DUC D'ORLÉANS
léans. Très-bourbonienne d’aspect^ la fille du duc de Montpensier unit à un grand air une simplicité qui met facilement à Taise tout ce qui l’entoure; sa mise est modeste, sans aucune recherche ; elle se plaît à la vie de famille et s’intéresse aux travaux de Tesprit et au mouvement d’idées qui sont Tessence même de Texistence du prince. La vie du comte, à York-House, s’écoulait entre l’étude et la famille, et jamais union ne fut plus douce et plus calme. Un troisième enfant, une fille, leur est né en 1871 .
La fille aînée, déjà grande, est mince et distinguée comme Tétait la princesse son aïeule, qui fut un type de grâce et de noblesse.
Le duc d’Orléans, lui, s’annonce comme une nature vivace, robuste et fière, pleine d’entrain et de verve, et, malgré son jeune âge, les traits sont accentués et la physionomie a déjà son caractère particulier.
La princesse Hélène^ la troisième, est encore au berceau.
Nous voici arrivés dans le récit à la période cruelle de la campagne de France. Dès le mois de juin, une demande collective adressée au Corps législatif à l’effet d’abroger les lois d’exil fut repoussée par cette assemblée. A la nouvelle des premiers désastres, le duc d’Aumale et le prince de Joinville se rendirent à Bruxelles, afin d’être plus à portée du théâtre de la guerre. Le comte de Paris, condamné à une douloureuse inaction, resta en Angleterre, attristé et groupant autour de lui toutes les sources d’informations les plus rapides. C’est à cette époque que se rattache l’écrit intitulé : l’Esprit de conquête en i8jo, publié par le Courrier de la Gironde.
Une démarche tentée directement à Paris auprès des membres du Gouvernement, le 6 septembre, par le duc d’Au-
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COMTE DE PARIS. 8y
male, le prince de Joinville et le duc de Chartres, n’aboutit pas à ouvrir légalement aux princes d’Orléans les portes du pays et à leur permettre de servir dans l’une des armées levées pour sa défense.
Plus tard, le désastre devenant de jour en jour plus considérable, la tentative fut renouvelée et n’obtint pas plus de succès; deux des princes, on le sait, passèrent outre et usèrent de subterfuge; le comte de Paris, de York-House où il était alors, fit aussi parvenir sa demande à qui de droit; mais déjà l’épisode relatif au refus des services du prince de Joinville avait résolu négativement cette douloureuse situation et paralysé les efforts du comte.
La loi d’abrogation votée par l’Assemblée nationale rouvrit enfin aux exilés les portes de France. Le comte rentra à son tour dans ce pays qui était le sien, mais qui lui était fatalement inconnu. Il revit la tombe de ses aïeux, et la petite mai-
f)0 LES PRINCES D’ORLÉANS, son de Dreux^ qui s’élève près des monuments funèbres consacrés à sa famille.
Puis il entra dans Paris, où il eut la douleur de voir en ruine les palais où, tout enfant, il avait fait ses premiers pas. Réfugié d’abord un instant chez M. de Ségur, puis plus longtemps chez M. de Villeneuve, gendre de M. de Montalivet, il a fini par s’établir au premier étage dé l’hôtel du faubourg Saint-Honoré, où son oncle, le duc d’Aumale, a fixé sa résidence.
Nous ne devons pas nous borner seulement à l’étude des faits j il importe de dessiner, pour la faire connaître au public, cette physionomie politique, très-ignorée par la force même des circonstances, et sur laquelle on se méprend volontiers.
Le comte de Paris, parvenu aujourd’hui à l’âge de trente-auatre ans, d’une nature robuste et puissante, de très-haute taille, est doué d’une grande activité morale et
s. A. LA PRINCESSE MARIE D’ORLËANS.
y s. A. LE PEINCE WALDEMA^JE DANBHAEK.
physique. Ses nombreux voyages^ ses séjours en Allemagne, en Angleterre et en Amérique, ont ouvert son esprit et équilibré ses idées; en même temps qu’une rude jeunesse, sur laquelle un long exil jetait comme un voile de mélancolie et d’irréparable tristesse, venait apporter le fruit d’une précoce maturité, que la duchesse d’Orléans constatait dans sa correspondance avec sa famille d’Angleterre. Si les Français, quelles que soient d’ailleurs les qualités qui les peuvent distinguer, ont un défaut originel, c’est celui qui résulte de la position que l’Europe entière a faite à leur pays longtemps privilégié; ils ne suivent pas assez les progrès des autres nations, restent enclins à croire qu'ils sont le pivot du monde, et que c’est chez eux que toutes les spécialités ont atteint leur apogée. L’éducation fatalement cosmopolite des jeunes princes de la famille d'Orléans les a gardés de cette redoutable erreur, que nous avons si cruellement expiée ; et le
92 .LES PRINCES D’ORLÉANS, comte de Paris, plus qu’aucun des membres de sa famille, a pu juger et comparer.
Le prince, pendant longtemps, n’a pu étudier notre pays sur place en témoin oculaire et quotidien, mais tout ce qu’on peut apprendre de nos institutions sans en avoir vu fonctionner les rouages, tout ce que l’étude peut révéler sur nos mœurs, nos tendances, notre caractère, il ne pouvait l’ignorer. Depuis le jour où la loi d’abrogation l’a rendu à sa patrie, on l’a vu employer toute son activité à fortifier ces connaissances théoriques.
Installé désormais au faubourg Saint-Honoré, le comte de Paris travaille le matin, et ses études s’appliquent à tout ce qui touche la politique, les questions économiques et l’administration. Il reçoit beaucoup de monde, voit avec suite un très-grand nombre d’hommes politiques. Toujours passionné pour les questions qui intéressent l’ouvrier, il emploie son temps, au sortir
d'une conférence sur les questions du jour^ à visiter des usines ou à s’aboucher avec les hommes qui ont en main de grands intérêts industriels.
Quels que soient les bruits qui aient circulé à ce sujet et les insinuations des partis, l’alliance est très-étroite entre le prince et tous les membres de la famille; chacun fait le plus grand cas de ce jugement sûr et de cette maturité d’esprit fortifiée par une incessante étude.
Il y a là une personnalité politique prudente, libérale, douée d’un calme qui ne
peut s’acquérir lorsque la nature a refusé tout d’abord ce don précieux. Très-réfléchi, très-posé, d’un aspect noble et rappelant par les manières le prince son père, le comte de Paris sait dire à chacun de ceux qui l’approchent le mot qui convient et qui touche. Et, qu’il soit savant, artiste ou homme politique, celui qui traite avec lui trouve dans la conversation du prince un
94 LES PRINCES D’ORLÉANS, aliment à l’intérêt spécial qui le guide.
Comme tous les tempéraments mesurés^ qui peu à peu acquièrent de la force^ etj butinant pour ainsi dire chaque jour, augmentent leur patrimoine intellectuel et s’assimilent pour jamais les choses qu’ils ont étudiées et les connaissances que la pratique leur a acquises^ le comte de Paris a fondé peu à peu son autorité personnelle. Il n’a pas atteint ce but tout d’un coup^ par ces éclats brillants qui percent comme des rayonSj mais par la persuasion lente et par d’incessantes manifestations. On a constaté de jour en jour avec plus de certitude la force de son jugement^ la sûreté de son coup d’œil et la portée de son intelligence. Le fils aîné du duc d’Orléans compte donc par lui-même, etj toujours poussé par un insatiable besoin de voir et de savoirj il comptera certainement chaque jour de plus en plus.
DUC DK CHARTRES