ressent pas trop de l’entassement des personnages ; la haute distinction du dessin tempère le réalisme des figures; il y règne une étonnante harmonie de lignes et de sentiments et l’expression dramatique des physionomies 11e diminue pas la grandiose sérénité de l’ensemble.

1. H. Bouchot, les Primitifs français; le « Parement de Narbonne » au Louvre {1374) ; le peintre Jean d'Orléans à Paris , dans Gazette des Beaux-Arts , de janvier 1904.

2. Elle a été rapprochée d’une pièce de « la chappelle raaislre Girard » (J. Labarte, Inventaire, du mobilier de Charles V, n° 1122) et d’un parement ayant appartenu à une « chapelle do carême » décrite dans les inventaires de Charles VI (Leber, ouvr. cité., t. XIX, p. 224, et Gay, Glossaire archéologique, pp. 328-329).

Quant aux portraits des souverains, ils ont cette note d’humanité adoucie qu’on retrouve dans leur pendant en sculpture, les statues des Célestins l. Il semble bien que, dans ces dernières comme dans le Parement de Narbonne , tout décèle une origine parisienne.

On peut ainsi se rendre compte des progrès artistiques réalisés au temps de Charles Y. Ce prince éclairé, ce « sage artiste », comme l’appelle Christine de Pisan, paraît n’avoir négligé aucune branche de l’art : l’inventaire de son mobilier en témoigne. En ce qui concerne la peinture, j’y ai relevé plus de vingt « tableaux », dont malheureusement un seul est indiqué avec le nom de l’auteur : c’est le polyptyque « que Girard d’Orléans fist ». Ce sont presque exclusivement des œuvres à sujets religieux : vie de la Vierge, Passion, « images » de saints. Deux diptyques semblent avoir été absolument semblables à celui que Jean d’Orléans exécuta pour Philippe le Hardi, vers 1383 2. Un tableau à quatre volets contenait les portraits de Charles Y, de son oncle l’empereur d’Allemagne, de son père Jean le Bon et du roi Edouard d’Angleterre 3.

1. Les statues de Charles V et de sa femme, qui décoraient autrefois le portail de l’église des Célestins élevée par ce souverain, sont conservées à la basilique de Saint-Denis. Elles datent des mêmes années que le Parement de Narbonne.

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