INDES NÉERLANDAISES
sont celles de l'ouest, qui ne subissent pas l'influence des vents alizés venus de l'Australie, tandis (ju'à l'est les vents du sud ressemblent à ceux que l'Espagne, la Sicile et l'Italie méridionale reçoivent d'Afrique. Il y a aussi une notable diflérence entre les pluies de la montagne, beaucoup plus considérables, et celles de la plaine. Ainsi, à Java, la capitale, Batavia, qui est dans le bas pays, reçoit environ 1 m. 80 de pluie par an, tandis qu'il en tombe près de 4 m. 50 à l'observatoire de Buitenzorg, sur une montagne voisine. La température varie si peu à Batavia, par exemple, que la moyenne du mois le plus froid, janvier, est de + 25°, 5, et celle du mois le plus chaud, mai, de -h 26", 4. Naturellement les contrastes des saisons sont mieux marqués à l'est, où se fait sentir le vent sec d'Australie, qu'à l'ouest, où les vents sont toujours humides quelle que soit leur provenance.
Fleuves. — Les fleuves reilètent les conditions de relief et de climat. Ils sont très abondants, puisqu'ils proviennent presque tous de hautes montagnes fort arrosées : ils sont rapides dans la première partie de leur cours, puisqu'ils prennent naissance dans le haut pays et se terminent en plaine dans d'immenses deltas qu'ils ont formés au détriment de la montagne et qui parfois comptent pour la moitié du bassin.
Enfin les cours d'eau de l'ouest sont beaucoup plus réguliers que ceux de l'est qui connaissent la sécheresse quand soufflent les vents d'Australie. On ne saurait dire que ces fleuves soient médiocres. Ainsi le Kapoéas, le Barito, le Koétéï et le Redjang de Bornéo sont de larges cours d'eau d'un millier de kilomètres de longueur.
A Java, plaines et montagnes sont réparties en zones de drainages infiniment plus petites pour un nombre beaucoup plus grand de cours d'eau. Mais, là aussi, si bref que soit le cours des fleuves, leur abondance d'eau est considérable.
Les plantes et les animaux. — Une grande partie des îles hollandaises de l'archipel malais a déjà été livrée à la culture et par conséquent on n'y voit plus la végétation ni la vie animale telles que la nature les y avait développées. Mais si Java, par exemple, est cultivée avec raffinement, d'autres îles comme Sumatra et surtout Bornéo sont encore très loin d'avoir été aménagées par l'homme. Le trait de caractère essentiel de la plupart de ces pays dotés d'une chaleur constante et d'une perpétuelle humidité, c'est naturellement la grande et épaisse forêt. A Bornéo, à Sumatra, dans une partie des Moluques, foisonnent les palmiers, les bois de teck, les bambous gigantesques. Les îles de l'est, visitées par le vent sec de l'Australie pendant quelques mois de l'année, ont une
véiJiétation moins exulx'rante : on peut juger par là quel champ d'exploilalion agricole est une terre prodigieusement riche comme Java
Il y a la même différence entre les caractères de la vie animale des îles de l'ouest et de celles de l'est. A l'est, dans une partie des Moluques, par exemple, on rencontre des animaux analogues à ceux de l'Australie, le kangourou et autres marsupiaux. A l'ouest, les animaux des districts que la civilisation humaine n'a pas encore gagnés sont le tigre, l'éléphant, le rhinocéros, plus une prodigieuse variété de singes parmi lesquels le grand orang-outang qu'on rencontre à Sumatra et à Bornéo.
Races humaines. — L'archipel malais, riche et situé sur un chemin l'acile aux grandes migrations, a reçu et fourni aux pays voisins des peuples très divers. On suppose que les premiers liabitants de l'archipel furent les Javanais qu'il ne l'aut pas confondre avec les Malais. Puis l'invasion malaise, qui fut celle d'un peuple essentiellement maritime et qui l'est resté aujourd'hui, détermina un peuplement nouveau des îles. Ils occupèrent d'abord Sumatra, puis Java. Après ces migrations, qui ont apporté les deux éléments essentiels de la vie dans les îles avant l'arrivée des Européens, la culture, chère aux Javanais, le commerce maritime et même la piraterie, dans laquelle excellent les Malais, vinrent des Hindous, des Arabes et des Chinois. Il faut citer à part des populations noires qui habitent les régions orientales, d'une part des hommes de petite taille ou négritos analogues à ceux des Philippines, de l'autre les Papous qui sont mêlés à quelques-unes des tribus des îles de l'est.
Géographie politique.
Population. Villes. — Les Hollandais ont conquis ces belles colonies de l'archipel malais sur les Portugais qui s'en étaient rendus maîtres au commencement du xvi*" siècle par la prise de Malacca. Au xvii* siècle la flotte des Hollandais, beaucoup plus puissante par la qualité et le nombre de ses navires que la flotte portugaise, s'empara assez facilement des meilleurs ports de l'archipel. La première organisation qui permit de tirer profit du pays fut celle de la fameuse « compagnie d'octroi » hollandaise. L'œuvre de conquête n'est guère achevée qu'au xviii^ siècle pour Java et les Moluques : c'est seulement dans la période contemporaine que les révoltes de Sumatra ont été domptées. Quant à Bornéo, c'est encore en grande partie pays d'exploration et de découvertes. La compagnie
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d'octroi hellandaise ne fut guère supprimée qu'en 1800, après la guerre qui faillit mettre aux mains des Anglais toutes les colonies hollandaises. Au xix« siècle la Hollande gouverna directement, ou fit gouverner sous la direction de fonctionnaires de l'État, ses colonies de l'archipel. C'est un système qui fut inauguré par deux célèbres gouverneurs. Daendels d'abord, ensuite Van den Bosch. L'emploi de ce système développa prodigieusement les cultures dans l'archipel, et, malgré quelques abus d'autorité, fit aux indigènes une vie meilleure. La Hollande gouverne d'ailleurs les différentes communautés indigènes à l'aide de résidents et de contrôleurs qui forment le lien entre l'autorité de la métropole et les indigènes. Ce n'est plus le système des cultures, mais encore un régime dans lequel l'Etat liollandais est tout-puissant grâce à d'excellents fonctionnaires et à des intermédiaires habilement choisis. L'armée coloniale qui garde ces colonies est forte de près de 40.000 hommes : 25 bâtiments de guerre tiennent garnison dans les principaux ports et aident à transporter les troupes dans les districts où leur présence est nécessaire.
La population des Indes orientales néerlandaises était en 1900 de 58.000.000 d'habitants, dont 29.000.000 pour Java et Madoura, avec tout près de 500.000 Chinois : cette immigration, comme celle des Japonais, tend à prendre une grande importance dans l'archipel, et suscitera peut-être à l'avenir de graves difficultés au gouvernement hollandais. 11 y a aussi environ 20.000 Arabes, puis des Hindous et autres Asiatiques,
Les villes les plus importantes sont Batavia (158.000 hab.), Sourakarta (100.000 hab.), Sourabaya (159.000 hab.); outre ces villes de Java on peut citer Palembang (61.000 hab.) dans Sumatra et Bandjermassin dans Bornéo (17.000 hab.). La population indigène s'accroît très vite, tandis que la population européenne est grandement éprouvée, malgré l'emploi très intelligent des « Sanatoria » de la montagne.
Géographie économique.
Conditions générales. — L'archipel malais de domination néerlandaise sollicite surtout pour deux raisons l'attention du géographe qui cherche h démêler son rôle économique dans le monde. C'est d'abord un des points de croisement les plus importants des routes historiques et des voies commerciales qui sillonnent le globe. Heureusement placées entre l'Asie et l'Australie, ces colonies
n'ont pourtant joué jusqu'ici au sud qu'un rôle secondaire : cependant les Australiens, habitants do provinces tempérées auxquels urinqucnt les pays tropicaux de grande production, ne considèrent point sans ambition ce domaine fertile entre tous. Ils le regardent avec le même sentiment qui anime les Américains du nord quand ils considèrent les Antilles. D'autre part les Chinois et les Japonais trouvent dans les régions encore mal peuplées, à Sumatra, à Bornéo, des places pour leur population surabondante : l'expansion japonaise qui a conquis la Corée est sans doute beaucoup plus portée encore à espérer des profits dans les îles du sud. L'autre route historique, beaucoup plus importante jusqu'ici, est celle qui va de l'Océan Indien au Pacifique. Pour les Européens, l'archipel malais, et notamment les Moluques hollandaises, qui en sont la part la plus précieuse, a toujours été un point de passage d'une importance capitale. Mais ce n'est pas seulement sa position dans le monde qui donne à ce groupe colonial sa valeur ; et ce n'est pas à cette position qu'il a dû d'être l'un des premiers du monde colonisé et exploite par les Occidentaux. 11 est aussi par lui-même un vaste et important pays de production. On sait le rôle qu'a joué autrefois le « pays des épices » dans les relations commerciales de l'Europe avec l'Kxtrème-Orient. Les colonies hollandaises de l'archipel malais ont conservé partiellement la vente privilégiée des précieuses denrées coloniales : l'une surtout, Java, est devenue le pavs de prédilection des cultures du riz, de la canne à sucre, du calé et du tabac.
Agriculture. — On peut dire que l'agriculture des colonies hollandaises de l'archipel malais est une véritable industrie, tant elle est bien réglée et ordonnée après étude : on peut dire aussi qu'elle est la base du commerce et que c'est en vue du commerce qu'elle a été organisée. D'ailleurs le pays est admirablement favorisé par la nature. Le sol, volcanique dans les parties hautes d'un grand nombre de districts, a été facilement érodé par les pluies abondantes et a formé de vastes plaines littorales d'une merveilleuse richesse. Le relief du terrain permet à des cultures très diverses de s'étager sur les pentes des montagnes. Tous ces avantages de composition du sol compteraient peu si le climat tropical maritime, presque toujours humide et toujours chaud, ne faisait de ce pays l'un des plus propices à la végétation qui soit au monde, sinon le plus propice.
Les forêts vierges couvrent encore une immense étendue des colonies hollandaises, car si, dans les îles qui ont été, comme Java, soumises à une exploitation systématique, elles ont reculé devant la
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colonisation, elles n'ont encore été en revanche entamées par !a hache ou par l'incendie que sur un petit noinhre de points à Sumatra et à Bornéo surtout. Ces i'orèls à peine exploitées renferment d'innombrables richesses : bois de construction, d'ébénisterie et de teinture, ébène, acajou, nombreuses variétés de bois de fer, bois de santal. l'iusieurs arbres et lianes donnent les gommes et les résines : caoutchouc, gutta-percha, camplire, etc. Au-dessus de l'altitude de 1.500 mètres on trouve des pins et des cliènes. A Java, on a reboisé les hautes régions avec succès en y plantant des cinchonas importés d'Amérique du Sud. Java exporte plus de 0.400.000 de kilogrammes d'écorce de quinquina. Dans la partie orientale, les forêts sont déjà moins nombreuses; on y trouve surtout des arbres comme les acacias et les eucalyptus qui annoncent déjà le climat sec de l'Australie.
Parmi les plantes alimentaires c'est le riz qui est, comme dans les pays voisins d'Asie, le grain nourricier par excellence des habitants. Java possède plus de 2.100.000 hectares de rizières. Non seulement on les établit dans les terres marécageuses des régions basses, mais jusqu'à l'altitude de 1.500 mètres on a installé des rizières en terrasses. Madura cultive le maïs, Timor, plus sèche, a des champs de blé. En outre, les indigènes se nourrissent des produits du palmier-sagou, de la patate, de l'igname et d'un grand nombre de légumes.
Le café a été, durant de longues années, la culture la plus prospère et la plus développée des Indes néerlandaises. Le café est cultivé surtout à Java, dans une zone comprise entre 1 .500 et 2.000 mètres d'altitude. Mais l'invasion des maladies et la concurrence du Brésil ont fait baisser les prix d'une manière considérable. Toutefois la valeur de l'exportation est encore comprise entre 60 et 70 millions de francs par an. Beaucoup plus importante est la culture de la canne à sucre : les Indes néerlandaises en ont exporté pour 145.000.000 de francs en 1905. Le thé, introduit à Java depuis 1854, a remplacé le café sur un certain nombre de plantations; cependant l'extrême humidité du climat lui a fait quelque tort; l'exportation, insignifiante en comparaison de celle de la Chine et du Japon, n'atteint encore que 9 à 10.000.000 de francs par an, moins que le riz, que le poivre, que la gomme et que le quinquina.
La production des épices fut longtemps la richesse des colonies hollandaises, en particulier des Moluques, Ce sont les fameuses « îles aux épices » recberchées par les premiers navigateurs portugais, et dont les produits ai*rivaient sur le marché d'Alexandrie,
avant les voyages de découvertes des Européens en Extrême-Orient. Jadis cliacune des îles avait un domaine particulier et une spécialité ile culture. Amboine cultivait le giroflier, Banda, le muscadier. Aujourd'hui la concurrence de la Cochinchine française, où ces cultures se sont fort développées, a l'ait tort aux colonies néerlandaises ; la terre produit plus de poivre et d'autres épices que les humains nCn consomment, d'où une dépréciation du taux de la vente. Toutefois les Indes néerlandaises vendent encore pour 11.000.000 de francs de poivre et 6.000.000 de francs de muscade.
Le tabac est aujourd'hui la seule culture vraiment prospère et rémunératrice des colonies hollandaises. Elle s'est développée et les entreprises faites à Sumatra, en particulier, ont donné d'excellents résultats. L'exportation a été voisine de 85.000.000 de francs, c'est-à-dire supérieure à celle du café pendant les dernières années. Signalons enfin la culture de noix de coco qui fournit du coprah dont la vente à l'étranger atteint 58.000.000 de francs par an, enfin l'indigo et la gutta-percha.
Élevage. — L'élevage ne rencontre pas dans les îles hollandaises des conditions beaucoup plus favorables que dans l'Inde même. Les habitants n'entretiennent que le bétail nécessaire aux cultures et au transport. Quant à la pèche, elle ne fournit guère qu'à la consommation locale. On expédie de Java et de Sumatra en Chine de notables cargaisons de nids de salanganes ou « nids d'hirondelles ».
Industrie. — Bien qu'il existe dans les îles néerlandaises nombre de ressources minérales capables d'alimenter l'industrie, et une population dont la main-d'œuvre ingénieuse pourrait être employée dans les manufactures, la richesse donnée par la culture est telle que l'agriculture est à peu près la seule industrie. 11 y a de la houille à Java et à Sumatra, beaucoup moins il est vrai qu'en Chine et au Japon. Mais l'exportation des pétroles de Java atteint déjà une somme de 20 à 35.000,000 par an. Néanmoins, en fait d'industrie proprement dite, on ne compte guère que des usines de fabrication de sucre de canne à Java, puis quelques chantiers de constructions navales à Batavia et dans les autres ports de l'archipel. Les mines d'étain de Banca et de Billiton exportent brute une production qui représente annuellement une valeur d'une quarantaine de millions de francs.
Voies de communication. — Pans ce pays d'îles où rarement on perd de vue les côtes c'est, bien entendu, la mer qui est la voie de communication de la majeure partie du trafic; la concentration