‹ Les princes de l'art: architectes, sculpteurs, peintres, et graveursChapitre 11 sur 36 · POLYCLÈTE · texte numérisé non relu

POLYCLÈTE

Polyclète, qui se rendit célèbre après Praxitèle, porta l'art au plus haut point de gloire où il soit jamais parvenu. Né à Sicyone, ville du Péloponèse, vers l'an du monde 3760, il se fit connaître de bonne heure par de magnifiques productions. Sa réputation lui attira un grand nombre de disciples, auxquels il se plut à enseigner les principes de la sculpture. Voulant laisser â tous ces jeunes artistes formés par ses soins un modèle auquel ils pussent recourir quand ses conseils leur manqueraient, il fit poser devant lui les hommes les mieux faits qu'il put trouver, et, prenant ce que chacun d'eux avait d'irréprochable, il en forma une statue, dans laquelle toutes les proportions du corps humain étaient si parfaitement observées, qu'on venait de tous côtés non-seulement pour l'admirer, mais pour la consulter. Ce chef-d'œuvre fut nommé la Hegle^ par les disciples de Polyclète d'abord, puis par tous les savants et les connaisseurs.

Cet habile sculpteur avait essayé, comme la plupart des peintres grecs, d'exposer à la critique publique les productions de son ciseau. Il rencontra, comme Apelles, plus d'un cordonnier qui prétendit s'élever au-dessus de la chaussure. Désirant donner une leçon â ces ignorants qui croyaient tout connaître et se permettaient de tout juger, il réforma, d'après les divers avis qui lui avaient été donnés, une statue qu'il avait soumise à l'examen de la foule, et en composa une semblable, en ne prenant

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pour guide que les règles de l'art et son propre génie. Ces deux morceaux achevés, il les exposa l'un près de l'autre et attendit l'ejQfet qu'ils allaient produire.

On n'eut pas assez de louanges pour la dernière ni assez de sarcasmes pour l'autre, qu'on se gardait bien d'attribuer au grand Polyclète. Le sculpteur se montra alora et dit au peuple :

— Cette statue que vous raillez tant est votre ouvrage, celle que vous admirez est le mien.

Puis, se tournant vers ses disciples, il ajouta :

— N'oubliez jamais qu'un habile artiste doit écouter la critique comme un avertissement qui peut lui être utile, mais non comme une loi dont il doive se rendre esclave. , , *

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