GARE
Fig. 144. — Plan simplifié de Pékin (D'après les Questions diplomatiques et coloniales) .
Un mur de plus de 30 km englobe toute la ville. Un autre niup sépare îa ville latare de la ville chinoise.
Dans ia plaine du Peûchiii, la capitale, Pékin, voisine du Peï-ho, compte vraisemblablement l million d'hab. (fig. p. 443).
Son port. Tien tsin, en a 800.000.
Le Houang-ho n'a que peu de grandes villes : la principale est l'ancienne capitale Si-ngan, à laquelle on attribue un million d'habitants. Dans le Ghan-toung, le port de Tché-fou n'a que 55.000 hab. ; mais Tsing-lao, créé par les Allemands, approchait déjà de 100.000 hab. en 1914. .
Les villes les plus prospères sont dans le domaine du Yang-tseu : les grands ports intérieurs de Soui-tchéou (500.000 hab.), limite de la navigation à vapeur, Tchongking (600.000 hab.), I-tchang, Han-kéou (800.000 hab.), le centre économique le plus remarquablement situé de toute la Chine ;Siang-tan (peut-être 1 million d'hab.), sur la route de Han-Kéou au Si-Kiang; Nan king. l'ancienne capitale du S, aujourd'hui démantelée, ruinée, pillée, etqui n'atteint plus300.000hab. Sur la côte se pressent les agglomérations monstrueuses : Ghang haï, le point de sortie du Fleuve Bleu (630.000 hab., dont 200.000 vivent sur l'eau), avec
son quartier européen, élégant et animé (une concession inteimationale einne concession française J.OOOEnvo^éens); Hang-tchéou (350.000 hab.) ; Ning-po (400.000 hab.); Foutchéou (600.000 hab.), le grand arsenal impérial, construit, détruit et refait par des Français ; Amoy (100.000 hab.), le port d'émigration; Canton (900.000 hab.), la ville chinoise par excellence avec ses rues étroites, où les chaises à porteurs doivent se faire place en rentrant dans les échoppes, ses marchands de soie, de porcelaine, d'ébénisterie, de jade, les « cris des vendeurs, cris des coulis, bruits des sonnettes et bruits des gongs ».
5. — Développement ééouomiqne. — La Chine est encore avant tout un grand pays agricole. Au nombre des religions chinoises figure la religion de V Agriculture, et les professions rurales sont particulièrement vénérées.
Le travail agricole est en effet la condition môme de la vie d'un pays surpeuplé (plusieurs provinces dépassent 25 millions d'hab.), où la moindre baisse dans la production des denrées alimentaires entraîne des famines meurtrières. Le Chinois, par son labeur patient, retient en terrasses le sol végétal sur les pentes des montagnes ; il s'adonne à la culture avec les soins les plus minutieux, mais aussi avec des procédés routiniers; c'est un jardinier, qui fait son travail à la main. Faute d'engrais, de labours profonds, de culture scientifique, la terre de Chine, exceptionnellement riche, produit moins que la majorité des terres françaises.
La principale culture est le riz : riz des rizières inendëes dans les plaines, riz irrigué des hauteurs, rizières flottantes ; les 40 millions de t. de la récolte annuelU sont insuffisants pour cette population pullulante, qui fait du riz et du poisson la base de son alimentation. La Chine est obligée d'importer pour 50 à 100 millions de fr. de riz indien ou indochinois.
Dans la Chine du N se développe la culture des autres céréales, froment, millet, sorgho.
Le thé de Chine, malgré ses qualités supérieures de
finesse et d'arôme, malgré le chiffre élevé de sa production (environ 300.000 t.), a subi la redoutable concurrence de l'Inde et de Ceylan.
L'ouverture du Canal de Suez, puis du Transsibérien, a gratement compromis le commerce des caravanes qui, à travers la Mongolie, portaient k dos (}& chameau le thé en briques aux foires de Khiakta (voy. p. 429).
La culture du mûrier etl'élèvedu ver à soie sont répandus à la fois dans \t N, qui donne les meilleurs produits, dans le Sseu-tchouan et dans toutes les provinces da S : la Chine est le plus gros producteur de soie brute du monde (peut-être 15 millions de t.); récemment encore, elle fournissait les 2/5 du total, mais cette part diminue.
La Chine « est en train de devenir (surtout dans le bas Yang-tseu) un des principaux pays producteurs de coton» (Glerget); avec 350.000 t., elle se classe immédiatement après les États-Unis et l'Inde.
Ajoutons le tabac (50.000 t.), le pavot à opium (dont une nouvelle législation amènera peut-être l'abandon), la ramie, enfin le bambou, qui sert à tous les usages (mâts et voiles de jonques, construction de maisons, meubles, ustensiles domestiques), et dont on mange les jeunes pousses.
Malgré l'abondance numérique du bétail, l'élevage joue un rôle secondaire chez ce peuple peu mangeur de viande sauf de viande de porc, et qui réserve le plus d'espace possible aux cultures. Le buffle est utilisé comme bête de somme ou de trait, et comme bête de labour dans les rizières. Le mouton est répandu dans l'W. La pisciculture est très développée; on sèche et on sale le poisson.
Depuis des dizaines de siècles, la Chine a une industrie manuelle, célèbre par le caractère artistique et le fini de ses produits : soieries brochées, broderies, bronzes, laques, porcelaines, ivoires, papier, encre, etc. A cette « Chine de paravent » se superpose aujourd'hui Vindus^ trie européenne On commence l'exploitation de ces houillères de la Chine du N, dont la superficie dépasse celle de
la France, et la richesse celle des bassins des États-Unis. Le fer, l'antimoine, le plomb, le mercure, l'étain, le zinc deviennent des articles d'exportation, et l'on voit se développei- des aciéries et des chantiers de construction. Des filatures de soie à vapeur sont déjà installées près de Canton, près de Ghanghaï, dans le N ; elles substituent aux merveilleuses étoffes de luxe de la vieille Chine des produitmarchands. De m.ême pour les cotoîuiades : en 1917 il ; avait déjà près de 1.300.000 broches (la moitié du Japony, et aussi des huileries de graines de coton. Comme bien d'autres pays, la Chine s'est vue amener, pendant la guerre, à produire elle-même les objets manufacturés que ne lui envoyait plus l'Europe.
Ce développement de la grande industrie est favorisé par la surabondance et le bas prix de la main-d'œuvre ; en décongestionnant les campagnes surpeuplées, il pourra donner à la Chine une prospérité et une vie nouvelles. Il est encore principalement dirigé par des Européens, qui fournissent capitaux et ingénieurs. I\Iais c'est une partie du programme réformiste chinois que de faire la conquête des usines. Le jour où les vices de l'administration chinoise seront sérieusement atténués, l'Europe rencontrera en Extrême-Orient la concurrence chinoise, comme elle y rencontre déjà la concurrence hindoue et japonaise.
Le commerce extérieur approchait en 1913 de 4 milliards de fr.; plus de deux milliards pour l'importation, et 1.500 millions pour les sorties. La Chine vend surtout de la soie et des soieries (ensemble 350 millions de fr.), du thé (plus de 100 millions), du coton (près de 100), de la, i^amie, des laines (en diminution), des minerais. Elle achète des cotonnades (cette importation va diminuer par suite de l'essor industriel du pays), des lainages, des métaux, de l'opium, du sucre, du charbon, du riz et des farines, des bois.
Le commerce chinois se fait surtout avec VEmpire britanyxique; mais le chiffre de 1 milliard et demi de fr., qui était censé représenter ce trafic en 1913, se trouvait fauss par le rôle d entrepôt et de distributeur que joue Hongkong : bien des marchandises classées comme anglaises
proviennent d'une autre origine. Le Japon (acheteur de coton) avrivait avant la guerre au second rang, battant de loin les Élals-Unis; puis venaient Y Empire russe (acheteur de thé), la France (le premier des acheteurs de soie), VAlleînagne, en progrès rapide.
Le commerce s'opère par un certain nombre de ports, qui ont été successivement ouverts aux Européens, ports maritimes et ports fluviaux, parfois situés très loin dans l'intérieur (Hang kéou, Soui-Tchéou). Malheureusement la plupart des grands ports maritimes, Tien Tsin, Changhaï, Canton, sont placés, dans des conditions peu favorables, à l'embouchure de puissants fleuves travailleurs; Tsin-tao, port profond où les plus grands navires peuvent accoster sans tenir compte de la marée, présente des avantages naturels bien plus considérables.
En dehors de ses grands fleuves^ la vieille Chine avait des canaux. Le Canal Impérial, grande voie de plus de 2.500 km tendue entre le Fleuve Bleu et le Pei-ho, portait à la capitale le tribut en céréales des provinces du S, et préservait le N de la famine; chaque année passaient 300.000 jonques chargées de riz et de sorgho. On a laissé envaser cet admirable travail, et « la prodigieuse artère n'est plus qu'un fossé d'écoulement », qui modère les crues estivales du Kiang. On projette de la remettre en état.
Quant aux routes, qui ont été, elles aussi, l'orgueil des vieilles dynasties, ce ne sont plus que des pistes inégales de 12 à 20 m de large, où des ornières profondes se sont creusées dans la pierre, où les ponts sont devenus infranchissables; parfois elles se trouvent représentées par de véritables escaliers, que seules peuvent gravir les chaises à porteurs ou les brouettes. Cependant ces chemins sont encore, en hiver, parcourus par une circulation intense. Sur la roule de Mongolie « se croisent, en files interminables, les convois de chameaux, de chevaux et de mulets, les caravaniers pauvres poussant devant eux leurs bourriques et portant eux-mêmes un lourd fardeau » (M. Monnier).
Pour remédier à l'insuffisance des routes chinoises, pour rendre les transports plus rapides et moins coûteux, et aussi pour assurer la pénétration de leur influence en Chine, les Européens ont obtenu l'autorisation de con-
4o0 LES PRINCIPALES PUISSANCES DU MONDE
struire des chemins de fer sur It: sol chinois. Tout un réseau est projeté, qui doit fee relier au Transsibérien dans le N, au réseau indo-chinois dans le S. Les principales lignes en exploitation sont : la ligne de Nioutchouang à Pékin, reliant le réseau de Mantchourie à la capitale ; — la ligne de Tlen-Tsin à Nan-king, à laquelle se raccorde la ligne de Tsing-tao / — la ligne de Pékin à Han-kéou, prolongée jusqu'à Canton; — enfin la ligne française de Haïphong au Yun-r.ai, à travers le Tonkin. D'autres lignes secondaires, comme celle de Pékin à Kalgan, complètent ce premier réseau ferré de la Chine.
6. — La Chine et lEarope. — Depuis longtemps, les grandes puissances industrielles et commerciales de l'Europe ont tenté de s'ouvrir le marché chinois et de se leseryer, dans telle ou telle région de ce pays si vaste, une sorte de monopole économique; mais la Chine a résisté le plus longtemps possible.
Pour triompher de l'inertie chinoise, les puissances européennes et le Japon se sont fait céder sur le littoral, à titre définitif ou à bail, quelques petits territoires. Le Portugal possédait Macao depuis le xvi^ siècle. L'Angle- (eiTe s'est installée à Hong-kong en 1841 et à Ouéi-haiuuéï en 1898. De cette même année date 1 installation des Français dvns la baie de Kouang-tchéoU'Oua7i, en face l'île d'Haïnan. Enfin les Japonais ont pris en 1905 la place des Russes à Port-Arthur, et ont chassé en 1914 les Allemands de Tsing-Tao, dans la baie de Kiao-Tchéou.
De tous ces établissements européens, le plus important est Hong-kong {fig. p. 439 et 451), qui occupe Vun des premiers rangs comme tonnage de jauge parmi les ports du monde (25 millions de tx. en 1913). Hong-kong est devenu le principal entrepôt du commerce de la Chine. Ses progrès ont été rapides et décisifs. « Il y a trente ans, la population de la colonie était de 125.000 hab. : elle a aujourd'hui quadruplé. La valeur de son commerce était alors estimée à 300 millions de fr. ; ello dépasse maintenant un milliard et demi a (C la ver y, 1905).
Ainsi posé par la force. le problème de la pénétration
LA CHl.NS
européenne est encore loin d'être résolu. Les Chinois conamencent à prendre à l'Europe ses propres armes (chemins de fer, mines, etc.), pour lutter plus efficacement contre elle et arriver à se passer d'elle.
Jamais l'Europe ne s'est trouvée en présence d'une question aussi difficile. Décourrir et peupler l'Amérique, partager et pénétrer l'Afrique, c'était chose relativement facile, car les blancs ne trouvaient en face d'eux que des populations à moitié sauvages et en petit nombre. En Chine, les puissances européennes
Canton
m^-^ongr
^ ^^ tic/orïa ^4âcao
Limite des possessions anglaises
Fig. 14o. — Uong-koiig et l'embouc Juive du SiJciang.
trouvent une civilisation différente de la nôtre, mais très avancée, et une population de 400 millions d'hommes qui pourra être momentanément dominée, mais qui, dans la suite, absorbera ses maîtres. La France, si elle sait se faire l'éducatrice bienveillante du peuple chinois, peut avoir un grand rôle à jouer dans ce pays qui reste le plus grand réservoir de matières premières et le plus grand marché du monde.
Ajoutons que, si les blancs cherchent à mettre la Chine en exploitation, la Chine en revanche cherche à déverser ïexcédent de sa population dans les colonies fondées par les Européens sur le pourtour de l'Océan Pacifique : Indochine, Australie, Républiques Sud- Américaines, Etats-Unis. Contre l'invasion jaune, plusieurs Etats se sont crus obligés de se protéger par des lois spéciales.
452 LES PRINCIPALES PUlSSAMftW DU MO:<DE
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QUESTIONS A ETUDIER
Les chemins de fer chinois.
La soie dans le monde.