‹ Les Princes De La Jeune CritiqueChapitre 6 sur 15 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XVII

regarde en soi-même, si bien que pour rendre raison de mes jugements formels ou implicites le plus simple est de tracer le portrait de ce critique idéal avec qui je confrontais malgré moi les critiques existants.

Bon ! dira quelqu'un, de quel droit celui-ci vient-il nous faire le manuel du parfait critique? — Eh ! mon Dieu ! du droit qu a le premier venu de conter ses rêveries et d'exprimer ses vœux. Rien de plus, mais rien de moins.

Je voudrais donc avant tout que le critique de mes rêves eût une probité littéraire irréprochable, j'entends par là une volonté ferme de trouver" le vrai et de le dire. Je le tiens quitte de l'impartialité, et pour cause; je la crois chimérique, partant impossible à atteindre et, qui plus est, dangereuse à poursuivre. Une œuvre littéraire, à moins d'être à peu près nulle, contient toujours une certaine conception du monde ; et, quand elle n'étale pas les convictions de l'auteur, elle

laisse du moins percer ses tendances. Le critique, en présence des idéesd'autrui, sera-t-il condamné à l'indifférence absolue, au scepticisme obligatoire et universel? Autant lui demander de n'être ni homme ni citoyen, de se ravaler au rang de ces êtres neutres qui ne pensent pas et qui ne comptent pas dans la vie intellectuelle d une nation ! Triste besogne que la sienne, s'il est réduit à apprécier la forme d'un écrit, la façon dont les phrases s'enchaînent et se déroulent, sans jamais pénétrer jusqu'aux pensées que ces phrases habillent ! Mais où est-il Thomme sans opinions d'aucune sorte ? Prof esser qu'on n'en a point, c'est encore en exprimer une ; c'est désapprouver ceux qui affirment ou nient quelque chose. Le fait est que le critique, en qualité d'artiste, de penseur, de membre d'une société vivante, ne peut manquer d'avoir ses préférences et qu'il a, aussi bien que personne, le droit, le devoir même, de travailler à les faire prévaloir. Lanfrey voulait qu'il fût tou-

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