PRÉFACE. XV
quand elles ne manquent pas tout à fait. Supposez que par hasard la critique possédât la plupartdesrenseignementsnécessaires, qu'elle connût à fond la vie privée, les antécédents, les pensées les plus secrètes de l'homme dont elle est appelée à parler; ce ne serait pas encore assez ; car par raison de convenance, par crainte d'être indiscrète ou blessante, elle serait obligée de garder pour elle la moitié de ce qu'elle saurait. Il lui faut donc examiner Tceuvre en elle-même, détachée de tout ce qui peut l'expliquer ; il lui faut aussi bon gré mal gré rendre un arrêt provisoire. La mettra t- elle hors de pair? La laissera-t-elle confondue dans Tamas des productions semblables? Il lui faut décider, et alors, qu'elle condamne ou approuve, elle prend parti, elle devient un frein ou un aiguillon.
Je résumerais volontiers la principale différence qui sépare ces deux critiques en disant : « La critique est à la fois affaire de science et affaire de goût ; elle se compose
xvf LES PRINCES DE LA JEUNE CRITIQUE.
toujours de constatations positives et d'appréciations personnelles; elle est en même temps objective et subjective (pardon encore une fois de ces mots barbares!). Elle contient ainsi deux éléments qui se combinent à doses inégales. La critique du passé qï la critique du prés€7it diffèrent en ce que la proportion de ces deux éléments est et doit être dans Tune précisément le contraire de ce qu'elle est dans Tautre.
Les écrivains que j'ai voulu étudier dans ce volume étant, Dieu merci! vivants et très vivants, il est naturel que je les aie traités comme tels. J'ai commencé sans doute par exposer avec toute la netteté dont j'étais capable leurs procédés, leurs idées dirigeantes, 1 eur s facultés maîtresses . Mais pou vais-j e m'en tenir là? Non, il me fallait bien dire ou laisser voir mon opinion sur chacun d'eux, formuler ou suggérer une espèce de jugement? Or, juger quelqu'un, c'est, qu'on le veuille ou non, le comparer à un idéal qu'on porte et