II. PRINCES DE GARIGNAN
Thomas-François de Savoie (1) débuta à seize ans dans la carrière des armes, en combattant sous les murs do Turin et sous ceux d’Asti en 1612; il assista du reste à tous les combats qui se livrèrent alors en Savoie, et se fit particulièrement remarquer au siège de Verrue; puis, après le traité de Mouson, le duc lui donna le gouvernement de la Savoie et de tout le pays
’ (I) FiU du duc Charloa-Emmanuel, nd le 31 décembre 1506. I) était prince de Carigean, marquis de Busqué et de Cb&telard, comte de Raconis et de Vil- Icfranche, seigneur de Vigon, Cavalliraours, Barges, Gazelle, Roche et Rochemont.
en deçà les monls, mais U ne voulut pas demeurer ainsi inactif et essaya d’aller servir en France, projet dont Richelieu empêcha la réalisation. Il passa alors en Espagne, et plus heureux près de cotte cour, il y fut accueilli avec la double faveur que devaient lui procurer et sa proche parenté avec le roi et le besoin où l’on y était d’avoir un bon général ; il fut donc nommé capitaine-général dos armées du roi catholique aux Pays-Bas, avec 250,000 escus pour son équipage, 60,000 escus do plat ordinaire, et 10,000 par mois, servant en campagne; il alla prendre possession de ses fonctions à Bruxelles au mois d’avril 1624, tandis que la princesse sa femme se retirait à Milan. L’année suivante le prince Thomas eut la direction de l’expédition de Trêves qui servit de prétexte à la déclaration do guerre entre la France de l'Espagne, et il prit également alors le commandement de l’armée. Je ne rappellerai que brièvement les services rendus à Philippe IV par le prince de Carignan, parce qu’il faudrait alors, en quelque sorte, entreprendre le récit de l’histoire de France au dix-septième siècle. La fortune d’ailleurs ne fut pas favorable à nos ennemis comme au temps du duc Emmanuel-Philibert, et le prince Thomas débuta par un échec à Avain ; il s’empara cependant ensuite do la Capelle, du Catelet et de Corbie en 1636, et l’année suivante, après la mort du duc Victor-Amédée, il fut obligé, pour conserver ses dignités, do se faire pour ainsi dire sujet espagnol ; sa femme dut jurer do mettre les personnes de son mari , d’elle et de leurs enfants, nés et à naître, et leurs biens, sous la protection de la couronne d’Espagne.
La campagne de 1638 fut signalée par l’obligation où le prince Thomas nous mit de lever le siège de Saint-Omer, mais à la mort de son neveu, le duc François-Hyacinthe, voyant revenir la régence parla minorité de ce dernier, il crut de son intérêt do repasser les Alpes et de la revendiquer « amorcé de l’espérance de la succession à cette couronne, » mais ses prétentions ne furent pas accueillies ; il voulut alors recourir aux armes et il entra en Piémont avec une division espagnole, qui s'empara aisément d’un certain nombre de places, ainsi que je l’ai dit plus haut.
Il échoua devant Turin qu’il assiégeait avec le marquis de Léganez et se décida à traiter avec la France (1640) ; mais, ne pouvant rompre ouvertement avec les Espagnols, à cause de l’engagement de la princesse sa femme, il feignit do rester avec eux pour se dégager et rentrer en grâce avec la régente (14 juin 1642). Le prince Thomas prit alors le commandement de l’armée franco-sarde et débarrassa en peu de temps son pays des forces que lui- môme y avait amenées deux ans auparavant. Il continua les années suivantes à harceler les Espagnols vers le Milanais et fut pourvu d’abord du grade de lieutenant-général des armées du roi, puis, après l’expédition de Naples, il obtint la charge de grand-maître de France, possédée auparavant par le prince de Condé, et pour laquelle il prêta serment le 22 février 1654.
En 1655, il reprit encore le commandement de l’armée qui agit en Lombardie de concert avec le duc de Modène; il mourut l’année suivante, le 22 janvier, à
Turin. Ce prince avait épousé, le 10 octobre 1624, à Saint-Germain-en-Laye, Marie de Bourbon, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, grand-maître de Franco et d’Anne de Montafyé, laquelle lui apporta 700,000 livres en dot. De ce mariage naquirent, outre l’héritier présomptif de la principauté de Carignan, Eugène, souche de là branche de Soissons, et trois enfants morts jeunes:
Josepb-Emmanuel-Jean de Savoie, né le 24 juin 1631 , mort à Turin de la petite vérole, dix jours avant son père ;
Louis-Chrétienne de Savoie, mariée, au mois de mai 1653, à Ferdinand-Maximilien, prince de Bado-Hocberg; ils eurent pour fils Louis-Guillaume, margrave de Bade, dit le prince de Bade, filleul de Louis XIV, l’un des principaux généraux de l’empire et qui commandait aux batailles que Villars gagna à Friedlingen et à Hochstœdt.
Emmanuel- Philibert succéda à son père comme prince de Carignan, et avait fait ses premières armes avec lui, au siège de Pavie, en 1655 ; il devint lieutenant-général en Savoie, gouverneur d’Asti, et mourut le 30 août 1709, âgé de 79 ans. C’était, à ce que disent tous les contemporains, un prince profondément instruit, mais il était sourd et parlait avec beaucoup de difficulté ; il eut de sa femme Angélique-Catherine d’Est-Modène, fille du marquis de Scandiau, morte en 1722, deux filles qui ne se marièrent pas, et un fils :
Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan, lieutenant - général en France et en Savoie pendant la
campagne de 1733, fut marié à Victoire-Marie, fille naturelle du roi Victor-Amédée-François (1) ; il mourut à Paris le 4 avril 1741, n’ayant eu qu’un fils, qui va suivre, et une fille, morte le 5 avril 1745, à 28 ans, ayant été la seconde femmo du prince de Rohan-Soubise, grand-maître et maréchal de France.
Louis-Viclor-Amédée de Savoie, prince de Carignan, contracta une alliance avec Christine-Henriette de Hesse-Rhinfeld, sœur de la reine de Sardaigne, et en eut la princesse de Lamballe (2) et Charles-Victor de Savoie, prince de Carignan , qui épousa Joséphine de Lorraine, fille du comte d’Armagnac, et en eut deux fils, Charles-Emmanuel, Eugène, et deux filles (3). Charles-Emmanuel, prince de Carignan, épousa Marie- Christine, fille de Charles, prince de Saxe et duc de Courlande et mourut le 16 mars 1800 (4), laissant à son tour un fils et une fille ; son fils — Charles-Albert- Amédée — devint roi de Sardaigne en 1831, et sa fille — Marie-Elisabeth-Françoise, née le 13 avril 1800 —
(() Morte à Paris en 1766.
(3) Quelques mots sur cotte malheureuse princesse ne seront pas déplacés
Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan naquit à Turin en 17W, et épousa Louis-Stanislas de Bourbon, prince de Lamballe, fils de l’excellent duc de Penlhièvrc. Elle fut présentée en 1767 à Versailles et devint veuve moins de deux ans après. La reine Marie-Antoinette conçut la plus vive affection pour elle et lai confia la surintendance de sa maison. Aux mauvais jours de la Révolution la princesse voulut rester auprès de la reine, mais on la sépara d'elle et elle fut transférée à la Force, d’où on la lira le 3 septembre 1792 pour la livrer aux égorgeurs. On sait le reste sans que j’aie besoin d'attrister cette histoire par cet odieux récit.
(3) Les filles furent Gabrielle-Marie , veuve le 11 janvier 1784 du prince de Lobkovfiti, et Catherine-Louise-Françnise, mariée le 20 décembre 1780 h Philippe Colonna, prince de Palliano.
(4) La princesse de Carignan s'est remariée avec M. le comte de Montléar, qui reçut à cette occasion le titre de prince.
épousa Reinier , archiduc d’Aulricho et mourut le 15 décembre 1856 (1).
Eugène -Marie - Louis de Savoie épousa Elisabeth Magon de Bongurin et mourut le 10 janvier 1785, laissant un flls, nommé Joseph, dit le chevalier de Savoie, né en 1783, et marié à Pauline de Quélen, fille du dernier duc de la Vauguyon, prince de Carency, pair de France (2); de ce mariage sont issus :
Eugëne-Emmanuel-Joseph de Savoie, actuellement prince de Carignan, par décret du 28 avril 1834 lieutenant-général du royaume, né le 14 avril 1816 ;
Marie-Victoire-Louise-Philiberte de Savoie-Carignan, née le 29 septembre 1814, mariée à Léopold, comte de Syracuse, oncle du roi de Naples.
(I ) Le roi actuel est veuf d'une de.s flilea de cette princesse.
(2) Ce mariage a créé dos liens de parenté assez proche entre la branche de Savoie-Carignan, aujourd’hui régnante, et plusieurs familles de la noblesse française : je crois intéressant de les indiquer. Le marquis Le Tonnelier de Breteuil-Fontenaj, mort en 17*3, eut de Marie Charpentier d’Ennery, trois enfants : le marquis qui a continue la souche existante-, Marie-Anne, mariée au marquis de Clermont-Tonnerre, et Gabrielle, femme du vicomte de Pons- Rochefort.
La vicomtesse de Pons eut pour enfants ; 1» M. de Pons, d’où la duchesse de Tourzel ; 2° la duchesse de la Vauguyon qui fut mère de ; la duchesse de Beauffremont, de la princesse de Carignan, et du prince de Careiicy, mort sans alliance.
Le marquis de Clermont-Tonnerre n'eut qu’un flls auquel revint la duchépairie, et qui laissa de M"* de Boulainvilliers, le duc actuellement vivant et marié à de Carvoisin d’Achy, et la marquise de Radepont.
De sorte qu’aujourd'hui se trouvent apparentés au même degré par la famille Clermont Tonnerre: les flls du duc; le marquis de Radepont, le marquis de la Londe, le vicomte de la Tour-du-Pin-Chambly-de-la-Charco, dont la Allé a épousé son cousin-germain, le comte Aynaid de Clermont-Tonnerre; par les Beauffremont, le duc actuel et son neveu le prince de Courtenay ; par les Tourzel, la duchesse des Cars (mère des duchesses de Blacas, de Vallombrosa, et de la marquise de Mac-Mahon), la duchesse de Lorges (mère de la comtesse de Guesbriant), et la comtesse de Hunolstein.