PHIDIAS
^ Phidias, ja$ à Athènes, vers l'an du monde 3530,^^e^. s'adonna à l'étude de la sculpture. Un beau génie et un travail assidu lui permirent de réaliser des merveilles et de porter l'art, jusqu'alors encore dans l'enfance, à un haut degré de perfection. Quelques beaux morceftKK l'ayant mis en réputation, ses concitoyens lui d^eraagdèrent une statue de Minerve et firent la même commande à Alcamène, qui s'était aussi rendu célèbre dans la sculpture. ^LC^s deux statues devaient être soum ises à l'appréciation des juges les plus compétents, et la plus belle devait être placée sur une colonne que la ville faisait ériger. Une riche récompense était promise au vainqueur ; mais c'était là la moindre considération aux yeux des deux artistes, également jaloux de gloire et d'honneurs. Ils se mirent donc à l'œuvre, et chacun d'eux chercha à assurer son triomphe en déployant toutes les ressources de son talent, k^
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Le jour fixé pour le concours étant arrivé, les deux statues furent transportées sur la place publique, en présence des juges et d'une foule innombrable, accour ue pour saluer de ses acclamations l'heureux vainqueur. Quand le voile qui cachait la Minerve d'Alcamène fut levé, un cri^ de surprise et d'admiration s'éleva : on n'avait jamais rien vu de plus beau, de plus pur, de plus fini que cette statue, qu'on eût crue vivante. Alcamène défiait du regard son rival. Phidias, aussi calme que s'il n'eût point entendu les éloges donnés â Alcamène, montra â sou tour son ouvrage. De sourds murmures coururent dans la foule ; on avait attendu mieux du talent de Phidias : sa JMînerve ne paraissait^ en quelque sorte qu'ébauchée, et les Athéniens croyant voir dans cette négligence du sculpteur une marque de dédain, aux murmures qu'on avait ouïs d'abord succédèrent d'éclatants -témoignages d'improbation. Les partisans de Phidias se turent ; ceux d'Alcamène, cessant de se contraindre, donnèrent un libre cours à leur joie. ^
Les juges réclamèrent le silence, et, après un nouvel examen et une courte délibération, ils félicitèrent Alcamène et crurent devoir, engager Phidias â travailler avec plus de soin à l'avenir, ne doutant pas, ajoutèrent-ils, qu'avec du temps et de la patience, il ne parvî nt à égaler un jour celui qui l'emportait sur lui. La foule prouva par des applaudissements que l'opinion des examinateurs était la sienne, et Alcamène, rayonnant, s'approcha pour recevoir le prix qui lui était décerné. Mais Phidias, au lieu de s'éloigner triste et confus, s'avança aussi vers la tribune réservée au jury et demanda la permission
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d'adresser une seale question aux illustres membres dont il était composé.
— N'est-ce point au haut d'une colonne que doit être placée la statue préférée ? demanda-t-il, après que cette permission lui eut été accordée.
— Sans doute, lui fut-il répondu. Ç^
— Ne serait-il pas bon, r eprit^ jL alors, de v^r, avant de se prononcer, l'effet ^voà ii itlR cette hauteur par l'une et l'autre de ces deux statues ?
La justesse de cette réflexion frappa tout le monde, et, les machines destinées à élever la Ji^neroe sur son piédestal ayant été préparées à l'avance, l'épreuve fut ^te^ aussitôt. La statue d'Alcamène, vue de loin, perdit tout le prestige qu'elle je v^ à la perfection des détails et & son fini admirable, tandis que celle de Phidias, qui avait « d'abord choqué les regards par quelque chose de massif et d'abrupt, prit un caractère de grandeur et de majesté qui frappa les spectateurs. Nulle comparaison n'était plus possible entre ces deux morceaux, et Phidias fut proclamé vainqueur avec d'autant plus d'enthousiasme que chacun avait à se faire pardonner une involontaire injustice.
Dès lors, ce célèbre sculpteur n'eut plus de rivaux; car on lui reconnut» outre un génie inventif, un habile ciseau et une science approfondie de tout ce qui avait rapport à son art.
La guerre entre les Grecs et les Perses ayant éclaté peu de temps après, ceux-ci, fiers de la supériorité de leurs forces, espéraient écraser promptement les Grecs, qui avaient l'audace de vouloir se défendre. Ils avaient
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préparé, avant la bataille de Marathon|^^un bloc de marbre dont ils voulaient faire un monument destiné â perpétuer le souvenir de leur victoire. Mais ils avaient compté sans le courage de leurs ennemis, sans l'enthousiasme qui centuple les armées, sans l'amour de la patrie qui met l'héroïsme au cœur des plus faibles ; ils furent complètement battus, et le marbre dont ils voulaient faire un trophée tomba entre les mains des Athéniens, qui le firent transpoiter dans leur ville et le remirent à Phidias, Ç^ lui laissan t le soin de l'employer. Le sculpteur en fit une N'éméaiSy déesse de la vengeance. Son travail fut admiré autant que son ingénieuse idée, et la Nemésia fut conservée comme un des souvenirs les plus chers et les plus glorieux.
Phidias fut ensuite chargé de faire pour le Parthénon, temple fameux dédié & Minerve, la statue colossale de cette divinité. Il se surpassa lui-même dans l'exécution de ce magnifique morceau et fit une Minerve de vingt-six coudées de haut, si admirablement belle, que, bien q u'ell e fût d'or et d'ivoire, la richesse de la matière n'en était que le moindre mérite. On accour ut, de toutes parts pour contempler ce chef-d'œuvre, et Phidias, comblé de biens et d'honneurs, fut l'objet du respect et de l'admiration de ses compatriotes. Mais les Athéniens passaient  bon^QÎt pour le peuple le plus inconstant du monde; ils oublièrent promptement ce qu'ils d evaient de gloire â ce grand homme, et, naturellement jaloux de toute supériorité, ils lui suscitèrent des tracasseries sans nombre, le fatiguèrent par leurs exigences et l'irritèrent par leurs injustices. Des idées de vengeance vinrent alors
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assaillir Phidias; il les repoussa longtemps et finit par les accueillir.
n ne pouvait se venger qu'en artiste, et il avait assez compris combien les Athéniens étaient fiers de posséder sa statue du Parthénon, le plus riche morceau de sculpture de toute la Grèce, pour ne pas hésiter sur le châtiment qu'il aurait â leur infliger. Il n'eut pas la pensée de détruire cet ouvrage, auquel il avait travaillé avec tant d'amour ; mais, sûr de son génie, il se promit d e doter quelque autre ville d'une création plus merveilleuse encore. Cette résolution gdflfia^îl quitta l'ingrate cité qui lui avait donné le jour et se mit à parcourir la Grèce, rêvant à ce cheM'œuvre qu^l devait exécuter au lieu où il s'arrêterait^o^'
Reju avec la plus grande distinction par les Éléens» qui connaissaient son rare mérite, il consentit â sejoumer quelque temps dans leur ville et s'engagea à leur laisser un souvenir de son passage. On mit avec transport à sa disposition tout ce qu'il demanda, sans mêmâ^ l'interroger sur ce qu'il en comptait faire. Cette confiance en son talent le toucha, et, bien décidé â ne pas chercher davantage â quelle cité il laisserait son plus bel ouvrage, il çaîreprit^ sa statue de Jupiter Olympien. La IMRneroe du Parthénon fut oubliée, ou du moins n'occupa plus que le second rang parmi les prodiges enfantés par la sculpture, et l'admiration publique plaça le Jupiter Olympien au nombre des sept merveilles du monde.
A la vue de ce chef-d'œuvre, le plus grande efibrt de Part, les Athéniens se repentirent de leur ingratitude et
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prièrent Phidias de faire pour eux qaelqae chose d'aussi remarquable; mais ils eurent en vain recours aux supplications et à la flatterie : le sculpteur, certain de n'être jamais surpassé, déposa son ciseau et ne le reprit plus.
Le nom de Phidias est en effet resté l'un des plus glorieux, non-seulement de la Grèce, mais de l'univers. Le premier des sculpteurs il a étudié la nature pour la r eproduire ; il a su l a rendre dans toute sa grâce et sa beauté, et, quand il a voulu représenter la Divinité, il l'a fait avec tant de grandeur, de majesté et de puissance, que, suivant l'expression d'un ancien auteur, son ciseau semble avo ir été conduit par la Divinité elle-même.