CANOVA
Antoine Canova naquit en 1747, à Foesagno^ petite ville des États vénitiens. Sa famille était pauvre ; mais la proteotion du seigneur Falieiî, l'un des premiers personnages de Possagno, fut acquise de bonne heure à cet enfant. Dès Page le plus tendre, Antoine prenait un extrême plaisir à pétrir avec de l'argile ou de la mie de pain de petites figurines, qui faisaient l'admiration de sa mère et des écoliers ses camarades. Il grandit sans changer de goût, et tout le temps qu'il n'employait pas à lire et à écrire sous la direction de son maître, il le passait à modeler toutes sortes d'animaux. Un jour, il fit un lion de beurre qui fut servi sur la table du seigneur Falieri, et celui-ci, charmé des dispositions de Canova pour la sculpture, lui en fit donner les premières leçons.
Antoine en profita si bien, qu'au bout de quelques années, on lui conseilla d'aller étudier à Venise chez Torreti, qui passait pour un habile sculpteur, le siècle des grands maîtres étant passé et les arts étant tombés dans une complète décadence. Canova égala bientôt son professeur, et plusieurs prix lui ayant été décernés par l'Académie des beaux-arts, il loua près du cloître Saint- Étienne wfm piccola bottegha^ une petite boutique, dans laquelle il s'établit. A peine âgé de dix-sept ans, il exécuta un groupe à! Orphée et JEJurydice^ qui le fit connaître; et ses ouvrages con^imençant à être recherchés, il quitta sa petite boutique pour un atelier plus convenable.
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Un second groupe de Dédale et Icare, qui parut ensuite, obtint les plus grands éloges. Depuis longtemps Venise n'avait pas un seul sculpteur digne de ce nom; aussi l'œuvre de Canova, si imparfaite qu'elle fôt, eut des admirateurs enthousiastes, et plusieurs patriciens s'em* pressèrent de commander des statues au jeune artiste. Le groupe de Dédale et Icare fut acheté 100 sequins, et Canova, en recevant cette somme, s'écria tout joyeux :
— Enfin j'irai à Rome !
Il sentait, en effet, que sans maître il n'arriverait pas à la perfection qu'il rêvait, et il voulait aller demander à la ville des beaux-arts des modèles et des conseils. Gkvino Hamîlton, peintre anglais, ayant vu le plâtre de Dédale, pensa qu'un jeune homme doué d'aussi rares dispositions devait être encouragé, et, d'après son avis, le sénat de Venise accorda à Canova une pension de 300 ducats, et l'ambassadeur de cette république auprès du pape l'appela à Rome, où il se rendit en 1779.
Là, U trouva dans ce même Gavino Hamilton, que son amour pour l'antique avait rendu connaisseur en fait d'art, d'excellents conseils. L'étude des chefs-d'œuvre de Michel-Ange agrandît ses idées, épura son goût et lui fit sentir le besoin de s'instruire de tout ce que son art avait d'inconnu pour lui. Jusque-là il n'avait, en travaillant, obéi qu'à son instinct, sans avoir une idée bien exacte des règles qu'il devait observer et de cet idéal qui donne tant de charme aux œuvres des peintres et des sculpteurs. Cette instruction qui lui manquait, il en fut redevable au chevalier Hamilton et à Lagrenée, directeur de l'école fondée à Rome par Louis XIV.
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Un bloc de marbre de Carrare ayant ensaite été mis à la disposition de Canova par Fambassadeur de Venise, il en tira un Apollon se couronnant lui-même. Cette statue, bien supérieure aux deux groupes dont nous avons parlé, n'était cependant pas irréprochable : Apollon n'avait pas cette grandeur et cette beauté que l'imagination prête aux dieux ; c'était un modèle bien choisi, mais qui n'atteignait pas l'idéal poursuivi par le jeune artiste. Toutefois le progi'ès était trop visible pour que Canova pût éprouver le moindre découragement. Il se remit donc à l'étude avec une nouvelle ardeur ; et comme il avait laissé à Venise quelques ouvrages commencés, il alla les finir. Tout en y travaillant, il rêvait à un nouveau groupe, dont il voulait chercher et mûrir lentement lé sujet.
Canova revint à Rome en 1782 et fit un TTiesée vain* qiteur du Mtnotaure. Ce groupe révéla l'étude intelligente que le jeune homme avait faite des modèles antiques et étonna les amateurs par une exécution qui semblait annoncer un talent formé. Depuis longtemps le goût de l'antique était passé de mode ; aussi l'apparition du groupe de Thésée signala-t-il dans les arts une vé* ritable révolution. M. Quatremère de Quincy, qui fut depuis l'ami et l'historien de Canova, ayant appris qu'un jeune Vénitien venait de composer un groupe fort remarquable, voulut juger par lui-même de la justice des éloges donnés à Canova et se rendit à l'atelier du sculpteur. Canova en était absent, et l'amateur put tout à son aise examiner le marbre dont on parlait tant. Il reconnut qu'on n'en avait pas trop loué le mérite, et, prévoyant
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quel brillant avenir attendait le jeune artiste, il lui offrit .son amitié et ses conseils. Canova accepta avec reconnaissance ces offres précieuses, et il trouva dans son nouvel ami un second frère.
Le sculpteur avait choisi pour représenter Thésée le moment où, vainqueur du monstre, il s'assied triomphant sur le corps de son ennemi. On loua beaucoup cette idée, grâce à laquelle Thésée, qui, dans les efforts d'une lutte, n'eût paru être qu'un homme, montrait dans le calme de . la victoire la majesté d'un demi-dieu. Quoique cet ouvrage ait été l'un des premiers par lesquels se fit connaître l'artiste qui devait produire une foule de chefsd'œuvre, il est encore aujourd'hui cité avec honneur.
Nous nous contenterons d'énumérer les principaux titres de Canova à l'admiration de la postérité. Chargé d^élever à Rome, dans l'église des Saints-Apôtres, le tombeau du pape Clément XIY, il plaça sur le mausolée la statue de ce pontife, debout, les mains étendues, comme pour bénir le peuple, et sut donner à la tête une beauté admirable et comme un rayonnement de cette sainte char rite, de cette bonté inépuisable qui avaient été le caractère particulier de Clément XIV. H surpassa dans le tombeau de Clément XIII ce qu'il avait fait pour celui de Clément XIV, et ce monument, qu'on admire dans la basilique de Saint-Pierre, est du goût le plus pur.
Le mausolée de Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche, est une vaste composition dont l'idée est originale, mais dont l'effet est compliqué; neuf statues de grandeur naturelle, dont chacune passe pour un chefd'œuvre, ornent ce monument.
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Le poète Alfieri étant mort, la comtesse d'Albani, dont l'amitié pour cet homme célèbre ne s'était jamais démentie, appela Canova à Florence, poar loi élever an tombeau; et ce tombeau, placé dans l'église de Santa- Croce, est une des plus belles œuvres du sculpteur. Plusieurs statues, parmi lesquelles on cite une Psyché enfani et Washington, sont aussi de cette époque. Psyché, tenant par les ailes un papillon, est une petite merveille de goût et de délicatesse; Washington, statue de marbre blanc, drapée à la romaine, fut laite pour la salle du sénat de la Caroline, aux États-Unis, et se recommande par une grandeur et une simplicité dignes de l'antique.
En 1798, Canova quitta l'Italie et parcourut avec le prince Rezzonico une partie de la Prusse et de l'Allemagne. Au retour de ce voyage, qui dura deux ans, il fut nommé par Pie VU inspecteur général des beaux-arts et reçut le titre de chevalier romain. Sa réputation avait passé de l'Italie dans tout le reste de l'Europe, et, en 1802, Bonaparte l'appela à Paris. L'artiste s'y rendit avec l'agrément du pape et y fut accueilli avec toute la distinction due à son rare mérite. On lui fit les honneurs de tout ce que la France possédait de beaux morceanx de sculpture, soit ancienne, soit moderne, et la classe des beaux-arts de l'Institut le mit au rang de ses associés étrangers.
Canova fit un second voyage en France en 1815. A la suite des conquêtes de Napoléon, les plus remarquables chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture possédés par les musées étrangers étaient venus enrichir celui du Louvre. Les puissances alliés, après avoir renversé le
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gnoA homme qui les avait tant de fois vaincues, n'oablièrent pas de réclamer les trésors artistiques dont on les avait dépouillées^ et il fut convenu que tous ces mo« numents seraient rendus à leurs anciens possesseurs.
Le gouvernement pontifical, qui devait avoir une grande part à cette restitution, envoya Canova à Paris avec le titre d'ambassadeur, le chargeant de reconnaître les morceaux enlevés de Rome et de présider â leur translation.
Après avoir exécuté cette mission, Canova reçut du pontife un diplôme attestant l'inscription de son nom au Livre d'or du Capitole et lui conférant le titre de marquis d'Ischia. A ce titre était jointe une dotation de 3,000 écus romains. Canova, enrichi par son travail, et d'ailleurs simple dans ses goûts, consacra cette nouvelle fortune qui lui arrivait à la prospérité des arts. Les jeunes talents trouvèrent en lui un protecteur bienveillant et zélé, qui leur ouvrait sa bourse et leur prodiguait ses conseils.
Il employa ses dernières années â faire construire dans la petite ville de Possagno, où il était né, une église qu'il destinait à recevoir une statue colossale de la Religion qu'on avait fait quelque difficulté d'admettre dans la basilique de Saint-Pierre. Cette église, imitée du Parthénon d'Athènes, est une rotonde ; toutefois elle est en pierre, tandis que le Parthénon est en marbre.
Cet édifice n'était pas terminé lorsque Canova mourut â Yenise, le 22 octobre 1822. Ses funérailles furent entourées de la plus grande pompe, et, dans toutes les villes de l'Italie, des services magnifiques furent célébrés
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en son honneur. Il y avait longtemps que cette terre classique des beaux-arts n'avait produit un génie qu'on pût comparer à Canova, et pendant sa longue et glorieuse carrière, il l'avait enrichie d'un grand nombre de chefsd'œuvre ; il était bien juste que toute l'Italie s'associât à ce dernier hommage qui lui était rendu.
f^l(^ PREMIERS PEINTRES.
L'HiSToms de la peinture chez les Grecs n'est bien connue qu'à dater de la 90° olympiade, c'est-à-dire de 420 ans avant l'ère chrétienne. Pourtant il est certain que l'origine de cet ai*t remonte beaucoup plus haut et qu'on peignait déjà lors du siège de Troie, puisque les historiens nous disent qu'Hélène retraçait sur une tapisserie les nombreux combats auxquels son enlèvement avait donné lieu.
Les premiers peintres grecs ne se servaient que d'une seule couleur. Eumaris en employa deux, l'une pour les chairs, l'autre pour les vêtements. Cimon, son élève, fit mieux encore. Avant lui, on n'avait représenté que des figures rangées côte à côte, toutes debout et vues de face. Cimon leur donna diverses attitudes et imagina de mettre des plis dans les draperies.
Bularchos, qui vivait environ 700 ans avant Jésus- Christ, peignit la BataiUe de Magnésie; et, d'après le
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témoignage de Pline, ce tableau ftit payé au poids de l'or par Candaule, roi de Lydie.
Bularchos eut sans doute des élèves et des successeurs ; toutefois il n'est fait mention dans l'histoire d'aucun peintre entre lui et Panœnue, frère du famenx sculpteur Phidias. Panœnns peignit la JBcUaille de Maror iQJfr thon^ et l'on se ferait difficilement une idée de l'enthou-
^♦// r^,.^ siasme qu'excita la vue de ce tableau, dont les principaux personnages étaient des portraits d'une ressemblance frappante.
Vers le même temps, c'est-à-dire environ 450 ans avant l'ère chrétienne, parut le célèbre Polygnote. Ce peintre, né à Thasos, île septentiionale de la mer Egée, étudia longtemps sous la direction des maîtres les plus . habiles ; mais, peu satisfait de ce qu'ils lui enseignaient, il renonça à suivre leurs leçons, pour ne plus écouter que celles de la nature. H orna les portiques d'Athènes de peintures dont il choisit les sujets dans les épisodes du siège de Troie.
Les Athéniens lui oârirent en paiement de ce beau travail des sommes considérables qu'il refusa généreusement, en disant que, puisqu'il avait été assez heureux pour obtenir les applaudissements d'un peuple éclairé comme l'était celui d'Athènes, il ne lui restait rien â désirer.
Cette réponse fut portée au tribunal des amphictyons, et ce tribunal ordonna, par un décret solennellement promulgué, que Polygnote serait logé dans les palais de l'État, nourri aux frais du trésor public, exempt d'impôts pendant toute sa vie, et que, dans quelque ville de la'
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Grèee qa^il lai plût de se rendre, cette ville serait tenue de le recevoir avec honneur et de l'héberger magnifiquement ^ Les chefs de l'État, disait ce décret, régnent par la force, mais l'artiste règne par son talent ; il est donc juste de rendre plus d'hommages encore à celui qui doit tout à son propre mérite qu'à ceux que diverses circonstances ont pu porter au pouvoir."
Polygnote, si dignement récompensé, travailla avec nne nouvelle ardeur et se perfectionna chaque jour ; on peignait aloi-s à l'encaustique ou à la cire sur l'ivoire et sur le bois. Les couleurs s'employaient chaudes dans ce genre de peinture, qui durait, dit-on, sans altération pendant plusieui*s siècles. Le tableau du Sac de Troie^ de Polygnote, aurait même, si l'on en croit les historiens, gardé sa beauté pendant neuf cents ans et bravé plus longtemps encore les outrages du temps, s'il n'eût été détruit à Constantinople.
ApoUodore, qui se rendit célèbre ft Athènes quelque temps après Polygnote, fit faire de grands progrès à la peinture. H fut le premier qui joignit à la correction du dessin l'entente de la couleur et la science des raccourcis, n sut rendre la nature dans toute sa vérité et donner le mouvement et la vie aux scènes qu'il représenta. Il étudia avec un soin extrême la distribution des ombres et de la lumière, et laissa bien loin derrière lui les œuvres de tous ceux qui l'avaient précédés. Du temps de Pline, on voyait encore à Pergame deux tableaux d' ApoUodore : un Jjjax foudroyé par JJtRnerve et un Prêtre en prière; ces deux tableaux étaient regardés comme des chefsd'oBavre«
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ApoUodore eut un grand nombre de disciples; niais le pins illustre de toas fat Zeaxis, qui devait surpasser son maître. Celui-ci ne tarda point à découvrir les merveilleuses dispositions de son élève, et les saocès de ce jeune homme empoisonnèrent ses dernières années. Emporté par une aveugle jalousie, ApoUodore quitta le pinceau pour la plume et publia contre Zenxis une satire dans laquelle il Paccusait de lui avoir dérobé tout son talent, satire qui ne semt qu'à étendre la réputation de l'artiste, auquel ApoUodore rendait un si éclatant hommage. ^^