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III. Finances hongroises (moyenne

Recettes, 1.568.7 Dépenses, 1.457.0 Dette. 5.555.9

Dépenses : Annuité de la dette (1904) 267.9

Armée 40.4

;2) Armée (1905) :

Pied de paix, 27.400 officiers, 374.000 hommes, 69.870 chevaux. Pied de guerre, 2.580.000 hommes, 352.000 chevaux.

Marine :

Armés. En achèvemeni

Cuirassés 10 2

Croiseurs cuirassés 2 1

Croiseiirs 5 »

Torpilleurs iO 20

AUTRICliE-HONGRlE.

Géographie économique.

Conditions générales et situation. — L'Autriche-Hongrie est riche en ressources agricoles et industrielles : mais il y a une sorte de contraste entre les pays autrichiens où l'essor industriel a été rapide et la Hongrie qui est restée surtout un pays d'élevage et de culture. Dans d'autres Etats où l'unité morale est mieux établie, cette diiïérence même pourrait contribuer à développer l'harmonie : en Autriche-Hongrie elle souligne l'antagonisme.

Ce n'est pas le seul inconvénient de la condition actuelle de l'Autriche-Hongrie. La protection allemande, qui a poussé l'Empire Austro-Hongrois vers l'est « Drang nach Osten », lui a retiré une grande part de son rôle en Europe centrale : et l'Empire Allemand, qui poussait ainsi l'Autriche-Hongrie vers l'est, ne s'est pas fait faute néanmoins de lui disputer, par terre et par mer, les marchés du Levant qu'il lui avait promis comme prix de son désintéressement en Europe centrale. Enfin, ce n'est un mystère pour personne que désormais l'Italie a repris sa politique « irrédentiste » qui menace Trieste, c'est-à-dire la sécurité, la prospérité maritime même de l'empire austro-hongrois. Tous ces dangers venant soit d'une amitié politique qui fait semblant de donner comme celle de l'Allemagne, soit d'une inimitié à peu près déclarée, qui menace de prendre, comme celle de l'Italie, sont aggravés par l'état de division des nationalités dont est affligé l'Empire. Quel contraste avec la puissance de concentration économique que le ZoUverein avait déterminée dans l'Empire Allemand !

Agriculture. — Et pourtant il y a dans l'Empire de grandes richesses, notamment des richesses agricoles. On y j)eut distinguer trois régions de culture :

1° La zone méditerranéenne, comprenant quelques vallées des Alpes qui s'ouvrent vers la Basse-Itahe, l'Istrie, la zone littorale de la Dalmatie et les îles qui la bordent;

2° La zone occidentale, comprenant les grandes vallées alpestres, l'Autriche proprement dite, la Bohême et la Moravie : ce sont des pays analogues à ceux de la moyenne Allemagne ;

0° La zone orientale, dont la Hongrie forme la plus grande et la meilleure partie : ce sont des régions qui rappellent beaucoup plus le climat, la végétation et les modes de culture de l'Europe orientale.

En somme il y a, dans l'Empire, une belle proportion de 93 pour 100 de terrains productifs.

GEOGRAPHIE ECONOMIOIE. '2-23

Les forêts, (|iii ((invreiit près du tiers de la superficie totale, comptent parmi les plus riches de i'Knrope; elles sont particulièrement imporlanles dans les Al|)es de Styrie, de ('arniole, de Cariiithie, de S.dzhourg, puis dans les Knrpathes. Il y en a 160.000 kilomètres carrés avec de grandes richesses en chênes, hêtres et sapins.

Les terres proprement aral)les de rAutricIie-Hongrie représentent une superficie de 40 pour 100 du total. Il y en a 135.000 kilomètres carrés dans la seule Hongrie qui est surtout formée de plaines et 100.000 en Autriche où les montagnes couvrent une grande [)artie de la superficie. Le hlé, l'orge, l'avoine et le seigle réussissent à merveille dans les riches terres d'alluvions de la Hongrie et du Banat, en Moravie, en Bohème et en Galicie. De plus en plus les cultures riches du blé et de l'orge prennent le pas sur les anciennes cultures de seigle et d'avoine. Au cours de ces dernières années l'Aulriche produisait à peu près 18 à 20 millions d'hectolitres de hlé, la Hongrie un peu plus de 40. Sur 40 millions d'hectolitres de la récolte d'orge, il en revenait plus de 24 à l'Autriche, pays industriel où sont les grandes brasseries. Cette culture de l'orge a fait des progrès merveilleux ; en Bohême et en Moravie elle a respectivement progressé de 'A) et de 27 pour 100 dans les vingt dernières années. Le maïs donne de magnifi(|ues récoltes en Hongrie. L' total de la récolte des céréales atteint en moyenne 270 millions d'hectolitres dans l'Empire. Il faut y ajouter environ 200 millions d'hectolitres de pommes de terre, produites surtout dans la Galicie et dans la Bohême.

Rien de plus varié que les cultures arborescentes de ce v.-jste Empire, (lalicie et Bohême comptent parmi les pays les plus riches eu [)ommiers; l'istrie, la Dalmatie et même une partie du Tyrol cultivent l'olivier sur des étendues assez restreintes. La Dalmatie possède même un certain nombre de figuiers. La plus importante des cultures arborescentes est sans contredit celle delà vigne, l'une des grandes richesses de l'Autrichc-llongrie. Le principal centre de production est dans la Horgrie, ([ui possède 510.000 hectares de vignes sur un total de r)(52.(IOO. La production de l'ensemble de la monarchie est de 8.000.000 d'hectolitres de vin. Les ceps sont plantés dans les terrains volcaniques (|ui se développent sur la rive droite de la Tisza, soit en collines, soit en plaines. Le cru le plus célèbre est le vin de liqueur de Tokaï.

L'Empire tend donc à devenir un assez fort producteur de vins, ce qui n'est pas sans nuire à ses relations avec l'Italie.

Les cultures industrielles, betterave, houblon, cultures savantes Dldois-Kergomaud. ^5

sont surtout pratiqu(!e.s en Bohême, en Moravie, en Silésie, en Galicic, el en IJassc-Autriche. Le gouvernement de l'Empire a beaucoup développé les établissements d'enseignement scientifique de la culture, en même temps que de l'industrie. Parmi les cultures industrielles, le premier rang appartient à la betterave, dont les progrès ont été si remarquables, par l'étendue des champs et par la qualité des espèces, que l'Autriche est devenue en peu d'années un des grands pays producteurs de sucre. Sa production annuelle est de G.rjOOOOO tonnes presque' exclusivement en Cisleithaiiie. L'Autriclie-ilongrie, comme l'Allemagne et la France, sou flre cependant de la législation nouvelle inaugurée par la conférence de Bruxelles et qui prohibe les primes à l'exportation des sucres : elle n'a point, comme l'Allemagne, une marine assez nombreuse et transportant à assez bon marché pour atténuer cette crise de l'exportation des sucres.

La Bohême récolte près des quatre cinquièmes de la production totale du houblon qui s'élève à 110.000 quintaux. Les plus riches plantations se trouvent au nord-ouest, autour de la ville de Saaz. Le houblon de Styrie et de Galicie est également réputé. Pour le tabac, c'est la Hongrie qui occupe le premier rang; le tabac Hongrois (72U.000 quintaux sur 810.000) provient des campagnes de Debreczin et de Comorn.

Élevage. — L'Autriche-Hongrie possède deux grandes régions d'élevage : la Puszta hongroise, d'une part; de l'autre, la Bohême, la Moravie et la Basse-Autriche. En Hongrie, les pâturages sont des sortes de steppes qui occupent plus du quart du territoire; dans les Alpes, les champs d'élevage sont déjà plus partagés, moins étendus; dans les provinces du nord-ouest, Bohême, Moravie et Basse-Autriche, dominent l'élevage scientifique et la culture des prairies artificielles. Il y a donc une répartition très nette des diverses races d'animaux : les provinces cisleithanes ont plus de bêtes à cornes; la Hongrie est plus riche en chevaux et en moutons (1). D'ailleurs l'élevage du mouton est en décroissance dans l'Autriche-Hongrie comme dans le reste de l'Europe, à cause de l'importation en masse et à bon marché des laines d'Australie et des

(1) Elevage.

Bêtes à cornes . .

Chevaux

Porcs

Moutons ....

Autriche.

Hongrie.

Totaux.

viandes de mouton conservées d'Amérique du Sud. En revanche, l'élevage du bceiil", du cheval et du porc a fait de très grands progrès. Pour donner une idée de cette évolution , on peut observer que la seule Hongrie, dans la dernière période décennale, a vu se réduire de plus de 5.000.000 de tètes ses troupeaux de moutons; elle a gagné un effectif de 400.000 chevaux, de 1.000.000 de bêtes à cornes et de 1.800.000 porcs.

Au cours de celle même période l'élève des vers à soie, que l'on pratiquait jusque-là dans la seule région méditerranéenne, a fait de remarquables progrès; la production est passée de lO.OUO kilogrammes de cocons à l.'2*)0.000 kilogrammos.

La chasse donne un riche produit dans l'Empire Austro-Hongrois qui possède d'excellentes réserves, ici les forêts immenses, là les vastes espaces de steppes et de pâturages en Hongrie.

La pêche maritime occupe les populations dalmates parmi lesquelles se recrutent les excellents équipages de la flotte austro-hongroise. En résumé, l'agriculture austro-hongroise, beaucoup moins complexe et avancée que ne le sont par exemple celles de l'Allemagne ou de la France, a fait, depuis quelques années, de remarquables progrès, grâce à la diffusion de l'enseignement technique. La création d'industries alimentaires ou chimiques, fabrication du sucre, distillerie des alcools ont contribué à bâter le mouvement de progrès chez les cultivateurs. Enfin l'expansion du port de Trieste, le raccordement des voies ferr.'es austro-hongroises avec celles de la péninsule des Balkans, ont facilité dans une large mesure les débouchés des industries agricoles comme des autres.

Industrie. — L'Autriche-Hongrie est aussi heureusement dotée pour l'industrie que pour la culture; mais là encore elle n'est qu'au début de ses progrès et de la mise à profit de ses aptitudes naturelles. On ne saurait trop louer l'excellente organisation de l'enseignement technique et industriel dans cet Empire.

La houille et les autres produits minéraux abondent. On peut distinguer en Autriche-Hongrie trois principaux groupes de production minérale. C'est d'abord et au premier rang la région bohémienne avec les mines de houille de Pilsen, Kladno, Schlan, etc. , etc. ; à côté de la houille on y rencontre de riches gisements de fer et de plomb. Au second rang se place le groupe de Styrie, de Carinthie et de Carniole où il y a surtout des gisements d'excellent fer. Le groupe de Hongrie et de Transilvanie fournit les métaux précieux, l'or extrait des sables des cours d'eau de la Hongrie ou des roches de Transylvanie et de Bohème, l'argent, le plomb et le cuivre. Les mines de mercure d'Idria représentent une grande valeur commer-

228 AI IlilCIlIMIOMillli:.

oialo; près duii millior d'ouvriers sont employés dans les mines de Carinthie el de Carniole, capables par leur richesse de l'aire concurrence à l'Espaj^ne et au ÎNouveau Monde.

La ]»roduction des houillères n'était tpu' de 120. 000. 000 de tonnes en ISIH); elle est aujourd'hui de 45.000.(100, dont |)rès de 50 de lignite, et l'on sait (|ue celui-ci est d'une utilisation inlérieure dans l'industrie. L"Em|)ire exporte pres(pu' aulanl de houille (|u'il en importe.

Outre la houille, TEmpire possède dans la Galicie de riches puits de pétrole dont l'exploitation a d'ailleurs été médiocrement conduite jusqu'ici. Faut-il ajouter (|ue les régions montagneuses de l'Empire, alpestres, bohémiennes et transylvaines, ont une l'orce motrice dans leurs glaciers et torrents, capable de déterminer une expansion industrielle analogue à celle qui l'ait depuis quelques années la richesse de la Suisse.

L'Autriche-Hongrie est un pays riche en sel, sel gemme, sel obtenu par lévaporation des eaux de source, sel marin. Plus de 10.000 ouvriers sont occupés à ces diverses exploitations. La Galicie, avec ses mines de sel gemme de Wielicza, tient le premier rang. Enfin les carrières sont nombreuses dans ce pays qui compte de vastes systèmes montagneux aux assises les plus variées. La Hongrie et la Bohème exploitent des argiles d'excellente qualité. Parmi les sources d'eaux minérales, les plus célèbres, celles de Carlsbad et de Marienbad, sont situées en Bohème ; Buda-Pest en Hongrie, Gasteinen Autriche attirent également une grande at'fluence de visiteurs (I ).

Aussi, rAutriche-llongric possédant en abondance la houille et le

(i) Exploitation minérale:

Aiilrictie. Honijric.

mOC) l'.tO-i

tlouitle. l.j.:)(IO.OIKI loiiiKs. t .(lôll. 000 tonnes.

Lignite 'Ji. '200.000 — ."). 450.000 —

Pétrole 794.000 — 2.100 —

Fer 2.254.000 - 650.000 —

Plomb 19.000 — »

Zinc .".'2.000 — 200 —

Mercure '.l|..".(IO — »

Graphite .'.S. 000 tonnes.

Sel 570.000 — 183.000 —

Or .115 kiloi;. 5.700 luio-.

Argent .59.000 — 13.600 —

Ouvriersemployésauxniines. 150.000 — 75.000 —

fer a-t-elle, dans ses provinces occidentales surtout, une industrie métallurgique prospère. Les fers, et surtout les aciers de la Styrie, de laCarinthie et de la Bohème sont justement réputés. La richesse des forets a permis la création d'importants hauts fourneaux en Hongrie. La production de la fonte a dépassé i.GOO.OOU tonnes dont 1.2U0.00U pour l'Autriche; celle du fer (500.000 tonnes) et de l'acier (1.000.000 tonnes) est à peu près limitée aux provinces autrichiennes.

A plus forte raison, les industries mécaniques sont-elles surtout développées dans les deux groupes alpestre et bohémien. Sur les 4.200.000 artisans que compte l'Empire, plus de 5.100.000 sont occupés dans les usines des provinces occidentales. Avec leurs l'amilles, les ouvriers d'Autriche forment un total de 10.000.000 de personnes, c'est-à-dire près d'un quart des habitants de l'Empire. Les grandes industries se sont particulièrement concentrées dans les cinq provinces de Bohème, de Moravie, de Basse-Autriche, de Vorarlberg et de Silésie : Graz, Vienne, Prague, Léoben, doivent être citées au premier rang. Machines agricoles, machines de filatures et de tissage, faux et faucilles de Styrie ont une grande réputation dans toute l'Europe. La Carinthie et la Styrie ont de remarquables fabriques d'armes. La Styrie a la spécialité de la coutellerie et de la taillanderie, la Bohême et la Moravie celle des ustensiles en émail.

La localisation des industries de transport est beaucoup plus nette. Ainsi le matériel de chemins de fer sort des ateliers des régions riches en combustibles et en minerais, par exemple des usines de Wiener-Neustadt, de Graz et de Briinn. 11 arrive aussi comme chez nous que les grands ports attirent l'industrie mécanique à cause de la facilité d'importation des combustibles étrangers et des minerais; Trieste, avec ses vastes chantiers de construction de navires, a des ateliers où l'on exécute nombre d'autres travaux métallurgiques. L'arsenal de Pola a exercé une attraction du même genre. Fiume possède de célèbres ateliers de précision qui eurent quelque temps le monopole de la fabrication des torpilles.

La présence du combustible dans des régions où les richesses minérales abondent, expliquent le développement des industries chimiques; par exemple, les fabriques de Klagenfurt mettent en œuvre le plomb particulièrement pur de Villach; l'exploitation du mercure d'Idria fournit le cinabre : d'autres produits, utilisés pour la fabrication des couleurs minérales, sont élaborés en Bohème et en Basse-Autriclie. Là aussi ont été fondées de nombreuses fabriques de couleurs d'aniline, en particulier à Aussig.

La verrerie et la céramique, qui ont fait à la Bohême une réputation déjà ancienne, se sont développées surtout à partir du xvni" siècle, dans ce pays riche en hois. Depuis la découverte des houillères. cette fabrication a reçu un nouvel essor. Pilsen et Eger, riches en houille, sont les principaux centres. C'est encore la Bohême qui compte les plus actives fabriques de porcelaine, à Prague et à Carlsbad.

L'Autriclie-llongrie, pays de riche agriculture, de vastes forêts, fournit d'abondants éléments aux industries dérivées du règne végétal. En outre, pour élaborer ces matériaux donnés par son fécond terroir, elle possède les métaux et une force motrice abondante fournie soit par le combustible minéral, soit parles chutes d'eau. La fabrication du sucre est devenue aujourd'hui la plus importante des industries agricoles de l'Autriche-Hongrie. Les raffineries se sont multipliées surtout en Bohème et en Moravie, puis en Hongrie. La production du sucre, qui était de 18.000 tonnes en 1870, est montée en 190.') à l.^JUO.OOO dont 900.000 pour la seule Cisleithanie. L'Autriche- Hongrie occupe donc le second rang, après l'Allemagne, parmi les pays producteurs de sucre.

Pour la meunerie et la fabrication des pâtes alimentaires, Buda- Pest, Vienne, Prague et Trieste occupent le premier rang. Vienne et Buda-Pest reçoivent, par le Danube et par la voie ferrée, les céréales de la région hongroise, et se trouvent heureusement situées à proximité des pays très peuplés de l'ouest dans lesquels se fait la vente. Trieste s'alimente par la mer, comme chez nous Marseille. On constate une diminution constante du nombre des vieux moulins à vent et à eau, un accroissement correspondant des meuneries actionnées par des machines à vapeur : le déplacement se produit donc en faveur des pays les mieux pourvus de houille à l'intérieur ou qui peuvent le mieux se la procurer sur la lisière maritime.

Les alcools, tirés des pommes de terre, des grains, des vins et des mélasses, sortent des distilleries agricoles si nombreuses en Hongrie, en Bohême, en Basse-Autriche et en Styrie. C'est une industrie surtout pratiquée en petit, à la campagne.

Pour les brasseries, le groupement est caractéristique : la Bohême et la Moravie ont à la fois les meilleures houblonnières et les usines les plus perfectionnées de fabrication. Aussi la Bohême comptet-elle près de la moitié des brasseries; Pilsen a une réputation particulière. La Hongrie est fort mal pourvue; elle n'a guère que 90 brasseries produisant 1.700.000 hectolitres, tandis que les pays autrichiens en ont I.ÔOO dont la production dépasse .19.000.000 d'hectolitres.

Les industries textiles n'ont pas encore atteint le développement que les ressources naturelles et la main-d'œuvre déjà habile des travailleurs austro-hongrois semblent promettre : l'Autriche-Hongrie n'est grand pays exportateur ni de lainages, ni de cotonnades, ni de soieries. L'industrie cotonnière, par exemple, pour toute l'étendue de la monarchie, est à peine supérieure à celle de notre département du Nord. La filature et le tissage de la laine sont, en revanche, assez importants à Reichenberg, en Bohème, et à Brùnn, en Moravie.

L'industrie austro-hongroise du cuir est beaucoup plus développée : les cuirs sont travaillés surtout en Bohême, en Moravie et en Styrie. Prague a de nombreuses corroieries; Vienne fabrique sous le nom « d'articles de Vienne », d'élégants objets de cuir exportés en grande quantité à Paris, et qui sont singulièrement plus élégants que les articles similaires d'Allemagne.

En résumé l'Autriche-Hongrie est, malgré de grandes ressources naturelles, un des pays industriels où les progrès de la science mécanique ont trouvé le plus tard leurs applications. Pourtant, on y observe que, comme dans tous les pays civilisés, la métallurgie a exercé sa force d'attraction et de concentration sur les autres industries. C'est ainsi que la Bohème, grâce à la richesse de ses houillères et aussi à i'habileté de ses artisans, est devenue pour l'Autriche- Hongrie ce qu'est la région de la Ruhr pour l'Allemagne, la Flandre pour la France: métallurgie, industrie textile, industrie alimentaire, se sont groupées dans quelques centres comme Prague, Reichenberg, Pilsen. Parmi les provinces alpestres, la Styrie et la Carinthie ont une industrie métallurgique qui commence déjà, à un moindre degré que la Bohème, à produire son elfet d'attraction sur les autres. Vienne et Buda-Pest ont dû à leur position assez centrale, à leur importance politique traditionnelle, à l'abondance ou à l'habileté de la main-d'œuvre, le groupement de nombreuses industries. Enfin Trieste, comme chez nous Marseille et le Havre, recevant à bon compte des matières premières, centralise aussi la majeure partie du commerce de la monarchie, et forme à elle seule un groupe important. Donc l'Autriche-Hongrie est un pays riche déjà, et destiné à un bel avenir industriel, si les divisions politiques ne viennent plus entraver le développement normal de ses ressources.

Voies de communication. — L'Autriche-Hongrie, si elle est riche, est un État continental comme l'Allemagne, mais qui n'a pas comme elle l'avantage d'une issue de ses voies de communication vers une large mer à laquelle on accède facilement de l'intérieur. Sans doute la vallée du Danube est un chemin qui lui ouvre l'Europe

252 AUTRIClIE-HOiNGRIE.

centrale et la met à proximité de l'Occident : la même vallée conduit à l'Orient. Mais des peuples étrangers bloquent ce couloir aux deux extrémités, les Allemands d'une part, les Serbes, Roumains el Bulgares de l'autre. 11 est vrai que les longues vallées de la Drave et de la Save, qui donnèrent jadis accès aux Romains vers les pays du Danube, peuvent aujourd'hui faciliter à l'empire danubien l'accès de la Méditerranée. Mais les provinces autrichiennes ont voulu avoir leur port, Trieste; la Hongrie a marqué sa prédilection pour Fiume, et cette division de l'efTort à la recherche d'un débouché a nui à l'intérêt commun.

11 a été longtemps impossible à l'Empire, en raison de ce dualisme, de choisir un rôle déterminé, et d'avoir une j)olitique suivie. Les provinces cisleithanes, industrielles encore plus qu'agricoles, visent au commerce d'exportation vers la Méditerranée, le Levant et l'Orient; tandis que la Hongrie, grand pays agricole, aurait plus d'intérêt à envoyer ses denrées vers les pays surpeuplés de l'Occident. Cependant la politique commerciale de l' Autriche-Hongrie, en raison de son rapprochement avec l'Empire Allemand, semble, depuis longtemps, avoir pris une direction plus nette. La préoccupation dominante est celle de l'ouverture de meilleurs débouchés sur le monde méditerranéen. Après Trieste, port de sortie des provinces autrichiennes, et Fiume, port des Hongrois et des Croates, elle convoite sinon la propriété, du moins l'usufruit de Salonique, en attendant l'heure de l'héritage. L'occupation et la mise en valeur de plus en plus complète de la Bosnie et de l'Herzégovine ont marqué un progrès dans sa marche vers l'Orient : mais l'Autriche-Hongrie trouve précisément comme concurrente, dans ces pays levantins, l'Empire d'Allemagne qui l'y avait poussée et qui lui reprend par mer ce qu'il lui avait promis par terre.

Pour exécuter ses projets, l'Empire Austro-Hongrois dispose de voies de communication assez nombreuses. Il compte notamment 150.000 kilomètres de routes, fort belles et bien entretenues, dont 54.000 pour la Hongrie.

La construction des chemins de fer commença en 1837; mais elle ne fut poussée avec activité qu'à partir de l'année 1860; de 1865 à 1874 il y eut une véritable fièvre de constructions de voies ferrées qui amena un grand malaise financier.

En 1906, il y avait en exploitation 40.000 kilomètres de chemins de fer dont 21 .000 en Autriche. Le réseau est particulièrement serré dans la Bohême septentrionale, où Prague est le principal centre. Vienne et Buda-Pesi sont les deux grands points de rayonnement des chemins de 1er austro-hongrois, dont les lignes les plus

importantes appartiennent au grand réseau international d'Europe et servent à unir l'ouest et l'est, le nord et le sud du continent. Vienne est sur le passage des deux orient-express qui unissent Paris à Constantinople et à Bucarest-Varna. La bifurcation se fait à Buda- Pest, qui est également relié à Salonique par Belgrade et les chemins de fer serbes. C'est par là que les Hongrois espèrent détourner à leur profit le transit international du Levant. Deux lignes transversales, Tiieste, Vienne, Cracovie; Fiume, Buda-Pest, Lemberg, rejoignent, à travers l'Aytriche-Hongrie, la plaine de l'Europe septentrionale et orientale à l'Adriatique.

Jusqu'en 1889, le trafic a été des plus médiocres sur les chemins de fer. L'application, le l^"" août 1889, des a tarifs de zones », en diminuant dans de très grandes proportions le prix des transports, a amené une véritable révolution (1).

Deux groupes de voies ferrées transversales des Alpes ont une importance de premier ordre. A l'ouest, c'est la ligne de 120 kilomètres ouverte en 1867, de Innsbrùck à Botzen par le Brenner, où passe une partie du transit italo-alleniand : cette route fut fréquentée de tout temps et précieuse aux convois qu'échangeaient les peuples du nord et du sud. C'est la voie naturelle des voyageurs et des marchandises de l'Allemagne centrale et méridionale à destination de Trieste ou de Brindisi. Le percement du tunnel du Saint-Gothard a fait quelque tort à la voie du chemin de fer autrichien en faveur de la Suisse et de l'Italie. Le second groupe de voies ferries transversales est celui qui mène soit de Vienne, à Trieste par Graz, Marbourg, Laibach et le col d'Adelsberg, soit de Vienne en Italie, par la vallée de la Drave et de l'Adige ou par le col de Pontebba. Nous avons vu, dans l'étude de la Suisse, quels services le tunnel de l'Arlberg rendait aux relations de l'Autriche avec l'Europe occidentale, en lui permettant d'éviter le territoire allemand.

L'Autriche-Hongrie a, grâce au Danube et à ses affluents, en particulier la Save et la Tisza, un beau réseau de voies navigables, devenu particulièrement précieux depuis qu'on a corrigé le passage

(i) Trafic des chemins de fer :

Millions de voyageurs. Millions de kilomètres parcourus.

1888 .... 15 lU

Nombre des express : 1888 13.900

des Portes de fer. II existe maintenant des services réguliers de bateaux à vapeur entre Passau et Orsova. La valeur du réseau est cependant diminuée par le fait que, chaque hiver, le Danube hongrois et ses affluents sont, pendant trois mois environ, entièrement pris par les glaces. Sur 11.500 kilomètres de voies navigables, on en compte 5.000 dans la seule Hongrie, dont plus de o.OOO accessibles aux bateaux à vapeur sur le Danube, la Save et la Tisza.

Ce réseau prendra une valeur considérable, surtout pour le commerce allemand, lorsque l'Elbe et l'Oder seront joints au Danube. Un projet de loi, portant construction de trois canaux de jonction à exécuter en vingt ans a été voté en 1905 au parlement de Vienne.

De tout temps la politique de l'Empire Austro-Hongrois s'est appliquée à chercher, pour ce vaste réseau de voies de communication, des débouchés maritimes avantageux. 11 est à craindre en efiet que l'Autriche-Hongrie devienne passablement tributaire de la politique allemande qui attire ses cargaisons vers la Baltique et la mer du Nord, et des autres marines qui fréquentent la mer Noire et l'Archipel. C'est pourquoi des encouragements très coûteux ont été donnés à l'armement maritime austro-hongrois, et aux deux grands ports où il se fait, Trieste pour l'Autriche, Fiume pour la Hongrie et les pays Croates (1).

Le port de Trieste, port franc, tient le premier rang. Plus proche du Levant, de l'Egypte et du canal de Suez que les ports rivaux de Marseille et de Gènes, Trieste a contre lui la difficulté et le prix du passage des Alpes pour les marchandises qui lui viennent d'Europe centrale ou qu'il y euvoie. Les trains sont péniblement remorqués sur des rampes où l'on tombe souvent à une vitesse de 15 kilomètres à l'heure, et, ce qui est plus grave, où la traction est d'un prix onéreux. Malgré tout, l'activité est considérable. Trieste est le port d'attache de la grande compagnie du Lloyd austro-hongrois, l'une des grandes compagnies de navigation du monde

(1) Marine marchande (1906) :

Voiliers. . . . 14.100 navires jaugeant ,54.000 tonneaux.

Vapeurs . . . 575 — — 577.200 —

Totaux : 14.475 — — 451.200 — Éiiuipaffes.. . 40.400 hommes.

Mouvement des ports (1906) :

Entrées totales. 146.500 navires jaugeant 19.500.000 tonneaux.

A Trieste . . . 9.500 — — 5.055.000 —

A Fiume . . . 8.100 — — 2.07(1.000 —

qui possède 75 navires d'une jauge d'environ 200.000 tonneaux. Le Lloyd fait le service du Levant, mer Noire, Archipel, Asie-Mineure, Egypte, de l'océan Indien et de l'Extrême-Orient : longtemps bornée d l'ambition de dominer dans la Méditerranée orientale, avec d'excellents et économiques navires de i .500 à 5.000 tonneaux et de movenne vitesse, il a lancé de grands navires de 5 à 6.000 tonneaux pour le commerce de l'océan Indien et de l'Extrême-Orient.

Fiume, le port des pays hongrois et croates, a un mouvement un peu inférieur; il est d'ailleurs aussi médiocre que Trieste pour la sécurité des navires. C'est le siège de la compagnie hongroise Adria, qui compte 52 navires de médiocre tonnage, et de la société liongro-croate qui assurent les services de cabotage de l'Adriatique.

Pola, excellent port, est réservé à la marine militaire.

Commerce. — Composée de morceaux peu cohérents, l'Autriche-IIongrie a les intérêts et les tendances les plus contradictoires. La Cisleithanie, industrielle plus qu'agricole, vise au commerce d'exportation vers la Méditerranée et le Levant. Pour la Hongrie les marchés d'exportation sont les pays de grande consommation de denrées agricoles de l'Europe occidentale. Nous avons vu ci-dessus que l'appui de l'Empire d'Allemagne coûtait beaucoup plus cher à l'Autriche-Hongrie qu'il ne lui rapportait.

Le commerce intérieur est assez restreint, en raison du manque de solidarité économique des diverses parties de l'Empire : chaque province, chaque nationalité, chaque race a tendance à se renfermer et à se suffire le plus possible. C'est une situation qui ne sera corrigée que par le progrès des voies de communication, notamment des chemins de ter.

Quant au commerce extérieur, il atteste une condition assez avantageuse. L'Autriche-Hongrie, grâce à sa grande richesse forestière et agricole, vend plus qu'elle n'achète : et pourtant, si elle suffit à son alimentation, elle n'est point tributaire à l'excès des industries des pays voisins, et même commençait à s'en affranchir notablement au cours de ces dernières années. Les principaux articles d'exportation sont : les bois, le bétail, le sucre, les céréales, les œufs, la houille, les articles de cuir, la verrerie; puis les lainages, les articles de soie, les peaux, la bijouterie etc., etc. Lcjs achats consistent surtout en cotons, laines, houille, cuirs, tabac^ peaux, machines, soie, cuir brut, café, etc., etc.

Le premier client de l'Autriche-Hongrie est l'Empire d'Allemagne, qui lui achète des céréales, bestiaux, bois, c'est-à-dire les produits nécessaires aux régions pauvres ou surpeuplées de l'Allemagne du sud et de l'est. L'Autriche-Hongrie achète à l'Allemagne pour une

valeur moindre de produits industriels que les manufactures ou les mines de l'Eniyjire ne l'ouriiissent pas encore en quantité suffisante, par exemple, de la houille, des machines, des filés de laine, des produits chimiques, des soieries, des filés de coton, des métaux, etc.

La Grande-Bretagne vient au second rang, achetant des céréales, bois, cuirs, verrerie, porcelaine, etc., et vendant de la houille, des machines, et en particulier des navires.

L'ItaHe est au troisième rang, achetant aussi des denrées agricoles pour ses populations pauvres et de plus quelques produits industriels, vendant en revanche des fruits et des vins, à sa voisine du nord-est. Viennent ensuite la Russie, dont l'activité relative de rapports commerciaux avec l'Autriche-Hongrie s'explique par la communauté de frontières et par l'analogie de besoins des populations voisines, puis les États-Unis qui vendent aux manufactures d'Autriche-Hongrie la majeure partie des cotons employés. Le commerce avec la France n'^st pas très actif, puisque les deux pays en présence sont remarquables l'un et l'autre par la puissance de leur agriculture et par le cachet de choix et de luxe de leur industrie.

La péninsule des Balkans, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie, sont, pour ainsi dire, sous la domination économique de l'Autriche- Hongrie grâce à l'excellente voie de pénétration du Danube et à la bonne organisation des transports par eau sur le Danube austrohongrois ; de ces trois États, seule la Serbie, riche en bois et en denrées alimentaires, importe en Autriche-Hongrie plus qu'elle n'en reçoit.

Le transit qui emprunte le territoire de la monarchie atteint une valeur considérable, ce qui s'explique facilement. 11 comprend des produits allemands expédiés vers Trieste ou bien vers la Roumanie et la Serbie, puis des marchandises débarquées à Trieste pour l'Allemagne, enfin les envois des pays du bas-Danube vers i'turope centrale. Mais l'Allemagne, désireuse de développer sa politique dans le Levant, emploie de moins en moins les bons offices de l'Empire voisin du sud-est : et les armateurs de Brème et de Hambourg captent de plus en plus le commerce à destination de l'Allemagne, qui allait jadis à Trieste. Le transit se restreint donc en ce qui concerne les provenances de mer : mais il se développe, grâce au trafic de plus en plus considérable des grandes voies ferrées transcontinentales qui empruntent une partie si importante du territoire austro-hongrois (Voir note, p. 257).

Résumé. — L'Autriche-Hongrie est donc un pays riche par

l'agriculture cl dont l'industrie commence à prendre un grand développement. Ce qui gène et restreint son expansion c'est l'insuffisante solidarité, l'antagonisme même des divers cléments qui composent sa mosaïque politique. On peut observer aussi qu'en subissant depuis 1806 liulluence de l'Allemagne dans la direction de sa politique étrangère, l'Autriihe-Hongrie a quelque peu sacrilié ses intérêts à sa trop puissante voisine du nord-ouest. Si Ion veut s'en convaincre il suftit d'observer que la marine austro-hongroise ne rencontre pas, dans le Levant même, de plus âpre rivale que la marine allemande, en dépit des promesses de l'Allemagne. Le a Drang nacli Osten » ou marche vers l'est, qui eut son moment de popularité dans l'Empire Austro-Hongrois, a été plus riche en sacrifices qu'en profits.

Commerce (en millions de frnncs]

Moyenne 1899-1011:

Principaux clien.ts Allemagne .

Royaume-Uni Italie . . .

États-Unis .

Russie . . .

Suisse.. . .

France . . .

Turquie . .

Roumanie. .

Serbie . . .

Egypte. . .

Grèce . . .

Principales importations.

Coton brut '209.5

Laine 148.0

Houille, coke 159.7

Iniporlatioiis.

Exporlalioii

bl.O

Piincipales exporlatioiis.

Sucre 205.5

Œufs 166.8

Bois L-rul 254.8

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