‹ Les principales puissances d'aujourd'huiChapitre 17 sur 154 · Le monde méditerrancen. — Ce que les Européens · texte numérisé non relu

Le monde méditerrancen. — Ce que les Européens

appellent la « civilisation », c'est un ensemble dHdées morales et de progrès scientifiques dus aux peuples qui ont évolué dans la partie occidentale de V Ancien Continent. Cette civilisation, qui tend aujourd'hui à s'implanter dans le monde entier, n'a conquis le globe que par étapes successives.

Elle est née sur les bords ou au voisinage delà Méditerranée. Là se rencontraient des conditions particulièrement propices à la vie intellectuelle et économique de peuples jeunes encore : un ciel généralement pur appelait, les hommes au dehors et facilitait leur réunion sur les places publiques; une température tiède dispensait des efforts pénibles qu'exige la lutte contre le froid et la faim; l'heureuse disposition des côtes et des îles multipliait les rapports maritimes et commerciaux; l'identité des modes d'existence imprimait à tous les peuples riverains des caractères communs.

Par la fertilité de leurs alluvions, la Mésopotamie et V Egypte donnèrent d'abord à leurs habitants un rôle prépondérant. Les Phéniciens, les Grecs et les Carthaginois durent ensuite leur fortune à l'audace et à l'ampleur de leurs entreprises maritimes. Enfin Rome, située au cœur du monde méditerranéen, unit sous sa domination les deux bassins de la Mer intérieure {mare noslrum), et la « paix romaine » permit l'expansion de la civilisation grécolatine.

Le rôle de la Méditerranée, comme centre du monde civilisé, survécut à la ruine de l'empire romain. Les califats musulmans de Bagdad et de Cordoue favorisèrent la mise en valeur de contrées même peu privilégiées, l'Espagne par exemple. Dans la chrétienté, les régions les plus prospères restèrent longtemps celles qui étaient les moins éloignées de la Méditerranée : Vltalie du Nord, la France du Midi; Venise exerça son hégémonie commerciale. Les peuples du Nord, attirés parles richesses et lo

ciel clément du Midi, se transformèrent rapidement au contact des peuples qu'ils avaient vaincus.

5. — Le monde de l'Atlantique. — La civilisation pénétra très lentement de la Méditerranée vers l'Atlantique. Au

Fig. 5. — Les grandes zones de végétation en Europe.

milieu de leurs forets {fig. p. 12) et de leurs marécages, sous la pluie et la neige, au bord des mers que les tempêtes et les brouillards rendaient si souvent dangereuses, les hommes du Nord durent pendant longtemps dépenser toute leur énergie à se protéger du froid, à conquérir une nourriture que la rudesse du climat imposait substantielle. Le défrichement du sol demanda des siècles d'un

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labeur opiniâtre, la construction des villes et des routes fut œuvre de très longue haleine. Il est vrai que dans cette lutte contre une nature moins facile et moins souriante, les hommes du Nord acquirent des habitudes de travail et de discipline qui allaient assurer rapidement leur triomphe sur les hommes du Midi, trop accoutumés à la vie facile et heureuse.

Si l'on fait exception de quelques groupes humains

Fig. 6. — Richesses jninérales de l'Europe.

particulièrement avancés, c'est à la fin' du moyen âge seulement que dans leur ensemble les pays de l'Atlantique prirent tournure de contrées civilisées, et commencèrent à disputer aux pays de la Méditerranée, auxquels les unissaient d'ailleurs les routes des Alpes, une petite place dans la vie économique de l'Europe : la Flandre devint un foyei* industriel égal à ceux de l'Italie du Nord, la Ligue Hanséatique créa au xiv® siècle un mouvement d'affaires équivalent à celui de Venise et de Gênes. Néanmoins, au xv*" siècle, ce furent encore V Espagne et le Portugal, pays méridionaux, qui eurent le principal rôle dans les grandes décou-

vertes maritimes, avant la France, avant l'Angleterre La découverte d'une nouvelle « Route de l'Inde » par U tour de l'Afrique, la découverte surtout des Amériques, allaient porter au premier plan les peuples de l'Europe occidentale, et substituer l'Atlantique à la Méditerranée comme grande route maritime du globe, comme axe principal de la vie économique universelle. Tandis qu'au début d'il xvii° siècle les Hollandais supplantaient les Portugais dans une partie de leurs conquêtes (Le Cap, Ceylan, lies de la Sonde), les Français et les Anglais jetaient en Amérique les fondements de colonies qui n'allaient pas tarder à vivre d'une vie autonome et intense.

Le xix^ siècle consacra le triomphe du monde atlantique sur le monde méditerranéen; l'Océan cessa d'être une limite du monde habité, pour devenir un chemin entre les peuples. La houille et le fer, très abondants sur les deux rives de l'Océan, créèrent de puissants foyers industriels en Angleterre, Qïi F7Yince,er\ Allemagne, eï\ Belgique d' mu cuté {fig. p. 13), aux Etats-Unis de l'autre côté du fossé atlantique. La diminution des distances par la navigation à vapeur resserra les liens entre l'Europe et l'Amérique, permit d'activer le développement économique de pays purement agricoles comme le Canada, le Brésil et la. Republique Argentine, qui devinrent les grandes fermes alimentaires des pays industriels surpeuplés. Londres, Liverpool, le Havre, Anvers, Rotterdam, Hambourg, New York. Montevideo, Buenos-Aires passèrent au premier rang des grands ports maritimes mondiaux.

LaMéditerranéeauraitété frappée à mort, serait devenue une autre Baltique, si la fm du xix* siècle n'avait vu se produire deux événements destinés à arrêter sa décadence. D'une part la France et l'Angleterre, en prenant pied dans l'Afrique du Nord, en provoquant la résurrection agricole de V Algérie^ de la Tunisie et de V Egypte, reconstituèrent l'unité économique du monde méditerranéen, y créèrent de nombreux et très actifs courants commerciaux. D'autre part l'ouverture à\i canal de Suez, en 1869, rétablit au profit de la Méditerranée le grand courant commei*cial entre l'Occident et l'Extrême-Orient : Marseille, Gênes,

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Alexandrie purent ainsi prendre une vie nouvelle Mais il faut noter que ce réveil économique de la Méditerranée a été dû presque entièrement à l'activité de peuples tournés surtout vers l'Allantique, Français, Anglais, Allemands. De vieilles nations méditerranéennes comme les Grecs et les Espagnols n'ont eu jusqu'à présent qu'une part secondaire dans cette exploitation de leur domaine séculaire.

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