DIKUX MIS EN GAGE
Rogations. — « Sans porc à manger, sans arak à boire, comment prier? » s'écriait un couli chinois ^
Tout comme les chrétiens du moyen âge engageaient, à l'occasion, leurs sanctissimes reliques chez les usuriers juifs, les Todas, quand la disette les talonne, vont chez les Badagas emprunter du grain, contre dépôt de divinités, contre remise de vaches à clochettes et de bouvillons sacrés. Le voyageur MarshaU, curieux de contempler les trésors de leurs basiliques, corrompit un Dieu qui avait pris ses invalides :
« Il était vieux, ridé, ébouriffé, malpropre ; pourtant le regard austère et sombre, le sourcil rigide, le masque immobile et solennel, marquaient un reflet de la divinité longtemps exercée. Je l'invitai à dîner; sous l'influence du paia et du sucre, délicatesses auxquelles il n'était pas habitué, sa contenance devint moins sévère, il daigna être affable. Au dessert la conversation s'engagea :
— « Est-il vrai que les Todas adorent le Soleil?
— « Tschak! Ces pauvres gens l'adorent en effet. Mais pas tous. Moi, flt-il en se redressant, et en se tapotant la poitrine avec complaisance, pourquoi adorerais-je le Soleil? Ne suis-je pas dieu moi-même? »
Et pour un léger pourboire, l'ex-cousin de l'augustd Titan se glissa subrepticement dans le sanctuaire qu'il avait longtemps empli de sa présence. Interdisant de le suivre, il montra de loin les ferrailles, jarres, écuelles et cuillers. Il n'y avait que cela. L'indiscret fut désappointé. Mais on l'eût fait entrer au Capitole de Rome, on eût dévoilé devant lui les palladiums de l'acropole d'Athènes et de Mycènes, on l'eût introduit dans les obscurs sanctuaires de Thèbes et d'Argos qu'il n*eût pas vu davantage.