‹ Les princes de l'art: architectes, sculpteurs, peintres, et graveursChapitre 25 sur 36 · LE POUSSIN · texte numérisé non relu

LE POUSSIN

Nicolas Poussin naquit le 16 juin 1594, an châtean de Yilliers, près des Ândelys. Son père était de bonne noblesse, et avait épousé, en rûson de son peu de forton^ la veuve d'un procureur. Oiacun d'eux aviùt enr l'enfant que le ciel vencût de leur donner des idées bien di& rentes : fidèle aux nobles souvenirs de sa race, le gentilhomme voulait &ire de Nicolas un vïûllant homme de

re, tandis que tous les vœux de la châtelaine étalent

ce fils chéri embrassât la carrière ecclésiastique.

nn ni l'autre ne devaient voir ee réaliser lenr rêve

colas avait témoigné, dès son enfance, beaucoup de pour le dessin : crayonner des portraits, peindre

Seurs, des arbres, des oiseaux, avaient été son plus

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doux passe-temps. Qaentin Yarin, peintre qni jouissait de quelqne célébrité en Normandie, ayant été chargé de restaurer le château de Yernon, fit connaissance avec le père de Nicolas, et, ayant vu les ébauches de l'enfant, il y reconnut de telles dispositions, qu'il voulut lui enseigner les prîncipes du dessin. Les progrès de son élève surpassèrent tellement ses espérances, qu'il engagea son ami, dont il connaissait la position précaire, à faire de son fils un peintre plutôt qu'un soldat.

Le sieur Poussin se rendit avec quelque peine à cet avis^ mais enfin il s'y rendit, et Quentin Varin ayant, au bout d'un certain temps, déclaré qu'il n'avait plus rien à apprendre à Nicolas, celui-ci, qui venait d'atteindre sa dix-huitième année, dit adieu an château où s'était éQoulée son enfance et partit pour Paris, où il espérait trouver d'hab|les maîtres et faire promptement fortune. Mais il reconnut bientôt qu'il s'était bercé d'illusions: les maîtres lui étaient inférieurs, et, au lieu de la fortune, ce fut la misère qu'il rencontra. Mais la misère n'abat pas les hommes de génie ; le Poussin attendit, ne doutant pas que le succès ne vînt enfin.

Il travaillait avec ardeur; et quand il sortait de la pauvre chambre qui lui servait d'atelier, c'était pour étudier la nature. Dans une de ses excursions â travers la campagne, il rencontra un jeune gentilhomme avec lequel il causa pendant quelques heures; ils se sépa^ rèrent en se promettant de se revoir, et quelques jours plus tard ils s'aimaient comme deux frères. Le jeune seigneur, ayant été rappelé en Poitou par sa famille, décida Nicolas à l'y accompagner, en lui assurant que sa

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mère serait ravie de le recevoir et heureuse de décorer son château de quelques-uns des ouvrages de Fartîste. Le Poussin se rendit aux sollicitations de son amL Mais on lui fit un accueil froid et presque dédaigneux dans cette maison qu^il avait promis de regarder comme la sienne, et le jeune peintre, dont la fierté égalait le talent^ ne profita que pendant quelques jours de cette hospitalité. La vue de plusieurs gravures de Raphaël et de Jules Romain lui avût inspiré le désir de faire le voyage de Rome ; il résolut de travailler sans relâche, afin d'amasser la somme nécessaire aux fi*ais de ce voyage. Travailler!... Mais qui lui donnerait de l'ouvrage? Il frappa vainement à la porte des châteaux et des couvents : il paraissait trop pauvre pour qu'on pût concevoir une hien haute opinion de son mérite. Il fut donc partout éconduit, et dut, pour dernière ressource, se faire peintre d'enseignes.

Ce travail était bien peu rétribué, et encore manquaitil souvent.

Le Poussin endura toutes sortes de privations, et, ne sachant plus que faire pour ne pas mourir de ^m, il se vendit à deux recruteurs; mais le jeûne l'avait tellement afiaibli, qu'il fut reconnu impropre au service militaire et rendu à toutes ses perplexités. Il reprit courage toutefois, et, se félicitant, malgré sa mauvaise fortune, d'avoir recouvré sa liberté et son pinceau, il chercha de l'ouvrage avec tant de persistance, qu'il en trouva. Si médiocre que ttit son salaire, il en mettait chaque jour une partie de côté ; car il n'avait pas renoncé à voir les chefs-d'œuvre de l'Italie. Son petit trésor s'arrondissait^ et il calculait

déjà l'époque de Bon départ, quand, un beau matin, il s'aperçut que la bourse sur laquelle reposaient toutes ses espérances lui avait été volée.

Se désoler était inutile ; ce qu'il y avait de mieux à faire était d'oublier ce malheur et de recommencer à travailler et à économiser. Le Poussin le comprit et revint à Paris, qu'il avait quitté pour se rapprocher de l'Italie, tout en utilisant son talent dans chacune des villes qu'il traversait. Il y était encore pauvre et inconnu, quand, en 1632, les jésuites célébrèrent la canonisation de saint Ignace et de saint François Xavier. Les élèves des pères voulurent faire don à l'église de leur collège de plusieurs tableaux représentant les miracles de ces deux saints, et un grand nombre d'entre eux, étant liés avec Nicolas, lui offrirent de s'en charger; ce qu'il accepta avec empressement. Le Poussin fit, en six jours, six tableaux en détrempe, dont les amateurs admirèrent la hardiesse. De ce nombre fut le cavalier Marin, poète italien, qui, prêt à retourner dans sa patrie, offrit au jeune peintre de l'y emmener. Nicolas eût bien volontiers accueilli cette offre; mais il avait promis plusieurs ouvrages, et, ne voulant pas manquer à sa parole, il resta.

Dès qu'il eut terminé les tableaux qu'il s'était engagé à faire, il prit à son tour la route de l'Italie. Il n'était pas encore bien riche ; mais en travaillant un peu le long de la route, il arriva à Rome sans avoir entièrement épuisé ce que lui avaient rapporté ses derniers tableaux. Il y retrouva le cavalier Marin, qui l'accueillit avec cordialité, le recommanda au cardinal Barberîni, et l'enga-

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geft à étudier non-senlement les ohefs-d'oenvre de 1^ peinture, mais les poètes anciens et modernes, et la vie des grands hommes. Le Poussin comprît qu'il trouverait dans ces lectures de nobles inspirations et suivît le conseil de son protecteur. Malheureusement pour lui, le poète mourut peu de temps après son arrivée à Rome, et le cardinal Barberini partit pour la France.

Le Poussin, resté sans ami et sans appui, se trouva réduit, pour vivre, à se faire tour à tour architecte, sculpteur, peintre en tous genres. La peinture commençait alors à tomber en décadence dans la ville des beaux* arts. La manière de Michel-Ange Caravage s'était substituée au style sublime de Raphaël, et les premiers tableaux que le Poussin fit paraître le faisant reconnaître pour un adversaire de la nouvelle méthode, dont beaucoup d'amateurs s'étaient déclarés les partisan!^ ces tSr bleaux furent mal accueillis. Le Poussin, en voyant s'évanouir l'espoir qu'il avait conçu de se faire un nom dès qu'il parviendrait à obtenir l'attention des artistes et des connaisseurs, éprouva le plus cruel supplice qui puisse être infligé à un homme de génie : il douta de lui-même et se demanda s'il continuerait la lutte ou s'il n'abandonnerait pas sans retour son pinceau.

C'est alors qu'il fit la connaissance d'un peintre fi'ançais, nommé Dnghet, qui jouissait à Rome de. quelque réputation. Ce peintre avait mie fille, belle, bonne, courageuse surtout, qui, appréciant le talent du Poussin, le soutint, le consola, et, l'ayant épousé, lui rendit la conscience de son mérite. Nicolas se remît au travail et combattit avec persévérance les ennemis du bon goût

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Plusieurs chefs-d'œuvre sortis de son pinceau plaidèrent éloquemment la cause de l'ait : la Mort de GermcmictiSy la Prise de Jérusalem par Titus^ la JPeste des Philistins^ Éliézer devant Hébeccoy le Testament d^Eudamidas^ VJEnlèvement des Sabines^ V Evanouissement â^Esther demant AssuéruSy Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon^ enfin le Triomphe de I^epûune.

Le chevalier Cassiano del Pozzo, lui ayant demandé les jSept Sacrements, fut si charmé de la manière dont ces sujets furent traités, qu'il voua au Poussin une éternelle amitié, le recommanda aux puissants personnages avec lesquels il était en relation, et, faveur plus précieuse que les autres, mit à la disposition du peintre son cabinet d'antiques. C'était, en effet, dans l'étude des chefs-d'œuvre de l'antiquité que le Poussin puisait ce beau idéal qui, caractérisant ses moindres ouvrages, semblait laire revivre en lui Raphaël.

Le cardinal de Richelieu fit demander au Poussin quelques tableaux pour son palais. Accueillies en France avec enthousiasme, les compositions de l'artiste fiançais inspirèrent au cardinal le désir de ramener dans sa patrie ce beau génie, dont Rome commençait à s'enorgueillir. Le Poussin reçut le brevet de premier peintre du rqi et l'invitation de se rendre à Paris, pour décorer la grande galerie du Louvre. Le Poussin hésitait *â quitter sa chère retraite pour aller prendre possession de la dignité qui lui était offerte; Louis XIII, pour l'y décider, lui écrivit une lettre des plus flatteuses, et M. de Chanteloup, qui était alors â Rome, engagea si vivement le grand peintre â

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l'accompagner en France, qu'il consentit â partir â la fîn de l'année 1640.

Louis XÏII, prévenu de son arrivée, lui envoya un de ses carrosses, lui fit l'accueil le plus gracieux et lui donna un appartement aux Tuileries. Le peintre fitî hommage au roi de son beau tableau du Testament (TJEJudamidaSy que possède aujourd'hui le musée de Rouen, et fut gratifié d'une pension de 3,000 livres. Le cardinal de Richelieu ne se montra pas moins bienveillant pour l'artiste. Mais, comme tout homme supérieur, le Poussin devait avoir des envieux. Jacques de Fouquers, peintre flamand, que la reine protégeait, avait été jadis chargé de la décoration de la galerie du Louvre ; il vit avec dépit le nouveau venu empiéter sur ce qu'il appelait ses droits, et résolut de les fisiire valoir. Lemercier, premier architecte du roi, se montra également hostile au Poussin, ce grand maître ayant été obligé de faire changer les compartiments de la voûte, qu'il trouvait trop massifs pour ses dessins. Simon Vouet, peintre de mérite, â qui l'école fi*ançaise devait sa première gloire, ne put voir non plus sans jalousie le triomphe du Poussin, qui le reléguait au second rang; ses élèves prirent parti pour lui, et l'illustre artiste, qui n'estimait rien tant, après la peinture, que les douceurs d'une vie exempte de trouble et d'intrigue, regretta bientôt les heureux jours qu'il avait passés à Rome.

D'un autre côté, il se voyait presque chaque jour détourné de ses travaux et occupé à des détails relatif à la décoration du Louvre, détails auxquels eût pu suflSre

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nn talent ordinaire. Il acheva cependant la Cène et le Miracle de saint François Xavier ; mais, ne pouvant plus résister à l'ennui et au chagrin qui s'emparaient de son cœur, il sollicita la permission de retourner â Rome, sous le prétexte d'arranger ses affaires et de décider sa femme à venir se fixer en France. Cette permission lui ayant été accordée, il se hâta de repasser les Alpes. Une seule chose l'inquiétait : il avait promis au roi et au cardinal de revenir à Paris; mais comme il ne se hâta point de terminer ses affaires, il apprit la mort de Richelieu, et bientôt après celle de Louis XIII. Sa parole se trouvant ainsi dégagée, il ne songea plus à quitter Rome, sa patrie d'adoption et le berceau de sa gloire.

Il conserva sous Louis XIV le titre de premier peintre du roi, et, tant par les excellents modèles qu'U envoya en France que par les conseils qu'il donna aux jeunes artistes qui venaient se perfectionner à Rome, il justifia ce titre. Plus le Poussip avança dans la carrière, plus son beau génie se développa. Un peu de dureté, de sécheresse même, aurait pu être reproché à ses premiers ouvrages ; il se corrigea de ce défaut et choisit des sujets dans lesquels les beautés de la nature pussent trouver place. Sans rien perdre du goût élevé que lui avait donné l'étude de l'antique, il sut mettre dans ses compositions de la grâce, du charme, une certaine poésie mélancolique qui touche et fait rêver. Eurydice 'piquée par un serpent pendant qxù Orphée chante auprès d^elle les louanges des dieux^ les liestes de Phocion expulsés de VAttiquey Diogene brisant sa

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coupe, les JFêtes de Cérès et de Bacckus, Booz et IttOh, admirables pages qui ajoutèrent à la gloire du Poussin, furent créées dans les années qui suivirent son retoor à Rome.

Cet artiste ne s'enrichît pas comme plusieurs des peintres célèbres dont nous avons écrit l'histoire. Simple dans ses goûts, il regardait une honnête aisance comme bien préférable à une grande fortune. Il vivait dans une modeste retraite, qu'embellissaient les tendres soins de sa femme et les visites de quelques amis sincères. C'était dans leur conversation que, le Poussin se délassait de ses travaux; et quand les convenances l'obligeaient à voir le monde, il se sentait mal à l'aise et avait hâte de retrouver sa douce solitude. Toutes les supei-fluités d'une vie fastueuse n'ayant aucun prix à ses yeux, il travaillait pour la gloire et non pour l'argent. H avait coutume d'inscrire derrière chaque tableau qu'il terminait le chiffre auquel ce tableau devait être vendu, et il renvoyait tout ce qui lui était offert au delà de son estimation.

Le Poussin avait tant d'amour pour son art, que, devenu le premier peintre de son siècle, il ne croyait pouvoir se dispenser encore d'étudier la nature, et que, quand il quittait son atelier, c'était toujours pour aller demander à la campagne quelque beau site, quelque riant paysage dont il pût orner le fond de ses tableaux. Il n'était pas rare qu'il rapportât de ces excursions des pierres, des mousses, des herbes, des branches d'arbuste ; car il ne pensait pas qu'un pemtre

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pût prendre trop de précautions pour rendre aveo vérité les plus petits détails.

Un travail trop assidu altéra la santé du Poussin, et une attaque de paralysie l'ayant frappé, il comprit que sa carrière ne serait pas désormais bien longue. Il se rétablit pourtant et acheva son beau tableau de la Samaritaine^ qu'il envoya en France à M. de Ghanteloup, qui lui était resté tendrement attaché. Dans la lettre qui accompagnait cette toile, le peintre parlait de sa fin prochaine et annonçait à son ami que ce serait sans doute le dernier ouvrage qu'il aurait la joie de faire pour lui. Il ne peignait plus que quelques heures par jour ; car sa main se fatiguait vite et n'obéissait plus qu'avec peine à ses inspirations, restées aussi vives, aussi lumineuses qu'au plus beau temps de sa jeunesse. La mort de sa vertueuse et bien-aimée compagne fut un coup terrible pour le Poussin. Il se résigna en pensant qu'il ne lui restait plus que peu de jours â passer sur la terre, et il appela de tous ses vœux la moit qui devait les réunir. Le travail vint encore à son aide, et, si souffrant qu'il fût, il acheva les Qtuitre /Saisons^ qu'il avait ébauchées avant sa maladie.

Pendant qu'il s'en occupait, la vie sembla se ranimer en lui ; et ces quatre tableaux achevés, le Poussin, profitant du dernier éclat que jetait ce flambeau près de s'éteindre, entreprit le Déluge^ sublime composition dans laquelle il surpassa tout ce qu'il avait fait de mieux jusque-là. Ce fut son testament de gloire: le Déhuge était à peine terminé, qu'une nouvelle attaque

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de paralysie enleva entièrement à Pillnstre artiste Pasage de ses mains. Il languit pendant quelque temps encore, attendant avec calme et la foi d'un chrétien que sa dernière heure sonnât, et consolant par avance de sa perte ses parents et ses amis. Enfin, quelques jours avant qu'il atteignît sa soixante-douzième année, la nouvelle de sa mort jeta le deuil dans Rome, où il était universellement aimé. On ne déploya point à ses funé* railles un luxe qui eût été en contradiction avec la simplicité de sa vie; mais la population tout entière les honora de ses regrets.

Le Poussin est le plus grand peintre qu'ait eu la France, un des plus grands qu'ait comptés l'Europe. Aucun maître n'a eu la gloire de le former et lui-même n'a pas laissé de disciples. Une composition riche, noble et sage tout à la fois, un dessin correct et savant, des idées ingénieuses, un style élevé et puissant, un bon ton de couleur, des sites bien choisis, quelque chose de doux et de poétique, distinguent les ouvrages de cet homme illustre. De patientes études secondèrent son génie : la géométrie, la perspective, l'architecture, l'anatoraie, l'oocupèrent tour à tour ; puis l'histoire, la poésie, la re» cherche des antiques et la contemplation de la nature remplirent tout le temps qu'il n'employait pas à la culture de son art.

Il a peint avec un égal succès l'histoire, le paysage, la mythologie et les scènes chrétiennes. Il modelait avec beaucoup de bonheur les statues, les bas-reliefs ; et s'il se fmt appliqué à la sculpture, il y eût réussi sans doute comme dans la peinture. Les connaisseurs lui repro-

oheut d'avoir poussé trop loin le goût qu'il avait pour l'antique, et prétendent reconnaître dans ses tableaux quelques-unes des statues qui lui ont servi de modèle ; ils trouvent aussi que les plis de ses draperies sont en trop grand nombre et que ses airs de tête ne sont point assez variés ; mais ces légers défauts, s'ils existent, n'empêchent pas le nom du Poussin de briller parmi les noms les plus illustres dans l'histoire de l'art

Non moins distingué par ses vertus que par ses talents, cet artiste, même aux plus beaux jours de sa gloire, fit preuve d'une modestie et d'un désintéressement au-dessus de tout éloge. Probe, généreux, ami de la justice et de la vérité, il ne brigua point la &veur des grands, ne s'abaissa jamais à encenser leurs qualités, bien moins encore â flatter leurs vices* Il préféra aux intrigues des cours les joies de la famille et les douceurs du travail. Si modeste que iÛt sa maison, elle était le rendez-vous des artistes, et les plus hauts personnages se faisaient un plaisir dy venir converser avec le Poussin, qui était nonseulement un honnête homme dans toute l'acception du mot et un peintre éminent, mais un savant aimable et spirituel.

Un soir, le cardinal Mancini vint le voir. La conversation se prolongea fort tard ; le Poussin travaillait, et le cardinal ne se lassait point d'admirer avec quelle merveilleuse facilité il causait, sans que son pinceau cessât d'agir. Le moment de se retirer vint enfin, et le prélat fit ses adieux à l'aitiste. Le Poussin prit la lampe et reconduisit le noble visiteui*. Le cardinal, confus de la

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peine qu'il lui causait, lui en demanda pardon et ne put s'empêcher de lui dire :

— En vérité, monsieur Poussin, je vous trouve bien à plaindre de n'avoir pas un seul valet.

— Et moi, Monseigneur, répondit le peintre, je vous plains de tout mon cœur d'en avoir un si grand nombre.

Rome possède plusieurs beaux ouvrages du Poussin ; mais la plupart sont en France. Ce grand homme ne laissa point de postérité; il adopta et traita toujours comme son fils le jeune frère de sa femme, Guaspre Dughet, auquel on donne quelquefois le nom de Poussin. Dughet hérita du talent de son beau*frère pour le paysage. Une touche délicate et spirituelle, une connaissance parfaite de Ja perspective, un. ccdoris plein de fraîcheur et de vérité, un rare talent pour représenter les bourrasques, les orages, l'agitation des arbres, enfin des sites d'un effet piquant, donnent beaucoup de prix à ses tableaux. On assure que plusieurs des figures qui animent ces paysages sont de la main du Poussin.

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