Le niondc dn Pacifique. — En raccourcissant la
route qui menait de l'Atlantique au Pacifique, le canal de Suez facilita aux Européens l'accès de la Chine et du Japon, précipita l'évolution économique et politique du monde jaune. Les établissements fondés par la race blanche en Amérique et en Australie se développant eux aussi, l'Océan Pacifique, malgré ses vastes dimensions, fut sillonné de plus en plus par la navigation internationale : Singapour, Hong-kong, Ghang-kaï, Kobé, Yokohama sont d'ores et déjà de vastes entrepôts commerciaux, auxquels font face les ports australiens et américains, Melbourne, Sydney. Valparaiso, San Francisco, Seattle, Vancouver. Le canal de Panama a complété pour l'Océan Pacifique l'œuvre amorcée par le canal de Suez. Lui aussi a cessé d'être un abîme pour devenir une route.
Née sur le bord de la Méditerranée, la « civilisation » n'a donc gagné que plus tard les rives de l'Atlantique, puis celles du Pacifique. Assurément il subsiste encore à la surface du globe des races à mentalité très différente, mais l'opposition des mœurs n'exclut pas l'unité économique de l'univers civilisé, réalisée au xix^ siècle par les progrès scientifiques dus à la race blanche.
•ï. — L'împérlallsiiie contemporain. — Quels que soient les obstacles naturels dus à la difficulté des communications, et les .obstacles artificiels créés par les barrières politiques ou douanières, il existe aujourd'hui une solidarité non seulement morale, mais matérielle entre les groupes les plus différents de la famille humaine, entre
les parties les plus éloignées du monde civilisé. Pour l'ouvrier d'Angleterre, le prix du "feucre dépend de la récolte cubaine de canne à sucre et de la récolte allemande de betterave, le prix du pain est fonction de la quantité de pluie tombée sur les plaines de Russie ou d'Amérique.
De là, pour les nations désireuses de jouer un rôle dans la vie économique du globe, la nécessité non seulement de développer leur propre pays, mais aussi d'employer au loin leurs produits, leurs capitaux, leur vie, de sortir d'elles-mêmes et de lier partie avec les autres habitants de la terre. De là la création à^empires coloniaux où les peuples les plus civilisés se sont faits les éducateurs des peuples qui laissaient dormir les richesses naturelles de leur domaine héréditaire.
Ce n'est donc pas uniquement à leurs ressources naturelles ou à leur heureuse situation sur les routes du globe que les principales puissances du monde doivent leurrang dans la société des nations, c'est plus encore au parti qu a su tirer de ces avantages l'activité de leurs habitants. L'importance du facteur humain ne peut être omise, si l'on veut expliquer la répartition actuelle, à la surface du globe, des grandes puissances mondiales.
8. — Europe du ]\ord-Ouest. — Au ^W de l'Europe, i'Augleterre, grâce à sa position insulaire, put consacrer tous ses efforts à l'exploitation des mers; sa richesse en minéraux utiles devait lui permettre un énorme développement industriel. Au xix'^ siècle, son empire colonial atteignit une ampleur que nul autre n'avait réalisée jusqu'alors : le Canada, les Indes, l'Australie, V Afrique Australe, en sont restées, les parties les plus productives.
Les Pays-Bas et la Belgique, situés au débouché du Ilhin, de la Meuse et de l'Escaut, ont dû à lesprit industrieux et commerçant de leurs habitants un rôle économique hors de proportion avec l'étroitesse de leur territoire et le chiffre de leur population : les Indes insulaires et le Congo ont offert un large champ colonial à leur activité.
La France, si heureusement postée sur le dernier isthme européen, avait à sa disposition un sol favorable aux céréales et à la vigne, mais médiocrement riche en houille. L'énergie de son peuple a su lui créer coup sur coup deux empires coloniaux
REPARTITION GEOGRAPHIQUK 17
dont le dernier comprend principalement V Afrique du NW, Madagascar et Vlndochine orientale.
9. — Europe centrale. — L'Europe centrale, séparée de la Méditerranée par les plissements alpestres, a trouvé, jusqu'ici ses débouchés les plus faciles au N, vers la mer du Nord.
L'Allemagne, malgré la médiocre fertilité de son sol, puisa au xix*^ siècle dans l'abondance de ses mines et dans la rude discipline de ses populations les éléments d'un admirable épanouissement industriel et commercial.
La Suisse est, avec la Hollande, le meilleur exemple de ce que Ténergie humaine peut tirer des plus détestables conditions naturelles.
L'Autriche-Hongrie en revanche, assemblage hétérogène de pièces et de morceaux sans grande valeur globale, ne devait son importance relative qu'aux ressources de quelques-unes de ses parties, telles que la Bohême, et à sa grande voie navigable, le Danube. L'avenir économique des Etats qui sont nés de sa dislocation — Autriche, Tchécoslovaquie, Hongrie — dépendra en grande partie des liens qui s'établiront entre eux et avec les pays limitrophes.
Au contact de l'Europe centrale et de l'Europe orientale, la Pologne et la Roumanie, qui disposent de terres fertiles et de ressources minérales (houille et fer — pétrale), ont été longtemps victimes de leur mauvaise organisation sociale et de l'oppression des peuples voisins.
10. — Eiiroiic luéditerrauéenne. — Dans le monde méditerranéen, seule l'Italie — et encore par sa région la moins méditerranéenne, la féconde plaine du Pô — a participé au grand mouvement économique contemporain. Ni l'Espagne, ni les pays balkaniques n'ont trouvé en eux-mêmes l'énergie suffisante pour exploiter leurs ressources agricoles ou minières.
11.— Eai'ope orientale. — A la fois européen et asiatique, lEmpire russe, tardivement entré dans le courant de la civilisation, avait dû résoudre le difficile problème de sa circulation intérieure avant de songer à tirer parti de sa « Terre noire » et de ses minerais; les régions productives ne représentent d'ailleurs qu'une petite partie de ces immenses territoires.
12. — Asie orientale. — L'Asie orientale, tournée tout entière vers le Pacifique, est restée jusqu'à nos jours fidèle à la
civilisation agricole, que la valeur clef sa « Terre jaune », dr ses alluvions fluviales et de ses terrains volcanir^ues avait amenée à un remarquable développement. La Chine n'a pas encore cessé d'être, pour son développement marilime et industriel, tributaire de l'étranger ; mais ses rir-hesses minières lui réservent un rôle de tout premier ordre, le jour où elle se décidera à les exploiter. Plus vite émancipé, le Japon insulaire a pris rang parmi les grandes puissances économiques du xx*^ siècle.
13. — Amérique orienlale. — L'Amérique du Nord, longtemps vide d'habitants, doit à ses colons européens la mise en valeur de ses terres vierges et de ses gisements minéraux. Au fur et à mesurs que leur sont venus la main-d'œuvre et 1rs capitaux, les Etats-Unis, ont trouvé dans leur sol et leur soussol des éléments prodigieux d'activité industrielle et commerciale.
L'Amérique du Sud a offert aux immigrants de civilisation latine des étendues énormes de terres propres à l'élevage et à la culture. Le Brésil et la République Argentine ont ainsi pu se placer parmi les plus grands producteurs de denrées alimentaires ; ils naissent maintenant à la vie industrielle.
Telles sont à l'heure actuelle les principaux facteurs de la vie économique da globe. On ne peut en comprendre l'origine et la valeur qu'en faisant la part de la nature et celle de Vhonwie.
OUVRAGES A CONSULTER
Abrév'mlions. — A. = Annales : B = Bulletin; Fr. = Français; G. R. = Comptes Rendus; G. = Géographie; S = Société.
OUVRAGKS GÉNÉRAUX
Périodiques.
Ravfneau, etc. Bibliographie Géographique Annuelle (depuis 1892) des Annales de Géographie.
Annales de Géographie (depuis 1891).
B. et G. R. de la S. de G. dn Paris (jusqu'en 1899).
La Géographie, B. de la S. .de G. de Paris (depuis 1900).
B. delà S. de G. Commerciale de Paris.
li.U'Ai'.nTIÛN GÉOGRAPHIQUR 19
Bi'HEAU Y.KuiTAs. Réportolrc général de la Marine Marchande (depuis 4870).
L'Agriculture Prati^^ue des Pays Chauds (depuis 19ûJ).
Revue Economique Internatioiiale (depuis 1U04).
Congrès internationaux de navigation. Rapports et Communications.
BiuoT. Statistique Annuelle de Géographie Comparée (1905 1913).
Livres et articles (ordre chronologique).
Paul Lekoy-Bevulieu. Do la Colonisation chez les Peuples Modernes, 1874 (réédité).
LlisLER. Géologie agricole, 4 vol. 1884-1897.
Trouessart. La Géographie Zoologique, 1890.
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De Lvppauent. Leçons de Géographie Physique, 1806.
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Vivien de Saint-Martin Atlas Universel de Géographie.
QUESTIONS A ETUDIEll
Quels furent, jusqu'à l'ouverture du canal do Suez, les rapports économiques entre l'Europe d'une part, les Indes etrExtrèmo-Orient d'autre part.
En quoi difïèrent, pour le^ conditions offertes à la vie civilisée, la zone tempérée de l'hJniisphère boréal et celle do 1 1!:- ■• vi--austral.