‹ Les princes de l'art: architectes, sculpteurs, peintres, et graveursChapitre 3 sur 36 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

La scnlptore est un art qui reproduit, an moyen de matières solides, les objets palpables. L'origine de la sculpture se perd dans la nuit des temps. Les matières sur lesquelles s'exerça d'abord le talent du sculpteur durent être l'argile et la cire, substances flexibles, plus faciles à travailler que le bois ou la pierre. Si nous en croyons les Grecs, un potier de Sicyone aurait été le premier sculpteur, et sa fille, le premier dessinateur, puisqu'elle aurait tracé sur la muraille la silhouette de son fiancé, et que le potier, remplissant d'argile l'espace compris entre ces contoura dessinés au charbon, aurait, en faisant cuire ensuite cette terre, comme les vases qu'il fabriquait, obtenu le portrait solide de son futur gendre.

Hien ne justifie cette prétention des Grecs, et il est probable que l'instinct d'imitation donné à l'homme lui aura fait faire en divers lieux de semblables découvertes. Longtemps, sans doute, on se contenta d'imparfaites images de cire ou d'argile ; puis, les plus hardis chem chèrent à rendre leurs œuvres durables, et le citronnier, le cyprès, le palmier, l'olivier, l'ébène, bois qui ne se corrompent point, s'animèrent sous leur ciseau. Enfin, l'ivoire, les pierres dures, les métaux, furent employés, et le marbre devint, vu la solidité, la finesse et le poli de son grain, la matière la plus estimée par les sculpteurs.

Parmi les peuples qui ont, les premiers, cultivé la sculpture, on doit citer les Égyptiens. Pour conserrer

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la mémoire du roi MœriB, constrnctear d'un lac destiné à assurer la fertilité du pays, ils élevèrent une statue colossale à ce prince et à la reine sa femme. Les différentes pièces des statues égyptiennes étaient l'ouvrage de plusieurs artistes, chacun d'eux ne s'occupant que d'une spécialité, et la réunion de ces diverses parties formait un tout des plus remarquables.

Si les Grecs ont été l'es inventeurs de la sculpture, elle a pendant longtemps fait chez eux fort peu de progrès ; car rien de ce qu'ils produisirent avant le voyage de Dédale en. Egypte ne mérite d'être regardé comme oeuvre d'art. Dédale étudia pendant plusieurs années sous les maîtres égyptiens; à son retour en Grèce, il ouvrit une école d'où sortirent de beaux ouvrages et d'habiles artistes. La sculpture se perfectionna chez les Grecs, comme tous les autres arts, et les cheâ-d'œuvre de Myron, de Lysippe, de Phidias, passent encore aujourd'hui pour ce que la statuaire a produit de plus parfait.

Ce jugement pourrait être taxé de partialité, les modernes ayant aussi créé des œuvres admirables, si les .morceaux antiques ne leur avaient servi, nous ne dirons pas de modèle, mais de guide, en leur enseignant que la véritable beauté consiste dans l'imitation de la nature.

Quand les Romains eurent subjugué la Grèce, les beaux-arts, amis de la paix et de la liberté, y perdirent leur éclat. Les maîtres du monde, peu experts en fait d'arts, ne songèrent point alors à recueillir ce qu'avaient laissé les sculpteurs et les peintres célèbres. Ne connaisaant^ n'appréciant d'autres lauriers que ceux des combats,

6 NOTIOB BUB LB8 BEÀUX-ABTS.

ils n'envièrent pas d'abord â cette terre qu'ils venment d'asservir et qui n'était plus qu'une province de leur vaste empire, le titre de patrie des beaux-arts qu'ella avait longtemps porté; mais quand ils eurent appris qu'il existe une antre gloire que celle d'imposer son joug à l'univers, ils ouvrirent dans leur capitale un asile aux savants et aux artistes. La sculpture, toutefois, ne devint pas très-florissante à Rome. Après avoir prospéré sous le règne d'Auguste, elle fut négligée par ses successeurs^ et la protection qu'elle obtint de Néron fut plutôt nubi« ble que favorable â l'art, ce prince ne jugeant du mérite d'un ouvrage que par son volume et trouvant toujours admirable une statue de proportions gigantesques.

Les arts, tombés dans une complète décadence pendant l'agonie de l'empire romain, se relevèrent lentement et ne retrouvèrent l'élan dont ils avaient besoin que vers la un du xm? siècle. L'époque la plus brillante de la sculpttire fut celle où Jules II et Léon X occupèrent le trône pontifical et où brilla l'immortel génie de Michel- Ange.

La pierre, le bois et le bronze sont les matières le plus ordinairement employées par les sculpteurs ; et parmi les pierres, le marbre obtient, comme nous l'avons dit, la préférence.

L'artiste auquel est confié quelque grand ouvrage en marbre commence par exécuter en terre le modèle du groupe ou de la statue qu'il entreprend ; mais comme, en séchant, l'argile diminue de volume, il ne se contente pas de ce premier travail ; il le moule en plâtre, et dans ce moule il coule, en plâtre aussi, un nouveau modèle sur

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