PRÉFACE. XIX
jours armé en guerre. « La destinée de la critique, écrivait-il, est de rester telle que nos pères l'ont comprise : le grand redresseur de torts du genre humain. C'est une guerrière et non une virtuose. «J'admettrai, si Ton veut, que, par réaction contre ceux qui voulaient l'endormir dans les molles délices du dilettantisme, il exagérait à son tour, en la transformant en amazone ; il n'en sentait pas moins très justement qu'un critique, en jugeant les œuvres d'une époque ou d'un pays dont il est fils, ne saurait être désintéressé, même et peutêtre surtout quand il affecte de l'être.
Arrière donc la fausse impartialité ! Mais s'il est incapable, comme nous le sommes tous, de se défaire de certaines convictions ou de certaines prédilections qui sont le fond même de sa nature, s'ensuit-il qu'il ne doive rien faire pour diminuer les chances d'erreur qui en résultent? Faut-il laisser agir en toute liberté la prévention qui crève si agréablement les yeux de l'esprit? C'est ici qu'intervient la probité lit-
y rai re . Elle met d'abord en garde contre Texcès d'indulgence ou de sévérité inspiré par la sympathie ou Tantipatliie à l'égard des personnes. Elle réagit contre ces illusions du cœur, dont il est si doux d'être dupe et si facile d'être victime. pauvre vérité ! Que de dangers la menacent! Tantôt, c'est l'éloge trop libéralement accordé à un ami par affection, par bonté d'âme, par pitié quelquefois pour un amour-propre malade. Tantôt, c'est réchange d'épithètes aimables avec le cher confrère, que l'on qualifie d'éminent pour être traité par lui de spirituel ou de profond.Villemessantconte quelque part qu'il avait ouvert aux bureaux de son journal un livre en partie double, avec doit et avoir, tout comme un négociant de la rue Saint- Denis. Amédée Achard venait-il à dire de Jules Janin : « Voici que le prince de la critique, plus jeune et plus alerte que jamais, vient encore d'écrire de sa plume érudite et fine un roman qui..., un roman dont... etc., etc. » Aussitôt \'iileme6sant inscrivait sur son