AVANT-PROPOS IX
Remplacerons-nous les chiffres-valeur par les chiff'res-poids? Que la France ait dépensé plus ou moins de ses francs pour acheter des pesos, voilà, dira-t-on, qui n'intéresse pas le géographe; ce qui rintéresse, c'est de savoir combien de tonnes de viande frigorifiée sont parties de Buenos-Aires pour Bordeaux, La Pallice, Nantes ou le Havre.
Nous croyons qu'à substituer uniquement les poids aux valeurs, on s'exposerait aussi à des mécomptes. La paix a créé, chez les anciens belligérants, des besoins énormes et subits en denrées et en matières premières. Ces besoins, il fallait bien, coûte que coûte et au risque d'avilir encore la monnaie nationale, les satisfaire par l'importation. De là des échanges d'un volume inouï, mais des échanges de caractère temporaire. Pour les poids comme pour les valeurs, les chiffres varient donc d'année en année, dans des proportions inusitées. Tandis qu'en période normale les chiffres relatifs à chaque produit dans chaque pays présentent une certaine constance et obéissentà certaines tendances, nous vivons, là aussi, dans le déséquilibre le plus complet. Ces chiffres ont une valeur économique, et souvent même politique, considérable. La valeur géographique en est presque nulle, puisqu'ils ne sauraient nous renseigner sur les conditions permanentes de la vie et de la production dans les divers pays.
Enfin nous ne pouvions substituer complètement à la considération des valeurs celle des poids, parce qu'une tonne de soie n'est pas l'équivalent d'une tonne de houille. Quand il s'agit de pays où vivent de puissantes industries de transformation, comme