‹ Les princes de l'art: architectes, sculpteurs, peintres, et graveursChapitre 17 sur 36 · APELLES · texte numérisé non relu

APELLES

Apelles, né dans l'île de Cos, 332 ans avant l'ère chrétienne, est le plus illustre des peintres de l'antiqaité. Pithius, son père, deconvrant en lui beaucoup de goût pour les aits, le plaça à Ëphèse chez Éphore, qui enseignait la peinture à un assez grand nombre de jeunes gens.

Apelles ne tarda pas à se distinguer entre tous par de tels progrès, que le maître lui-même n'en put cacher son étonnement. Apelles joignait aux plus rares dispositions un extrême désir d'apprendre et une application de tous les instants. Il eût regardé comme perdue la journée à la fin de laquelle il lui eût été impossible de constater un progrès. Une telle bonne volonté suffirait pour faire un élève remarquable d'un jeune homme doué de dispositions médiocres ; aussi Apelles, qui avait reçu

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de la nature un génie admirable, fut-il bientôt obligé de quitter l'atelier d'Éphore.

Pamphile, d'Amphipolis, dirigeait alors la plus célèbre école de la Grèce. C'était un homme habile dans les sciences, la littérature et les arts, mais surtout dans la peinture. On bri guai t l'honneur d'être admis parmi ses élèves ; et quoiqu'il exigeât de ceux qu'il recevait un engagement de dix ans et le paiement de 1 talent, c'està-dire de 5,400 fr. de notre monnaie, le nombre dea jeunes gens qui se présentaient était si grand, que Pamghile était obligé d'en refuser beaucoup.

La peinture tenait alors le premier rang parmi les arts

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libéraux, et toutes les familles distinguées tenûent â ce que leurs enfants l'apprissent. Un décret en réservait l'étude à la caste la plus élevée d'abord, puis aux jeunes gens de condition libre, et l'interdisait formellement aux esclaves.

Apelles se présenta â l'école de Pamphile ; il fut reçu avec joie par le mdtre, après qu^l lui eut montré ce qu'il savait faire, et signa son engagement de dix ans sans la moindre hésitation. Pendant ces dix ans, il continua de travailler avec le plus grand succès. Un dessin correct et élégant, une touche noble et h ardje , et surtout une grâce inimitable firent des productions d' Apelles autaQt de chefs-d'œuvre.

jCa réputation du jeune peintre était déjà très-grande loraqu'il quitta Pamphile pour visiter l'école de Sicyone, qui conservait, disait-on, les vraies traditions du beau. Apelles acheva de s'y perfectionner, et son nom devint célèbre dans toute la Grèce.

La nature semblait conduire son pinceau, tant il l'imitait avec vérité. Il en saisissait les moindres expressions, les plus légères nuances, et les reproduisait avec un charme infini. Il avait le génie de l'invention, disposait ses personnages avec esprit, avec goût, et savait répandre sur toutes ses compositions le parfum de la poésie.

Quoiqu'il ne se servît que de quatre couleurs, son coloris était vrai, vif et brillant. Personne n'a jamais connu la composition d'un vernis dont il se servait et qui avait, dit Pline, pour propriétés essentielles, de rendre les couleurs plus unies, plus moelleuses, plus tendres,

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avec lui, ne fut remplacé que Aerf la découverte que Jean Van- • f

de ménager la vue du spectateur et de garantir l'ouvrage de la poussière. Ce vernis, dont Apelles était l'inventeur et dont le secret mouruj bien des siècles après par Eyck fit de la peinture à l'huile.

Apelles connaissait son rare mérite ; mais, beaucoup plus sage que Parrhasius, il convenait, sans jalousie, de celui des autres, et, persuadé qu'il reste toujours â l'homme quelque chose à apprendre, il recevait avec plaisir et reconnaissance les avis des personnes qui visi-'yv^i^/»' talent son atelier. Ayant remarqué que plus d'une fois ^ ces conseils lui avaient été utiles, il prit l'habitude d'exposer en public les ouvrages qu'il terminait, afin que chacun pût librement le louer ou le critiquer. Apelles, caché derrière une toile, écoutait ce qui se disait, jouissant des louanges désintéressées qui lui étaient accordées, et profitant des critiques, lorsqu'il en reconnaissait la justesse.

TJn jour, un cordonnier, qui s'était, comme les autres, arrêté devant le dernier tableau exposé, trouva qu'il manquait quelque chose à la sandale d'un des personnages, et le dit tout haut. Apelles, le sachant, en pareille ^ matière, meilleur juge que lui-même, tint compte de son avis et fit, en quelques coups de pinceau, disparaître /. le défaut signalé. Le lendemain, le tableau fut exposé de ^ nouveau, et le cordonnier, tout fier de voir que sa critique avait été bien accueillie, se crut un homme de talent et se permit de censurer la jambe à laquelle appartenait la sandale. Mais Apelles, se montrant, lui dit en lui frappant sur l'épaule: Ne sutor ultra crepidam

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(que le Bavetier ne s'élève pas aa delà de la chaassare). Paroles que les fables de Phèdre ont rendues proverbiales.

Apelles, jaloux de visiter quelques peintres célèbres, se rendit à Rhodes, où vivait Protogène. Cet illustre ai-tiste étant absent quand Apelles se présenta dans son ^atelier, celui-ci se contenta d'esqoisser sur une toile commencée quelques tr^dts d'une telle délicatesse, que, sans autre indication. Protogène, qui ne s'attendait point à cette visite, s'écria qu' Apelles était venu le voir : tant il est vrai qu'une seule ligne suffit à déceler un grand maître. Protogène ajouta à l'esquisse d' Apelles quelques traits plus parfaits encore; mais quand l'illustre visiteur revint, il se surpassa lui-même. Protogène, saisi d'admiration, se mit à sa recherche, et, l'ayant enfin rencontré, lui jura une étemelle amitié et le proclama le premier peintre du monde. Q^

Ces deux grands hommes professèrent dès lors IHin pour l'autre la plus haute estime, et toute jalousie fut bannie de leurs relations. C'est une belle chose que l'amitié, lorsqu'elle unit deux artistes d'un talent éminent, et qu'excitant entre eux une noble émulation, elle défie la haine et l'envie de les atteindre jamais. C'est une chose d'autant plus belle qu'elle est plus rare; car les hommes de génie, qui semblent si bien faits pour se comprendre, laissant trop souvent l'orgueil et le désir immodéré de la gloire s'emparer de leur cœur, ne peuvent supporter qu'un antre prenne sa part de cette gloire à laquelle ils sacrifient tout, et leur rival devient presque toujours leur ennemi.

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Alexandre le Grand, ayant va les beaux ouvra] d'Apelles, le choisit pour son peintre et défendit â Z3i» quelque autre que ce fàt de représenter ses traits. Le p3-^y premier portrait que l'artiste fit de ce prince fut un Alexandre tonnant^ qui fut proclamé le chef-d'œuvre par excellence. On admirait surtout la main qui tenait la foudre, main tellement bien imitée, qu'elle semblait sortir des nuages dont elle était entourée. Alexandre fut ravi, combla son peintre de richesses et l'honora de son amitié. H se plaisait à aller le voir travailler et à s'entretenir avec lui des secrets de son art.

Le tableau d! Alexandre tonnant ayant été placé à Êphèse, dans le temple de Diane, le conquérant voulut avoir un autre poitrait, et pria Apelles de le peindre monté sur Bucéphale; ce à quoi l'artiste consentit. Le ^^ portrait achevé, Alexandre en parut moins satisfait que du premier, et se plaignit surtout de ce que son beau cheval de bataille ne lui semblait pas par&itement réussL Apelles allait sans doute chercher â prouver au roi que rien ne justifiait cette opinion ; car il était, lui, fort content de son JSucéphale / mais il n'eut pas besoin de prendre cette peine. Une cavale, venant à passer sur la place où le tableau était exposé, s'arrêta devant le cheval et se mit à hennir. Le peintre se tourna en souriant vers Alexandre et lui dit :

— Cet animal serait-il meilleur juge en peinture que le roi de Macédoine ?

Alexandre s ourit à son tour et tendit la main à l'artiste. Après une telle preuve, Bucéphale ne pouvait qu'être trouvé parfait.

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Tant que le conquérant vécutj^Apelles jouit de son affection et de ses bienfaits : les grands princes ont toihjours honoré les artistes, et la gloire que ceux-ci leur ont donnée a souvent été plus durable que celle dont ils s'étaient couronnés dans les combats.

Après la mort du conquérant, Apelles passa en Egypte et séjourna quelque temps à la cour de Ptolémée. Mais il n'obtint pas de ce prince Pamicale protection que lui avait accordée Alexandre. L'envie, qui rampe autour des trônes pour empêcher le mérite et les talents d'en approcher, n'avait pu voir sans effroi l'accueil fait par //^-t Ptolémée au peintre grec. Il f^^ l'éloigner à tout

prix ; car sa droiture était à craindja autant que son beau génie. On l'accusa d'être entré dans une conspiration ayant pour but le meurtre du roi. En vain Apelles se défendit, en offrant la garantie d'une vie pure et uniquement consacrée au culte des arts ; on avait trop d'intérêt â le perdre pour que sa voix fôt entendue, et, malgré son innocence, il allait être condamné, quand les véritables conspirateurs furent découverts, .^ 3 !L- ^^® aussitôt en liberté, Apelles se hâta de fuir cette

^ cour inhospitalière et se retira à Éphèse, où, l'âme encore remplie de l'indignation que lui avait causée la lâche et cruelle conduite de ses ennemis, il fît cet admirable tableau de la Calomniey le plus connu de ses chefsd'oeuvre.

H mourut peu de temps après, avec la joie de n'avoir pas vu pâlir son sublime talent et de n'avoir rencontré aucun rival qui lui pût être préféré.

Apelles a laissé trois traités relatifs à son art, traités

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qui existaient encore du temps de Pline, et dans lesquels se trouvaient de grandgrdétails sur l'étude des passions T)''*- ry et des sentiments qui font la physionomie, sur la science ^J^^<? V des poses, sur la manière de saisir les ressemblances, et '"^

enfin sur le profil. C'est, dit-on, cet illustre artiste qui, le premier, a employé le profil. Il l'inventa, selon le rapport de Pline, pour cacher la difibrmité du prince Autigone, qui n'avait qu'un œil et dont il était chargé de faire le portrait.

Ce portrait ^Antigorhe h c/ievcU^ la Venus Anadyomène^ c'est-à-dire sortant des eaux, et Diane au mUieu d*un chœwr de vierges^ sont, après la Calomnie^ les œuvres les plus estimées de ce grand maître.

Voici, telle que nous l'ont laissée les anciens, la description de ce dernier tableau :

" Sur la droite de la composition est ^sis un homme â longues oreilles, à peu près semblables à celles de Midas; il tend la main à la Délation, qui s'avance de loin ; près de lui sont deux femmes, dont Tune paraît être l'Ignorance et l'autre la Suspicion. On voit la Délation s'avancer sous la forme d'une femme parfaitement belle; son visage est enflammé, elle paraît violemment agitée et transportée de colère ; d'une main elle tient une torche ardente, de l'autre elle traîne par les cheveux un jeune homme qui lève les mains au ciel. Un homme pâle et défiguré lui sert de conducteur; son regard sombre et fixe, sa maigreur extrême le font ressembler â ces malades exténués par une longue abstinence; on le reconnaît aisément pour l'Envie. Deux autres femmes accompagnent aussi la Délation, l'encouragent, arrangent

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ses vêtements et prennent soin de sa parure : Pane est la Fourberie, Tautre la Perfidie ; elles sont suivies de loin par une femme dont le vêtement noir et déchiré, dont la douleur annoncent le Repentir; elle détourne la tête, verse des larmes, regarde en arrière et voit aveo confusion la tardive Vérité qui s'avance."

, > Vi \^^ PROTOGÈNE.

Protogène naquit vers Tan 350 avant notre ère, i Caune, ville située sur la côte méridionale de l'île de Rhodes. On ne sait rien de son enfance ni de sa première jeunesse, si ce n'est qu'il les passa dans la pau* vreté. Le nom du maître qui lui enseigna la peinture n'est pas venu jusqu'à nous. C'était sans doute quelque obscur artiste, dont les leçons eurent besoin, pour porter des fruits, d'être complétées par le génie que Protogène avait reçu de la nature.

Aimant passionnément le travail, mais ne pouvant so résoudre à abandonner un ouvrage tant qu'il lui paraissait possible de le perfectionner encore, le jeune artiste resta longtemps inconnu ; car ce n'est souvent qu'en fatiguant la renommée de son nom qu'on parvient à se rendre célèbre. A l'âge de cinquante ans, Protogène était encore employé en sous-ordre à la décoration de ces magnifiques vaisseaux que les Grecs se plaisaient à enrichir de peintures et de sculptures. Il se fit remarquer dans ce travail^ et, mieux récompensé qu'il ne l'avait été jusque-là, il put profiter de quelques loisirs pour peindre des sujets de son choix.

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JD fit de charmants petits tableaux et des portraits d'une ressemblance et d'un fini merveilleux. Ces tableaux et ces portraits commencèrent sa fortune et sa réputation ; mais dans cette fortune et cette réputation Protogène ne voyait qu'une chose : la liberté dont il jouirait désormais de se livrer à l'étude de son art, sans s'en laisser distraire par aucune préoccupation matérielle.

Aristote, qui aimait beaucoup cet artiste et rendait justice à son talent, l'engagea à abandonner le genre simple qu'il avait adopté et à entreprendre de grandes compositions. Ce philosophe se chargea même d'obtenir d'Alexandre, son auguste élève, que Protogène fût choisi pour représenter les victoires par lesquelles ce prince s'était immortalisé ; mais Protogène, sachant qu'il est dangereux de vouloir forcer son génie, ne se laissa pas séduire par les brillantes espérances que lui donnait Aristote et continua d'obéir à ses inspirations. Ce ne fut que plus tard que, cédant à ses instances réitérées, il consentit à se charger de quelques-unes de ces batailles.

Protogène joignait à un dessin correct et savant beaucoup de délicatesse et d'énergie. On cite comme son chef-d'œuvre un tableau représentant le choêseur Jalyse. Il y travailla pendant sept ans, ne vivant que de légumes détrempés dans l'eau, dans la crainte que l'usage des viandes et du vin ne lui rendît l'esprit plus lourd ou la main 'moins sûre. Au bout de ce temps il ne regardait comme terminée que la figure principale, celle du chasseur; les autres lui paraissaient encore très-imparfaites; mais ce qui l'occupait surtout, c'était le chien de Jalyse.

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En vain les personnes qaî avaient vu le tableaa s'extasiaient sur la beauté de ce chien, Protogène n'en était pas satisfait. Il avait voula le représenter haletant, la gueule écumante, et il avait été obligé d'y renoncer. Plus on donnait d'éloges à son œuvre, plus il sentaitgrandir le désir qu'il éprouvait de la rendre aussi parfaite que possible. Il se remit donc au travail avec une nouvelle ardeur et passa plusieurs jours â tâcher que son chien fàt ce qu'il avait voulu le faire d'abord ; mais, malgré tout son talent et toute sa patience, ses efforts restèrent infructueux. Désespérant enfin de réussir, il effiiça pour la centième fois peut-être cette écume qu'il ne pouvait imiter, et, de dépit, il jeta sur son ouvrage l'éponge tout imbibée de la couleur qu'il venait d'enlever. Que lui importait de gâter ce tableau, puisqu'il était manqué?

Mais, ô bonheur 1 ce que l'art n'avait pu faire, le hasard Pavait fait. Maintenant c'était bien de l'écume qui sortait de la gueule fumante du brave compagnon de Jalyse, et si difficile à contenter que flit Protogène, il lui eût été impossible de demander mieux.

Quand Apelles vit ce tableau, lors de sa visite à Protogène, il en fut vivement frappé et s'écria que jamais le génie de l'homme n'avait rien produit de plus merveilleux. Aussi son étonnement fut-il extrême lorsqu'il apprit que de si belles œuvres n'avaient que peu d'admirateurs et que les Rhodiens n'en connaissaient pas le prix. Il offrit alors à Protogène d'acheter tous les tableaux que celui-ci ferait, puisque ses compatriotes ne se souciaient point de garder pour eux les ouvrages d^nn

artiste qui devait leur faire tant d'honneur. Toutefois il n'eut pas besoin de .réaliser cette offre. Dès que les Rhodiens eurent appris qu'Apelles s'était ainsi prononcé sur le talent de Protogèno, ils ouvrirent les yeux, le proclamèrent très-illustre, et ne permirent pas que ses tableaux allassent enrichir les palais des princes étrangers. Us payèrent entre autres fort cher le chaaaen/r Jalyse^ ce chasseur passant pour être petit-fils du Soleil et fondateur de Rhodes.

Protogène ne voulut pas livrer ce tableau sans y retoucher, et il ne l'avait pas encore rendu tel qu'il le souhaitait, lorsqu'il apprit que Démétrîus Poliorcète se disposait à mettre le siège devant Rhodes. Loin d'interrompre son travail, à cette nouvelle, il redoubla de zèle, afin que, s'il venait à lui arriver malheur, son œuvre du moins restât. Le peintre habitait un faubourg qui fut bientôt envahi par les troupes ennemies ; mais ni le bruit des armes ni l'irruption des soldats dans son atelier même ne purent le distraire un instant.

Démétrius, ayant appris qu'un Rhodien, au milieu des perplexités du siège, continuait à peindre comme si tout eût été paisible autour de lui, devina que ce Rhodien était Protogène, et il voulut le voir. Les soldats le conduisirent à la demeure de l'artiste, qu'il trouva occupé comme on le lui avait dit.

Démétrius se nomma, et, après avoir payé un juste tribut d'admiration aux œuvres de Protogène, il lui demanda comment il avait pu, entouré de dangers, conserver assez de liberté d'esprit pour achever son chefd'œuvre,

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— Je savais, lui répondit le peintre, que voua faites lA guerre aux Rhodien's, et non aux beaux-arts.

Cette réponse plut au prince, qui assura Protogène d# son amitié. Des gardes furent placés à la porte de Fatelier, afin que l'artiste ne pût être inquiété ; et quelques jours après, Démétrius, ayant reconnu qu'il ne pourrait s'emparer de la ville qu'en incendiant la place sur laquelle était situé cet atelier, aima mieux lever le siège que d'exposer à une destruction presque certaine les cheiàd'œuvre qui y étaient renfermés.

Rhodes dut ainsi son salut au talent de Protogène, et nous ne croyons pas que jamais hommage plus flatteur ait été rendu à un grand artiste.

Zeuxis, Aristide, Parrhasius, Timante, Apelles et Protogène furent les plus grands peintres de la Grèce. L'art, porté par eux à un haut point de prospérité, ne tarda pas à déchoir, et les révolutions dont la Grèce fut le théâtre hâtèrent cette décadence. On cite pourtant encore, comme ayant conservé les traditions des grands maîtres, Asclipiodore, Kicomaque et Pausias, tous trois^ contemporains d' Apelles. Asclipiodore dessinait avec une correction à laquelle Apelles ne pouvait refuser d'applaudir; Nicomaque peignait avec une si merveilleuse facilité, qu'on disait qu'il faisait des tableaux comme Homère faisait des vers; enfin, Pausias décorait avec un rare talent les voûtes et les lambrîs des palais de peintures â l'encaustique et représentait les fleurs de manière à rendre jalouse la nature elle-même. Il ne réussissait pas . moins bien dans les autres genres, et l'on a beaucoup

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YAOté un tableau dans lequel il avait peint Tlvresse avec un tel ait, qu'on apercevait son visage enluminé à travers l'énorme coupe qu'elle vidait.

Plus tard vinrent Euphranor, Nicias, Timon aque de Byzanoe, qui tous trois firent de louables efforts pour rendre quelque gloire à la peinture ; puis Pyreicus, qui, moins sévère, peignit des sujets communs, mais pai*faitement goûtés alors : des marchés, des hôtelleries, des boutiques de barbier et de cordonnie'r, enfin des caricatures de toutes sortes.

Après Pyreicus, l'art ne retrouva point sa dignité, et la Grèce, subjuguée par les Romains, ne compta plus de peintre célèbre.

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