LES ÉTATS-UNIS : DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Le développement économique des États-Unis a été énorme et rapide.
Af/riciilture. — Lagriculture a un caractère industriel. Les principales cultures sont le blé (1/5 de la production mondiale"», le mais, le riz, le coton, le tabac Les forêts ont été trop hâtivement exploitées L'élevage des bœufs et des porcs est le plus considérsQjle du globe.
Mines, itidustrie. — Les États-Unis produisent plus du tiers de la houille extraite dans le monde, les deux tiers du pétrole, et plus du tiers du minerai de fer. Aussi l'in iustrie métallurgique (fonte, acier) est-elle la première du globe ; les industries textiles (cotonnades, lainages, soieries) occupent un des premiers rangs.
Voies de coninittiiictttion. — Les chemins de fer (plus de 400.000 km) comprennent plusieurs voies transcontinentales. Des canaux relient les Lacs au Mississipi et à l'Hudson. Les grands ports sont New York et Chicago.
Commerce. — Le commerce extérieur, qui ne représente que I/IO du commerce intérieur, dépassait en 1913 21 milliards; les exportations ^produits alimentaii-es. matières premières, objets fabriqués dépassaient de beaucoup les importations (denrées tropicales;. Les principaux correspondants commerciaux étaient la Grande-Bretagne, i] Allemagne et le Canada.
Ij'impérialistne ntitérictiin. — Les États-Unis ont acquis récemment des colonies tropicales {Hawai, les Philippines, Porto- Rico, les anciennes Antilles danoises, — domination économique de Cuba) et visent à la maitrise du Pacifique.
i . — Le développement économique des Etats-Unis. — Le
développement économique des Etats-Unis a été à la fois énorme et rapide. « Les Etats-Unis sont aujourd'hui [1901], au point de vue agricole, la contrée qui produit la plus grande somme de denrées alimentaires et de matières premières; au point de vue minier, la plus riche en combustibles et en métaux usuels; au point de vue industriel, la manufacture la plus vaste et la mieux outillée; au point de vue commercial, le foyer de l'activité incessante et mo-
b*Î6 d'une des nations les plus entreprenantes : c'est sans exagération qu'on peut les qualifier d'immense et intense laboratoire des phénomènes économiques » (Levasseur). Ce qui caractérise spécialement le développement économique des États-Unis, c'est Vallure induslrielle que prend l'agriculture elle-même; c'est, dans toutes les branches de l'activité humaine, Vemploi de la machine, qui permet de réduire la main-d'œuvre au minimum ; c'est la concentration des forces industrielles en gigantesques associations nommées trusts; c'est enfin la concentration des forces ouvrières, répondant à la concentration des capitaux.
a. — Caitares {fig. p. 526). — L'agriculture et l'élevage disposent, aux Etats-Unis, d'immenses espaces, qui ont été sans cesse en s'accroissant depuis les débuts de la colonisation.
En 1850, on évaluait à 118 millions d'Ha. la superficie cultivée : en 1910, elle était de 350 millions d'Ha. (plus de 6 fois le territoire de la France). Ce sol est cultivé depuis un petit nombre d'années seulement, tandis que les sols européens, soumis depuis des siècles à une culture intensive et insuffisamment reconstitués, sont parfois épuisés. Il est à bon marché, tandis que la terre est coûteuse en Europe. Dans toute la région centrale, il est formé de plaines plates s'étendant à perte de vue, el sur lesquelles le travail agricole est beaucoup plus facile que sur nos terrains souvent en pente. Les propriétés sont très grandes : des centaines d'Ha. d'un seul tenant; Siussi Vemploi de la machine est-il possible partout, et partout vulgarisé : charrues à vapeur ou charrues électriques, moissonneuses-lieuses manœuvrées par 4 hommes et traînées par 4 paires de mules, batteuses mues par des locomobiles et qui, prenant le blé à même les charrettes, remplissent automatiquement les sacs. Les produits de lagriculture peuvent, grâce au développement prodigieux des moyens de transport, être rapidement évacués et concentrés dans de grandes places de commerce : le blé, par exemple, est emmagasiné dans. des élévateurs; des pompes aspirantes et foulantes le montent aux étages supérieurs, d'où il sera déversé dans les wagons ou les bateaux. Le sol, cultivé moins soigneusement qu'en Europe, donne des rendements moindres (par exemple pour le
blé, 10 qx à THa. contre 14 en France) ; mais, grâce au perfectionnement du machinisme et des moyens de transport, les Etats-Unis peuvent néanmoins produire à bon marché et réaliser de gros bénéfices. Ajoutons que les déchets sont utilisés avec le plus grand soin : de la graine de coton dont on a débarrassé la fibre on extrait une huile qui fait maintenant concurrence aux huiles d'olive ; on déverse les eaux du lavage des « usines à viande » dans les étangs où la pisciculture est. pratiquée en grand, etc.
Très grande culture du Jblé
J Zone du cote n
Fig. 171. — Grandes régions de culture du blé et du coton, aux Élats-Ums.
La principale culture aux Etats-Unis est celle des ce réaies : les Etats-Unis tiennent dans le monde le premier rang pour la production du blé, du maïs, de i'orge, de l'avoine.
Sur un peu plus d'un milliard de qx de blé récoltés dans le monde, les Etats-Unis en fournissaient avant la guerre près du 1/5 (180 millions de qx, contre 16'2 dans la Russie d'Europe et 86 en France ; Jlg. p. o73;.
La grande région de culture du blé aux Etats-Unis est l'immense Combelt, ou « ceinture du grain », vaste plaine qui va des Alleshanies au Missouri et s'étend au S jusqu'au delà de
Saint-Louis. La région a été autrefois recouverte par les glaci* ra qui y ont déposé un limon épais. Au printemps, les neiges fondent; la terre est gorgée d'eau juste au moment où la germination en exige: pendant l'été la grande chaleur hâte la maturation. Les principaux Etats producteurs de blé sont le Minnesota et le Dakota limitrophe du Manitoba canadien. On cultive également le blé dans les riches plaines alluviales de la Californie et de la Columbia inférieure.
Bien que les Etats-Unis aient à nourrir plus de 100 millions d'hab. (près du triple de la France), ils sont les plus grands exportateurs de blé et de farines du monde : 70 millions de qx par an avant la guerre (dont près de 20 millions à destination de l'Angleterre, qui achetait chaque année pour plus de 1.200 millions de fr. de blé et de farine).
Le grand marché du blé est Chicago : on l'exporte de là vers l'Europe soit par les Lacs et le Saint- Laurent, soit par le canal Erié, l'Hadson et New York.
Fig. 472. — Production
Uavoine, que les Etats-Unis du maïs dans le monde. produisent également en grande quantité, est cultivée surtout dans la région des Lacs.
Mais la céréale américaine par excellence est le maïs. Avant la guerre les Etats-Unis produisaient 700 millions de qx, les 5/6 de la production totale du globe; bien qu'ils en consomment beaucoup, ils viennent au premier rang parmi les pays exportateurs {fig. p. 527j.
Le maïs, qui servait d'abord, exclusivement à l'alimentation lu bétail a passé dans l'alimentation de l'homme, et il fournit toute une série de produits secondaires (paille, moelle, huile, eau-de-vie) qui rendent sa culture très rémunératrice. La zone • lu maïs est XtA. partie méridionale du cornbelt (Illinois, Indiana, lowa, Nebraska, Kansas, Missouri, Ohio).
Les Etats-Unis, qui ont la céréale des pays froids, l'avoine, ont aussi celle des pays chauds, le riz. On le cultive dans la Floride et sur la côte du Golfe du Mexique. Quoique importante, la production du riz est très infé-
rieure à la consommation (excédent de l'importation . 200 millions de qxj, car cette céréale occupe une large place dans l'alimentation des noirs.
Après les céréales, la plus importante des cultures américaines est le coton. Le cotonnier, qui ne saurait dépasser 36° lat., demande une température élevée du sol et de l'air, de l'humidité pendant la période de croissance, de la sécheresse pendant la période de fructification afin que la bourre ne pourrisse pas, un sol perméable. Ces conditions se trouvent réalisées dans la partie inférieure du Mississipi, sur la, côte des Carolines et, grâce à l'irrigation, dans le Texas {fig. p. 526). C'est le Cottonbelt (ceinture du
coton).
La culture du coton a eu aux États-Unis des débuts très modestes : en 1784 la première expédition de coton vers la Grande-Bretagne était de 6 sacs; elle fut saisie par les douaniers anglais, «convaincus qu'une telle quantité de coton
Fig. 173. — Production du coton dans le monde.
ne pouvait venir réellement d'Amérique ! »
En 19i3, sur 5.400.000 t. de coton produites dans le monde, les Etats-Unis fournissaient 60 p. 100 {jlg. p. 52»), un peu plus de 3 millions de t., venant bien' avant l'Inde (800.000) et l'Egypte (300.000). Le tiers de la récolte provient du Texas, où la culture a fait des progrès rapides grâce à l'irrigation de ces plaines très sèches.
Bien que les Etats-Unis travaillent déjà dans leurs propres manufactures plus du tiers de la récolte, et que cette proportion tende à augmenter, ils sont de beaucoup les premiers exportateurs de coton, et leur exportation, dont la valeur dépassait 3 milliards de fr., alimentait avant la guerre presque exclusivement l'Europe (48 p. 100 en Grande-Bretagne, 23 p. 100 en Allemagne, 11p. 100 en France). Les ports du coton sont les ports du golfe du Mexique : New-Orleans et Galveston, et ceux du Sud-Atlantique : Charleston et Savaimah.
A côté des grandes cultures américaines (céréales et coton), il faut faire une place spéciale au tabac, aux
arbres à fruits, à la canne à sucre, à Texploitatioii des forêts.
Pour le tabac, les Etats-Unis viennent 3iU premier rang des pays producteurs (surtout dans le Kentiicky et la Virginie). Avant la guerre, leur exportation dépassait d'une centaine de millions de fr. leur importation.
La production des fruits de table, dont les Américains sont très friands, a pris depuis quelques années une extension considérable, notamment dans la Californie, dont le climat chaud sans excès convient à merveille aux fruits des régions tempérées comme à ceux des régions méditerranéennes, ainsi qu'à la vigne. Non seulement la Californie approvisionne le marché intérieur, mais encore elle exporte jusqu'en Europe des fruits séchés et en conserve, et des légumes conservés. La région aride commence à produire la datte, concurrençant ainsi notre Afrique du Nord. La Floride donne la banane.
La canne à sucre prospère dans l'Extréme^Sud, et la betterave est cultivée dans le N. Mais cela ne sullit pas à la consommation américaine, et c'est une des raisons qui ont déterminé les Etats-Unis à s'annexer économiquement Cuba, qui occupe le deuxième rang parmi les pays producteurs de sucre de canne, et a mettre la main sur les HawaI, qui viennent au quatrième.
3. — Forêts. — Quoique le déboisement ait été rapide et sou< vent inconsidéré aux États-Unis comme dans un trop grand nombre de pays européens (la production du bois de sapin, chêne, etc., dépasse un milliard de m^ par an), 25 p. 100 de la surface sont encore boisés. Du reste, le Service de l'Agriculture s'est activement occupé de constituer des réserves (jparks nationaux) et de reboiser en maints endroits.
Les plus belles forêts sont celles de la Californie, où l'on trouve les Séquoia gigantea, cèdres géants qui atteignent 7 m de diamètre, 90 à 120 m de hauteur, et dont un seul peut fournir jusqu'à 90.000 m de planches.
4. — Élevage. — L'élevage occupe une grande place aux États-Unis, et il y revêt des caractères spéciaux. Il se pratique en grand, sur des espaces immenses ; les produits (viande, laine, lait, etc.) sont concentrés sur un petit nombre de points, et y sont traités industriellement. La production de la viande de boucherie, notamment, est devenue une véritable industrie : certaines villes ne sont
Principales puissances du monde. . 3()
autre chose que de gigantesques fabriques de viande, comme d'autres sont des fabriques de cotonnades ou des fabriques d'acier.
Pour l'élevage des bêtes à cornes (67 millions de têtes) et celui despo7'cs (70 millions), les Etats-Unis occupent le premier rang dans le monde. L'élevage du bœuf se fait
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Fig. 174. — Abattoirs de porcs, à Omaha.
Cliché Lévy.
surtout dans la région des Prairies, non encore livrées à la culture et situées en bordure des Rocheuses. D'immenses troupeaux paissent en liberté sous la garde de cowboys à cheval. La région du porc coïncide avec celle du maïs, son principal aliment. Des abattoirs monstres existent à Chicago et surtout à Kansas-City, à Saint-Joseph et à Omaha- City {flg. p. 530). Sous forme de viande frigorifiée, d'extrait de viande, de lard fumé, de saindoux, etc., les Etats- Unis exportent annuellement pour plus d'un milliard de fr. de produits de l'élevage bovin et porcin.
L'élevage des chevaux (iO millions de têtes) et celui des
moutons (50 millions; ont moins d'importance : les Etats- Unis sont obligés de compléter leur production de laine indigène par l'importation des laines de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Argentine.
Aux. produits de l'élevage, il faut joindre ceux des pêcheries (morue et hareng dans l'AtlanLique, phoque et saumon dans le Pacifique, poisson blanc dans les Lacs, éponges sur les côtes de la Floride), et ceux de VoslréicuUure pratiquée en grand dans la baie de Ghesapeake qui fournit les 5/6 de la production mondiale.
5. — mues et iudastrie. — L'industrie américaine, dont les débuts ont été très humbles, tend à conquérir le premier rang dans le monde .
Elle le doit à l'incomparable richesse de son sous-sol, au voisinage des gisements de combustible et des gîtes de minerais, à Vampleur et au progrès des voies de communication et au bon marché des transports, à ^ingéniosité et à Vesprit inventif des Américains, à la concentration des usines qui permet de réduire au minimum les frais généraux, aux salaires élevés et aux bonnes conditions de travail de ses ouvriers.
Les industries américaines les plus importantes ^ont les industries extractives, les industries métallurgiques et mécaniques, les industries textiles et les industries d'alimentation.
Le sous-sol des Etats Unis renferme en quantités énormes les combustibles minéraux qui seront les générateurs de la force motrice. La superficie des bassins houillers américains est évaluée à 730.000 km-, soit 1 fois 1/2 la superficie totale de la France. Les principaux bassins houillers sont celui des AppaJaches, qui fournit à lui seul les 2/3 de la production des États-Unis, et celui de la Pennsylvanie (anthracite). Aussi les Etats Unis produisaient-ils en 1913 517 millions de t. de houille sur un total mondial de 1.340 millions (France, 41). Et la houille y était à très bon marché. Avant la guerre, la tonne coûtait sur le carreau de la mine moitié moins cher aux Etats-Unis qu'en France.
Grâce à ce bas prix, les houilles américaines pouvaient venir jusque dans la Méditerranée, dans la France atlantique, dans les Pays-Bas ou en Scandinavie faire concurrence aux charbons anglais.
Les Etats-Unis ont en 1920 fourni 850 millions d'hl. de pétrole brut [les deux tiers de la production mondiale), Les plus importants champs de pétrole sont ceux du Texas, de la Pemisylvanîe, de la Californie ; ils se trouvent reliés aux raffineries, aux centres de consommation ou aux ports d'embarquement par des canalisations (pipe-Une) qui rendent peu coûteux le transport de l'huile. Mais les réserves pétrolifères des Etats-Unis paraissent s'épuiser rapidement, et les Américains désireraient s'assurer en d'autres pays le contrôle des gisements du précieux combustible.
La Pennsylvanie a également de vastes champs de gaz naturel qui fournissent, sans autres frais que l'établissement de la canalisation, le combustible et l'éclairage aux usines.
Enfin les États-Unis possèdent d'énormes réservoirs de force hydraulique. Aux chutes du Niagara et en Californie d'immenses usines électriques distribuent la force dans un rayon de 2 ou 300 km. Mais le bas-prix du combustible permet à la machine à vapeur de soutenir, mieux qu'en Europe, la concurrence de la dynamo, ou même de devenir l'auxiliaire de la dynamo.
Métaux précieux et métaux usuels se trouvent en grandes masses dans le sol américain.
Les Etats-Unis venaient au deuxième rang dans le monde pour la production de l'or, qui est abondant surtout dans l'Extrême-W (420 millions de fr. or en 1917 ; Afrique australe : 9o0 millions), et au premier rang (presque le double du Mexique en 1917) pour la production de V argent, qui provient surtout des Rocheuses et des plateaux de l'W.
Les Etat's-Unis ont de puissants gisements de minerai de fer d'excellente qualité dans la région des Lies, particulièrement dans le Minnesota; ils extrayaient en 1913
plus du 1/3 de la production totale du monde : 63 millions de t. sur 170 {fig. p 577).
De même, les Etats-Unis occupent le premier rang pour la production du cuivre (minerais très purs du lac Supérieur, réclamés par les industries électriques) et pour celle ^M plomb.
Tous ces minerais, au lieu d'être comme autrefois exportés à l'état brut, sont travaillés sur le territoire américain, où l'industrie métallurgique a pris un essor extraordinaire. Les Etats-Unis ont enlevé la royauté de la fonte et de Vacier à l'Allemagne et à l'Angleterre. Les industries mécaniques ont fait des progrès rapides et menacent les industries similaires européennes (locomotives, automobiles, machines agricoles, machines à coudre, machines à écrire, etc.).
Parmi les industries textiles, celle du coton est la plus importante. Le tiers de la récolte est travaillé sur le sol américain, notamment dans la Nouvelle-Angleterre, et aussi depuis quelques années dans le S, à proximité des champs de coton et de la houille appalachienne. L'industrie cotonnière américaine vient au premier rang dans le monde, avant même l'Angleterre. Avant la guerre les États-Unis exportaient déjà des cotonnades : moins que l'Angleterre et l'Allemagne, mais plus que la France.
Pour l'industrie des lainages, les Etats-Unis serrent de près les grands Etats manufacturiers d'Europe.
L'industrie de la soie, dont le centre est Paterson, est supérieure en quantité, mais inférieure pour la qualité, à celle de la France. En 1919 Paterson a produit autant que toutes les autres usines du monde.
Pour s'émanciper de l'Allemagne, les États-Unis ont créé de toutes pièces une industrie des colorants, dès maintenant exportatrice.
Quant aux industries alimentaires, on sait déjà quelle place importante les Etats-Unis ont conquise à cet égard : leurs farines de blé ou de maïs, leurs beurres, leurs fromages, leurs fruits conservés, leurs viandes pénètrent de plus en plus sur les marchés européens.
6, — Aboies de communi cation et ports. — L'une des causes de la prospérité dos États-Unis est le perfectiomiement incessant des moyens de transport. L'énormité des distances ainsi que la diversité des climats et des produits rendaient nécessaire l'établissement de relations faciles
Fig. 175. — Principales voies navigables des Etats-Unis.
entre les diverses parties du territoire, dont aucune ne produit tout ce qui lui est indispensable et ne saurait par conséquent se passer des autres.
Les chemins de fer ont une longueur totale de plus de 400.000 km (France, 50.000). C'est peu par rapport à la superficie, c'est énorme par rapport à la population.
Parmi les voies ferrées, il faut mettre à part les grandes voies transcontinentales et les lignes NS.
Il y a aujourd'hui plusieurs transcontinentaux : l'Union Pacv
fique, de New York à San Francisco ; le Nord-Pacifique, de Chicago à Astoria ; le Central-Pacifique, de Philadelphie à San Francisco par Saint- Louis et Kansas-Gity; V Atlantique-Pacificiue, de New-Yorkà Los Angeles; le Sud-Pacifique, de New Orléans à Los Angeles.
Ces lignes EW sont les plus importantes parce qu'elles mènent aux ports par où se fait le commerce extérieur et aux centres industriels et populeux.
Les progrès de l'industrie-du S et du commerce des ports méridionaux ont accru le rôle des lignes NS, dont les principales sont celles de Boston à Key-West en face Cuba (ligne dont la dernière partie est construite au milieu des fiots et qu'un ferry boat prolonge jusqu'à la Havane), — de Chicago à New- Orleans, — de Seattle à Mexico par Los Angeles.
Le développement rapide des chemins de fer avait presque arrêté celui des routes, qui a repris depuisl'essor de la circulation automo- 11 avait fait négli-
Années
Fig
17G. — Commerce des i'::tats-Unis de 1850 à i9IO.
(En millions de francs.)
bile;
ger les voies de navigation intérieure, qui transportent à
bas prix les produits lourds et encombrants, et dont les principales sont le Mississipiet ses affluents, les rivières atlantiques et surtout les Grands Lacs, le tout complété par un magnifique réseau de canaux (Jlg. p. 534). Avant la guerre le tonnage du port lacustre de Chicago dépassait celui de Liverpool, et son mouvement était double de celui de New York comme nombre de vaisseaux; Chicago est en relations non seulement avec Québec et New York, mais aussi, par le canal de l'Illinois, avec le Mississipi.
Ajoutons à cela un cabotage extrêmement actif le long des côtes orientales et occidentales, ou même de l'Atlantique au Pacifique par le Canal de Panama.
Dés 4920 près de 3.000 navires, jaugeant plus de 11 millions de tx, ont utilisé le canal de Panama. On a compté 1.281 navires américains, 867 anglais, 53 français, et aussi des navires norvégiens, japonais, chiliens, etc.
'3'. — Commerce. — Grâce à la multiplicité et au perfectionnement des moyens de transport, le commerce intérieur des Etats-Unis atteint un chiffre considérable : on l'estimait à 150 milliards, soit près de 8 fois la valeur du commerce extérieur total.
Le commerce extérieur i^fig. p. 535 et 594), en 1913, dépassait 21 milliards de francs. L'Union venait ainsi au troisième rang dans le monde, après l'Angleterre et l'Allemagne. Les exportations étaient de beaucoup stipérieures aux importations. Pour le chiffre des exportations (presque 12 milliards), les Etats-Unis serraient de près l'Angleterre et dépassaient l'Allemagne. Ils ne se bornaient plus, comme trente ans auparavant, à vendre les denrées et les matières premières, ils vendaient maintenant les produits fabriqués, et faisaient ainsi concurrence aux États de l'Europe occidentale, qui avaient cru longtemps détenir le monopole de l'industrie (flg. "P- 537). Grains, cotons en balles, comestibles, fer et acier, pétrole : tels étaient déj'; les principaux objets du commerce américain à l'expor tation. Aux premiers rangs des importations venaient le café, les cuirs, les produits chimiques, le sucre.
Le commerce extérieur des Etats-Unis se fait surtout par le port de New York (:27 millioas de tx. en 1913) et par ceux ({q Boston, Philadelphie, New Orléans, Galveston, haltimore ei San Francisco, hdi marine jnarchande des États-Unis, plus importante que celle de l'Allemagne, mais inférieure à la marine anglaise, ne suffisait pas aux besoins croissants du trafic américain; aussi les Etats-Unis ont-ils profité de la guerre pour pousser leurs constructions navales avec une activité prodigieuse : de 2 millions de tx. en 1913 la flotte marchande américaine a passé à 10 millions en 1919 (Angleterre, 18 millions; France, 2 millions).
Fig. 17'
Les éléments du commerce d' exportation des Etats-Unis en 1880 et en 1910.
C'est avec la Grande-Bretagne, V Allemagne, le Canada et la France que les Etats-Unis faisaient le plus de commerce. Ils tendaient à développer leurs relations avec les États de l'Amérique latine et de l'Extrême-Orient : la guerre leur a permis d'évincer de ces marchés, momentanément au moins, les puissances européennes*qui y domi-
8. — La vie économique des États-Unyt. — La multiplicité des produits que recèle le sol américain explique la politique douanière des États-Unis. Un peuple qui possède sur son propre territoire des réserves alimentaires, du combustible, du minerai, des matières premières, peut se soustraire sans trop de péril aux lois de la solidarité économique internationale. De là, surtout pendant les périodes où le parti républicain (à tendances unitaires) est au pouvoir, un régime de protectionnisme ab;:Olu; cer-
laines marchandises étrangères sont frappées de droits presque prohibitifs.
A l'intérieur, cette politique a pour effet l'élévation du prix des marchandises (que les exportateurs continuent à vendre à bon marché dans les pays étrangers; et par suite l'élévation &\icoûl de la vie. Avant la guerre, c'était par excellence le pays des hauts salaires, mais aussi le ' pays de la vie chère.
Cette politique douanière facilite la formation des gigantesques combinaisons industrielles {trusts), et le développement des banques. New York, en particulier, était même avant la guerre un prodigieux marché de capitaux, qui est devenu maintenant le premier du monde, mais où la spéculation s'exerce sur des valeurs parfois bien factices. C'est un pays où les fortunes, édifiées en un jour, croulent tout d'un coup dans un krach retentissant.
La richesse des Etats-Unis aurait pu être compromise par l'adoption du himétallisme, que réclament les propriétaires de mines d'argent de IW. L'activité de ces mines est une des causes de la dépréciation du métal blanc. Mais, soucieuse d'avoir une monnaie saine pour ses paiements à l'étranger, l'Union est restée attachée au dollar d'or (= 5 fr. 18 au pair). La guerre a fait d'elle le plus gros détenteur d'or de la planète.
Les États Unis sont aujourd'hui le banquier du monde.
9. — L'impérialisme amiéricain. — « Une nation de plus de 100 millions d'hommes, qui est à la fois le grenier à blé, le chantier de charbon et de fer, le dépôt de coton où vont puiser tous les peuples, ne peut plus comme autrefois s'enfermer dans son continent et rester indifférente à tout ce qui se passe dans les quatre autres parties du monde. Elle est une trop importante section de l'humanité pour avoir le droit de s'isoler. Elle sent que puissance oblige. Sa force lui crée un droit, le droit se tourne en prétention, et la prétention se résout en un devoir de se prononcer dans toutes les questions que dénouait naguère l'accord des seules puissances européennes » (d'après Bouxmv).
De la croissance des États-Unis est né Vimpérialisyne
américain. Les États Unis ont désormais une politique mondiale : ils ont voulu se créer des colonies où ils auront des débouchés pour les produits de l'industrie américaine et un marché privilégié pour les produits tropicaux qu'ils ne trouvent pas en quantité suffisante sur leur sol.
Ils ont ainsi annexé Tarchipel Hawaï, grand producteur de canne à-sucre, étape sur la route de San Francisco en Extrême-Orient; les Philippines, l'île de Guam dans les Mariannes, dont ils ont fait une base navale (voir p. 469), et l'île Toutouïla dans l'archipel des Samoa ; l'île de Porto- Rico, dans les Grandes Antilles. Ils ont acheté au Danemark Saint-Thomas, Sainte Croix et Saint- Jean dans les Petites Antilles. Grâce à un régime douanier spécial, ils sont maîtres de Cuba au point de vue économique. Ils ont le contrôle de la route de Panama.
L'Union prétend non seulement à l'empire de l'Amérique tout entière, mais encore à l'empire du Pacifique, que le canal de Panama pourra, croit-elle, lui assurer définitivement, malgré les résistances japonaises.
Non contents de fermer lAmérique aux influences politiques européennes par l'application de la « doctrine de Monroë », les Etats-Unis, qui sont entrés dans la Grande Guerre aux côtés de la France, ont maintenant l'ambition d'exercer une action sur les affaires européennes et mondiales.
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QUESTIONS A ÉTUDIER
La vie économique des grands lacs américains.
Les chemins de fer des Etats-Unis.
L'industrie américaine comparée à l'industrie anglaise et allemani (
L'agriculture américaine comparée à l'agriculture française.
Rôle des Etats-Unis au."i Antilles, aux Philippines.