PATRIARCAT ET MATRIARCAT. HT
soient semblant d'accepter le nouvel état de choses. La Cannanore de nos cartes, Nannour, d'où était partie la révolution, prit un caractère essentiellement indigène. Une treizième cité, Coricot ou Calicut *, fut fondée, et mise à part, pour devenir le magasin arabe, le quartier général de la confédération nouvelle, et la résidence du président qui prit le nom de Grand Tamoul ^. La succession au trône qui jusque-là s'était effectuée de père en fils, suivant le droit des conquérants, fut désormais rendue au fils de la sœur, conformément au droit primitif.
On devine que la révolution qui mit fin au régime brahmanique prenait ses origines dans l'ordre social. Jusquelà deux systèmes avaient été en lutte irréconciliable pendant une longue suite de générations : le Patriarcat des races privilégiées, et le Matriarcat, essentiellement populaire et démocratique. Ainsi, les Brahmanes, malgré leur force et leur adresse, ne purent imposer définitivement à leurs sujets du Malabar la coutume qui trace la démarcation entre deux mondes : celui des peuples qui ont une histoire, et celui des peuples qui n'en ont pas. Il semble que la grande coutume, sur laquelle nos civilisations modernes sont fondées, eût dû s'imposer elle-même, ou se faire accepter sans grands combats, si elle eût vraiment possédé la supériorité qu'elle s'attribue. Mais n'anticipons pas sur les explications que nous donnerons ci-après.
La révolution populaire triompha du système aristocratique; elle fit plus, elle se maintint, et le pays entra dans une ère de prospérité. A la fin du xiii® siècle, Marco