PRÉFACE. XI
toute simplicité, pour qu'il puisse sans peine, si le cœur lui en dit, réformer et casser mes jugements.
On confond presque toujours deux critiques que Ton devrait distinguer : étant sœurs, elles ont des traits communs, un certain air de famille; mais elles n'en diffèrent pas moins par le but qu'elles poursuivent et par les procédés qu'elles emploient.
L'une a pour objet le passé. Comme les morts sont de bonnes gens qui ne se mettent pas en colère, elle a ses coudées franches.
Comme les morts sont aussi des êtres sur lesquels il est difficile d'exercer une influence quelconque, elle n'a point de conseils à donner, point de souhaits à exprimer. Les regrets mêmes sont superflus. Cette critique-là peut et doit tendre à être de plus en plus précise, scientifique, impartiale, ou, pour prendre un mot qui est presque devenu français, objective. Elle a l'ambition légitime de se rapprocher sans cesse de la vérité défini-
tive. Elle repose tout entière sur ce grand principe qui domine toute science : Il n'y a pas de fait sans cause. Est-elle en face d'une œuvre d'autrefois : elle cherche à en déterminer la nature, à en expliquer la genèse, à en démêler les effets, elle en fait comprendre et goûter l'auteur, en le replaçant dans le milieu où il s'est développé, en le rattachant au grand arbre dont il n'est qu'une fleur. Elle devient ainsi une branche de l'histoire, et son idéal, c'est de s'élever par l'étude des faits particuliers à la connaissance des lois générales qui dominent et résument l'évolution littéraire d'un peuple et la marche de l'esprit humain.
Il peut encore lui arriver parfois d'être militante, parce qu'il y a des morts si vivants qu'on va les chercher pour faire l'éducation ou la satire des générations nouvelles; on proposa les uns à l'imitation des écoliers ; on appelle les autres à la rescousse pour soutenir ou combattre quelque idée neuve. qui se