X PRÉFACE
A tout civilisé les non-civilisés commencent par répugner. Le préjugé est très défavorable aux sauvages. Les sujets qui s'exhibent comme tels, dans nos foires, s'évertuent à représenter le type vulgaire, partant officiel. Pour s'exprimer en « langue payenne »>, ils crachent, toussent ou éternuent des sons roches et criards, ne disent en français qu'inepties et grossièretés. Leurs danses? des contorsions, des mouvements baroques et grotesques. Leurs repas? écarteler un lapin, mordre dans une poule vivante. Nul voyageur ne rencontra pareils poussahs. A mesure que l'investigateur apprend la langue des indigènes, qu'il entre en leurs idées et manières de sentir, il cesse d'être un étranger au milieu d'étrangers. Il voit s'éclairer l'aspect de ces hommes tatoués, nus ou demi-nus, s'égayer la peau obscure, et finalement, il découvre que les sauvages lui paraissaient d'autant plus sauvages qu'il les connaissait moins ; que sa répulsion était faite d'ignorance. Au dernier siècle, on se connaissait si peu, même entre habitants de la même île, que nombre de bourgeois londoniens prenaient les montagnards d'Ecosse pour autant de brigands et d'affreux cannibales.
Nous avons, à l'occasion, signalé maihtes pratiques absurdes et barbares, mais sans nous y appesantir, par le motif que la sottise engendre l'ennui, que la