‹ Les princes d'OrléansChapitre 8 sur 13 · PRINCE DE JOINVILLE AND M. GAMBETTA · texte numérisé non relu

PRINCE DE JOINVILLE AND M. GAMBETTA

A Monsieur l’éditeur du Times.

« Monsieur, la publicité du est trop

grande pour qu’il me soit possible de laisser accréditer, sans rectification, le récit que vous donnez aujourd’hui de mon arrestation au Mans et des circonstances qui l’ont amenée.

» Voici les faits :

» J’étais en France depuis le mois d’octobre .

» J’étais allé pour offrir de nouveau mes services au gouvernement républicain, et lui indiquer ce que, avec son aveu, je ■ croyais pouvoir faire utilement pour la défense de mon pays.

» Il me fut répondu que je ne pouvais que créer des embarras.

» Je n’ai plus songé dès lors qu’à faire anonymement mon devoir de Français et de soldat.

» Il est vrai que je suis allé demander au général d’Aurelle de me donner^ sous un nom d’emprunt, une place dans les rangs de l’armée de la Loire. Il est vrai aussi qu’il n’a pas cru pouvoir me l’accorder, et que ce n’est qu’en spectateur que j’ai assisté au désastre d’Orléans.

» Mais lorsque plus tard j’ai fait la même demande au général Chanzy, elle a été accueillie. Seulement, en m’acceptant au nombre de ses soldats, le loyal général a cru devoir informer M. Gambetta de ma présence à l’armée, et lui demander de confirmer sa décision.

» C’est en réponse à cette demande que j’ai été arrêté par un commissaire de police, conduit à la préfecture du Mans, où on m’a retenu cinq jours, et enfin embarqué à Saint-Malo pour l’Angleterre.

» Je n’ai pas besoin d’ajouter que, quels que soient les sentiments que j’ai éprouvés en étant arraché d’une armée française la veille d’une bataille, je n’ai tenu aucun des propos que l’on me prête sur M. Gambetta, que je n’ai jamais vu.

» Agréez, Monsieur l’éditeur, l’assurance de ma haute considération.

» Fr. d’Orléans, prince de Joinville.

» Twickenham, 12 janvier. »

Le général d’Aurelle de Çaladines, dans son volume la Première Armée de la Loire, a raconté tout au long, le premier, l’épisode qui avait précédé ces démarches. A la date du 22 novembre, vers midi, un étranger arrivait au quartier général; il fut reçu par le capitaine de Langalerie, aide de camp du général en chef : c’était le prince de Joinville qui se présentait sous les auspices du général Changarnier, qu’il avait vu récemment en Belgique, et sous les ordres du-

quel le général d’Aurelle avait longtemps servi en Afrique.

M. de Langalerie, qui connaissait sur ce poipt la manière de voir du général en chef, insista pour que le prince ne le vît même pas; il comprenait mieux que personne la douleur qu’éprouvaient les princes de se voir condamnés à l’inaction, mais il prévoyait un refus, et le général d’Aurelle manquerait à ses devoirs en laissant ignorer au gouvernement sa présence à Orléans.

Le prince partit' donc sans même voir le général en chef.

Cependant, on le voit par les documents qui précèdent, il faut que Joinville se dévoue, et nous allons le retrouver, douze jours après, dans la batterie des Acacias, sous ce nom de Lutherod, colonel américain. On refuse ses services, il faut qu’il ait sa part des dangers; le voilà devenu partisan; il erre autour d’Orléans, toujours en bourgeois, la canne à la main-, l’homme au

22f, LES PRINCES D’ORFÆANS.

grand chapeau de la guerre d’Amérique reparaît, on s’habitue à lui; mais cependant quand il s’éloigne des grands centres d’action, on le soupçonne. Un jour, près de Dreux, des mobiles l’arrêtent, et, dans cette époque d’affolement, le prennent pour un espion qu’ils veulent fusiller. Mais les jours d’action, il est volontaire à tout faire, artilleur, pointeur, infirmier, au besoin donneur d’utiles conseils, a Faites occuper la gare, c'est le point important! » crie-t-il un jour à un chef qui prend des dispositions insuffisantes; et de fait, on reconnaît que le conseil est salutaire. Dans les batteries, où il apparaît comme un amateur, les matelots s’habituent à lui. « Aujourd’hui ça ira bien, disent-ils, nous avons l’homme au grand chapeau. » C’est déjà une légende, et le soir, à l’heure de la retraite, le prince enlève les blessés et fait au besoin le brancardier.

Tout cela est touchant, surtout quand on

PRINCE DE JOINVILEE. 227 pense qu’il y avait là une force inutilisée. Il n’eût rien sauvé sans doute; mais il avait l’autorité du commandement et la conception savante et prompte. Pendant ce tempslàj Chartres, plus heureux que son oncle, faisait son devoir sous le nom de Robert le Fort et voyait l’ennemi de plus près,

A partir de janvier, le prince de Joinville est rentré en Angleterre ; mais il reparaît à Paris le 18 mars, et il a la douleur d’assister à cette funeste journée, dont il a suivi de très- près les sinistres épisodes.

Rendu à son pays par un décret de l’Assemblée, il arrive à Versailles le jour même du vote, et errant par hasard dans Versailles, nous avions l’honneur et la joie de serrer la main des exilés sur la terre française, en leur souhaitant la bienvenue. Nous n’oublierons jamais avec quelle émotion les princes répondirent à nos souhaits en frappant le sol de la patrie, comme

pour bien s’assurer qu’il ne manquerait plus sous leurs pieds. C’était la France vaincue, la France attristée, déchirée par la guerre étrangère et souillée par la guerre civile; mais enfin, c’était la patrie rendue aux exilés.

Le prince de Joinville, par une récente décision du ministre de la marine, a été réintégré dans son grade de vice-amiral.

La princesse de Joinville, dona Françoise Caroline, sœur de l’empereur du Brésil, est née le 2 août 1824. Dès les premières années de son mariage, transplantée sur une terre étrangère, elle se fit Française par le cœur et gagna l’affection de tous ceux qui vivaient alors à la cour de France. Elle a supporté avec un véritable sto’icisme la vie difficile que lui faisaient les incessants voyages de son fils et les dangers réels qu’il courait déjà avant d’avoir l’âge d’homme.

Elle a donné deux enfants au prince :

Page 1