DUC D’ALENCON
Le second fils du duc de Nemours est né en juillet 1844; comme son frère Gaston d’OrléanSj il a subi les examens de TÉcole d'artillerie de Ségovie^ et s’y est distingué dans ses études. Il a obtenu à sa sortie le numéro un. C’est un bel officier de vingthuit ans, bien doué par la nature, aux manières nobles, élégantes et courtoises; d’un aspect clair, et sympathique à tous, il a la belle allure du duc de Nemours avec tout le charme de la jeunesse.
C’est une marque distinctive de ces jeunes princes de la maison d’Orléans, que partout où il s’est tiré un coup de canon dans le monde, lorsque les incompatibilités politiques ne les éloignaient pas du champ
i84 les princes D’ORLÉANS, de bataille, ils ont voulu courir au danger.
C’est une tradition à laquelle aucun d’eux n’a failli : d’Orléans, Nemours, Joinville, d’Aumale et Montpensier étaient des soldats aguerris, et l’armée française les a vus en Afrique; le comte de Paris, que sa grandeur attachait cependant un peu au rivage, était sur les bords du Potomac pendant la guerre d’Amérique; Chartres est le grand soldat de la jeune génération; le comte d’Eu, lui, est déjà général en chef et victorieux; Penthièvre a presque autant navigué que son père et vu la mort de près dans la mer de Corail; quant à Alençon, à l’âge où il reçoit son brevet d’artillerie, l’Europe est tranquille; il n’y a qu’un petit coin du monde où le bruit du canon se fait entendre ; les îles Philippines, où certaines populations insoumises appellent les troupes espagnoles; il demande à y être envoyé. Voilà le dernier soldat de la maison d’Orléans guerroyant entre la mer de
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la Chine et l’océan Pacifique^ contre des Moros d’une espèce particulière, armés de flèches, mais qui cependant sont assez ingénieux pour employer l’artillerie dans leurs redoutes. Il eut la mission, dans cette petite expédition, de commander l’artillerie, et, entré le troisième dans le fort, le général lui donna en présent les dépouilles du chef indigène qui avait organisé la résistance.
Dans un volume intitulé Luçon et Mindanao, — Extraits d’un journal de voyage dans l’extrême Orient, — le duc d’ Alençon a fait le récit de son expédition. Cette faculté d’écrire et d’observer est encore caractéristique de la famille; presque aucun de ses membres n’a failli à cette tâche, depuis le duc d’Orléans jusqu’à ce dernier prince, l’un des plus jeunes. Le volume est trèslimpide, il dit bien ce qu’il veut dire : statistique, géographie, détails pittoresques, observation des mœurs et des coutumes, aperçus ingénieux sur les intérêts politiques
i86 LES PRINCES D’ORLÉANS, de l’Espagne, tout y est; on y trouve aussi, comme dans les lignes qui suivent, un reflet de l'invincible mélancolie qui, sous le drapeau étranger, poursuivait partout ces jeunes exilés.
« Ceux qui espéraient une campagne sont déçus en voyant la fin si prompte de l’expédition; et ceux qui sont venus jusqu’en Océanie chercher l’occasion de faire la guerre dans les rangs d’une armée étrangère se prennent à envier les heureux auxquels il est donné, sans aller si loin, de combattre au milieu des soldats de leur pays. »
Des Philippines, le duc d’Alençon se rendit au Japon, où il rencontra l’amiral Roze.
A Tchi-fu, il se croisa avec l’escadre française qui partait pour l’expédition de Corée- Enfin, pendant la campagne de France, il écrivit de son côté au général Faidherbe pour servir dans l’armée du Nord, et trouva les mêmes obstacles que les autres princesde > la maison d’Orléans.