‹ Les princes de la maison royale de SavoieChapitre 2 sur 8 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

Dès les premiers jours, Victor- Emmanuel marcha contre les troupes autrichiennes qui débordaient du Tjrol, et prit glorieusement part au combat de Chiari oh il reçut plusieurs coups de feu dans ses armes et oh le prince Eugène et Catinat furent blessés. Villeroy succéda à ce dernier dont la cour était mécontente, et se laissa faire prisonnier à Crémone, perte, dit un contemporain , peut-être préférable à une victoire , pour l’armée française dont Vendôme vint alors prendre le commandement. En 1703, Victor-Âmédée resta à Turin, tandis que ce général et le roi d’Espagne dirigeaient les opérations contre le prince Eugène. Mécontent depuis quelque temps de la façon dont on le traitait, irrité des humiliations même qu’on lui faisait éprouver, le duc céda à sa mauvais humeur, et après la bataille de Luzzara et la prise de Guastalla, il se décida à écouter les propositions que l’empereur lui transmit par le comte d’Aversberg. M. de Phélippeaux, ambassadeur à Turin, engagea son gouvernement è ne rien négliger pour ramener Victor-Amédée. Louis XIV répondit en ordonnant au maréchal de Vendôme de désarmer le contingent des troupes de Savoie et de s’assurer de la personne du duc ; ce dernier appela aussitôt son peuple aux armes, et déclara la guerre après que les deux souverains eurent échangé, d’après M. le marquis de Beauregard, les deux billets qu’il reproduit : « Monsieur, avait écrit le roi, puisque la religion, l’honneur et votre propre signature ne servent de rien entre nous, j’envoie mon cousin , le duc de Vendôme, pour vous expliquer mes volontés ; il vous donnera vingt-quatre heures pour vous décider. » — « Sire, ré-

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pondit Victnr-Amédée, les menaces ne m’épouvantent point ; je prendrai les mesures qui me conviennent le mieux relativement à l'indigne procédé dont on a usé envers mes troupes. Je n’ai que. faire de mieux m’expliquer et ne veux entendre aucune proposition. »

Vendôme eût voulu attaquer immédiatement Turin, mais la fièvre des rizières et l’épizootie sur les chevaux avaient trop fatigué l’armée pour qu’il pût tenter un siège sans du renfort, que le roi ne fut pas en état de lui fournir. Vendôme s’établit dans l’Astesan pendant qu’il faisait envahir la Savoie en comptant écraser le duc au printemps suivant, mais il ne put pas empêcher, malgré de hardis efforts, M. de Strahremberg d’amener 15,000 impériaux sur le Tanaro (janvier 1704) ; le principal théâtre de la guerre fut reporté du bas Pô au pied des Alpes , et nos troupes se trouvèrent brusquement séparées du Milanais par un massif de montagnes et une triple ceinture de places fortes.

Nous allons maintenant passer plusieurs années au milieu des guerres, et les Etats du duc de Savoie vont revoir les plus mauvais jours du siècle précédent. M. de Vendôme s’empara de Verceil dont il rasa les fortifications; d’Yvrée, que défendit bravement le < baron de Perron, ancêtre du général de ce nom qui, après avoir longtemps servi la France, périt à la bataille de Novare ; de Verrue, après cinq mois d’attaque; de Cbivas. La lutte prenait des propositions terribles ; le duc avait à combattre le duc de la Feuillade, tandis que Vendôme s’en prenait au prince Eugène et le rejettait en Tyrol après l’avoir battu à Cassano. Au com-

mencement de 1706, Victor-Amédée perdit encore Nice et Montmeillan, qui furent également démantelés ; à la fîn de mars l’investissement de Turin était complet. On regardait en France la chute de cette capitale comme la fin de la guerre, et elle devait l’être si l’on en juge par les conséquences qu’entraîna l’événement contraire. Louis XIV désirait avec passion le succès et ne fit rien épargner pour accélérer les travaux du siège et y fournir tout ce qui était nécessail'e. Le duc ne négligea rien non plus ; le marquis de Cardil et le comte d’Alery furent chargés de la défense de la ville et de la citadelle avec quatorze régiments piémontais, sept de troupes impériales et une assez nombreuse bourgeoisie armée. M. de la Feuillade commanda l’armée du siège, pendant que le duc d’Orléans cherchait à empêcher le prince Eugène de renouveler les manœuvres de ravitaillement du comte de Stahremberg ; il vint se joindre au duc de la Feuillade, après avoir échoué dans cette expédition. Le siège fut mal mené, et les assauts n’ayant pas réussi avant l’approche des impériaux, dès la fin d’août l’insuccès était certain. Le duc d’Orléans proposa vainement d’attaquer l’armée qu’amenait le duc Victor-Amédée à son-cotisin, Marsin et La Feuillade s’y refusèrent obstinément en alléguant la défense du roi de tirer les troupes de siège de leurs lignes. Le 7 septembre enfin, nous fûmes attaqués et la défense fut magnifique, mais se termina par une retraite en désordre par les ponts de la Stura, de la Doire et du Pô, la perle de l'artillerie et l'abandon du siège. Le duc d’Orléans, qui avait reçu deux blessures, se replia sur le gros de l’armée, en amont de Turin,

mais ses généraux le' pressèrent de continuer le mouvement en arrière, en réassurant, ce qui n’était pas, que les ennemis occupaient déjà la route de Chieri et de Moncaglieri , et le forcèrent de gagner Pignerol : « Ce fut, dit M. H. Martin, celte funeste résolution qui changea un échec en un véritable désastre. »

Le reste de l’année se passa pour les alliés à reprendre toutes les places que nous avions occupées, et dans l’hiver de 1707, nous ne possédions plus que Mantoue et Mirandole au-delà des Alpes. L’empereur prit alors possession du Milanais et du Mantouan, en cédant au duc, conformément à ses engagements, l’Alexandrin et la Lomelline. Puis Viclor-Amédée avec le prince Eugène, renouvelant l’entreprise du duc Charles-Emmanuel, prit à son tour l’offensive et entra en Provence , tandis que la flotte anglai.se de l’amiral Shovel se présentait devant Toulon. La Provence était confiée au maréchal de Tessé qui disposait d’une assez faible armée, composée en grande partie des garnisons qui revenaient de Lombardie. Le maréchal se montrait peu rassuré dans sa correspondance ; ses troupes étaient affaiblies et découragées, sa cavalerie mal montée, l’argent manquait et le peuple était dans une position que M. de Tessé reconnaît en disant qu'il n’a ni de quoi avoir un fusil, ni de quoi acheter une livre de poudre. Nous commençâmes par évacuer Nice dont la défense était impossible, et on réunit toutes les forces sur le Yar et vers Toulon qui était évidemment le but de l’expédition. L’ennemi cependant franchissait le Gol-de- Tende, au nombre de huit mille fantassins et huit mille cavaliers (6 juillet) ; il entra facilement à Fréjus, etTou-

Ion, bloqué par quarante-huit vaisseaux de ligne, était dos plus menacé ; un retard de quelques jours, nécessité par l’arrivage de l’artillerie, permit à M. de Tessé de masser trois divisions sous les murs do cette ville oîi on avait fait des prodiges pour la mettre en état de défense. Le prince Eugène reconnut, du premier coup-d’œil, des difficultés presqu’insurmontables et proposa de renoncer au siège, mais le duc fit débarquer cent vingt canons par la flotte; l’attaque commença le 26 juillet et se prolongea jusqu’au 22 août. Les princes savoisiens, voyant qu’ils ne faisaient aucun progrès et que des renforts se dirigeaient vers la Provence , durent se résigner à une retraite devenue urgente; ils levèrent leur camp et reprirent, la route de Nice, obligés d’activer leur marche à cause des paysans qui harcelaient les troupes; ils avaient même complètement évacué le comté de Nice dans la première semaine de septembre. Ils s’en indemnisèrent en reprenant Suse qui ne put être secourue à temps ; néanmoins , la campagne de 1707 avait été plus heureuse pour nous et la France avait offert une nouvelle preuve des forces prodigieuses et inattendues dont elle peut toujours disposer. L’année suivante, Victor-Amédée eut à l’éprouver une seconde fois, dans une tentative infructueuse sur Briançon , ce qui lui faisait dire que s’il était aisé d’entrer en France, il était difûcile d’en sortir. La guerre cependant, sans cesser, se ralentit singulièrement au Midi, tandis qu’elle continuait avec acharnement dans la Flandre et que nous y éprouvions les plus sanglants revers en faisant les plus glorieux efforts. Le maréchal de Bcrwick avait succédé alors au maré-

chai de Villars et n’avait d’autre mission que de couvrir nos frontières des Alpes. Louis XIV cherchait à négocier avec Victor-Amédée, mais cette fois sans pouvoir parvenir à le séparer de ses alliés.

Les dernières années du règne de Louis XIV ont été des plus tristes de notre histoire ; la guerre de la succession d’Espagne aboutit aux traités d’Utrecht et de Rastadt qui donnèrent au duc la Sicile avec le titre royal, le remirent en possession de tous ses Etats avec les agrandissements promis, en 1703, par l’empereur Léopold ; nous lui abandonnions même Exilles, Fenestrella, et toutes les eaux pendantes des Alpes, tant du côté de Nice que du côté du Piémont. « Victor-Amédée, dit M. de Beauregard, avait vu tomber dans le cours de ces deux guerres la plupart des forteresses françaises qui défendaient depuis si longtemps l’entrée de ses Etats, mais il avait vu tomber en même temps celles qui avaient tenu ses pères et lui sous le joug, et il ne restait plus que des décombres aux lieux où s’étaient élevés Vorcoil, Verrue, -Nice et Montmeillan. Casai et Pignerol avaient disparu, et l’on pouvait croire que les Français avaient renoncé de bonne foi à leurs excursions en Italie. »

Aux termes même de traité d’Utrecht , Victor- Amédée restait le maître de garnir ses frontières de forteresses nouvelles, placées où bon lui semblerait , ce qui devait en même temps rendre sa position bien meilleure qu’elle ne l’avait été par le passé. La puissance autrichienne était plus que jamais en mesure de lui servir d’appui ; son territoire était considérablement agrandi, soit du côté de la Lombardie, soit du côté du

Montferrat, cause de tant de gu erres, qui était enfin réuni

tout entier dans ses mains. Son droit éventuel à la

couronne d’Espagne était solennellement reconnu (1) : il avait vu cette brillante couronne bien près d’étre placée sur sa tête. En attendant, il s’était élevé au rang des rois. Enfin, possessionné aux deux extrémités de l’Italie, son ambition pouvait lui laisser entrevoir un temps, où, favorisé de nouveau par les circonstances, lui, ou les siens, pourraient remplir l’intervalle qui sépare le Piémont de la Sicile. On raconte qu’il comparait alors la Péninsule à un artichaut qu’il faut manger feuille à feuille.

Victor-Amédée partit le 23 octobre 1 713 pour la Sicile et y fut couronné au milieu des plus splendides cérémonies; il demeura, avec la reine et son second fils, un an dans son royaume et y laissa le marquis Maffei avec le titre de vice-roi. Il avait épousé en 1686, Marie- Anne, fille du duc d’Orléans et nièce de Louis XIV, et en avait eu huit enfants. A son retour de Palerme, il perdit spn fils aîné auquel il avait laissé le gouvernement en son absence, et presque coup sur coup deux de ses filles. Puis il se trouva de nouveau entouré de grandes complications, quand Albéroni, ayant pris en Espagne la direction des affaires, alla reconquérir la Sicile où rien n’était prêt pour résister (juillet 1 74 8) . Victor-Amédée invoqua l’appui des puissances garantes; elles se bornèrent à entamer quelques négo-

(1) lÆ gouTernement de Louis XIV voulant re.streindre la puissance autrichienne consentit très-volontiers à recounattre le droit de la maison de Savoie h la couronne d’Espagne en cas d’extinction de la branche des Bourbons et à l’exclusion de tout autre prétendant.

dations; cependant l’empereur ayant conclu une trêve avec le sultan attaqua avec des forces considérables les Espagnols et leur enleva rapidement les côtes de Sicile et de Sardaigne. Le traité de Londres et de la quadruple alliance régla l’affaire de la Savoie sans laisser éclater de nouvelles luttes, et on attribua au duc la Sardaigne à titre de dédommagement. Il accepta le 10 novembre 1718 et prit le titre de roi de cette île. Puis il se consacra à l’amélioration de l’administration intérieure et notamment à l’organisation de l’armée dont il fixa l’effectif à trente mille hommes. En peu de temps, il obtint les résultats les plus satisfaisants, et un contemporain, le comte d’Argenson écrivait : « De son temps, la Savoie et le Piémont présentoient une monarchie aussi bien réglée qu’auroit pu l’être une république. C’était, pour ainsi dire, un Etat tiré au cordeau : on y pourvoyoit à tout. Les vastes monarchies, pour se relever de l’indolence que leur grandeur entraîne, pourroient prendre dans celle-ci des leçons utiles applicables à chacune de leurs provinces. » Victor-Amédée put même mettre les finances dans la meilleure situation en doublant le revenu que lui avait légué son père ; il répartit équitablement les contributions, favorisa l’industrie, publia un code de lois, réglementa l'instruction publique et donna une vive impulsion aux études en favorisant hautement les lettres et les sciences; il se sépara cependant aussi des Jésuites dont l’absence compromit , jusqu’à un certain point, le succès des études; enfin, il mit fin à diverses difficultés avec la cour de Rome. Victor- Amédée créa trois secrétaires d’Etat au lieu d’un seul

pour l’expédition des affaires, et divisa leurs travaux en relations extérieures , intérieures et de la guerre ; il tenait à tout voir par lui-méme et rencontra dans cet excès de travail le seul embarras grave qu’on pouvait redouter : il se perdit un peu dans les détails et afficha une trop grande confiance en lui-méme.

On a donné divers prétextes à la cause qui détermina le roi Victor-Amédée à abdiquer. On a supposé même qu’à la mort du duc de Parme il traita presque simultanément avec l’empereur qui lui promettait le gouvernement du Milanais et avec les Espagnols qui s’engageaient à lui livrer le Navarrais et le Parmesan, et qu’il ne trouva d’autre moyen de sortir d’embarras que de quitter son trône; d’autres assurent, et cette version est la plus accréditée, qu’ayant perdu sa femme et désirant épouser une de ses sujettes, il voulut pour cela recouvrer sa liberté. Le 3 septembre 1740, il rassembla au château de Rivoli tous les grands de l’Etat sans qu’aucun fût prévenu, excepté le prince héréditaire, et il leur en fit la solennelle notification. Après avoir déployé dans cette dernière séance de son règne l’air fier qui lui était naturel, il ne témoigna plus qu’affabililé à tous ceux qui l’entouraient. Parlant indifféremment do la couronne aux grands et à tous ceux que la curiosité avait amenés à Rivoli , il ne les entretint que de l’obéissance qu’ils devaient à leur nouveau monarque. Il passa ensuite dans l’appartement de la princesse de Piémont, qu’il déclara reine, et lui présenta la comtesse de Saint-Sébastien qu’il avait épousée en secret, un mois auparavant, en la créant marquise de Spino : — « Ma fille, lui dit-il, je vous présente une dame

LES ROIS DE SARDAIGNE Mi

qui veut bien se sacrifier pour moi. Je vous prie d’avoir des égards pour elle et pour sa famille (1).

» On se rendit au salut dans l’église des Capucins ; lorsque le prêtre qui récitait les prières fut à celle qu’on fait ordinairement pour le roi, il s’arrêta, ne sachant lequel du père ou du flls il devait nommer .Victor, d’une voix forte, s’écria : Carolum-Emmanuelem ! »

Victor-Amédée a occupé avec justice une place considérable parmi les grands hommes du xviii* siècle ; mais cependant il a plutôt acquis sa réputation comme souverain, comme politique, comme administrateur, que comme homme de guerre ; il fit pour -sa cour ce que Charles-Emmanuel avait fait au siècle t>i'ôcédent, il y attira la noblesse et lui donna de l’éclat et du développement; comme l’a dit très-ingénieusement un auteur, il créa un caractère national à ses sujets ; mais on doit lui adresser le reproche d’avoir trop imité les mœurs de Louis XIV, auquel il ressembla encore par son second mariage ; il eut plusieurs maîtresses, une surtout dont la vie a été l’un des plus piquants épisodes de cette époque et que la chaîne des événements m’a forcé de négliger, la belle Constance de Luynes, mariée au marquis de Verrue, et qui, pendant plusieurs années, gouverna absolument le roi, qu’elle n’écouta, on le sait, qu’entraînée par les conseils de sa propre famille (2) . « Ce prince, cependant, dit M. de Beau-

(I La flilc du comte de Cumiana , grand maître de la maison du roi, ancienne fillo d’honneur de Madame Royale, mère du roi, veuve du comte de Saint-Sébastien et Agée alors do cinquante ans ; le roi l’aimait depuis longtemps, et elle prit le plus grand ascendant sur lui. Elle reçut le titre de marquise de Spiro.

(2) Jeanne-Constance d’Albert de Luynes, née en 1670, morte en 1736 : elle se lit aussi connaître par ses relations avec lus philosophes et les artistes, et laissa de magnifiques collections.

4iî “les rois de SARDAIGNE

regard , honora le trône ; il avait su s’élever , et si les derniers événements de sa vie en ternirent l’éclat momentanément, ils n’eiîaceront point aux yeux de la postérité équitable, quarante-cinq ans de gloire et de travaux, tous dirigés au bien de son pays (I). »

Charles-Emmanuel III ne changea rien au gouvernement ni au personnel des fonctionnaires ; tenu assez on dehors des affaires pendant plusieurs années, le roi Victor-Amédée l’avait rapproché de lui depuis quelque temps ; il avait mis beaucoup de soin à l’initier à son système, à lui faire aimer l’exactitude et les détails, comme lui, mais il n’avait pu le débarrasser do l’ascendant qu’il avait /îonquis sur lui, et le nouveau roi ne put s’empêcher de lui rendre compte de ce qu’il faisait jour par jour et de le consulter sur toutes les questions d’importance ; il passa même deux fois les monts pour aller prendre de vive voix l’avis de son père, quand l’événement le plus inattendu vint rompre

(<) roi Victor-Emmanuel devint veuf en I7SI et eut huit enfanta ; cinq moururent jeuuea; les autres furent :

Charles-Emmanuel, duc d’Aoste, puis prince de Piémont;

Marie-Adélaïde, duchesse de Bourgogne, puis dauphine de France, la princesse chérie de Louis XIV, dont elle égaja les dernières années et dont Saint- Simon parle si souvent : elle mourut six jours avant son mari, le <3 février 4713 ;

Marie-Louise-Gabriclle , reine d’Espagne, morte en 47U ;

Victor-Amédée n’eut pas d'enfants de la comtesse de Saint-Sébastien, mais il laissa de la marquise de Verrue deux bâtards légitimés ; le marquis de Suse, lieutenant-général, mort en 47BO, et la princesse deCarignan, née à Turin le 37 avril 1701.

celte bonne intelligence et réduire Charles-Emma'nnel à user de rigueur.

Le roi et la reine allèrent visiter à Chambéry (1), oh il s’était retiré, Victor-Amédée, et le trouvèrent singulièrement fatigué par une récente attaque, puis ils se rendirent aux eaux d’Evians (juilleM73I), comptant y passer quelques semaines. La comtesse de Saint- Sébastien souffrait avec peine cependant l’état obscur oh elle était réduite, et ne cessait' de démontrer à Victor quelle faute il avait commise en descendant du trône. Prenant pour prétexte, à ce moment, l’incommodité du palais de Chambéry, qui d’ailleurs tombait à peu près en ruine, elle lui 6t remarquer qu’il avait le droit de choisir sa résidence oh bon lui semblerait en Piémont, dont le climat lui était préférable ; ello

(1) le TÎeux roi était parti pour Chambéry le i septembre à 7 lieures du matin, avec un seul attelage , quatre valets de pied , un valet de chambre, quatre cuisiniers, et avait fixé ses revenus k 150,000 livres. 11 avait du reste toujours aimé la simplicité. • Je ne lui ai Jamais vu, dit Blondel, chargé d’affaires de France, qui a laissé des mémoires manuscrits extrêmement curieux et cités par le marquis de Bcauregard, pendant sept ans, hiver et été, qu’un mince habit de drap, couleur de café, sans or, ni argent; de gros souliers à deux semelles, des bas drapés l’hiver et de 111 en été; jamais de dentelles; de fortes chemises de toile de Guibert, garnies de batiste, prétendant que c’étaient les seules convenables à la santé. Son épée était d’acier l'ouillé , garnie d’un cuir le long do la poignée pour ne pas user les basques de l’habit; et pour canne un jonc avec une pomme de coco, et une tabatière d’écaille garnie d’un cercle d’ivoire. Il n’avait de magnifique que sa perruque et son chapeau, et comme il aimait fort à se promener, il avait de plus dans sa garde-robe un surplis de drap bleu en forme de redingote qu’il mettait les jours de pluie. II faisait parade de sa simplicité et badinait avec son fils, lequel, au contraire, aimait alors assez la magnificence des meubles, des habits, des dentelles et des diamants. Le roi Victor-Emmanuel avait une robe de chambre d’été et d'hiver de taffetas vert doublé d’ours blanc ; l’hiver l’ours était en dedans, l’été en dehors. La dépense de la table du roi à Turin était fixée par jour à dix louis, et dans sa maison de campagne & quinze louis, parce qu’il y avait une seconde table pour les invités, les premiers gentilshommes de la chambre et les étrangers, quoiqu’elle ne fît servie que des dessertes de celle du roi même, dans laquelle il y avait des plats entamés, mais qu’on augmentait de quelques entrées en rêtis de plus. •

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lui fil sentir surtout le poids de son oisiveté et le décida sans trop de mal à exécuter le plan le plus insensé qu’on pût imaginer : reprendre la couronne pendant l’absence de son fils , ce dont il croyait la réalisation facile à cause du caractère soumis et craintif du jeune prince. On raconte qu’agité par ce projet, Victor- Âmédée sortit le soir avec la marquise de Spino pour faire une promenade en carrosse. La foule des curieux entra, suivant l’usage, pour visiter les appartements du château, mais le roi et sa femme étant revenus plus tôt qu’on ne s’y attendait, et la foule aussi s’étant écoulée, un jeune ecclésiastique de campagne resta dans la chambre du prince ; troublé, et ne sachant retrouver la porte d’entrée , il se jeta derrière une portière, d’oîl il put entendre une longue conversation entre le roi et la marquise : c’était le développement du projet qui le préoccupait. Ce jeune prêtre étant parvenu à s’échapper sans être remarqué, prit conseil près do son directeur, partit la nuit môme pour Evians, où, trouvant le roi au milieu des préparatifs d’une fête, il lui révéla tout (4). Charles-Emmanuel monte à cheval une heure après et rentre à Turin Je lendemain, tandis que son père arrivait à Rivoli, oh il alla immédiatement le voir et le fit installer dans le château de Montcalier, pour répondre aux plaintes qu’il formulait à cause de sa résidence en Savoie. Du reste, les deux princes dissimulèrent le fond de leur pensée. Mais Victor-Amédée ne pouvait se décider à renoncer à son projet, stimulé constamment par la mar-

( 4 ) Ce prêtre se nommait Hiebon : U mourut recteur de la paroisse de • Sainte-Ombre, près de Cbambér;.

quise de Spino ; enfin, le 25 septembre au soir, il manda l’un de ses ministres, le marquis del Borgo, et lui parlant en toute franchise, il lui ordonna de rapporter le lendemain son acte d’abdication et de signifier A son fils sa résolution de reprendre les rênes du gouvernement. Le marquis ne pouvait refuser en présence do l’agitation où se trouvait alors le vieux roi ; mais à peine celui-ci fut- il seul, qu’il se repentit de s’être ainsi laissé aller, et se mit à douter des dispositions de Charles-Emmanuel ; il voulut donc brusquer le dénouement, et, montant à cheval à minuit avec un aide de camp , il se présenta à la passe de secours de la citadelle de Turin que le gouverneur, le baron de Pallavacint de Saint-Remy, refusa d’ouvrir sans un ordre par écrit du roi régnant. Victor rentra plein de dépit à Montcalier ; mais pendant ce temps, le marquis del Borgo avait prévenu Charles, et un conseil extraordinaire se tenait, dont la décision fut singulièrement hâtée par l’arrivée d’un billet du baron de Saint-Remy. On put alors arracher au jeune roi l’ordre d’arrêter son père, ordre qu’il ne signa néanmoins qu’en pleurant et d’une main si mal assurée que le marquis d’Orméa fut obligé de l’aider. Ce dernier partit sans attendre un instant, et se présenta dans la nuit du 27 au 28 septembre à Montcalier,’avec un certain nombre de soldats. Le comte de la Pérouse entra dans le château, se saisit de tous les gens de service qu’il rencontra, et pénétra enfin dans la chambre oh le roi était au lit avec la marquise de Spino ; celle-ci voulut s’enfuir à deminue, mais elle fut prise et mise dans une voiture qui l’emporta au château de Ceva. Quant au vieux roi.

dormant suivant son habitude d’un sommeil presque léthargique , on eut grand peine à l’éveiller ; mais quand il reprit connaissance, ce fut pour céder à un véritable accès de rage « à faire trembler les plus hardis » ; on l’enleva de son lit avec une couverture et on le transporta dans un carrosse préparé pour lui et où il voulut être seul. Le marquis d’Orméa plaça à chaque portière MM. de la Pérouse et Solar, et à l’entour un cordon de soldats. Viclor-Amédée fut ainsi amené au château de Rivoli dont on avait grillé toutes les fenêtres , et il y passa quelques jours en proie aux mêmes accès de violence : « On ne put rien laisser à sa portée qui4>ûtle blesser, rien qui pût lui donner des moyens d’écrire, et ses gardes , ses domestiques, avaient défense, quand il les interpellait, de ne répondre autrément que par une profonde inclination (1). » Mais Charles-Emmanuel se relâcha de cette rigoureuse sévérité dès que son père fut plus calme; il le fit reconduire à Montcaliur, lui rendit quelques-uns de ses gens, et permit même â la marquise de Spino de le rejoindre, bien qu’elle se fût sans doute bien passée d’une pareille condescendance, car ce n’était pas une prison qu’elle s’était promis do partager avec son royal époux (2) ; le vieux roi ne voulut pas la revoir et d’ailleurs ne survécut pas longtemps à ces rudes secousses (3).

Cependant il avait fallu expliquer ces étranges événements aux cours étrangères, et le 2 octobre on expé-

(<) Blondel. ■

(3) Marquis de Beauregard.

(S) Il mouniC le 31 octobre 1733, étant depuis quelque temps dans un protooi abattement; la marquise fut transportée à la Visitation de Pigneroi.

dia une dépêche circulaire annonçant « la cruelle nécessité oii le roi était de faire renfermer son père atteint d’une aliénation d'esprit, et de le séparer d’une femme intrigante qui, abusant de sa situation, tendait à bouleverser l’Etat. >' Du reste, à la cour, on tin^ à faire oublier le plus possible ces pénibles incidents, et un écrivain presque contemporain, le doge Marco Foscarini, qui fut ambassadeur de Venise à Turin, dit dans ses mémoires : « Quelles qu’aient été les causes sinistres de l’abdication de Victor-Amédée et les raisons qui forcèrent son successeur à tenir une conduite rigoureuse envers lui, on gardait de mon temps à Turin un silence absolu sur ces événements. » Charles-Emmanuel ne rentra jamais ni à Montcalier, ni à Rivoli. La guerre cependant allait distraire les esprits, en recommençant entre la France et l’Autriche sous le prétexte de l’élection d’un roi de Pologne. « Le roi de Sardaigne n'avait qu’un vœu à former en cette circonstance , celui de voir rentrer la balance de l’Italie entre ses mains, et l’équilibre maintenu ou plutôt rétabli entre les deux grandes puissances rivales, de manière à n'avoir lui-même rien à craindre ni de l’une ni l’autre. Ce fut cette considération qui le jeta dans le parti des Bourbons, dont il se promettait bien de combattre en temps utile les vues trop ambitieuses, mais qui, le plus faible alors , aurait, en succombant , laissé l’empereur maître de tout dans cette contrée. Charles-Emmanuel s’était vA rechercher par les deux partis, mais la cour de Vienne, convaincue qu’il n’oserait se déclarer entr’eux, avait refusé de mettre un prix convenable à son alliance. » Le Milanais servit encore d’enjeu, et

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Louis XV promit à son oncle de l’y installer solidement, s’il voulait le soutenir. Tout fut préparé dans le plus grand secret : Charles-Emmanuel réorganisa scs armées, ravitailla les places de la frontière, et enfin déclara la guerre à l’Autriche, le 14 octobre 1733. Aussitôt le marquis de Carail bloque Novare, M. de la Pérouse investit Tortone et une armée de cinquante mille hommes, dont quarante mille Français, sous les ordres du roi, campe à Vigevano et passe bientôt le Tessin. Les Autrichiens surpris ne purent résister nulle part, et, avant le 15 février, toute la plaine était sohmise et les villes enlevées; le maréchal Daun et les forces ennemies s’étaient retirées à Mantoue dont on songea à faire immédiatement le siège ; cet avis — celui du maréchal de Villars — ne fut malheureusement pas écouté, et l’on passa le reste de l’hiver à s’organiser; mais le maréchal en conservait rancune au roi (1). On reprit l’offensive au mois d’avril; tous les efforts devaient ôtre concentrés pour le passage de rOglio et la prise de Mantoue, mais la conduite des Espagnols compliqua la situation ; car au moment oü leur concours était le plus nécessaire, ils ne voulurent écouter aucun avis et se dirigèrent, à travers l’Etat Romain, vers la frontière Napolitaine. Ainsi affaibli, et moins confiant, Charles-Emmanuel commença à craindre que le gouvernement français ne vînt à le soutenir mollement, et il chercha dès lors, tout en continuant la lutte, à ne pas se priver de toute chance de réconciliation avec l’empereur. Au lieu d’un campagne

( 1 ) Les autres principaux oCBciers généraux étaient MH. de Coigny, de Broglie; de Maillebois, de Posey et de Breil.

glorieuse et décisive, par laquelle Villars avait espéré terminer sa carrière, il en voyait désormais le succès compromis, d’autant plus que ces retards avaient per-^ mis à de Mercy d’arriver du Tyrol avec une forte armée et de gagner le Parmesan , d’oli il pouvait couper les Franco-Piémontais elles Espagnols (2 mai). Villars entraîna lé roi au delà de l’Oglio, mais il était trop lard pour prendre l’ennemi à revers. « Le roi et le maréchal, en faisant une reconnaissance avec les gardes du corps de Charles-Emmanuel et quatrevingts grenadiers, se trouvèrent tout d’un coup en présence d’un assez gros parti qui fil feu sur eux. On pressait le roi de se retirer. — Ce n’est pas ainsi qu’il faut sortir de ce pas, s’écria Villars 1 — il mil l’épée à la main, le roi en fit autant et tous deux chargèrent à la tête des gardes du corps ; l’ennemi enfoncé se dispersa. Comme le roi complimentait le vieux maréchal sur la vigueur et l’activité qu’il avait conservées. — Sire, ce sont les dernières étincelles de ma vie ; c’est ici la dernière opération de guerre où je me trouverai, et

« C’eit ainsi qu’en fartant je lui fais mes adieux (I). »

Villars avait en effet obtenu son rappel et quitta le camp le 27 mai, mais épuisé de fatigue, il tomba malade à Turin et y mourut le 17 juin, âgé de quatrevingt-deux ans.

On se battit cependant bientôt et ce furent de grandes et sanglantes batailles que celles de Parme, de Quistello et de Guastalla où le roi fit des prodiges de valeur

(t) Histoire de France de H. Martiu, tome xv.

el de témérité ; dans cette dernière affaire les alliés eurent huit officiers généraux tués ou blessés. L’année suivante, malgré les négociations dont l’Angleterre et la Hollande prirent l’initiative, les hostilités continuèrent, mais on ne fit rien de considérable ; le duc de Noailles remit d’abord dans l’armée un ordre trèsnécessaire, et les Espagnols, cette fois, fournirent un contingent respectable. On se borna cependant à assurer la conquête de la Lombardie, en bloquant simplement Mantoue ; une suspension d’armes survint d’ailleurs vers le mois do septembre et les troupes restèrent dans leurs positions jusqu’au traité do Vienne, conclu le 15 avril 1730, qui donna les Deux-Siciles à la maison de Bourbon et rendit le Milanais à l’empereur, à l’exception du Novarrais, du Tortonais et de quelques fiefs qui demeurèrent réunis au royaume de Sardaigne.

Tout cependant semblait annoncer que cette paix ne serait pas de longue durée, et Charles-Emmanuel, dès le lendemain de sa rentrée à Turin, s’occupa de doter ses Etats de la plus forte organisation militaire. Et en effet, moins de six ans après, la mort de l’empereur Charles VI vint rallumer les hostilités. Le roi ne put conserver la neutralité au milieu de cette conflagration générale ; mais, cette fois, les mêmes raisons qui l’avaient décidé naguère à s’allier à Louis XIV le jetèrent dans le parti de Marie-Thérèse, voulant, avant tout, maintenir l’équilibre en Italie, et empêcher les Bourbons, qui maintenant avaient une si forte position dans le nord de la Péninsule, de l’envahir, et en quelque sorte de l’asservir, ü s’accorda donc avec la reine de Hongrie, en février 1742, en lui promettant de ne pas faire valoir, pendant la guerre, ses droits sur le Mila-

nais, objet constant de l’envie des princes de sa maison, et à la prévenir deux mois à l’avance si ses intérêts le forçaient à l’abandonner (1). C'était, comme a dit Voltaire, le traité de deux ennemis qui ne songent qu’à se défendre d’un troisième. Mais la cour de Vienne ne pouvait discuter, car il lui fallait conclure à tout prix, les troupes espagnoles remplissant déjà la Toscane.

Tous les préparatifs militaires étaient faits, comme on vient de le voir, de longue main; cependant Charles-Emmanuel se laissa surprendre, ou du moins il ne crut pas que l’invasion de la Savoie fût possible en ce. moment; pourtant les Espagnols, commandes par dom Philippe de Provana, y entrèrent dès le début. Le roi se rendit à la hâte dans Sa fidèle province , mais la campagne se prolongea jusqu’à la fin de l’année, c’est-à-dire jusqu’à la saison rigoureuse. Il fallut traverser le mont Cenis au milieu de tourmentes qui firent périr beaucoup de monde. Ce début fut malheureux et coûta cher au roi, qui dut se résigner à laisser le duché au pouvoir de ses ennemis. La guerre se re ■ porta dans la Lombardie en 1743, et dès les premiers jours, on livra la bataille de Campo-Santo, oîi Charles perdit l’un de ses meilleurs généraux, le comte d’Apremont ; ce fut la seule affaire, et le reste de l’année fut rempli par des négociations qui provoquèrent, entre Charles-Emmanuel et la reine de Hongrie, un traité définitif d’alliance offensive et défensive, par lequel le

(1) • Charles-Emmanuel, dit le doge Foscarini, ne se proposait pas de changer de parti, mais il craignait d’y être forcé. Il sentait bien que si la reine éprouvait de grands revers en Allemagne, il lui serait impossible de soutenir son parti en Italie. Il emt, s’il était forcé de l’abandonner, pouvoir le faire sans manquer h sa parole. •

roi renonça enûn au Milanais en échange du comté d'Agberra et du Plaisantin, et des conditions les plus avantageuses. Le roi avait employé ce temps à faire construire une ligne fortifiée tout le long des Alpes, et au mois d’octobre il put juger de son utilité et de sa puissance dans une attaque acharnée ob dom Philippe fut brillamment repoussé. L'année suivante les principaux dangers vinrent également de ce côté ; le prince de Conti, agissant de concert avec l'infant dom Philippe, s’était rendu maître du pays de Nice dont la défense était impossible ; il emporta ensuite les retranchements de Montalban, oü commandait le marquis de Suse qui fut fait prisonnier, mais où les troupes sardes parvinrent à se réinstaller de vive force avant la fin de la journée. Le roi descendit alors vers la Méditerranée, et rencontra toutes nos forces derrière les postes des barricades et du chAteau Dauphin, dont la prise ouvrait complètement le pays aux ennemis. Ces postes formidables furent cependant enlevés parles troupes franco-espagnoles, mais non sans une terrible résistance. Nos troupes ne parvinrent même à ce résultat que par un effort désespéré; tout semblait perdu, et le bailli de Givry, blessé mortellement, venait de faire sonner la retraite, quand deux régiments français se rallièrent spontanément, et, malgré des ordres réitérés, retournèrent en avant avec une telle impétuosité qu'ils entrèrent dans la redoute, les soldats montant sur les épaules les uns des autres, quelques-uns pénétrant par les embrasures des canons (1). Charles-Emmanuel,

(I) Nous eûmes daus cette affaire cent officien. hors de combat, dont six généraux, et les Sardes quarante, dont deux généraux.

toujours calme et réfléchi dans les mauvais succès comme dans la victoire, jugea qu’après la perte de ses postes avancés, ce qui devenait le plus important pour lui était de retarder le siège de ses places fortifiées, d’en prolonger la résistance et d’en empêcher la chute, Il ne fut pas heureux cependant. Le marquis de Maulevrier prit peu après la place de Démont, à la conservation de laquelle le roi tenait beaucoup. Les alliés formèrent ensuite le siège de Coni, — cette ville que Branthôme appelle « une place fixe et fatale contre la puissance française ; » — pendant lequel le roi tenta encore une bataille, celle do la Madona de l’Olmo, oîi la fortune ne lui fut pas plus favorable, et où cinq mille hommes restèrent sur le terrain, mais qui, du moins, contribua, en affaiblissant et en retardant les assiégeants, à leur faire lever le camp, le 22 octobre, pour se retirer sur Démont qu’ils firent sauter à l’approche des Austro-Sardes.

Les événements s’assombrirent encore, en 1745, par le resserrement des alliances des trois branches do la maison de Bourbon et l’union des Génois avec eux. Le maréchal de Maillebois reçut le commandement de l’armée ; son plan fut d’attaquer Charles-Emmanuel au cœur de ses Etats, afin de l’obliger à abandonner la reine de Hongrie, et les Autrichiens dans le Milanais, afin do les empêcher de secourir le roi. Ce double mouvement fut exécuté assez rapidement, et au mois de juillet toutes les forces alliées étaient sous les murs de Tortone, tandis que les ennemis étaient à Bassignana, près de l’embouchure du Tanaro dans le Pô. M. de Maillebois fit faire quelques mouvements du côté

des Âlpes et de Pavie qu’on surprit de manière à diviser l’armée austro-sarde, dont, malgré la prière du roi, SB sépara le maréchal de Schulcmbourg qui crut devoir aller couvrir Milan. M. de Maillebois marcha rapidement alors sur le camp de Bassignano (27 septembre), livra bataille et dispersa complètement l’armée. Alexandrie et Casai furent enlevés à la suite de ce succès. Mais au moment même où tout semblait désespéré pour Charles-Emmanuel, la paix do Dresde, en délivrant Marie-Thérèse du plus dangereux de ses ennemis, le roi de Prusse, lui permit d’envoyer des renforts considérables en Italie. C’est ce qui empêcha le roi de Sardaigne d’accueillir les ouvertures de la France. Il entama cependant des négociations pour gagner un peu temps; mais il ne voulut pas consentir à s’unir à Louis XV pour chasser les Autrichiens, et lui adressa, au mois de février 1746, un ultimatum qui nlétait guère acceptable. Des circonstances assez singulières amenènent la rupture dont le roi do Sardaigne ne semblait que chercher le prétexte. « Le marquis d’Ârgenson, ministre des allai res étrangères, dit M. de Beauregard, se plut à croire que l’assignation d’un terme de la part d’un roi à demi dépouillé était sans conséquence, et ne se piqua point d’être ponctuel.» De son côté, le jeune comte de Maillebois, fils du maréchal, chargé de porter à Turin le traité signé par Louis XV, s’arrêta à Lyon pour donner un bal aux dames (1). Pendant ce temps, M. de Villette, chargé

(1) Le plus grand nombre des historiens assurent cependant que M. de Maillebois ne fut retenu que par des instructions qu’il dut attendre et les neiges qu’il rencontra sur son chemin.

d’afTaires d’Angleterre à Turin, qui connaissait mieux l'esprit de cette cour, qui comptait les moments et qui les mettait à profit, lui avait préparé sur la route quelques encombres. Aidé des princes de Lichtenstein, il avait obtenu du roi l’ordre d’attaquer Asti. Le comte de Maillebois, arrivé à Rivoli cinq jours après, le 28 février, y trouva une lettre du marquis de Gorzcgno qui le priait de ne pas venir à Turin, oü se trouvaient les ministres de Londres et de Vienne.

On tenta aussitôt une grande affaire, et la campagne de 1746 fut inaugurée pour l’armée austro-sarde par la prise d’Asti et le dégagement d’Alexandrie, dont la garnison était réduite à la plus terrible misère. L’infant dom Philippe, privé de son duché de Parme, fut bientôt réduit à un état désespéré, et livra la bataille de Tidon, près de Plaisance, oü il laissa la plus grande partie de son armée, et d’oü même il ne put échapper que par un hardi coup de main du maréchal de Maillebois, qui dut quitter ses positions pour courir à Plaisance et suivre l’infant dans le Milanais (6n de juin), d’oü l’armée alliée s’éloigna ensuite en traversant le Pô pour gagner une victoire (10 août), se replier sur Tortone et enûn, au mois de septembre, repasser le Yar, laissant les Génois terrifiés ouvrir leurs portes aux Autrichiens.

Les Anglais exigèrent alors, pour prix de leur alliance, l’attaque de la Provence par l’armée austro-sarde, qui, forte de quarante mille hommes, envahit notre territoire dans les derniers jours de novembre, et en occupa, sans coup férir, une grande étendue, pendant que le maréchal de Bellisle rassemblait ses forces

devant Toulon. Mais un grand événement vint empêcher l'ennemi do mettre à profit le temps qui s’écoula avant l’arrivée des renforts attendus de Flandre : les Génois, exaspérés par l’insolence et la violence des Autrichiens', se révoltèrent et les expulsèrent après en avoir tué un grand nombre (5-10 décembre). Celte insurrection sauvait la Provence, car elle privait l’armée ennemie de sa grosse artillerie. Les Austro-Sardes ne purent même enlever Antibes et furent contraints de repasser rapidement le Var (2 février 1747). Le maréchal de Bellisle se hâta de prendre alors l’offensive à son tour, et la descente fut décidée par le haut Dauphiné. Le chev.alier de Bellisle, frère du maréchal, reçut le commandement du corps principal, et s’engageant dans la vallée de la Doire, vint se heurter au col do l’Assiette, près de Fénoslrelle, contre un retranchement improvisé en quelque sorte par les ordres du roi Charles-Emmanuel. On ne pqt ni tourner, ni dominer la position, et pendant deux heures nos troupes se laissèrent mitrailler en faisant des efforts surhumains. Le chevalier do Bellisle, désespéré, alla se faire tuer en plantant un drapeau sur un rempart de pierre sèche et de bois. Plus de cinq mille des nôtres y restèrent (5 juillet). On se décida alors à envoyer à Gênes le duc de Richelieu avec des renforts, de manière à avoir un corps de quinze mille hommes au Nord des Apennins, sur le derrière de l’armée alliée.

Les négociations, entamées depuis la trêve, furent actives, mais nos ennemis, fortsdo la faiblesse de Louis XV et ne comprenant pas sa modération, assurés d’ailleurs du concours de la Russie, avaientles prétentions lesplus

exorbitantes, quand l’investissement subit et heureux de Maestricht, dont la prise nous aurait ouvert les Provinces-Unies, opéra la plus heureuse réaction et hâta la paix d’Âix, en leur donnant une issue beaucoup plus favorable pour nous, (10 juin — 1®' octobre 1747). Le roi de Sardaigne, du reste, était également très-bien traité. Il recouvrait le comté de Nice, la Savoie, et conservait la partie du Milanais avec laquelle la reine Marie-Thérèse avait acheté son appui, quatre ans auparavant. Le royaume de Sardaigne allait enfin jouir d’un demi-siècle de paix ; il demeura en dehors de la guerre qui, sous le nom de guerre do sept ans, ensanglanta encore peu après l’Âllemagne. Dès le lendemain de la paix, le roi s’occupa de l’intérieur de ses Etats et chercha à y rétablir le plus promptement possible un ordre qui eu était banni nécessairement depuis le commencement des hostilités. Il put avoir terminé dès 1761 l’entier apurement de la situation financière du pays. Supprimant alors l’impôt extraordinaire, il adressa à la foule assemblée dans la salle du trône, à cette occasion, ces paroles que nous a conservées le doge Forcarini : « Messieurs, voici le plus beau jour de ma vie : je viens de supprimer le dernier impôt extraordinaire. » Il ne négligea pas plus que ses prédécesseurs le côté judiciaire du gouvernement et perfectionna le Code Victorin auquel il donna le nom de Royales constitutions.

C’est ainsi qu’il passa les dernières années de sa vie, — il mourut le 20 février 1773, — donnant en outre l’exemple, bien rare dans ce siècle, d’un souverain pieux et de mœurs irréprochables. Charles-Emmanuel,

que nous avons vu intrépide au feu , travaillait avec ardeur dans le cabinet, no négligeant au besoin aucun détail des affaires, se levant de bonne heure ; ennemi du faste et des prodigalités, il entretenait sa maison sur un pied fort simple, tout en conservant des habitudes magnifiques pour les grandes cérémonies; il détestait le faux luxe do ceux qui s’imposaient dos dépenses exagérées, et l'onraconte qu'une fois, apprenant qu'un de ses ministres avait acheté un carrosse pour que sa femme parût plus convenablement à la cour, il le fit vendre en lui disant qu'il n’entendait pas qu’on pût élever dos doutes sur sa moralité en le voyant sur un pied au-dessus de ses moyens, et que sa femme aurait toujours, quand elle en aurait besoin, une voiture dft la cour à sa disposition. Seulement Charles- Emmanuel, semblable en cela à Louis XIV, tenait rigoureusement à l’étiquette, la croyant indispensable à la majesté royale ; jamais il ne se montrait que d’une manière digne d’un souverain ; « Nous autres rois , disait-il, nous ne sommes pas faits pour nous amuser; » et il lui arriva à la campagne de renvoyer à leur toilette ses filles qui venaient s’asseoir à sa table en robes de chasse. 11 ne supportait pas l’inexactitude et ne faisait jamais attendre. Je terminerai cette esquisse par ce trait du roi à la bataille de Guastalla, tel que le raconte M. le marquis de Beauregard : « Quelque temps auparavant, allant visiter les postes avancés avec le maréchal deVillars, un essaim de coureurs ennemis parut à l’improviste et faillit à l’enlever, les gardes du corps qui escortaient son carrosse ayant honteusement pris la fuite. Il fut secouru à temps^par d’autres troupes, mais

instruit du désespoir de ses gardes qui, à juste titre, se croyaient déshonorés, il les ût appeler au moment oii l’action allait s’engager à Guastalla et leur dit ces belles paroles :'« Messieurs, touché de votre repentir, je vous ai nommés pour être de garde aujourd’hui auprès de ma personne. J’espère vous mener si avant que vous réparerez votre honte et que vos camarades vous verront de bon œil. » Plusieurs en effet furent tués à ses côtés, et ce trait touchant de bonté et de magnanimité redoubla pour lui l’attachement des troupes. On raconte aussi que, le matiu de la môme journée, il entendait la messe lorsqu’on vint l’avertir que l’action allait commencer. Sans montrer ni altération, ni impatience, il attendit la fin du saint sacrifice, puis monta tranquillement à cheval pour se mettre à la tête de ses troupes (1). »

Victor-Amédée III (2) monta sur le trône après avoir mérité déjà l’affection des sujets do son père par ses solides qualités et avoir prouvé qu’il n’avait pas moins

(G Charles-Emmanuel se maria trois fois : d’abord le 43 mai 4731 avec Louise-Christine de Bavière , flilo du comte de Soultebach, laquelle mourut en couche l’année suivante, et dont le fils ne vécut pas ; le 49 août 4724 avec PoUxène-Chrisline de Hosse-Rbinfeld-Rothembonrg, qui mourut le 45 juin 4735; enfin la 4*' avril 4737 avec Elisabeth-Thérèse de Lorraine, sœur de Pempercur François I", morte le 3 juillet 4744. Il n’eut d’enfants que du second lit :

Victor-Amédée qui lui succéda;

Eléunore-Marie-Thérèse, Marie-Louisc-Gabrielle ot Marie-Félicité, toutes trois mortes sans avoir été mariées.

(3) Né & Turin le 36 juin 4736.

de bravoure. Tenu trop à l’écart par Charles-Emnaanuel, qui ne souffrait aucun partage dans son autorité, il aimait beaucoup le travail du cabinet et s'occupa surtout passionnément, quelque singulièrement placé ici que puisse paraître ce mot, des détails de l’art militaire, de la tactique et de la discipline. Son premier soin, après son avènement, fut précisément de réaliser ses plans théoriques et il organisa les cadres de ses troupes de manière à avoir en temps de paix trente mille hommes, et quarante-cinq mille en temps de guerre; il en modifia le système en 1786. Il put du reste consacrer tous ses soins au développement intérieur de l’Etat et profiter de la situation pacifique, si rare pour eux, au milieu de laquelle s’écoulèrent les vingt-trois années de son règne , encourageant les sciences et les lettres, faisant construire un certain nombre de monuments et créant beaucoup d’établissements utiles. 11 ne voulut pas du reste avoir l’air de s'occuper uniquement du Piémont, et, en 1771, il alla, avec toute sa cour, pendant quelque temps en Savoie ; il y fut chaleureusement accueilli. On lui reprocha cependant d’avoir abandonné la politique traditionnelle de ses pères, et de s’être jeté sans réserve dans les bras de la France, ayant marié trois de ses enfants avec des membres de la famille de Bourbon et cherchant à vivre dans les meilleurs termes avec le gouvernement de Lous XVI. Ce ne furent point d’ailleurs les fautes de ce prince qui préparèrent les malheurs de sa vieillesse. Ce fut la commotion étrangère qui ébranla son trône, ce fut la Révolution française qui bouleversa l’ancienne société et fit sentir ses effets bien au-delà des Alpes.

Victor-Amédée commit un grand crime aux yeux des révolutionnaires en recueillant les deux frères de LousXVI, qui pourtant étaient bien en droit de demander un asile à leur beau-père; ce dernier pourtant se tenait complètement en dehors de la coalition qui se formait entre les grandes puissances. Dès 1792 deux camps furent installés de l’autre côté des Alpes sous les ordres des généraux Anselme et de Montesquieu. M. de Montesquieu passa la frontière dans la nuit du 21 au 22 septembre sans aucune déclaration préalable et se rendit aisément maître de la Savoie, où l’on n’avait fait aucun préparatif de défense ; le 21 , le général Anselme .s’empara du comté de Nice et l’escadre de l’amiral Truguet bombarda Oneille qui se rendit. Avant la fin de l’année, deux décrets avaient transformé ces deux conquêtes en départements français, dits du Mont-Blanc, chef-lieu Chambéry, où l’on achevait encore le nouveau palais ducal, et des Alpes-Ma*^ rilimes, chef-lieu Nice.

Nous passerons rapidement sur l’histoire des faits qui suivirent ce premier démembrement de la monarchie sarde.

Victor-Amédée fit appel à toutes ses forces et ne put obtenir qu’un faible secours de l’empereur ; il forma cependant une armée assez considérable et sur la fidélité de laquelle il pouvait compter. Les hostilités commencèrent même assez heureusement pour lui par l’échec de l’amiral Truguet en Sardaigne, et les premiers mois de 1793 furent signalés par de brillants combats, entr’antres celui de Lauthiœ, qui prit les proportions d’une bataille et où Brunet fut repoussé. Puis

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trois corps furent formés sous les ordres du duc de Montferrat avec le comte d’Argenteau, du duc d’Âoste avec le général Strassoldo, et du baron de Vins, tandis que le roi, avec ses deux fils cadets, fixait son quartier général à Savourgo ; les deux premiers corps devaient entrer en Savoie et le dernier se diriger sur Nice ; ces tentatives ne réussirent pas et le roi se trouva en présence d’un nouvel embarras par le progrès des idées • révolutionnaires en Piémont. Pendant deux ans la lutte continua assez obscurément, mais cependant avec vivacité; Masséna changea la face dos affaires par la campagne do 1794, en repoussant de plus en plus les lignes austro-sardes; Schérer continua en 1795, quand enfin le général Bonaparte prit le commandement de l'armée d’Italie, et, en quelques semaines, conquit d’abord un armistice, puis la paix de Paris, qui força le roi à renoncer à la Savoie et au comté de Nice, à expulser les émigrés français et à démanteler Suse, la Brunette et Exiles (15 mai 1796). Victor-Amédée ne survécut que six mois à cet humiliant traité et eut encore cependant à subir les troubles les plus pénibles à cause des réformes qui lui furent arrachées, des embarras financiers et des plaintes qu’il entendait formuler de tous côtés; il fut frappé d’apoplexie à Montcalier, le 15 octobre, et mourut le lendemain sans avoir recouvré sa connaissance (1).

(I) Il avait épousé Marie- Antoincllc-FerdioaDdc, infante d’Espagne, lllle du roi Philippe V, et en eut neuf enfants :

D’abord trois fils qui so succédèrent sur le trènc de Savoie ;

Maurice-Harie-Joseph, duc de Montferrat;

Joseph-Benott-PIacide comte de Maurienne ;

Marianne, mariée au duc de Chablais, son oncle;

« Comme tant d’autres princes de son temps, dit le marquis do Beaurogard, le malheur de Viclor- Amédée III fut de n’avoir pas vécu dans une autre époque, ob sa générosité, son affabilité, sa clémence, son amour passionné pour le bien public et mille autres qualités excellentes auraient fait disparaître des défauts qui ne pouvaient certainement entrer en balance avec ses vertus. »

Charles-Emmanuel IV (1) s’écria, dit-on, en montant sur le trône : « C’est une couronne d’épines que le Ciel m’envoie! » Il chercha franchement, cependant, à se renfermer dans la lettre du traité de Paris, et se vit obligé de conclure une alliance offensive et défensive avec le Directoire , mais il ne pouvait avoir une confiance sérieuse dans ces semblants de modération, et, en 1798, on lui imposa une garnison française à Turin. Le 6 décembre , les généraux Clauzel et de Grouchy lui remirent un acte de renonciation à ses Etats de terre ferme, qu’il fut obligé de signer. Le 9, Charles- Emmanuel quitta son palais sans vouloir emporter aucun de ses joyaux, et se retira dans l’tle de Sardaigne,^ qu’on voulut bien lui laisser. Il était depuis deux ans à Cagliari, quand les succès do Souwaroff en Piémont lui

Joséphine, femme de Monsieur, comte de Provence, depuis Louis XVIII j Marie-Thérèse, unie au comte d’Artois, depuis Charles X;

Caroline, alliée à Antoine-Clément de Saxe, frère de l’Electeur, morte en

(G Né le 1S avril 1751 .

rendirent quelque espérance, mais elle fut aussitôt dissipée par le retour de Bonaparte, qui avait, avant la fin de 1799, remporté la victoire de Marengo. Quelques semaines après , le Piémont était divisé en cinq départements français. Charles-Emmanuel IV alla visiter le pape à Foligno, puis so retira à Caserta, oü il perdit sa femme (1). Il abdiqua le 4 juin en faveur de son frère, et mourut le 6 octobre 1819, au couvent des Jésuites, à Rome, où il s’était retiré.

Victor-Emmanuel (2) vécut tranquillement dans son île pendant toute la durée de l’ère impériale, l’ayant quittée un moment seulement, quand, on 1805, il se crut à la veille de reconquérir ses Etats par l’intervention de la coalition, que balayèrent les victoires d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland et de Wagram. Le traité do 1814 lui rendit seulement une partie de l’héritage paternel, et ce ne fut que par le traité de Vienne qu’il recouvra les arrondissements de Chambéry et d’Annecy ; mais cette fois il eut en outre le territoire de l'ancienne république de Gênes.

La restauration du pouvoir royal so fit sans difficultés, mais le roi ne voulut pas écouter les réclamations qui lui furent adressées ; il repoussa toute idée de ré-

(t) Marie-Adélaïde-Clotilde-XaTière de France, fille de LodIb XV, dont il n’eut pas d'enfanls.

(») Né le 9* juillet 1759.

forme, et abdiqua, le 12 mars 1821, en présence de l’insurrection qui agitait le pays (1).

Charles-Félix (I), d abord duc de Gonévois, accorda à ses sujets une partie des libertés qu’ils réclamaient et auxquelles son frère n'avait pas cru pouvoir consentir. Son règne fut assez court, et signalé seulement par une brillante expédition maritime dirigée contre Tripoli par l’amiral Scivali. Le roi mourut le 27 avril 1 831 , ne laissant pas d’enfant de la reine Marie-Christino- Amélie-Thérèse do Bourbon, fille du roi Ferdinand IV, des Deux-Siciles. Avec lui s’éteignit la ligne royale ancienne.

Charles-Albert (3) était chef de la branche de Carignan et neveu du roi Charles-Félix. Il avait épousé, le 30 septembre 1817, Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Ferdinand III, grand duc de Toscane, et avait été faire

(1) Le roi avait épousé, le 23 avril 1789, .Marie-Thérèse Jeaune-Josépho d’Autriche, fille du duc de Modènoj il en eut :

Murie-néatrix-Victoire-Josèphe, née le 6 décembre 1792, morte sans alliance;

Marie-Thérèse-Ferdinande, mariée le 15 août 1820 à Charles-Louis, duc de Lucques, puis de Parme, tous deux existants;

Marie-Anno-Caroline, sœur jumelle de la précédente, née le 19 septembre 1803, mariée le 27 février 1831 à l’empereur Ferdinand I" d’Autriche, tous deux existants; ’

Marie-Christine-Charles-Josèpbe-Gaêtane-Etise, née le 14 mars 1812, mariée h Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, morte le 31 janvier 1826.

(2) Né le 26 avril 1765.

(3) Né le 2 octobre 1798.

comme volontaire dans nos rangs la campagne d’Espagne de 4823, après avoir pris une part assez active à la révolution de 1 824 . Il inaugura son règne en protégeant ouvertement les idées libérales, et en se prononçant dans tous ses actes contre l'influence autrichienne. Il supprima les derniers vestiges du système féodal, publia de nouveaux codes copiés sur les nôtres, et enfin octroya, le 4 mars 4848, une constitution sous le titre de Statut fondamental. Quand la Haute-Italie se souleva contre les Autrichiens, ce fut Charles-Albert qui reçut le commandement suprême delà ligue, et qui, vainqueur à Somma-Compagna, à Goïto, à Custozza, s’a vança jusqu’à l’Adige. Un retour offensif des Impériaux en forces supérieures et commandés par le vieux maréchal Radetski amena la défaite de San-Donato et l’évacuation de la Lombardie ; puis bientôt, portant la guerre sur le territoire sarde, Radetsky gagna la bataille de Novare oh le roi fit des prodiges de valeur, s’exposa comme un soldat et ne se retira que quand la lutte eut cessé entièrement. Charles-Albert, découragé, abdiqua le soir même (23 mars 4849) et partit aussitôt pour se retirer à Oporto en Portugal oh il est mort quatre mois plus tard (4).

(4) Charles-Albert eut de son mariage, outre l'héritier présomptif, un flis, Ferdinand-Marie-Albert-Amédée-Philibert-Vinccnt, duc de Gênes, né le 45 novembre 4823, marié le 21 avril 4850 à Marie-Elisabeth-Maximilienne, fille du roi de Saxe; il est mort le 40 février 4855, laissant deux enfants :

Thomas-Albert-Viclor, duc de Gènes, né le 6 février 4854.

Hargueritc-Marie-Tbérèae-]eanne, née le 20 novembre 4854.

Victor-Emmanuel (<) fut nommé commandant de la brigade de Savoie dans la guerre de I848r blessé à l’affaire de Goïto, il se conduisit brillamment à Novare. Il eut à conclure la paix après l’abdication de son père et s’occupa ensuite de la réorganisation radicale du gouvernement intérieur : il s’efforça du reste de ne point demeurer en dehors des grands événements européens et associa son armée aux travaux et aux succès des troupes alliées en Grimée : il a montré depuis la plus éclatante bravoure, et plus qu’aucun autre souverain de Savoie, semble avoir eu pour guide la devise du comte Amédée-le-Vert : « Vires acquirit eundo. »

Le roi Victor-Emmanuel a épousé le 12 avril 1842 Adélaïde, fille de l’archiduc Reinier d’Autriche, et de Marie-Elisabeth-Françoise de Savoie, et est veuf depuis le 20 janvier 1855 (2).

(4) Ké le 44 mars 4820. — Le rei de Sardaigne porte toujours, comme on sait, les titres de roi de Chypre et de Jérusalem.

(5) De ce mariage sont nés :

Humbert-Reinier-Cbarles-Emmanuel-Jean-Marie-Ferdinand-Eugëne, prince de Piémont, né le 44 mars 4844 ;

Amédée-Ferdinand-Harie, duc d’Aoste, né le 30 mai 4845;

Othon-Eugène-Marie, duc de Montferrat, né le 6 février 4854 ;

Clotilde-Marie-Thérèse-Louise, née leS mars 4843, mariée le 80 janvier 4859 au prince Napoléon Bonaparte;

Marie-Pie, née le 46 octobre 4847.

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