Agriculture. — Le
sol italien, bien que montagneux et trop souvent victime de la déforestation, n'est pas ingrat. On estime que 13 p. 100 seulement du sol sont improductifs, que 16 p. 100 sont occupés par les forêts ou plutôt les maquis,
que 25 p. 100 sont àQ^ pâturages ou àQ^ prairies, et que U) p. 100, près de la moitié, sont cultivés (flg. p. 3o9j.
La culture des céréales, primordiale dans un pays de population dense, a fait de grands progrès, surtout dans Isi plaine du Pô, ï Emilie, la Campanie (Terre de Labour;, dans les Pouilles et en Sicile^ mais elle est encore insu ffisante. Sauf dans la plaine du Pô, où V irrigation permet d'obtenir d'abondantes récoltes, les procédés de culture sont très primitifs, et les rendements faibles.
La production italienne en blé n'était avant la guerre que
Fig. HT, — Répartition du sol en Italie, vers d910.
de 46 millions de qx. par an (contre 86 millions de qx. en France pour une population faiblement supérieure), et l'Italie se trouvait dans la nécessité d'acheter son froment à l'étranger. Seule, la récolte de maïs (25 millions de qx.) dépassait un peu les besoins de la population italienne, qui fait cependant une forte consommation de polenta (bouillie de maïs). Le riz, cultivé dans le Piémont d'après des méthodes perfectionnées, est de qualité supérieure : on en exporte de petites quantités.
Les cultures industrielles se développent dans l'Italie du Nord : betterave, lin, et surtout chanvre. L'itdlie — en particulier r^mz7îe — est un des prinupaux producteurs de chanvre (5 fois plus que la France); l'exportation annuelle est voisine de 50 millions de fr. La culture du ■ coton, pratiquée depuis le Blocus continental dans» le S, est maintenant à peu près abandonnée.
Mais les principales ressources agricoles de l'Italie lui sont fournies par les cultures arbustives, sur les terres en pente que retiennent des murs en pierres sèche» : vigne, olivier, agrumes, et aussi mwHer.
On estime que plus de 6 p. 100 du territoire italien sont plantés en vignes et que la superficie des vignobles de l'Italie est double de celle des vignobles français. Dans les années qui ont précédé la guerre la récolte italienne (45 millions d'Hl) était presque égale à la récolte française. L'Italie peut exporter du vin. Mais elle rencontre la concurrence des vins français, espagnols et . portugais, et la mévente s'accentue tous les ans. En moyenne, avant la guerre, l'Italie exportait pour 75 millions de fr. de vin.
L'olivier réussit dans toute l'Ilalie péninsulaire et sur les pentes des Alpes, mais la rigueur de l'hiver l'exclut de la plaine subalpine. L'Italie est un des pays grands producteurs d'huile d'olive : elle en exporte en moyenne pour 50 millions de fr. ; mais, là encore, il lui faut lutter contre l'Espagne et contre l'Afrique du Nord (Algérie et Tunisie).
La culture de l'orangep et des arbres similaires est très importante sur les côtes de la Ligurie, de l'Italie du S et en Sicile. Mais c'est ici surtout que, malgré le Gothard qui lui ouvre le jnarché allemand, les débouchés font défaut, par suite de la concurrence espagnole, algérienne, tunisienne et californienne. Malgré l'augmentation de la production, qui avait triplé en vingt ans, l'exportation des agrumes italiens n'atteignait avant
la guerre qu'une quarantaine de millions de francs, tandis que celles des agrumes espagnols était d'environ 70 millions.
Le mûrier est planté sur les pentes des Alpes et dan^la plaine du Pô. L'Italie est un des pays du monde qui produisent le plus de soie brute : 4.000 t. par an. Seuls le Japon et la Chine ont une production séricicole supérieure.
Léievage pre'sente des caractères différents dans l'Italie du Nord et dans Lltalie péninsulaire. Dans les grasses prairies de la plaine subalpine on élève le g7'os bétail (chevaux dsins le Frioul, vaches à lait dans V Emilie). Sur les pâturages de montagne de l'Apennin prédomine V élevage par transhumance du petit bétail : moutons et chèvres .
C'est donc bien dans le N que se trouvent les cultures essentielles (céréales, lin, chanvre, mûrier) et les modes d'élevage les plus rémunérateurs. Le S ne connaît que l'élevage extensif, et ses produits agricoles sont parmi ceux dont l'écoulement sur le marché international est le plus difficile. Le S est en outre un pays de grande propriété (tandis que la plaine du Pô est divisée en petites parcelles) ; le journalier agricole y vit avec peine d'un maigre salaire; il abandonne la culture et souvent quitte le pays. Aussi la production agricole diminue-t-elle sans cesse dans les provinces méridionales. Dans la Basilicate, par exemple, le nombre des têtes de bétail a fléchi des 2/3 dans les soixante dernières années du xix* siècle et la valeur* des produits du sol avait diminué de près de moitié en quarante ans. « On cultive de moins en moins ; et ce que l'on cultive, on le façonne de plus en plus mal sur des terres de plus en plus épuisées » (Piot).
Paijs avant tout agricole, l'Italie souffre donc de la concurrence sans cesse plus redoutable des pays d'Europe ou d'Amérique situés à la même latitude ou à une latitude australe symétrique.
Heureusement la pêche assure aux habitants du littoral, surtout de la LigUrie, de Vltalie du Sud et de la Sardaigne, un utile complément de ressources. La zone d'action des pécheurs de thon, danchois, d'épongés, de corail, n'est pas limitée à la seule Mer Tyrrhénienne, ires poissonneuse, et à l'Adriatique; elle s'étend jusque sur le littoral de l'Algérie^ de la Tunisie et de la Tripolitaine. ^
Principales puissances du monde. 21
3. — indnstrie. — La grande industrie est de création toute récente, et ne s'est développée que dans la partie septentrionale du royaume (plaine subalpine, Ligurie pt Toscane).
Le sol ne renferme pas de houille et ne recèle les minerais quen trop faible quantité. Le fer ne se trouve guère que dans VUe d'Elbe ; la Toscane a des minerais de cuivre, la Sardaigne des gîtes de plomb argentifère et de zinc.
En revanche l'Italie, pays volcanique, a de nombreuses solfatares, surtout en Sicile. Elle est le seul pays grand producteur de soufre : plus des 9/10 du soufre employé dans le monde viennent d'Italie. C'est aussi à la »ature volcanique de son sol qu'elle doit de produire le borax en grande quantité. Enfin, les Alpes apouanes fournissent des marbi'es {Carrare) dont la renommée est universelle.
Si l'Italie n'a pas de houille noire, ses rivières de montagne lui donnent en abondance la houille blanche. On estime à S.oOO.OOO chevaux-vapeur la force motrice des torrents des Alpes italiennes et de l'Apennin : Cavour disait, non sans exagération : « Nous avons en chutes d'eau plus de force motrice que l'Angleterre dans toutes ses mines de charbon. » Dès maintenant l'Italie est un des pays de l' Europe qui font le plus grand usage de la force hydraulique/. 1 million de HP. contre 1.500.000 en France.
C'est ce qui explique la localisation de la grande industrie italienne dans la zone subalpine. Sur la côle ligure et en Toscane, l'industrie n'a pu se développer que grâce au voisinage de la mer qui permet aux charbons anglais, venus par Gibraltar, d'alimenter les usines.
De toutes les industries italiennes, les plus importantes sont les industries textiles, qui mettent en œuvre les produits indigènes (soie, lin, chanvre, laine, paille) ou les produits importés {laine, coton et jute). Les filatures et lestissagesdesoee, dans lafirtanza, à Milan, en Toscane, bien que moins importants que ceux de France, occupaient avant la guerre près de 800.000 ouvriers. L'industrie <!;coton a fait de grands progrès : de 1876 à 1900, le nombr des métiers à coton a plus que doublé et la valeur des produits fabriqués a presque sextuplé.
Les industries métallurgiques^ quoiqu'elles soient en progrès, ne viennent qu'à l'arrière-plan.
L'ftalie du Nord a encore des industries qui mettent en œuvre les produits agricoles : fabriques de pâtes alimentaires, sucreries, fromageries, etc. Les industries d'art de Venise, de l'Emilie et de Florence ont conservé leur ancienne réputation.
En dehors de cette zooe d'industrie active, on ne trouve aucun centre industriel digne d'être nommé. Le S, déjà frappé par la crise agricole, ne s'est pas encore éveillé à la vie industrielle. 11 a souffert, au contraire, des mesures que l'Italie a dû prendre en faveur de l'industrie du N : pour protéger la jeune industrie italienne contre la concurrence étrangère, on a établi des tarifs douaniers protectionnistes ; par représailles, les pays étrangers ont élevé les droits sur les produits agricoles italiens, et le S écoule de plus en plus difficilement ses vins et ses agrumes. L'on peut dire que jusqu'à ce jour le S a payé la rançon du progrès industriel.
4. — Voies de communication et ports. — La même inégalité de traitement se manifeste entre le N et le S à l'égard des voies de communication. Si des améliorations considérables ont été réalisées, elles l'ont été surtout aupi^oftt de l'Italie septentrionale : il le fallait pour ouvrir à son industrie des débouchés, et aussi pour faciliter la concentration des troupes dans cette partie du royaume limitrophe de la France à TW, de l'Autriche au NE. Au reste, l'établissement des voies de communication était plus facile dans la plaine du Nord que dans l'Italie péninsulaire, accidentée sur toute sa longueur par l'Apennin.
L'Italie n'a d'autres uozes navigables que le Pô, donton s'occupe d'améliorer les conditions de navigabilité, le cours inférieur de quelques-uns de ses affluents, et VAdige. Des canaux sillonnent la plaine subalpine, mais ce sont des canaux d'irrigation beaucoup plus que de navigation.
Le réseau ferré, dont une grande partie ne tardera pas à être électrifiée, n'a qu'une longueur de 18.000 km contre 50.000 en France; tandis qu'en 1913 la France avait plus
de 9 km et l'Allemagne plus de M km de voies ferrc' par myriamètfe carré, l'Italie n'en avait que 6.
Très lâches dans ritalie péninsulaire, les mailles du réseau sont assez serrées dans la plaine du Pô et en Ligurie. C'est par là que les chemins de 1er italiens se soudent aux voies ferrées étrangères etnotamment à celles qui onisuiviles tunnels alpestres : chemins de fer de Gênes à Marseille par la Corniche; — de Tarin à Lyon par le Mont Cenis, — de Milan et Novare à Lausanne par le Simplon, de Milan. à Zurich par le Gothard, — de Vérone à Innsbruck par le Brenner, — de Venise à Vienne par le Tarvis, — de Trieste à Salzbourg par le tunnel des Tauern, de Trieste à Vienne par le Semmering. Ces lignes sont reliées les unes aux autres par une voie transversale, qui complétée et améliorée (du lac Majeur à Venise), pourra diriger vers l'Adriatique une partie du trafic entre l'Europe centre-occidentale et le Levant; elles se prolongentjusqu'àBrmcJisi en suivant le littoral adriatique et le littoral tjrrhénien : Turin, Milan, Vérone, Venise à Briyidisi par Boulogne et Ancône, — Turin et Gênes à Brindisi par Pise, Rome, Naples et Bénévent. Entre ces deux voies longitudinales, ,11 n'existe encore qu'un petit nombre de voies transversales, dont la principale est celle de Rome à Bologne par Florence {fig.\>. 365) .
La ligne iMont Genis-Bologne-Brindisi est un fragment de la grande voie Londres-Galais-Brindisi, suivie par le Peninsular- Express (Malle des Indes) qui parcourt la distance de 2.3oi km en 44 heures, et qui est en correspondance avec les paquebots Brindisi-Port-Saïd (trois jours et demi).
Dans l'Italie péninsulaire, les voies ferrées ont à subir la redoutable concurrence du cabotage, très actif sur les côtes tyrrhéniennes et adriatiques.
La /lotte marchande de l'Italie a fait d'ailleurs de ra pides progrès. Avant la guerre, elle venait au sixième rang dans le monde, après les flottes du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'Allemagne, de la Norvège et de la France. En 1913, le mouvement maritime des ports italiens se chiffrait ainsi (en millions de tx.) : Naples, 18 ; Gênes, 14 ; Palerme, 7 ; Lwourne, 5 ; Messine, 4; Catan 4 ; Venise, 4. ^