PARRHASIUS. — TIMANTE
Parrhasius, fils du peintre Êvénor, eut son père pour maître; mais à peine sorti de l'enfance, il n'avait déjà plus lien à apprendre de lui. Ke prenant alors conseil que de son génie, il fit faire de grands progrès à l'art du dessin, étudia les proportions et mît dans ses ouvrages une correction de trait à laquelle n'avait atteint aucun de ses prédécesseurs. Il étudia sons Socrate les expressions qui caractérisent ordinairement les profondes afiections en les vifs sentiments de l'âme, et il s'attacha à les
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rendre avec vérité. Se8 figures étaient élégantes; ses touches, savantes et spirituelles; son pinceau, facile et gracieux.
La fortune de Parrhasius égala bientôt sa célébrité, et son opulence effaça celle de Zeuxis. Il avait conçu de son talent une si haute idée, qu'il ne parlait de lui-même qu'avec les plus grands éloges, ne sortait que vêtu de pourpre et couronné d'or, et ne croyait pas que qui que ce iût au monde pût se prétendre son égal.
Sa victoire sur Zeuxis ne fit qu'accroître son orgueil, et un concours de peinture ayant été ouvert à Samos, il se présenta, sûr de l'emporter sur tous ses rivaux. Le sujet donné était l'indignation d'Ajax voyant décerner à Ulysse les armes d'Achille.
Le tableau de Parrhasius fut trouvé magnifique ; mais Timante de Sicyone, ayant, à son tour, présenté le sien, réunit tous les suf&ages. Parrhasius ne s'avoua pas vaincu, comme l'avait fait Zeuxis quelques années auparavant.
— Je plains Ajax, dit-il à l'un de ses amis, le voilà vaincu pour la seconde fois par un adversaire indigne de lui.
Parrhasius niait â tort le mérite de son rival; car Timante a été l'un des peintres les plus illustres de l'antiquité. Il était doué d'un rare génie, et tous les historiens lui ont rendu justice et ont surtout regardé comme un chef-d'œuvre son tableau à^Iphigénie,
Timante avait représenté, dans cette composition, Iphigénie parée de toutes les grâces de la jeunesse, de toute la noblesse d'une âme forte et généreuse, de cette
auréole que met au front un sublime dévouement, et de tout le charme mélancolique que peut répandre sur la physionomie d'une jeune fille l'approche d'une mort cruelle. Auprès de l'autel, Calchas se tenait calme et majestueux dans sa douleur, mais prêt â accomplir le sacrifice exigé par les dieux. Une profonde tristesse était empreinte sur le visage d'Ajax et sur celui des autres personnages assistant à cette scène ; mais rien ne pouvait se comparer à la navrante désolation de Ménélas, oncle de la princesse. Jusque-là l'artiste pouvait être fier de son œuvre, il avait merveilleusement réussi ; mais il lui restait à peindre le désespoir d'Agamemnon. Comprenant qu'il ne parviendrait pas â rendre les tortures de ce père qui immolait au salut de l'armée ce qu'il aimait le plus au monde, sa fille, cette belle et tendre Iphigénie, son orgueil, son espoir, son unique joie, Timante eut l'ingénieuse idée de couvrir d'un voile le visage de ce malheureux prince, et laissa au spectateur ému le soin de se représenter cette immense et terrible douleur.
C'est là une preuve de génie ; car l'artiste donne ainsi infiniment plus à penser qu'il ne lui eût été possible d'exprimer. Cette heureuse idée a été depuis mise plusieurs fois à profit, et notre grand peintre le Poussin n'a pas craint de s'en servir dans son tableau de Germanicus.
H est donc permis de croire que Parrhasius n'était guidé dans le jugement qu'il portait de son advereaire que par un dépit qui le rendait injuste. Toutefois, de nouveaux succès le consolèrent promptement de cette défaite. Il fit des Athéniens un tableau allégorique qui lui valut d'universels applaudissements. Nul peuple, on
le sait, n'était plus inconstant qae ce peuple d'Athènes, qu'on voyait tantôt fier et hautain, tantôt timide et humble ; aujourd'hui plein d'humanité et de clémence, demain farouche, vindicatif et cruel. Le talent avec lequel Parrhasius parvint à représenter sous ses diverses faces ce caractère bizarre et léger, mit le sceau à sa réputation.
Le plus grand repix>che qu'on ait à faire à cet artiste, c'est de s'être trop enorgueilli de son talent. On l'accuse, il est vrai, d'avoir livré à une mort cruelle un esclave qu'il avait acheté lors de la prise d'Olynthe par Philippe, roi de Macédoine, barbarie qui lui aurait été inspirée par le désir de représenter avec vérité les tortures de Proniéthée, dont un vautour rongeait le foie. Mais nous pen* sons qu'à l'appui d'un tel fait, il faudrait des preuves; et comme il n'en existe aucune, nous aimons mieux croire que le talent avec lequel Parrhaûus a rendu les souffrances du malheureux qui avait dérobé le feu du ciel, a seul donné naissance à cette supposition d'un esclave mort dans les tourments.
De semblables actes ont d'ailleurs été imputés à des artistes modernes, entre autres à Michel-Ange ; et comme leur vie entière dément de tels faits, pourquoi Parrhasius n'aurait-il pas été aussi injustement accusé qu'eux?
L'école grecque se partagea, quelque temps après la mort de Parrhasius et de Timante, en deux fractions: l'école d'Athènes et celle de Sicyone, qu'Apelles a immortalisée.
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