‹ Les princes de l'art: architectes, sculpteurs, peintres, et graveursChapitre 10 sur 36 · PRAXITÈLE · texte numérisé non relu

PRAXITÈLE

Praxitèle florissait en Grèce vers l'an du monde 8640, ^' / ^ 3 ' c'est-à- dire, un siècle environ après Phidias. Doué du génie le plus heureux, il réalisa ce que peut rêver l'artiste le plus ambitieux, le plus épris de son art. Le marbre semblait s'animer sous son ciseau, et rien ne pouirait donner une idée de la ravissante beauté de ses ouvrages. Ceux qu'il admettait à visiter son atelier res- ^ ^ *^ ^ taient en extase devant le premier morceau qui s'ofirait à ' ' w '^ •• leui*s regards et refusaient de passer outre, en assurant qu'il était impossible qu'ils trouvassent quelque chose de mieux. Quand Praxitèle était parvenu à attirer leur attention sur quelque autre gi'oupe, ils n'oubliaient le premier que pour y revenir bientôt, et ils finissaient par

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^ ce lieu ils devaient donner la préférence.

Le sculpteur regardait cet embarras comme son plus beau triomphe ; il y voyait la preuve d'un bonheur dont ne jouissent pas toujours les plus grands artistes; car pour beaucpiij;^ le génie a ses heures, tandis que Praxitèle restait toujours maître du sien. La fameuse courtisane Phryné, ayant obîêO]i..la permission de choisir parmi tous les ouvrages de ce célèbre sculpteur celui qui lui plairait le plus, éprouva une telle difficulté à se décider, qu'elle ne trouva rien de mieux à faire que de demander conseil à Praxitèle lui-même. L'artiste se défendit de répondre : il ne voulait pas mentir, et il ne se souciait peut-être pas de livrer son chef-d'œuvre.

Phryné ne se tint pas pour battue : aussi artificieuse que belle, elle résolut d'obtenir par la ruse ce qu'on lui refusait. Une nuit, pendant que Praxitèle dormait, les cris : Au feu ! au feu ! retentirent autour de lui. Éveillé en sursaut, il s'élança à demi vêtu hors de sa chambre.

— Rassurez-vous, lui dit Phryné, qui feign it d'arriver avec ceux qui l'entouraient; vous ne courez aucun danger, c'est votre atelier seul qui brûle.

A ces mots, Praxitèle, qui craignait plus pour ses ouvrages que pour lui-même, s'élança vers le point désigné, en s'écriant :

— Vite ! vite ! mes amis, à moi !... sauvons mon Satyre et mon CupidonI II en est peut-être encore temps.... Ah I je suis perdu, si les flammes ne les ont pas épargnés !

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Phryné en savait assez ; elle arrêta Praxitèle, lui avoua que tout cela n'était qu'une comédie jouée pour lui arracher son secret, et, le sommant de tenir sa promesse, lui demanda le Cupidon, Praxitèle avait été si effrayé â la pensée du désastre de son atelier, qu'il reçut comme une bonne nouvelle l'aveu de la courtisane, lui pardonna, en considération de cette joie, le mal qu'elle lui avait fait, et lui permit de faire enlever le chef-d'œuvre que lui-même avait désigné à son choix.

TJne autre statue de l'Amour, faite pour remplacer celle-là, fut vantée par les anciens comme un incomparable morceau ; puis vinrent une statue de Phryné, une •Vénus qui l'égalèrent, et une seconde Vénus plus parfaite encore peut-être. Cette dernière statue fut longtemps possédée par les habitants de Cnide, qui la regardaient comme un inestimable trésor.

Praxitèle poursui vi^ glorieusement sa carrière et donna à chacun de ses nombreux ouvrages un cachet de grandeur, de vérité et de grâce, qui les fit rechercher comme ce que la statuaire pouvait produire de plus parfait. H étudiait patiemment la nature et savait l'embellir sans lui rien faire gerdre de sa vie et de sa simplicité. s ^

Isabelle d'Esté, aïeule des ducs de Mantoue, possédait, dit-on, la fameuse statue de l'Amour, par Praxitèle. Elle avait aussi un Cupidon de Michel-Ange. Un jour qu'elle recevait, à Pavie, la visite de M. de Foix et du président de Thou, envoyés en Italie par le roi de France, la conversation tomba sur les arts ; et la princesse, cédant à la prière des deux nobles étrangers, leur montra l'œuvre de Michel- Ange. Ils la contemplèrent avec des

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transports d'admiration et remercièrent Isabelle, en lui disant qu'il était impossible de rien voir de plus beau. La princesse sourit^ et, les conduisant dans son cabinet, ^Jlf/^'à les invita à jeter les yeux sur une autre statue représentant aussi l'Amour. Ils c^oimurent avec une extrême surprise que cette dernière l'emportait de beaucoup sur celle qu'ils venaient de louer, et, se regardant, interdits, ils cherchèrent en vain quelq^ues expressions qui pussent peindre leur enthousiasme. ' , ♦ V -? ' *' Mt ' — Michel-Ange est le roi ^e la sculpture moderne,

^^ ' '\ leur dit Isabelle ; mais Praxitèle est le dieu de l'art an- ' ï/. tique.

* C'est, en effet, par l'étude de l'antique que s'est dé-

veloppé le génie des plus grands artistes, soit peintres, ' ^ \^ . soit sculpteurs. L'antique est la règle la plus sûre du beau et du vrai ; et bien que tous les morceaux de sculpture que nous ont laissés les anciens ne soient pas d'une égale perfection, tous ont un caractère de grandeur et de simplicité qui empêche lés connaisseurs de les confondre avec les ouvrages des modernes. Quant â ceux de Phidias, de Praxitèle et de plusieurs autres célèbres sculpteurs grecs, ils se distinguent par un goût sublime, une exécution correcte et spirituelle, des contours élégants, un heureux choix de tout ce que la nature a de plus beau, une expression pleine de noblesse, une grande variété, une sobriété d'ornements qui rejette tous ceux auxquels l'artifice semble avoir part, enfin une majesté qui n'exclut ni la naïveté ni la grâce.

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