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y sont plus larges, plus fertiles, plus ouvertes à la circulation que dans les Carpates orientales.

6. — Popniatîon. — L'Etat tchécoslovaque, dont la créa tion a été rendue possible par la résistance indomptable de la race slave à l'oppression germanique et magyare, est de tous les nouveaux Etats européens celui oii l'unité ethnographique manque le plus (fig. p. 273).

Depuis la guerre des Hussites et le début de la guerre de Trente Ans, les Tchèques de Bohême ont été systématiquement écrasés et refoulés par les Allemands; la colonisation allemande a progressivement conquis presque tout le pourtour de la Bohême, empiétant ainsi en deçà du cadre de montagne, qui forme la limite naturelle de la région bohémienne. De même, au XIX® siècle, les Slovaques, privés d'écoles et d'églises nationales, ont subi une violente magyarisation. Les traités de 1919 n'ont donc pu faire état de statistiques ethnographiques ou linguistiques, qui auraient consacré des dénationalisations violentes, et laissé la Tchécoslovaquie sans frontières stratégiques ni moyens normaux d'existence.

Sur 13 millions d'habitants, la Tchécoslovaquie ne compte guère que 9 millions de Slaves (Tchèques, Slovaques, Ruthènes, Polonais), à côté de 3 millions d'Allemands, de 600. 000 Magyars et de MO. 000 Juifs. Si Ion fait abstraction des Polonais de la Silésie et des Ruthènes de la « Russie subcarpatique », l'élément tchécoslovaque ne représente que les trois cinquièmes de la population. Il est vrai que d'autre part un million de Tchécoslovaques vivent en Autriche et en Hongrie, et plusieurs millions aux Etats-Unis.

En Bohême les Tchèques forment à peu près 65 p. 100 du total, en Moravie 70 p. 100, dans la Silésie tchécoslovaque 25 p. 100. Les Slovaques seraient 63 p. 100, en Slovaquie, et les Ruthènes représenteraient la même proportion dans leur province.

Les religions sont également très variées, mais l'ensemble de l'Etat tchécoslovaque donne une énorme majorité de catholiques^ 86 p. 100, contre é p. 100 d'uniates (grecs unis), 7 p. 100 de protestants, 3 p. 100 d'israélites.

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L'éh'ment lehécoslovaque paraît s'être plus parliculièroment adonné jusqu'ici à VagricuUure. Les Allemands, 1res nombreux dans les districts inrfifs/rie/s de la Bohême, détenaient dans les villes une partie du commerce ; de même les Magyars occupaient une place prépondérante dans Vadminislration et le commerce de la Slovaquie. Cependant, par esprit de résistance, les Tchèques avaient su constituer des organismes bancaires et commerciaux, strictement nationaux, et'il est certain qu'avec la domination politique des Allemands et des Magyars disparaîtra la main-mise de ces allogènes sur la vie publique de nombreuses cités tchécoslovaques. L'Université de Prague deviendra un centre de culture, où l'influence française aura une lage place.

La densité de l'Etat tchécoslovaque, malgré retendue des régions montagneuses, est très forte : 97 hab. au km=^.

La Bohême a une population nombreuse : près de 7 millions d'hab. sur un peu plus de 50.000 km^ soit une densité de 130 hab. au km-.

Mais cette population n'est pas également répartie : comme la richesse du pays, la densité de la population va en augmentant du S au N, des plateaux gréseux aux bassins d'alluvions. Tandis que le S a seulement quelques villes de faible importance, placées, comme Budejovice (50.000 hab.), aux points où les routes et les chemins de fer sont obligés de traverser les vallées profondes du plateau, le N a de nombreuses villes importantes, qui doivent leur accroissement rapide au développement de l'industrie.

Les principales villes bohèmes sont Plzen (Pilsen, 85.000 hab.), grand centre industriel (brasseries et métallurgie), au croisement de plusieurs voies ferrées 'et à l'issue d'une des trouées de Bœhmer Wald ; — Cheb (Eger en allemand, 25.000 hab). au débouché des passages du Fichtel Gebirge; — Karlovy Vary (Karlsbad, 30.000 hab. en hiver, plus de 50.000 en été), la plus célèbre des stations thermales du sillon del'Eger; — Teplice (35.000 hab. avec les faubourgs), autrefois ville d'eaux, devenue-centre industriel grâce à la présence d'importants gisements de

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lignite ; — Liherec (Reichenherg), dans un^district textile qui compte plus de 60.000 hab. agglomérés sur un très petit espace ; — Usti (Aussig, 40.000 hab.), sur 1 Elbe, au point où le fleuve entre dans le défilé qui le conduira en Saxe.

La capitale, Prague (Pm/ia en tchèque, 220.000 hab), dépasse le demi-million avec ses faubourgs, dont l'accroissement est beaucoup plus rapide que celui de la ville même.

La ville historique de Prague doit sa prépondérance à saiSUuation exceptionnellement heureuse au centre de la B)hême, sur la Yltava, en un point où convergent, avec les rivières, les grandes voies de communication venues de tous les coins du pajs. Elle est en outi-e une étape delà route naturelle qui relie les pajs du Danube mojen aux pays de l'Elbe et de la Mer du Nord. Enfin, le voisinage de grands bassins houillers en a fait un fojer industriel de premier ordre (machines, étoffes, cuirs, etc.) .

En Moravie la densité moyenne, un peu moindre qu < Bohême, dépasse néanmoins 100 hab. au km"^. Les villts se sont bâties, non pas dans le sillon principal de la Morava, mais au débouché des vallées secondaires qui ouvrent le passage vers la Bohême : Brno (Brunn en allemand ; 130.000 hab., 160.000 avec ses faubourgs) s'est développée très vitegrâceau voisinage d'un bassin houi! 1er; Olomouc {Olmiilz, 35.000 hab. avecles faubourgs fut longtemps une forteresse importante au débouché d passages des Sudètes et de la Porte de Moravie.

Au delà de la Porte de Moravie, des villes industrielles sont nées et ont évolué avec une rapidité toute américaine. Moi^avska Osti'ava {^Iddhnsch-OètravL, ^0.000 hah. centre d'un district industriel peuplé de plus d 150.000 hommes, est en outre le point de croisement «! plusieurs grandes voies ferrées : vers Vienne par laA^alloe de la Morava, vers Breslau et Berlin par la vallée de lOder, vers Varsovie, vers Gracovie, Lwow et Cernauti par I valléede la Vistnle. 0/?aua (Troppau), capitaledu petitcoi.i de la Silésie resté jadis aux mains de l'Autriche, complt} 3J.000 dmes.

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La Slovaquie esl inégalement peuplée ; la population se concentre surtout dans les petits bassins intérieurs des Garpates et le long des rivières, au pied de la montagne. Uneseule grande ville : Bratislava (Presbourg, 80.000 hab.), dont les Tchécoslovaques veulent faire leur grand port danubien. Dans la Rulhénie subcarpatique, Mu7ikacevo commande un des défilés qui mènent à Lwow, en Galicie.

'ï. — Développement économique. — Sans COhésion et sansbonnesfrontières,sansunitéethniquesuffisante, l'Etat tchécoslovaque est en revanche un des Etats européens les mieux équilibrés et les plus richement doués pour la vie économique ; l'agriculture et l'industrie y trouvent des conditions favorables, et s'y partagent à peu près également la population : 40 p. iOO des habitants sont adonnés à r agriculture, 80 p. 400 à V industrie, près de iO p. iOO au commerce.

Les régions les plus fertiles sont le bassin de VElbe supérieur et les plaines danubiennes : là réussissent la betterave à sucre, le houblon, le froment, les arbres à fruits, même la vigne. Dans le reste des plaines bohémiennes et subcarpatiquesles céréales secondaires [orge, avoine, seigle) prospèrent, ainsi que la pom^ne de terre^ le lin et le chanvre ; les montagnes sont couvertes de prairies et de forêts (pins, sapins et mélèzes, — hêtres, chênes et frê^nesj.

En moyenne, pendant la période quinquennale 1909-1913, les territoires actuellement tchécoslovaques ont produit (en millions de qx) :

Froment 14.8 I Seigle 13.5

Orge 16 I Avoine 12.5

Le rendement du blé à l'ha varie de 14 qx en Slovaquie à 17 qx en Bohême (France : 14 qx).

La Tchécoslovaquie est un des plus grands producteurs de betterave sucrière de lEurope ; 5 millions 1/2 de t. de betteraves par an. C'est aussi un des plies grands producteurs de houblon.

L'élevage est très développé. Sur les pâturages des Carpelles on élève les vaches pour la production du lait et du fromage. On compte plus de 4 millions debovinSy près de 3 millions de j)orcs, près de 2 millions de moi( tons; c'est dans les plaines sèches de la Slovaquie qu se trouvent les moutons et les chevau-x les plus noni breux.

Au total, la Tchécoslovaquie suffit largement à la nourriture de ses habitants et peut même exporter des denrées alimentaires.

L'industrie, qui dispose du combustible, d'un certain nombre des matières premières et de la main-d'œuvre nécessaires, est d'autre part très prospère.

Avant la guerre;, les territoires actuellement tchécoslovaques produisaient 37 millions de t. de charbon (dont 23 millions de t. de lignite) ; les plus.riches gisements sont ceux de Silésie {Moramska Ostrava et Karoin, celui-ci attribué en totalité à la Tchécoslovaquie par l'arbitrage de I9i0j. La production du minerai de fer s'élevait à près de 1 million de t. en 1913 (bassins de Brdy, h l'W de Prague, ot des Monts Métallifères slovaques). Les industries métallurgiques sont concentrées près de Prague et d^^ Brno. Les sables et le kaolin provenant de la décompo^ tion des sols granitiques ont donné naissance à V industrie du verre {Prague) et à celle des porcelaines {Karlovy Vary). L'industrie textile (lin, coton, laine), pratiquée depuis longtemps dans des ateliers de famille, s'est concentrée dans les grandes usines {Libellée, Brno, etc.). L'industrie du cuir (chaussures, gants) a une certaine activité.

Quant aux industries agricoles, elles sont de tout premier ordre. La production du sucre attt'ignait 1.500. 000 t. avant la guerre, plaçant la Bohème immédiatement'apr l'Allemagne et la Russie pour le sucre de betterave. 1 bière do. Plzen est universellement réputée.

Le commerce de la Tchécoslovaquie a devant lui un grand avenir. Avant la guerre la Bohême fournissait' de produits fabri(|ués les autres partit^s de la monarcli' austro hongroise, principalement la Galicie, la liongn

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la Croatie, la Ganiiole. Dès 1919, malgré la nécessité passagère d'importer d'Amérique de grandes quantités de produits alimentaires, les exporlalions {mcre, bois, houblon, produits textiles, verre, produits métalluigiques et chimiques, papier, cuirs et chaussures, etc.) ont presque égalé les imporlations (denrées alimentaires, matières premières). Aussitôtque les conditions économiques seront redevenues normales, la Tchécoslovaquie verra la balance commerciale pencher à son profit. Ses principaux corres- Dondants commerciaux sont et resteront naturellement -es voisins : Autriche, Allemagne, Pologne, Hongrie, Yougoslavie, puis l'Italie, la Suisse, la France et la Grande- Bretagne.

La question capitale, pour la Tchécoslovaquie, est celle des voies de communication. Gomme la Suisse avant la guerre, comme l'Autriche et la Hongrie d'après guerre, le nouvel Etat se trouve très éloigné de toute mer. « Notre position entre l'Allemagne et l'Autriche nous expose, au point de vue économique et commercial, d'une part à la concurrence d'un État maritime, industriellement très développé, d'autre part à celle d'un État habitué à profiter de noire travail, ce que lui permettait sa position sur le chemin de nos débouchés naturels vers le S et vers TE. Aussi les Traités de paix nous assurent ils la libre navigation sur l'Elbe jusqu'à Hambourg, ainsi que sur le Danube ; puis ils nous assurent la voie ferrée de Trieste. avec un port à nous, — question vitale pour notre commerce extérieur » (Butter et Ruml).

Les voies navigables dont dispose la Tchécoslovaquie sont lEibe en aval de Litomerice, avec Usti comme principal port, et le Danube, frontière depuis le confluent de la Morava jusqu'à celui de l'Ipel, avec Bratislava (Presbourg) comme port essentiel. Ge réseau navigable n'acquerra d'unité et de véritable valeur que le jour où seront réalisés les projets de canaux entre le Danube d'une part, l'Elbe et l'Oder d'autre part.

Le réseau ferré compte plus de 13.000 km (9,4 par km^ autant que la France). De nombreuses voies traversent la Porét de Bohême, les Monts Sudètes et les Garpates occi-

dentales. Les principales lignes internationales sont celles de Berlin à Tries.te par Dresde, Prague et Vienne, — de Parisà Tfl^'souze par Nuremberg et Pr^^we. De la Bohême, plus encore peut-être que de la Suisse, on pourra peutêtre dire un jour qu'elle est la « plaque tournante » des chemins de fer européens.

Dans une Europe définitivement pacifiée, un magnifique avenir s'ouvrirait au jeune État tchécoslovaque. Ses richesses naturelles, l'énergie de ses habitants et leur degré de civilisation lui permettraient de jouer un rôle considérable dans la vie économique de l'Europe. Malheureusement il est placé au point de contact de bien des races hostiles, et la liberté de ses communications dépend de la bonne volonté d'une Allemagne, d'une Autriche et d'une flongrie dont les Tchèques n'ont guère eu à se louer dans le passé.

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