CHAPITRE III LES ILES BRITANNIQUES : RÉGIONS NATURELLES
Les Iles Britanniques ont une superficie d'environ 315.000 km*.
Lies plaines anfjlaises dti Sud-Est. — Le Bassin de Londres, d'origine sédimentaire récente, a joué un rôle prépondérant en Ajigleterre jusqu'au XIX" siècle; c'est aujourd'hui encore la principale région agricole (cultures industrielles, élevage) et le principal foyer commercial de la Grande Bietagne. La population, très dense, se groupe surtout à Londres (7 millions d'hab.), centre naturel des plaines du S E ; sur la côte Hull, Brighton, Portsmoiith, Souîhampton et Bristol, dans l'intérieur Leicester, Northampton et Norwich sont aussi de grandes villes.
IjO iJornoufiille. — Cette « Armorique anglaise » n'a qu'une agglomération importante : Plymouth-Devonport.
Le Payn de Galles. — Massif peu fertile, le Pays de Galles a de riches mines (houille, fer, cuivre i et des industries métallurgiques ; ses ports (Sivansea, Barry, Cardiff) sont très actifs .
L'Angleterre se^teittrioitale.— Morcelée par la Chaîne Pennine, l'Angleterre septentrionale doit a ses champs de houille un très grand développement industriel et une très forte densité humaine- Les Midiands sont le pays de l'acier {Birmingham); le Lancashire est le pays dvLcoton{Liverpool, Manchester); le Vor/fsh/re fabrique des lainages et de lacicr (Leec/s, Bradford, Nottingham, Sheffield); le Northumberland et le Durham exportent la houille {Newcastle).
Li'Ecosse. — A ses Highiands pauvres et peu peuplés, 1 Ecosse oppose ses Lowlands, où la richesse agricole et minière houille, fer) a concentré une nombreuse population industrielle G/as^ow, Edimbourg, Aberdeen, Dundee.
Jj'lrlfinde. — Plaine entourée de petits massifs montagneux et abondamment arrosée , 1 Irlande a des prairies et des tourbières ; la pomme de terre y nourrit difficilement une population prolifique, que 1 émigration diminue. Dublin est capitale politique, Belfast travaille le lin.
i — (iîra»«les régions des Iles Britanniques (flQ. p. 37).
— L'archipel britannique, qui s'étend entre le 60° et le 50° lat. N, a une superficie totale de 3i5000 km'^, environ les 3/5 de la France.
La nature a fortement marqué les divisions des Iles Britanniques. Dans la Grande Bretagne (^230 000 km'), les
plaines du Sud Est forment un ensemble nettement distinct. Pour la région haute de l'W et du N. l'existence de grandes dépressions permet d'isoler la Cornouaille, le Pays de Galles, l'Angleterre septentrionale, formée de la Chaîne Penùine et des plaines bordières, l'Ecosse et les archipels du Nord L'Irlande (85 000 km-) flanque à l'W la Grande-Bretagne, et les îles normandes, françaises par leur situation, complètent le Royaum>Uni.
2. — Les piaîues du Sud-Est. — Une ligne tirée de l'embouchure de la Tees à celle de V Ex sépare assez exactement la zone des massifs anciens de celle des bassins sédimentaires. Elle isole au SE le Bassin de Londres, qui occupe une superficie à peu près égale à la moitié de celle de l'Angleterre. Les plaines du SE, qui ont joué dans riiistoire de l'Angleterre avant le xix^ siècle un rôle prépondérant, représentent « à la fois ce qu'il y a de plus ancien dans le passé historique et de plus récent dans le passé géologique de la Gvande-Drelagney).
a. Milieu physique. — Le Bassin de Londres a été, comme le Bassin de Paris, comblé par des sédiments tantôt calcaires, tantôt argileux ou marneux. Les eaux courantes ont sculpté toute cette région qui était primitivement à peu près horizontale : elles ont affouillé les roches tendres et mis en relief les roches plus dures, qui forment des crêtes en pente abrupte vers IW ou le NW, en pente douce vers lE ou le SE.
La pl&s extérieure de ces crêtes, dessinée par la falaise des calcaires oolithiqaes, s'allonge de l'embouchure delà Tees, haute de 200 à 350 m, au Portland Bill. Elle sabaisse sur une série de dépressions (vallées de l'Ouse et de la Trent, vallée de ÏAvon et de la Ssvern, Canal de Bristol), qui marquent la limite entre la zone agricole et la zone industrielle de la Grande-Bretagne.
Au S, une ancienne voûte crajeuse, creusée en son milieu, s'est ti-ansformée en une dépression, le Wcald, que dominent au N et au S les collines de craie des North et des South Dowfis.
Gomme dans le Bassin Parisien, les rivières, nées à la périphérie, longent pendant quelque temps le pied des crêtes, puis finissent par les traverser. Telle est la Tamise.
I,es alluvions des fleuves et les dépôts marins, accumulés dans les plaines basses, ont formé des marais, aujourd'hui asséchés, dont le principal est le Fan.
Fait tanlôt de roches dures, tantôt de roches tendres, le Bassin de Londres a des côtes élevées par endroits, basses sur d'autrei points.
Fig. 14. — Les Iles Britanniques.
La côte de la Mer du Nord est généralement basse. Au S du profond estuaire de £Humber, la plaine de l'E forme une vaste protubérance demi-circulaire entre le Wash et le magnifique estuaire de la Tamise.
Le Pas de Calais et la Manche, dominés par les collines Graveuses des Dow us, ont surtout des falaises blanchâtres dont les
Priiicioales puissances du niouJc 3
plus célèbres sont celles de Douvres {South Foreland), pendant des falaises du Boulonnais, ainsi que celles de Beachy Head et de Brighton, qui font face aux falaises du Pays de Caux. Ces falaises reculent sans cesse, et avec leurs débris la mer a enfermé de petits marais littoraux. La submersion de deux anciennes vallée^^ fluviales, devenues les rades de Spithead et de Soient, a isolé Vile de Wight, plaque de craie que terminent au S de hautes aiguilles rocheuses.
b. DEVELOPPEMENT HUMAIN. — Les plaines sédimentaires du SE de l'Angleterre sont la principale région agricole de la Grande-Bretagne : la culture des fruils et du houblon dans la presqu'île de Kent, la culture des céréales et des plantes industrielles combinée avec l'élevage du gros bétail dans le Centre, avec l'élevage du mouton dans les Downs, sont prospères.
Uindusirie n'a pas, dans les plaines du SE, la même importance que l'agriculture, car los roches récentes renferment peu de minerais^ et masquent les dépôts houil- 1ers, qui n'ont pas encore été livrés à l'exploitation. La grande industrie ne s'est développée qu'autour de la capitale, dans les grands ports et dans certains centres qui occupent une situation favorable sur les voies naturelles reliant le Bassin de Londres aux. régions voisines. Elle tend à progresser en raison de l'extrême cherté des terrains dans les districts proprement industriels et de leur bon marché relatif dans les régions agricoles.
Mais la ressource essentielle du Bassin de Londres est le commerce. Les plaines du SE sont l'intermédiaire presque obligé entre les régions de grande industrie britannique et l'Europe continentale. Aussi sont-elles sillonnées d'un lacis inextricable de voies ferrées convergeant vers Londres, et de voies navigables naturelles complétées par des canaux qui relient la Tamise à la Severn, à la Mersey et à l'Humber. Les relations avec le continent s'opèrent presque exclusivement par les ports du Bassin de Londres (Jlg. p. 39). ' •
Le Bassin de Londres, en relations faciles avec les autres parties de la Grande-Bretagne, groupées sur son pourtour, est donc pour les Iles Britanniques la grande région de
concentration ; il joue un rôle analogue à celui du Bassin parisien en France.
On ne saurait s'e'tonner, dès lors, que 17 millions d'hommes (presque la moitié de la population anglaise) vivent sur ce territoire dont la superficie ne dépasse pas 76.000 km2. La population spécifique dépasse ainsi
Fig. 15. — Relations entre Londres et Paris.
200 hab, au km^ ; même sans l'énorme agglomération londonienne, elle dépasserait encore i.00. Les habitants sont nombreux dans les régions de trafic intense, c'est-à dire sur les côtes, dans la zone limitrophe des pays industriels du NVV et sur les voies naturelles qui rayonnent autour de Londres {fig. p. 58).
C'est dans les plaines du SE que se trouvent, avec la capitale du Royaume-Uni, Londres, plusieurs des grandes villes britanniques et de nombreuses miles historiques,
aujourd'hui dépassées par les jeunes cite's nées du développement de l'industrie et du commerce.
Londres (London) s'est fondée dans la vallée inférieure de la Tamise, à un étranglement qui précède l'estuaire, en un point où aboutit la Lea venue du N, par conséquent en un lieu de passage et de convergence des routes, au centre naturel des plaines du SE, et par suite de l'Angleterre tout entière. Située à la limite de la navigation maritime sur l'estuaire de la Tamise, elle est le meilleur port naturel de TE de la Grande-Bretagne, et en même temps le plus proche du continent.
Par là s'explique l'importance de Londres et sa croissance extraordinaire depuis deux siècles. En i700, Londres avait déjà 700.000 hab. et était la plus grande ville de l'Europe ; en 1821, elle atteignait le chiffre de 1 .380.000 hab. ; anjourd'dui, Londres (territoire du Conseil de Comté), a 4.5000.000 hab. ; elle est la première ville du monde. La superficie (beaucoup de maisons à un seul ou deux étages, larges rues interminables) est, proportionnellement à la population, plus élevée que dans les autres capitales. Avec ses faubourgs, dont plusieurs sont des villes de plus Je iOO.OOO âmes, Londres dépasse 7 millions d'hab., c'està-dire la population totale de la Belgique.
Cette ville est donc tout un monde (/î^. p. 41). Le centre en est la Cité, sur la rive gauche de la Tamise, en face du Pont de Londres ; c'est le quartier des affaires, où s'entassent pendant la journée 1 million de commerçants et qui n'est peuplé la nuit que de 20.000 personnes. A rW s'étend Wes^mmsfer, la ville du Parlement, des palais, des musées et des vieilles abbayes ; plus à l'W encore, le quartier des parcs et des splendides villas. Au S, c'est Southwark, la ville des fabriques. A l'E, Whitechapel, le quartier pauvre, aux bouges infects, et le port avec ses docks immenses, fermés d'écluses qui, à l'heure du reflux, maintiennent les navires à G m au-d<^ssus du niveau de la Tamise. Puis, de tous côtés, c'est la série ininterrompue des faubourgs qui s'étendent sur 1 .800 km*, énormes tentacules qui s'allongent au loin dans la campagne et se laissent pénétrer par les champs et les prés.
Londres est à la fois un grand centre industriel et une ville de commerce de premier ordre ; il était avant 19)4 et reviendra sans doute le principal marché d'argent du monde. C'est surtout comme port marchand quil joue un rôle essenlirl. L >r,.lr..< a élé p.mJant longtemps à la fois un récep-
tacle et un distributeur. Son rôle comme port d'importation est resté sensiblement le même, malgré la concurrence des ports de rW. Mais le trafic de réexportation a beaucoup souffert de la concurrence étrangère. Cne grande partie des gros chargements venus des pays d'outre-mer arrivaient autrefois à Londres et partaient de là, subdivisés, vers tous les ports européens ; ils sont à présent transbordés et répartis à Anvers, à Rotterdam,
Fig. lii. — L'agglomération lojidonienne. Le vieux Londres est plus forlement teinté.
à Hambourg. Cela tient non seulement à la difficulté que les navires modernes de très fort tonnage éprouvent à remonter la Tamise et aif coût élevé de la main-d'œuvre londonienne, mais encore au développement industriel de larrière-pays d'Anvers, de Rotterdam et de Hambourg. Malgré tout, Londres reste le premier port du monde (dépassé par Hong-kong pour le tonnage de jauge), en relations par des services réguliers avec toutes les régions du globe; sa flotte équivaut à elle seule au 1/6 de la flotte marchande britannique, aux 3/4 de la flotte aHemande. La Tamise, en aval de Londres, passe devant l'arsenal de Woolwich et l'observatoire de Greenwich, pour finir entre les deux ports de Ramsgate et Morgate.
Les autres ports du bassin de Londres sont : Hull
(280.000 hab.), à l'embouchure de l'Humber, le débouché de la région industrielle du Yorkshire vers les pays du Nord, et le premier port naturel de la côte orientale après l'estuaire de la Tamise, — llarœich, en relations avec Iloek van HoUand, — Qaeensborough, en relations avec Flessingue, — Douvres (Dover), en relations avec Ostende et avec Calais, — Folke^lone, en relations avec Boulogne, — Newhaven, en relations avec Dieppe, — Briglilon (130.000 hab.), la plage favorite des Anglais, — Portsmouth (230.000 hab.) le grand port militaire de l'Angleterre, — Southampton (I20.0u0 hab ), point de départ des services de paquebots pour l'Amérique, — Bristol (370 000 hab.), sur VAvon, qui ouvre une route vers Londres, et près de l'estuaire de la Severn, qui s'élargit pour devenir le Canal de Bristol.
En dehors de Londres, les plaines du SE ne comptent qu'un petit nombre de villes iiidustrielles : Leicester (230.000 hab.), Northampton (90.000 hab.), tous deux au voisinage de la région usinière de Birmingham, et JS'ortvlch (120.000 hab.).
En revanche, le nombre des petites villes historiques est considérable. Lœ deux principales sont Oxford (50.000 hab.) et Cambridge, les plus vieilles et les plus célèbres villes universitaires de'la Grande-Bretagne. York, Peterborough, avec leurs cathédrales normandes, racontent l'histoire de la vieille Angleterre du SE.
3. — La Cornoaaîllc. — La Grande-Bretagne se termine au SW par la presqu'île de Cornouaille {CornicaU}, doçt les roches schis'euëes, étalées en longues croupes, sont injectées de granits qui forment des coupoles arrondies dépassant 600 m. Battues par une mer sauvage, les côtes de la Cornouaille anglaise sont aussi découpées que celles de notre Finistère; des rades profondes, comme celles de Plymouth, se creusent dans les roches tendre.'^.
Le plateau schisteux, est couvert de landes, sur lesquelles paissent des moutons; les vallées, au climat très doux, ont des culnires ninraichères et des vergers d'arbres à cidre comme notre Bretagne.
LKS ÎLES BRlTAx^NIQUES 43
Les filons d'étain, de cuivre et de plomb, autrefois très importants, sont presque épuisés ; mais la Gornouaille a toujours d'importants dépôts de kaolin, produits par la décomposition du granit.
Cette Armorique anglaise, un des refuges de la race celtique, a une population moins dense (93 hab. au km 2) que le reste de l'Angleterre ; les habitants sont plus nombreux sur le littoral que dans l'intérieur. La seule ville importante est le port de Plymouth, complété par Devonport (200.000 hab. au total), l'un des meilleurs havres de la Grande-Bretagne, à la fois port de guerre et tête de ligne de plusieurs services transatlantiques.
4. — Le Pays de Galles. — Le massif quadrangulaire du Pays de Galles est un bloc de schistes primaires, réduit, par l'érosion à une altitude de quelques centaines de mètres seulement, et dominé par la pyramide volcanique du Snowdon (1.085 m). L'ensemble forme une série de croupes chauves, orientées du SW au NE et séparées par des vallée? longitudinales, dont les principales descendent vers la Severn.
Ce sol schisteux, n'oîïre que de ti'ès médiocres ressources agricoles : les landes sont le domaine du mouton, et, dans les vallées, la principale culture est celle du houblon.
Mais le sous-sol est extrêmement riche. Les minerais de cuivre, de zinc, de plomb, de fer y abondent, et, au S, s'étend un vaste bassin carbonifère, qui fournit une anthracite de première qualité.
Ce bassin a l'immense avantage de se trouver à la fois au voisinage des mines de fer et des ports naturels du Canal de Bristol Aussi une grande activité industrielle s'est-elle développée dans toute cette région ; le comté de Glamorgan compte jusqu'à 340 hab. au km'-^, tandis que les comtés du centre n'en ont pas plus de 18, et l'ensemble du pays de Galles 89.
Tous les centres importants du Pays de Galles sont au S ; ce sont, ou bien des villes industrielles qui traitent les minerais (indigènes ou étrangers) de fer et de cuivre, ou bien dQi ports charbonniers.
Les centres d'industrie métallurgique de l'intérieur sont Merthyr Tydvil (80.000 hab.) et Rkondda (150.000 hab.)- Les ports du charbon, où l'industrie est également très active,sontiVe2o/?or/(8o.000hab.),*5î^;flnsea(H5.000hab.\ le centre de l'importation des minerais de cuivre, et suitout Gardiff (180.000 hab.), le plus, grand port charUonyiier du monde, qui avant la guerre expédiait à lui seul 20 millions de t. de charbon par an.
Le Paj's de Galles est resté l'une des forteresses de la race celtique; mais le développement de l'industrie y a introduit de nombreux éléments anglais.
6. — L'Angleterre septentrionale. — Voici l'Angleterre moderne, Y Angleterre industrielle, le pays noir avec sa population grouillante de mineurs et d'ouvriers d'usines, dépassant parfois 400 hab. au km*.
a. Milieu physique. — L'ossature de l'Angleterre septentrionale est constituée par la Chaîne Pennine, bloc de roches anciennes, qui mérite à peine le nom de montagne, car elle ne dépasse pas l'altitude maxima de 892 m, et elle est à plusieurs reprises interrompue par des dépressions assez basses pour qu'on ait pu y faire passer des canaux.
Au NW, la Chaîne Pennine est flanquée par le massif circulaire du Cumberland, le district des lacs, qui est la région la plus pluvieuse de l'Angleterre.
Sur tout son pourtour, la Chaîne Pennine, d'où sortent de nombreux cours d'eau abondamment alimentés, est bordée de plaines où, sous la croûte végétale, s'étendent les plus riches champs de houille de l'Europe; ce sont, au S, de nombreux petits bassins dont l'ensemble forme le Dasdn du Centre, — à IW, le bassin du Lancashire, — puis, à l'intérieur de l'accolade formée par rOuse et la Trent, le bassin du Yorkshire, — enfin, au NE, \Qsbassins de Northumberland et de Durham. Le Cumberland luimême a son bassin houiller. Et les gîtes de mine) ai de fer voisinent avec les dépôts de charbon.
La plus vaste des plaines bordières est la plaine du Cheshtre, insérée entre les roches anciennes duPajs de Galles et celles de la Chaîne Pennine. Cette plaine occupe ainsi une situation centrale, avec quatre issues naturelles, vers la Tamise par les passages de la falaise oolithique, vers le Canal de Briatol par la
Severn, vers la Mer d'Irlande parla Mersej, vers la Mer du Nord par la Trent ; elle est appelée par là môme à devenir le nœud des principales voies de communication de l'Angleterre.
h. Développement humain. — Région généralement montueuse, l'Angleterre septentrionale n'a pas les mêmes aptitudes agricoles que les plaines du SE. Mais si elle n'a presque pas de champs de céréales, elle doit à l'humidité de son climat d'être un pays d'élevage : les plaines du Cheshire élèvent les vaches laitières en vue de la production du beurre et du fromage (Ghester) ; le Yorkshire élève les chevaux; le Durham a d'excellentes races de bœufs de boucherie ; enfm les landes de la Chaîne Pennine et du Cumberland sont la zone de l'élevage du mouton.
Mais c'est l'industrie qui a fait avant tout la fortune de l'Angleterre septentrionale, et le développement de cette industrie est étroitement lié à la présence de la houille sur le pourtour de la Chaîne Pennine. Là où les minerais de fer et la chaux se trouvent à proximité des mines de charbon, la grande industrie métallurgique a pris une extension inouïe ; ailleurs, s'est développée Yindustrie céramique., qui met en œuvre les argiles résultant de la décomposition du sol; ailleurs encore, c'est l'industrie textile, qui travaille les laines indigènes ou importées, le liri, la soie, le coton. Enfin, les gites houillers situés au voisinage de la mer exportent leur charbon dans les pays étrangers.
De grands ports servent de débouchés aux produits de la région et importent les matières premières nécessaires à l'industrie, ainsi que les denrées alimentaires indispensables à la population. Ils sont reliés aux divers centres industriels et aux autres régions de l'Angleterre par un réseau serré de chemins de fer et par d'excellentes voies navigables, naturelles ou artificielles, dont la faiblesse du relief a facilité l'établissement.
Dans ces conditions, la concentration de la population est extrême : sur le 1/4 de la superficie de l'Angleterre vivent les 2/5 des habitants, ; dans l'ensemble, la population spécifique est de 3o0, bien que les croupes de la
46 LEi PHLNCIPALES PUISSANCES DU MONDE
Chaîne Pennine et du Gumberland aient une population très clairsemée.
Les villes sont très nombreuses. Sur cet espace, qui équivaut à 6 ou 7 de nos départements, on trouve trois villes de plus d'un demi-million dhab. et 18 autres villes de plus de 100.000 hab.
Toutes ces villes sont des centres industriels, sans passé historique, n'ajant d'autres monuments que leurs édifices administratifs modernes, leurs bourses, leurs docks, les cheminées de leurs usines, les hauts fourneaux, les chevalements de mines. Elles forment des agglomérations presque continues au-dessus de chaque bassin houiller ; « les faubourgs se soudent par des champs de gravats aux faubourgs de la ville prochaine ».
» Les principales agglomérations urbaines sont celles des Midlands, du Lancashire, du Yorkshire, des comtés de Northumberland et Durham, correspondant aux principaux bassins houillers.
Les Midlands utilisent la houille des bassins du Centre et le minerai de fer. C'est le pays de Vacier, dont Birmingham'(860.000 hab.; est la capitale, entourée d'une ceinture de faubourgs populeux dont les principaux sont Wolwerhampton (100.000 hab.) et Walsall (90.000 hab.). rius au N, D::{rby compte 1:25.000 âmes. Au NVV des Midlands, Stoke-upon-Trent (ii40 000 hab.) est le centre du « district des poteries ».
Le Lanscashire est le pays du coton, importé parLiverpool , travaillé à Manchester et dans toute la région. L'activité est plus fiévreuse encore ici que dans les autres régions industrielles du Royaume-Uni, et la densité de la population atteint le chiffre énorme de 90J hab. au km-.
« C'est pour le service du coton que, depuis un siècle, ce marais tremljle sous le poids des foules humaines. C'est pour le coton qu'ont été bâties ces centaines de villes et ces milliers d'usines, bcf broches et ses métiers occupent aujourd'hui [en 1900] 416.000 manœuvres. Les étoffes mélangées lui valent 20.000 autres serviteurs qui lui préparent la laine et la soie. Le noyau de son armée est fait de ces 440.000 tisseurs ou fileurs . Ajoutez 23.000 fondeurs ou batteurs de métaux qui fabriquent ou reparlât
LES ILES BUITANNIQUES
ses machines, 15.000 charpentiers ou tourneurs de bois pour ses maisons, ses caisses et ses outils, 18.000 appréteurs ou chimistes, 53.000 imprimeurs ou teinturiers, 122. 000 mécaniciens ou chauffeurs. Ajoutez, sous terre, 65.000 mineurs, et, à la bouche des puits, 15.000 trieurs ou chargeurs, pour ses chaudières et ses hauts fourneaux. Ajoutez, pour la nourriture de son peuple, 23.000 vivandiers et, pour la coupe et confection de ses étoffes, 24.000 lingers ou lingères, et pour son emballage, pliage et correspondance, 27.000 fabricants de papier. A ces 2.800 usines,
ascope Richard,
■pool.
ateliers ou fabriques, à ces 460 mines ou carrières et à leurs 990.000 bêtes humaines, ajoutez encore, jusqu'à la mer, au long des routes de terre et d'eau, quelque 10.000 convoyeurs, et, sur les tabourets des agences, derrière' les grilles des comptoirs, quelque 60.000 scribes >^ {Victor Béeiard).
Liverpool (770.000 hab.), qui occupe une heureuse situation au centre des Iles Britanniques, sur la face orientée vers IWmérique, est devenu, grâce au coton, l'un des premiers ports du monde ; il est en relations avec le Nouveau Monde, avec la Méditerranée et avec l'Océan Indien. Ses docks {fig. p. 47), allongés le long de la Mersey, sont plus vastes que ceux de Londres, auquel il fait une con-
48 LES PRLNGIPALES PUISSANCES DU MONUli
currence redoutable. Il est complété par Birkenhead (150.000 hab.).
Un canal maritime.dont le rôle est surtout grand pour l'importation, et plusieurs voies ferrées relient Liverpool à Manchester, le premier port cotonnier du monde à la première usine cotonnière du monde. Manchester, qui compte à lui seul 740.000 âmes, est d'ailleurs entouré de toute une série de villes dont bon nombre dépassent 100. 000 hab. : Sâlford(230.000hab.),Z^oZ/o;2^l80.000hab.), Oldham (150.000 hab.), Blackburn (135.000 hab.), Preston (120.000 hab.), Burnley (UO.COO hab.), Rochdale (90.000 hab.).
Le Yorkshii'e, dans lequel sont entassés plus de 3 millions d'hommes, est le grand centre de V industrie lainière, à laquelle s'associe dans une moindre mesure ïindustrie de Vacier. Son débouché vers la mer est l'estuaire de l'Humber, avec le port de Hull. Il possède quatre des plus grandes villes industrielles du Royaume-Uni : Leeds (430.000 hab.), Bradîord (290.000 hab.), Nottingham (260.000 hab.), les métropoles de la laine, — Sheffield /4T0.000 hab.), l'une des métropoles de l'acier. A un rang inférieur viennent Halifax (100.000 hab.) et Hudders/ield (110.000 hab.).
Le Northumberland et le Durham ont suitout à^s ports charbonniei's et des villes d'industrie métallurgique (constructions navales en particulier). Le grand centre est Newcastle (270.000 hab.), le second port charbonnier du monde après Gardiff, entouré de toute une série d'autres ports, iSwnrfeWawc^(150.000hab.),6;a^es/iearf(120.000hab.),*Soz«/A Skields (110.000 hab.), Middlesborough (105.000 hab.).
6. — L'Ecosse. — L'Ecosse, qui a une superficie totale de 78.000 km^ (13 à 14 départements français) et compte un peu plus de 4 millions et demi d'hab., offre plus encore que l'Angleterre un contraste frappant entre ses différentes parties. La plaine centrale, où la présence de la houille a fait naître la grande industrie, a une population extraordinairement dense, tandis que les régions moiita^ gueuses sont presque désertes.
LES ÎLES BRITANMQUES 49
a. Milieu physique. '■ — Le vieux massif calédonien, qui accidente l'Ecosse, est divisé par deux dépressions orientées du SW au NE, l'une très étroite et l'autre assez ample, en trois fragments : les Hautes-Terres du Sud, dont la partie principale est les Monts Cheviots, — les Monts Grampians, qui atteignent 1343 m au Ben Nevis (point culminant des lies Britanniques), — les Hautes-Terres du Nord.
Ces hautes terres {Highlands), qui ont subi une glaciation intense, forment des dos de pays à surface ondulée, coupés de vallées généralement étroites dans lesquelles dorment de nombreux lacs allongés [lochs] qui témoignent de l'action des anciens glaciers, dominés par des blocs de roches plus dures que l'érosion a relativement respectés. Les croupes monotones sont balayées par les vents violents du large qui déversent, surtout sur le versant occidental, de fortes pluies.
La plus étendue des dépressions écossaises est celle des Basses- Terres du Centre {Central- Lowlands), limitée de chaque côté par deux séries de failles. De surface très accidentée, elle a été comblée par des terrains carbonifères très riches en houille. La dépression septentrionale est la faille très étroite du Qlenmore, suite de lochs très allongés qui ont été réunis par le Canal Calédonien.
La mer a pénétré très profondément dans les dépressions : entre le Firth de la Clyde et le Firth du Forth, les Basses-Terres du Centre ont été réduites à une largeur de 50 km seulement. Partout, sur la côte occidentale, où la montagne arrive en contact immédiat avec la mer, les firths profonds, véritables fjords, alternent avec les longues péninsules, ou avec les îles séparées de la masse calédonienne par un brusque effondrement dont témoignent les basaltes de la grotte de Fingal, dans l'ilot de Statfa.
b. DÉVELOPPEMENT HUMAIN. — L'ÉcossB est loiii de présenter dans ses différentes parties les mêmes aptitudes au développement économique et au peuplement.
Les Hautes-Terres sont une région pastorale (élevage des moutons dans les Cheviots) ; même, en beaucoup d'endroits, elles sont presque complètement inutilisables, aussi bien pour l'élevage que pour l'agriculture (surtout les Hautes-Terres du Nord). Les habitants des régions côtières vivent de la^ pèche. Aussi \8l population est-elle très peunombi'euse, et, sur certains points, on peut parcourir
des lieues sans rencontrer un homme. C'est dans les Hautes- Terres du Nord, protégées par leur pauvreté môme contre les convoitises, que s'est maintenue la population gaéhf/we, jadis organisée en clans.
Par contre les Basses-Terres du Centre, qui, autrefois, étaient déjà grâce à leur fertilité le cœur de l'Ecosse et qui ontparticipéau développement du commerce maritimebritannique, sont devenues une importante 7•(?p'^o?^ de grande industrie. Les mines de houille et de fer alimentent une industrie métallurgique eiLlrêmemeni active (constructions navales surtout;, et Vindustrie textile (tissage du lin et &vijute en particulier) a pris une grande extension.
Les trois quarts de la population écossaise vivent dans la dépression centrale ; la- densité de cette population, qui est de 250 en moyenne, atteint 500 dans la région de Glasgow. Il y a là une fourmilière humaine comparable à celles des Midlands et du Yorkshire.
La capitale industrielle de l'Ecosse est Glasgow (plus de i million d'hab.), centre de l'industrie métallurgique Cl port très actif, grâce aux travaux d'aménagement qui ont rendu la Clyde accessible aux gros navires. Elle est environnée d'un grand nombre de faubourgs populeux, parmi lesquels son avant-port, Greenock (80.(X)0 habj.
La capitale politique, Edimbourg (320.000 hab.), qui s'est fondée sur la côte orientale et qui domine le passage entre les montagnes et la mer (seule route terrestre entre l'Angleterre et l'Ecosse), s'est laissée distancer par Glasgow qui est au centre de la région houillère et qui a vue sur rOcéan. Mais elle reste l'un des principaux foyers d'activité intellectuelle de la Grande-Bretagne. Son port est Leith (80.000 hab.).
Au N, sur de profondes embouchures fluviales, se sont fondées Àberdeen {[Qd. 000 hah. ) ei Dundee (180.000 hab.), centres de l'industrie textile du li7i et du jute, ports actifs de pêche ainsi que de commerce avec les pays du Nord. La rive septentrionale du Firth da Forlh abrite la base navale de Rosyth.