L'Irlande. — L'Irlande, isolée du reste des Iles Bri
tanniqucs par la Mer d'Irlande, le Canal du Nord (50 km. de largeur minima) et le Canal Saint Georges, est très différente de la Grande-Bretagne pour le développement ^' économique et la population. Pendant longtemps son état arriéré, résultat des conditions politiques et sociales plus que des conditions naturelles, a fait tache dans l'ensemble du Royaume -Uni.
a. Milieu physique. — Comme TÉcosse et comme l'Angleterre occidentale, l'Irlande est un bloc de roches très anciennes qui ont subi une érosion intense et 'prolongée. Les couches houillères, si précieuses pour le développement économique d'un pays, ont disparu ; l'intérieur de lile a été comme raboté, et réduit à n'être plus qu'une plaine dont le bord ne dépasse pas 100 m et dont le centre est à 30 ou 40 m seulement. Aux quatre angles de lile ont subsisté de petits massifs, dominés par des sommets arrondis de granit et de quartz: tel, au NE, le plateau basaltique d'Antrim, prolongé en mer par la Chaussée des Géants, et au SW, les Monts de Kerrij, qui renferment les beaux lacs de Killarney.
Le relief est donc médiocre : les plus hauts sommets ne dépassent guère ceux de noire Morvan ; entre les rangées de iiauteurs se creusent des ra//ées nombreuses, dans lesquelles dorment souvent des lacs. La plaine centrale a également de nombreuses nappes lacustres, qui occupent les parties les plus déprimées et voisinent avec les marais et les tourbières. Le Shannon, qui draine celte plaine centrale, n'est autre chose qu'un chapelet de lacs et de marais, séparés par des seuils rocheux qui provoquent la formation de rapides.
Le littoral irlandais est très découpé, surtout vers l'W, où les grandes lames océaniques viennent battre l'île. De grands ports s'y seraient établis si le développement économique de l'Irlande avait été aussi rapide que celui de la Grande-Bretagne. Les presqu'îles se prolongent parfois par des îles détachées du littoral ; la plus connue est Vile Valentia, point de départ des câbles transatlantiques à destination de l'Amérique du Nord.
Exposée la première aux bourrasques venues de l'Atlantique, l'Irlande a, surtout dans sa moitié occidentale, un climat très égal et extrêmement humide. On ne compte pas moins de 250 jours de pluie, avec un total de précipitations dépassant 1 m par an dans l'Irlande occidentale. C'est cette humidité qui vaut à l'Irlande sa végétation abondante et verdoyante, mais aussi ses marais et ses tourbières, qui occupent plus de 1/12 du sol.
b. DÉVELOPPEMENT HUMAIN. — L'Irlande offre plus de ressources agricoles que l'Ecosse; elle convient principalement à la culture de la potnyne de terre, qui est la base de l'alimentation irlandaise, et à la culture du lin, spécialement au NE. Mais Ihumidité, parfois excessive, de son climat fait surtout de l'Irlande une terre d'élevage ; Aa. moitié du sol est en prairies et en pâturages : les champs occupent seulement un quart de l'île, et les régions improductives le reste. Sur ces grasses prairies on élève des vaches, dont le lait, le beurre et le fromage sont exportés en Angleterre.
Les ressources essentielles de l'Irlande sont donc des ressources agricoles, qui pourraient d'ailleurs avoir une importance beaucoup plus considérable. L'Irlande a été longtemps mal cultivée en raison du régime spécial de la propriété; à la suite de la conquête anglaise, rendue définitive au xvii« siècle par CromwsLL, les terres irlandaises avaient été confisquées, et attribuées à des Anglais, dont les Irlandais, anciens propriétaires, étaient devenus les fermiers. Les propriétaires anglais, qui n'habitaient généralement pas le pays (sauf dans l'Ulster), se bornaient à exiger avec une rigueur impitoyable le paiement des fermages; ils se préoccupaient peu de l'amélioration des méthodes culturales. Une ou deux mauvaises récoltes suffisaient à ruiner le fermier, qui était chassé de son domaine, et les terres restaient en friche. Cet état de choses n'a pris fin qu'au début du xx* siècle, par une profonde réforme agraire qui a transformé les fermiers irlandais en propriétaires.
Au point de vue industriel et commercial, l'Irlande souffre du manque de charbon, que ne suffit pas à compenser l'existence de gisements de cuivre, de zinc, de plomb et de fer. La seule région industrielle est le Nord- Est, situé au voisinage des bassins houillers écossais, et où se sont établies d'importantes filatures de chanore et de lin. Belfast est le centre de cette zone d'industrie textile, qui est en réalité le prolongement de la région industrielle écossaise.
Pays avant tout agricole et où l'agriculture est restée si longtemps arriérée, l'Irlande ne saurait divoir une popu-
lation aussi dense que la Grande-Bretagne : sur 84.000 km-, elle comptait avant la guerre 4.400.000 hab., soit o2 au km^
Cependant la natalité est très forte ; mais les mauvaises conditions sociales et économiques ont entraîné au xix*" siècle une crise dC émigration et de dépeuplement : de 8 millions d'iiab. qu elle comptait en 1841, la population de l'île est tombée à moins de o millions dès ibOl. Aux Etals Unis vivent 1.500.000 Irlandais.
Les Irlandais sont de race celtique et professent la religion catholique ; les Anglais et les Écossais, en majorité protestants, ont pénétré dans l'île et se sont établis surtout dans ÏUlster; c'est à eux, qui n'ont jamais subi l'oppression dont souffraient les Celtes, qu'est dû l'essor économique de cette région.
L'Irlande agricole a moins de villes que la Grande-Bretagne. Elle n'en compte que deux de plus de 100.000 hab., Dublin (400.000) et Belfast (385.000), et une seule de plus de 50.000, Cor/c (75.000).
Dublin, la capitale politique, s'est fondée sur la partie du littoral irlandais orientée vers l'Angleterre, à l'entrée de la plaine centrale. C'est un centre intellectuel et administratif. Belfast, au contraire, est la capitale industrielle de l'Irlande. Cork, sur une excellente baie, est le débouché des produits de l'élevage irlandais à destination de la Grande-Bretagne.
Le jour où son état social et économique se trouvera complètement transformé, l'Irlande pourra devenir un pays réellement prospère ; avant la guerre le développement de l'enseignement agricole et des coopératives avait commencé à faire son œuvre, et le commerce extérieur de l'île atteignait déjà S milliards de fr. (dont moitié pour l'exportation).
OUVRAGES A CONSULTER
Voir p. 74.
QUESTIONS A ETUDIEU
Les grandes villes britanniques : causes de leur localisation et do leur accroissement
Etudier les variations de la population, depuis le début du xix» siùcle, dans telle ou telle des grandes rcgioas britinnijues.
CnAPITRE IV
POPULATION, DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Ijes ftoptilatinus hritatiniqties. — Très inégalement réparties, les populations du Royavune-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande 46 millions d'hab.)ontune forte densité générale (146 au km-), mais la natalité est en voie de diminution. L'élément rural représente moins du quart de l'ensemble ; 46 villes dépassent 100 000 hab-
Agriculture. — L'Angleterre n'est plus un pays de grande production agricole. "L'élevage, auquel convient le climat doux et humide, occupe 65 p. 100 du sol; les races de bœufs, de c/)e"aux et de moutons ont été sélectionnées. L Angleterre est néanmoins tributaire de l'étranger pour la viande comme pour les céréales. La pêche est très active.
IiKlusti'if*. — La Grande-Bretagne est l'un des plus grands pays Industriels. Favo isée par un ensemble de conditions naturelles unique au monde, l'indu.^trie s'y est développée sous toutes ses formes : industrie extracLive {houille, fer), industrie métallurgique {fonte, acier , industrie textile (cotonnades, /a/na.Ces).
i'oies tie ootntminicatiou et ports. — La circulation intérieure, extrêmement active, utilise les chemins de fer (12 km par Mm*) beaucoup plus que les voies navigables. La marine marchande, qui est encore la première du monde a pour principaux ports Londres, Liverpool, Carcliff, etc.
4'oiimirrf*f>. — En 1913 le oo anierce spécial approchait de 30 milliards de francs, chiffre le plus élevé du monde. Les importations (deni'ées alimentaires, matièies preni'èies . dépa sa.ent les e:rportations produits n.aaufacturés charbon). Les principaux correspondants commerciaux du Royaume-Uni étalent les colonies britanniques, les Etats-Unis, la France et l'Allemagne.
Jjf? tnti'^snnof h:ita imique. — Malgré les progrès économiques des Etats Unis. la puissance britannique, appuyée sur une flotte sans égale, reste la première du monde.