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CHAPITRE y ROYAUSVIE D'ITALIE

Géographie physique.

Limites, situation, dimensions. — Le royaume d'Italie se compose d'une grande plaine adossée aux Alpes, l'ermée également au sud, sur une notable partie de sa périphérie, par l'Apennin, puis d'une longue péninsule, à ossature montagneuse, que les monts Apennins groupent en versants inégaux et divisent en compartiments de formes très diverses. Deux grandes îles, la Sicile et la Sardaigne, ainsi qu'un groupe d'îlots volcaniques, la flanquent au sud et a l'ouest. La superficie entre l'Adriatique, la mer Tyrrhénîenne et les Alpes est de 289.000 kilomètres carrés, soit un peu plus de la moitié de celle de la France : 54 pour 100.

Elle occupe, au sud de l'Europe, et sur la limite des deux bassins de la Méditerranée, une situation qui fut pour beaucoup dans la maîtrise exercée par Rome sur tous les pays du pourtour de la grande mer intérieure. Cette position ne vaut plus les mêmes avantages qu'autrefois, depuis que la prééminence de richesse est passée aux peuples de l'Europe de l'est, du centre et du nord-ouest. Mais le royaume italien est encore heureusement situé à proximité de l'Afrique du nord et des pays du Levant.

Composition du sol. — Quand on étudie la composition du sol de l'Italie, surtout pour en tirer des conclusions qui intéressent la richesse de ses cultures, il ne faut pas oublier les difl'érences de climat qui influent sur l'aspect des terrains et même sur leur état moléculaire : par exemple, les alluvions de la plaine du Pô sont grasses parce que le climat y est encore assez humide et parce que, des montagnes qui les entourent, coulent des eaux abondantes qui pénètrent et fécondent le sol. Il y a aussi des alluvions en Sicile, mais si souvent privées de pluie que leur sécheresse leur interdit les

culliiros ordinaires des alluvions du nord ; la vigne y réussit mieux que le hic. Taire cette remar(|ue, c'est dire que les éléments nutrilils du sol, dans des roches chimiquement identiques ou très analogues, ne se transmettent aux plantes ni de la même manière ni en même quantité. Les granits du sud, lavés par de grandes pluies d'orage, \ sont beaucoup plus dénudés qu'au nord où la constance de l'humidité, l'apport séculaire delà végétation, permettent le dépôt de couches successives où se font la plantation des forêts et l'installation des pâturages. Cette remarque doit être faite en particulier à propos de l'Italie, où il y a de très grandes diftérences de climats entre l'extrême nord et l'extrême sud : c'est sous cette réserve qu'on peut étudier les différences de terroir.

L'Italie du nord comprend les Alpes et la grande plaine du Pô, formée par les dépôts d'alluvions des temps quaternaires. Les Alpes comprennent une partie centrale formée de granits et degTieiss, avec des affleurements de basaltes. Le granit forme en Ligurie le lien entre les Alpes et l'Apennin; il y affleure en mer à la hauteur de Spezzia; quant aux Alpes orientales, Alpes Carniques et Alpes Juliennes, elles sont formées d'un mélange de calcaire jurassique et de divers terrains de l'âge tertiaire.

Les géologues ont bien observé la puissante action des anciens glaciers sur le noyau de roches cristallines des Alpes. On en trouve la trace au débouché de quelques rivières alpestres dans la plaine. Les environs des lacs de Côme et Majeur sont semés de blocs erratiques que les maçons exploitent en carrières. Ce fait est très intéressant parce qu'il nous explique comment l'érosion des anciens glaciers alpestres a pu combler l'ancien golfe où est aujourd'hui le Pô, et en former une plaine.

Cette plaine est donc une accumulation d'alluvions datant de l'époque quaternaire. Au nord du Pô ce sont surtout des alluvions venant des Alpes, des cailloux et des graviers formés au détriment des roches cristallines; au sud du Pô, ce sont des débris de l'Apennin, c'est-à-dire des argiles et des calcaires.

L Italie doit d'ailleurs beaucoup de richesses agricoles ou minières à la nature de son sol. Il suftit de citer dans l'Apennin les marbres, le travertin, calcaire blanc qui devient jaune rosé avec le temps et qui a servi à construire tant de monuments à Rome. Le sol italien fournit en outre le kaolin, l'acide borique, le soufre et la pierre ponce. Enfin certaines parties du royaume, par exemple l'ile d'Elbe, ont une richesse extraordinaire en minerais de fer.

Relief du sol. — Les pays italiens, composés de terroirs et de roches si diverses, sont aussi d'un relief extrêmement compliqué.

Plus de la moitié du territoire du royaume est couverte de montairnes : et non seulement ces montagnes retirent, par leur àpreté ou leur altitude, beaucoup de terrain utile aux hommes qui vivent en Italie, mais encore les séparent, d'une manière jadis fort incommode, moindre aujourd'hui, grâce aux progrès des voies de communicalion. T;es masses des Alpes, (pii enveloppent en arc de cercle la plaine du Pô, ont longtemps séparé le monde itahen des nations française, suisse, allemande ou autrichienne : il est vrai que ce sont ces mêmes Alpes qui font la fertilité de la plaine par l'abondance des eaux qu'elles lui envoient de toutes parts. Quant à l'Apennin, il coupe la péninsule en tant de compartiments divers, qu'avant la construction du réseau de voies ferrées, les hommes de chacun des deux versants, et de chacune des petites plaines intercalées dans la montagne ont pu vivre étrangers ou même hostiles les uns aux autres.

Les Alpes italiennes sont d'ailleurs, à des degrés très divers, et en raison des contrastes de leurs formes, un empêchement, ici absolu, là surmontable, ailleurs insignifiant, aux communications de la plaine du Pô avec les peuples d'au delà des montagnes. Chaînes et massifs alpestres qui entourent lltalie entre !e golfe de Gènes et le golfe de Venise ont un développement d'environ 1.900 kilomètres. Mais en général, l'Italie ne possède point, de ce long rempart aux multiples bastions, une largeur comparable à celle que l'on observe sur les territoires de France, de Suisse, d'Allemagne ou d'Autriche. Le caprice des traités de délimitation n'a pas souvent favorisé l'Italie du don de crêtes bien alignées et protectrices de son territoire : les montagnes situées en territoire italien ont généralement des pics abrupts, des vallées courtes et rapidement inclinées. C'est ce qu'expliquent les géologues quand ils supposent que le bourrelet des Alpes s'est formé dans la deuxième moitié de l'époque tertiaire sous l'inlluence d'une poussée qui a heurté les terrains plissés contre de vieux massifs situés sur les territoires actuels de France, de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche. Par conséquent la pente la plus rapide s'observe sur la face concave des Alpes, sur le versant qui a reçu le plus fort et le premier choc des poussées orogénitjues. En outre, le profil des montagnes qui bordent la plaine du Pô a été encore rendu plus âpre et plus aigu par le travail des glaciers de l'âge quaternaire qui y exercèrent un eft'ort de rabotage et de déblai intense. Ainsi, au nord du mont Viso, jusqu'à la coupure très importante que forment le Rhin, la Maira et la vallée du lac de Côrae, les roches archéennes apparaissent nettement au-dessus du Piémont et le dominent, tandis qu'à l'est de cette coupure, quia rendu tant

de services aux communications entre le monde italien et le monde allemand, il y a, autour du noyau de roclies anciennes, au sud comme au nord, des enveloppements de roches sédimentaires. On voit combien le rempart varie à la fois d'aspect et d'importance.

('/est à l'ouest et au nord du col de Tende que commencent les grandes Alpes. La première région importante de ce relief est celle du n)ont Viso (3.843 m.). Le Viso est une pyramide de roches anciennes nettement isole'e. Ce massif a de l'importance parce que, tout autour de ses escarpements, rayonnent des vallées, soit sur le versant italien, comme le Pô, soit sur le versant français comme le Guil et rUbaye. D'ailleurs, au sud du Viso, les passages sont nombreux : les plus beaux sont ceux qui mènent de Nice à Coni et de Barcclonnelte à Coni, c'est-à-dire les cols de Tende et de rArche. Les cols de Lautaret et de Saint-Yéran ont beaucoup moins de valeur, à cause de leur grande altitude. Au nord du Viso s'ouvrent encore deux brèches précieuses aux communications humaines, le col d'Abriès (2.600 m.), que franchit la route de Mont-Dauphin à Pignerol, et le col de Genèvre (1.854 m.), qui joint Briançon à Suze. C'est là que les Romains avaient établi leur principale voie de communication avec les pays de Gaule. C'est en 1882 que fut construite une belle route carrossable.

Une autre masse importante des Alpes italiennes de l'ouest est le Grand Paradis, qui se dresse au nord-ouest de Turin, et compte, avecde très hauts sommets (quelques-uns supérieurs à4. 000 mètres), des glaciers considérables. Le pic qui se dresse sur la frontière franco-italienne dans ce massif est le Vébanne (5.640 m.). Alors que le Viso envoie des rivières et des vallons à l'ouest et à l'est à la fois, ce qui facilite le raccordement, le Grand Paradis n'est un centre hydrographique que pour l'Italie. Au nord il envoie la Doire Baltée et son réseau d'aflluents, au sud l'Orco. On peut citer, autour du Grand Paradis, toute une série dentailles ou de tunnels qui mettent en communication les territoires de France et d'Italie. Au sud, c'est le tunnel du Fréjus, appelé improprement tunnel du Mont-Cenis, qui met en relation les vallées de l'Arc et de la Doire Ripaire, les villesdeModaneet deBardonnèche : ce tunnel de 12 kilomètres, auquel le percement du Saint-Gothard et du Simplon a retiré quelque chose de sa valeur internationale, mesure 12 kilomètres; il a été achevé en 1871. Il a fait abandonner l'ancienne route du col du Mont-Cenis, qui franchit la montagne à 2.000 mètres, et qui était le chemin par lequel les ducs de Savoie voyageaient (le l'une à l'autre de leurs capitales, de Turin à Chambéry.

De la région montagneuse du Mont Blanc, l'Italie n'a que la zone

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voisine du val Ferret d'où sortent les sources de la Doire Ballt'c. C'est la première vaille un peu longue et coni])loxe des Alpes italiennes de l'ouest, carie Pô, par exemple, passe d'une altitude de 2.000 mètres à la plaine en 54 kilomètres de j)arcours.

A l'est et au sud-est de Turin, les collines du Montferrat, formées de roches de l'àye tertiaire, sont nettement séparées des Alpes et des Apennins ; hautes à peine de 5 à 600 mètres, elles sont très l'erliles et cultivées jusqu'au sommet.

L'Italie accède aux Alpes Pennines, au nord, par les vallées de la Doire Baltée et de la Toce. Un des plus beaux massifs de ces gigantesques montagnes, le massif du mont Rose (4.658 m.), s'ouvre vers la plaine italienne en un demi-cercle dont la concavité regarde au sud, et est jalonnée par une dizaine de beaux pics. C'est là, sur les confins de Suisse et d'Italie, que l'on vient d'achever le gigantesque tunnel du Simplon, foré pour donner une voie d'accès plus directe aux pays du nord-ouest de l'Europe et à la France vers l'Italie.

Les prolongements méridionaux des Alpes Lépontiennes appartiennent seuls à l'Italie : ce sont les Alpes du Tessin et les Alpes de Lugano dont la masse est entaillée par les affluents du Tessin. Là est une profonde coupure à travers les terrains primitifs, coupure occupée par le lac Majeur et par le Tessin, et qui donne accès de la plaine au nœud montagneux du Saint-Gothard. C'est pourquoi l'on a percé d'un tunnel, en 1882, cet endroit peu épais de la muraille alpestre : le chemin de fer souterrain de 15 kilomètres rejoint la vallée de la Ueuss à celle du Tessin, l'Allemagne et la Suisse à l'Italie. C'est la grande voie internationale de Paris et Anvers à Bàle et Brindisi.

A partir de cette trouée, le rempart alpestre du nord de l'Italie est formé de massifs nettement isolés les uns des autres, et entourés de vallées qui leur forment comme des chemins de ronde. Ainsi la haute vallée de l'Adda ou Valteline se développe au sud du massif de Bernina. Là débouche la route du Stelvio (2.800 m.), construite par l'Autriche de 1820 à 1825 pour assurer sa domination sur les plaines du sud. Là aussi, à partir de la profonde entaille où s'est accumulé le lac de Corne, les Alpes italiennes ont un revêtement calcaire vers leSud. Ainsi, au sud de l'Adda, se dressent les Alpes calcaires du Bergamasque, doucement inclinées vers la plaine. Puis ce sont les deux groupes de l'Ortler ; eniin le groupe bien isolé de l'Adamello, dont les sommets dominent le lac de Garde. Dans cette région, les vallées de l'Inn et de l'Adige sont reliées par une série de brèches et de cluses entre lesquelles "il seule séparation est le col de Brenner (1.5G2 m.), le cliemiu le

plus luiciennement pratiqué des Alpes centrales, et où passe depuis 1807 la voie ferrée de Munich et Vérone.

Au nord-est, la frontière italienne a été reportée jusqu'aux cimes des Alpes Cadoriques et Carniques, où les cours supérieurs de la Rrcnta, de la Piave, du Tagliamento et de l'Isonzo ont des couloirs profondément encaissés et dans lesquels se produisent d'énormes crues.

Le système montagneux de l'Apennin couvre près des deux tiers de la péninsule. Son architecture détermine l'orientation et la forme des côtes. D'autre part, si la montagne retire à l'homme de fortes étendues de terre cultivables, c'est elle qui donne l'eau aux plaines de l'intérieur ou de la périphérie, qui les rend fertiles sous le clair et chaud soleil des pays méditerranéens. Enfin l'Apennin a jadis établi une opposition assez vive entre les gens de la plaine du nord, de l'ancienne contrée cisalpine, et les peuplades méridionales ou maritimes de la péninsule; entre ces peuplades elles-mêmes il a élevé des barrières dont l'efficacité s'est fait sentir sous forme d'opposition d'intérêts, ou sous forme de guerre, entre tous ces groupes désunis sur les trois versants.

C'est dans l'Apennin septentrional que les chaînons sont le plus régulièrement plissés et parallèles : il décrit, autour du golfe de Gênes et de la plaine de l'Arno, un arc de cercle qui les sépare de la plaine du Pô. C'est d'abord l'Apennin ligure qui s'étend du col de Cadibone au col de Cisa : la chaîne longe la mer, de si près, qu'il a fallu faire une route en corniche. Jusqu'au col de Giovi, il y a une chaîne unique haute de quelques centaines de mètres ; par ce col (472 m.) passe la grande ligne de Gènes à Milan. Après le col de Giovi, l'obstacle se compose de plusieurs chaînons profondément ravinés, où l'herbe est rare, les arbres rabougris. La population est bloquée entre la montagne et la mer.

L'Apennin toscan est un faisceau de chaînes parallèles généralement orientées du nord-ouest au sud-est. Par leurs grands sommets, comme ceux de Cimone (2.165 m.), les Apennins toscans méritent le nom d'Alpes qui leur est souvent donné. Les passages sont difficiles, précisément à cause du parallélisme des chaînes.

L'Apennin central, développé à partir des sources du Tibre jusqu'au mont Meta, est remarquable par les hauts sommets de ses chaînes calcaires aux formes hardies et sauvages : les vallées y sont d'une extrême étroitesse. En outre, l'Apennin central se complique de nombreux contreforts, notamment de la chaîne subapennine à l'ouest. Le rempart de l'Apennin romain est assez parallèle au rivage adriatique : chaînes et vallées ont même allure.

2ii ITALIE.

Puis le plateau des Abruzzes, véritable forteresse naturelle, se dresse, portant les plus hauts sommets de l'Italie centrale. C'est un plateau de 800 mètres d'altitude moyenne, serré entre deux chaînes de bifurcation de l'Apennin qui se rejoignent au nœud de la .Majella. A l'est culmine le Gran-Sasso d'Itaha (2.921 m.), le plus liaut de la péninsule.

Dans l'Apennin méridional, le relief est enchevêtré et morcelé : il y a peu de chaînes véritables, mais des groupes distincts que soudent entre eux des chaînons transversaux. Dans les Apennins napolitains se dresse d'abord le massif de Matèse, plateau entouré de hautes cîmes qui vont jusqu'à 2.000 mètres. Dans rA[)ennin calabrais, ce sont des roches compactes et cristallines qui apparaissent, au sud du massif de Lucanie qui est surtout calcaire. La masse cristalline la plus remarquable est celle de la Sila. La presqu'île se termine par le massif volcanique d'Aspromonte.

Les montagnes du nord de la Sicile auxquelles s'appuient au sud des plateaux, ne sont elles-mêmes qu'une suite de l'Apennin de Calabre. Quant aux monts de Sardaigne, ils semblent faire partie du même système de soulèvements que la Corse. Moins élevés, ils sont formés des mêmes roches cristallines, et recouverts par endroits d'épanchements volcaniques.

Littoral. — ■ L'Italie est découpée d'un grand nombre de golfes et de caps : son littoral très dentelé se développe sur une longueur de 3.650 kilomètres, de 6.785 si l'on mesure aussi les côtes insulaires. Mais il est rare que la péninsule soit en contact direct avec les grandes profondeurs marines : très souvent des bas-fonds et des deltas s'interposent entre la ligne du littoral et la zone des mers vraiment navigables. D'ailleurs il faut observer que si l'Italie est très découpée, par le fait même de sa constitution péninsulaire, ce n'est pas l'Italie péninsulaire qui est riche, d'oîi il résulte qu'il n'y a point de rapport de voisinage entre les zones les plus découpées de la lisière maritime et les pays les plus riches de l'intérieur. La Sardaigne, l'Italie méridionale sont très découpées et très pauvres, tandis que la plaine du Pô a des débouchés précaires sur l'Adriatique ensablée, et difficiles vers la mer Tyrrhénienne dont la séparent d'âpres montagnes.

Le littoral du golfe de Gênes, entre la frontière française et les bouches de l'Arno, bordé par l'Apennin ligure, est de nature rocheuse et tombe à pic vers la mer. Mais il y a là deux belles découpures, celle où se trouve le port commercial de Gènes, celle où veille l'arsenal maritime de Spezzia. Gênes est le débouché d'une grande partie de la plaine du Pô, et c'est pourquoi les hommes, h

grands Irais, ont suppléé à l'insuffisance matérielle de son port. Aux bouches de l'Arno, et jusqu'à la pointe de Campanie, s'étendent des oôles basses et plates, encombrées ici de dunes, là de marécages. Le promontoire de Piombino, en face de l'île d'Elbe et le mont Argentario, font exception par leur élévation et leur nature rocheuse. Au sud du Tibre s'ouvrent les golfes de Gaète, de Naples et de Salerne, assez bien abrités et surtout favorables par la beauté d'une mer où l'agitation est rare. Rocheuses sont les îles d'Ischia, de Procida et de Capri, puis la presqu'île méridionale de Calabre (|ui se termine par le cap Spartivento. Au contraire le golfe de Tarente et la péninsule d'Apulie à l'est, marquent un abaissement sauf à l'extrémité méridionale de celle-ci, en face du canal d'Otrante.

La côte de l'Adriatique est en général moins découpée que celle Je la merTyrrhénienne, Rocheuse dans sa partie centrale oîi l'Apennin romain et le plateau des Abruzzes confinent à la mer, elle est plus basse au sud où se développe la plaine d'Apulie, et au nord, à l'est de la plaine du Pô. On sait combien de lagunes bordent le golfe de Venise.

La Sicile est découpée sur sa côte méridionale et à l'est jusque vers l'Etna. Au sud et au sud-est la mer baigne des plaines. Le meilleur port, celui de Palerme, est situé au nord. La Sardaigne a des côtes généralement rocheuses et élevées : aussi est-elle pourvue d'excellents ports qui servent très peu puisque le pays est très pauvre.

Climat. — Nous sommes trop portés à croire, quand nous étudions l'Italie ou d'autres parages méditerranéens, qu'un pays composé d'une péninsule effilée et d'un cortège d'îles, est un pays de climat nécessairement maritime. Or, l'Italie est entourée, sur plusieurs de ses faces, de masses continentales qui influent sur elle et qui contribuent à l'assécher. C'est, au sud-ouest et au sud, la terre d'Afrique, qui lui souffle le sirocco, vent essentiellement continental ; c'est, au nord-est, la région des plateaux de la péninsule des Balkans qui lui souille le bora, vent continental aussi. En revanche, sur tout le pourtour de l'Italie continentale, les signes du climat maritime sont manifestes en couronnes de «laciers et de neiire.

De même on a dit quelquefois que l'Italie jouissait d'une sorte de climat subtropical, c'est-à-dire analogue, avec quelques adoucissements, au climat des tropiques. C'est encore une erreur, puisque le climat tropical est tantôt sec, tantôt humide. Tout ce qu'on a le droit d'observer, c'est qu'une partie essentiellement sèche de l'Afrique tropicale agit sur l'Italie comme elle agit sur la Tunisie et l'Algérie,

ruais avec l'af trnuation que produit ie passage des vents secs audessus de la mer.

Par la répartition de leurs saisons de pluie, les pays italiens montrent bien leur parenté avec les régions voisines. Ainsi, dans la vallée du Pô et surtout le long des Alpes, il y a de fréquentes pluies d'été, tandis que la Sicile et l'Italie méridionale sont sous le régime des averses d'hiver. L'Italie centrale. Toscane et pays romain, a déjà des pluies de la moitié froide de l'année beaucoup pius importantes que celles de la moitié chaude.

Si l'Italie du nord recueille le bienfait des pluies et des neiges alpestres, elle est marquée cependant par le contraste même de ses températures de — 10" en hiver et de -f- 35^* en été; dans la péninsule même, Ancône, au bord de la mer, passe de — 5", 5 en hiver à -\- 55" en été ; Rome, si peu éloignée de la mer Tyrrhénienne, de — 3", 5 en hiver à -j- 55" en été. Naples et la Sicile connaissent les gelées. Dans quelques parages de l'Italie méridionale, on a relevé des chaleurs vraiment sahariennes de -i- 41".

11 s'en faut donc de beaucoup que l'Italie ait la variété et la douceur de nos climats français. Après tout, il y a des traits de caractère qui se retrouvent à peu près les mêmes partout. Ainsi la sérénité du ciel, sans être aussi grande en Lombardie et en Piémont que dans le Napolitain et la Sicile, y est cependant remarquable.

Cours d'eau et lacs. — Les fleuves italiens, si considérable que soit le Pô lui-même, ont plus d'importance par les bienfaits de l'irrigation qu'ils valent à l'agriculture que par les services rendus à la navigation. Encore faut-il dire que c'est seulement dans l'Italie du nord qu'on a su en tirer parti pour les grandes cultures. On ne saurait exprimer la valeur des forces que les torrents alpestres et ceux de l'Apennin pourront donner un jour à l'industrie italienne, quand, à force de labeur, s'y seront accumulés des capitaux suffisants.

Le Pô sort d'un plateau voisin du mont Viso, à une hauteur de 2.000 mètres : beaucoup d'autres rivières de la périphérie alpestre sont plus importantes que lui. Il entre en plaine à Salusse, après 54 kilomètres de cours de montagne. A Turin il mesure 160 mètres de large, 600 à Stradella, 900 à Plaisance et à Crémone. Son delta commence à Picarello, près de Ferrare. Le débit moyen du fleuve, après réception de tousses affluents, est d'environ 1.700 mètres cubes par seconde; il atteint jusqu'à 7.000 mètres cubes pendant les crues. C'est donc une énorme masse d'eau et fort dangereuse pour les riverains. Aussi, pour fuir ces terribles crues de mai et de juin qui haussent le niveau de 6 à 8 mètres, et que les digues ont peine à contenir,

GKOGRAPHIE POLITIQUE. 2i7

Jes grandes villes se sont mises à bonne dislance du llouvc. Les digues encadrent une zone d'inondation de 50 kilomètres de large. Les dépôts d'alluvions exhaussent actuellement le lit; à Ferrare, le niveau des eaux est à la hauteur des toits de certaines maisons. Quant au delta, il s'accroît d'autant plus rapidement que les digues, en resserrant et en activant le courant, empêchent le dépôt dans le' cours moyen. De 1819 à 1869, la bouche a conquis 5 kilomètres vers ie nord, c'est-à-dire environ 100 mètres [)ar an.

Les affluents apennins du Pô sont des torrents comme nos cours d'eau du bassin méditerranéen. On sait, au contraire, l'extrême valeur d'affluents comme la Ooire Ripaire, la Doire Baltée, le Tessin, l'Adda et le Mincio, venus des Alpes.

Les fleuves italiens des Alpes du nord-est, Adige, Brenta, Piave, Tagliamento et Secchia, sont remarcjuables par leurs inondations, par leurs changements de lit, par les désastres dont ils affligent souvent leurs riverains.

Les fleuves de la péninsule sont beaucoup plus encore des torrents, même les plus grands comme l'Arno, le Tibre et le Garigliano. L'Arno, né au mont Falterona, après avoir traversé plusieurs séries de bassins en montagne, promène ses eaux chargées d'alluvions dans une grande plaine.

Le Tibre suit un pli longitudinal de l'Apennin pendant 400 kilomètres ; dans la plaine, on a canalisé la branche du nord et essayé de dégager les embouchures qui s'ensablent très rapidement.

Le Garigliano, fleuve napolitain, fut la terreur de ses riverains, à cause des crues du lac Fucin qui se déversaient dans la partie basse de son cours. C'est seulement de nos jours qu'on a dompté le terrible torrent en desséchant le lac.

Géographie politique.

Population. — La population d'Italie, évaluée au début de 1 907, s'élève à 55.600.000 habitants. Elle s'accroît très rapidement, puisque l'excédent des naissances sur les décès est de près de 400.000 personnes, mais l'Italie envoie chaque année au dehors, pour en retrouver une très l'aible partie, plus de 600.000 personnes. La mortalité est très forte, notamment dans tes pays extrêmement pauvres du sud : il naît en moyenne 1.200.000 personnes mais il en meurt tout près de 800.000.

La population spécifique est de 118 au kilomètre carré, densité rarement atteinte même dans la plupart des jiays oîi la population a pour vivre tout à la fois les bénélices agricoles, industriels et

commerciaux. 11 ne faut pas oublier qu'une notable partie de l'Italie est pays montagneux et souvent aride, (ju'il y a dans le sud, soit par la vaste étendue des montagnes, soit par le manque de labeur, de véritables déserts, et que, même dans le centre et dans le nord, des espaces marécageux portent une population fort clairsemée. S'il y a dans le Napolitain plus de 1.500 habitants au kilomètre carré, 482 dans le district de Milan, 37 S dans celui de Livourne, et de 24'J dans celui de Gênes, on n'en compte que 5 1 dans le pays de Sassari en Sardaigne, 38 dans la région de Cagliari, 47 autour de Potenza. Sur 53.000.000 d'Italiens, il y en a l 't. 000. 000 qui vivent d'agriculture et de pêche et qui en vivent péniblement, tandis que l'industrie occupe tout juste 4.000.000 d'hommes et de femmes. Alors que les statistiques de certains pays comme l'Angleterre et la France attestent, par le nombre des personnes sans profession qu'il y a une certaine aisance acquise avec le temps de génération en génération, en Italie, le chiiTre de 9.300.000 personnes dépourvues de profession révèle une cruelle misère et une inégalité sociale qui justement contribue à vider ce beau pays de ses habitants.

On observe aussi le très grand nombre de la population en bas âge : il y a plus de 7.000.000 d'enfants au-dessous de neuf ans. Cette disproportion, comme celle qui existe du fait de la prédominence des femmes sur les hommes, est causée par l'émigration qui enlève surtout des hommes et des personnes dans la force de l'âge (1).

La population se rattache à de multiples origines. Grecs qui colonisèrent en grand nombre la Sicile et le sud de la péninsule appelé jadis Grande Grèce, Gaulois qui occupaient la vallée du Pô, Etrusques, établis autour de l'Arno. Le groupe latin qui imposa sa civilisation à tous ces peuples, était infiniment peu considérable, comparé à des masses de populations comme celles de la Gaule cisalpine. C'est donc une unité de langue et de nationalité, non point de race à proprement parler que l'on observe en Italie. Toutefois, la durée bien des fois séculaire de ce mélange a fait une sorte de race italienne, belle, robuste, apte aux durs labeurs comme aux ingénieuses besognes. Depuis que l'Italie a conquis son unité, elle a fait dans le domaine maritime et dans le domaine industriel

Mouvement de la population (moyenne 1902-1006) ;

Naissances 4.105.000

Décès 76(3.000

Excédent de naissances 597.000

Émigration 605,000

d'admirables progrès. On ne peut denier aux Italiens une intelligence vive et ouverte, un grand goût pour les arts, une certaine distinction native que l'on observe jusque chez les plus simples et les moins instruits.

11 Y a peu d'étrangers en Italie, 11.000 Autrichiens dont la plupart viennent de provinces de langue italienne, 11.000 Suisses qui sont dans le même cas, 11.000 Allemands, 9.000 Anglais et 7.000

Frnnçais.

La population italienne est en très grande majorité catholique, 51.540.000 sur 55.000.000; il n'y a que 65.000 protestants et 55.000 Israélites.

Elle est concentrée soit dans les villes, soit dans les gros bourgs. Selon l'expression de Paul-Louis Courier, « le paysan loge en ville et laboure la banlieue ». Les grandes villes sont nombreuses; on en compte 10 dont la population est supérieure à 100.000 habitants.

Naples vient en tête avec 564.000 habitants. Bâtie au fond d'un admirable golfe, dominée par le Vésuve, elle est un port d'escale précieux entre Marseille et Gênes d'une part, le Levant de l'autre. La richesse de son terroir lui vaut un actif commerce.

Milan (495.000 bal).) est aujourd'hui la capitale commerciale de l'Italie. Ses habitants, les Lombards du Moyen Age, furent très célèbres par leur aptitude pour le négoce et pour la banque. Aujourd'hui encore elle doit beaucoup à l'activité de ses rapports avec les pays suisses et allemands d'oii lui sont venus de nombreux capitaux pour son industrie.

Rome (465.000 hab.), capitale politique depuis 1870, est admirablement riche en souvenirs artistiques de lantiquifé, du Moyen Age, et des grandes périodes de civilisation italienne moderne. On peut citer ensuite Turin (556.000 hab.). Païenne (510.000 hab.). Gènes (255.000 hab.), Florence (206.000 hab.), Bologne (152.000 hab.), Venise (152.000 hab.) (1).

Émigration italienne. — L'Italie est un pays de riche agriculture, mais trop peuplé pour son étendue, etoii l'organisation de la propriété, très parcimonieusement accessible aux pauvres, détermine dans quelques provinces la misère et par là l'émigration. En outre le développement insuffisant de l'industrie, l'organisation incomplète du commerce extérieur, Einsuffisance de l'instruction qui s'explique à la fois par la pauvreté du pays et par la date récente de la formation de l'unité italienne, réduisent les chances de

(1) Un terrible tremblement de terre et un raz de marée ont presque complètement détruit, le '29 décembre 1908, Messine, Regg-io et nombre de villages de Sicile et de Calabre.

2r,0 ITALIE.

vivre sur place de cette population d'une extrême densité et qui continue à s'accroître très ra[)idem('nt.

D'ailleurs cette émigration a, depuis quelques années, grandement changé de caractère : longtemps elle fut le fait de malheureux qui luyaient la misère de leur patrie, et qui n'étaient accueillis à l'étranger qu'avec méfiance, parfois avec dureté, parce qu'ils n'apportaient avec eux (jue la force de leur labeur et non des capitaux. Mais les colonies italiennes, par l'accumulation de ce précieux labeur dont la qualité est devenue un objet d'envie pour les plus riches pays du monde, se sont enrichies et sont devenues capables d'accueillir, de réconforter dans l'exil et de bien placer leurs compatriotes ; enfin le gouvernement italien et des sociétés privées ont pris des mesures eflicaces pour assurer à ces éniigrants un traitement convenable au cours de leurs voyages d'exil, et souvent même avant leur départ une préparation à leur métier d'émigrants suivant le pays de destination.

L'émigration est donc devenue une sorte d'institution d'État : ne pouvant l'empêcher ni en trouver le remède, le gouvernement italien en a cherché la compensation, en permettant aux groupes d'Italiens résidant à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, dans la République Argentine et au Brésil, de se grouper utilement pour leur sauvegarde et leur prospérité. D'admirables progrès, tout à l'honneur des lois italiennes, ont été accomplis en cette matière. On peut citer, entre tous, les mesures qui permettent aux travailleurs italiens résidant à l'étranger de faire parvenir à leur famille, par les moyens les plus rapides, ou de garder pour eux-mêmes les économies résultant de leur labeur : une convention de ce genre a été signée l'année dernière entre la France et l'Italie.

Le nombre des émigrants kaliens n'a cessé de s'accroître depuis quarante ans ; à partir de l'année 180'J, il fut égal à l'excédent des naissances sur les décès : au cours des quatre dernières années l'émigration a retiré à l'Italie environ 200.000 habitants de plus par an que n'en donnaient les naissances. Or, comme l'émigration comprend surtout une forte part de population masculine et adulte, il en résulte pour l'Italie un déséquilil)re de la population par excédent du nombre des femmes. En 1809, 120.000 Italiens quittèrent leur pays; ce nombre était passé en 1889 à 218.000, en 1899 ;i 508.000. En 1901, on en marquait 525.000, presque autant en 1902; de 1902 à 1906, la moyenne fut de OOo.OOO; en 1907, le chiffre a dépassé 700.000. Voilà donc neuf années que plus de 500.000 Italiens quittent annuellement leur patrie. Les régions

italiennes qui ont fourni le plus fort contingent à l'émigration sont d'abord la Vénétie (80.000), 1^. Piémont (55.000), la Sicile (51.000) et la (^auipanie (51.000). Mais il faut considérer quelle (•lait la population totale de chacune des provinces d'oîi sont partis ces nondtreux émigrants. Ce sont les régions de Yénétie (2.500 sur 100.000), deCalabre (2.550 sur 100.000) et des Abruzzes (2.200 sur 100.000) qui ont perdu le plus fort contingent de leur population. II y a dans l'histoire fort peu d'exemples d'exils en niasse aussi prompts, au cours d'une seule année. Au cours de la même année 1904, il était parti pour l'étranger environ 400.000 hommes et 100.000 femmes.

Les professions qui ont été le plus atteintes par l'émigration sont celles d'agriculteurs, de bergers et de pêcheurs (33 pour 100 du chiffre total) la proportion des journaliers a été presque aussi considérable.

11 n'est pas moins curieux d'observer les directions vers lesquelles vont ces contingents d'émigration italienne. Environ 280.000 se dirigent vers les divers pays d'Europe. L'Allemagne (55.000), la Suisse (52.000) et la France (46.000) en accueillirent le plus grand nombre. En Allemagne c'est l'abondance des labeurs mal rétribués auxquels ne veulent plus s'astreindre les ouvriers allemands, instruits et habitués à un assez fort salaire, qui fait cette place aux travailleurs italiens : c'est la même raison en France oii l'on trouverait avec peine la main-d'œuvre nécessaire aux grands travaux publics, construction de canaux, de chemins de 1er, de ports, etc. En Suisse, l'émigration italienne est favorisée par le voisinage des deux pays, et par la communauté de langage et de mœurs des populations montagnardes des deux côtés de la frontière. Même attraction entre l'Italie et les provinces d'Autriche-Hongrie où l'on parle italien (39.000 émigrants).

L'Afrique reçoit 14.000 Italiens dont 9.500 sont allés en Algérie- Tunisie pour la seule année 1904. Alors que l'Allemagne, la France, la Suisse et l'Autriche-Hongrie reçoivent surtout des Piémontais, des Lombards et des Vénitiens, l'Algérie-Tunisie se peuple de Siciliens et de Calabrais, ouvriers attirés par les grands travaux publics, pêcheurs, ouvriers pour le défrichement des terres nouvelles.

C'est l'Amérique qui reçoit à beaucoup près le plus grand nombre d'Italiens : 280.000 en 1905, 400.000 en 1907. Les États-Unis en absorbent la majeure partie : tout près de 200.000 en 1905, et 208.000 eu 1907; puis la République Argentine et le Brésil 101.000, le Canada 10.500. Bien que l'émigration italienne n'ait pris de grandes proportions aux États-Unis que depuis quelques an-

252 ITALIL.

nées, il y a déjà dans la grande République 2.500.000 personnes nées en Italie. Longtemps simples ouvriers dans tous ces pays ([ui ont besoin de population, les Italiens y sont peu à peu devenus propriétaires, commerçants et y gagnent une aisance de plus eu plus considérable. D'ailleurs, la localisation des contingents d'émigration italienne a beaucoup varié au cours de ces dernières années. Par exemple, au lieu de rechercher, aux États-Unis, comme jadis, les régions du sud agricoles, et où ils rencontraient la concurrence de la main-d'œuvre noire, les Italiens vont surtout aujourd'hui dans les Etats du nord, où ils reçoivent de plus forts salaires, nielteiit le plus vite de côté une épargne à leur famille ou trouvent plus vite à se fixer dans des emplois rémunérateurs. Il faut noter enfin que l'immigration italienne, au Brésil et dans la République Argentine, qui a été longtemps fort pénible à cause des crises économiques dont soutiraient ces deux pays, est en reprise et en amélioration notable. Alors que, pendant les cinq premiers mois de 1904, les États de lal'lata n'avaient reçu que I2.000émigrants, il en partit pour la même destination plus de 100. 000 }iendant l'année 1907.

Conmie l'émigration allemande, celle de l'Italie, longtemps perdue pour la mère-patrie à cause de l'assimilai.ion facile d'exilés pauvres par les nations étrangères, peut devenir aujourd'hui une force considérable pour la patrie. En effet, les émigrants s'organisant à l'étranger, soit sous la direction de leur consul, soit à l'aide d'institutions dues à l'initiative privée, deviennent plus riches, plus capables de servir partout la dignité et l'intérêt de leur pays. Plus souvent même que jadis, après un assez long séjour à l'étranger, ils peuvent revenir avec un capital d'épargne assez considérable, d'une partpour s'assurer une vie facile dans le pays d'origine et, d'autre part, pour développer de nouvelles sources de travail et de richesse pour les autres Italiens.

Gouvernement. — L'Italie, unifiée depuis 1859 seulement, complétée en 1870 par la conquête de « Rome capitale », forme une monarchie constitutionnelle ; le roi, assisté de ministres responsables, a le pouvoir exécutif : lepouvoir législatif appartient à deux Chambres, l'une le Sénat, nommé à vie par le roi, l'autre la Chambre des Députés, élue par le suffrage des hommes de 25 ans sachant lire et écrire. En 1900 il y avait encore plus de 50 pour 100 des hommes qui se mariaient dans l'incapacité de signer leur acte de mariage. L'Italie asoutfert longtemps de l'état obéré de ses finances sur lesquelles pèsent de lourdes dépenses d'entretien de l'armée et de la flotte : ces dépenses sont particulièrement lourdes depuis que

rilalie est entrée dans la triple alliance qui la rapproche de l'Allemaiïne. La dette publique, en 1906, exigeait une annuité de 565.000.000 de francs, c'est-à-dire plus du quart du revenu.

Cependant, depuis quelques anne'es, l'amélioration des finances est remarquable; les budgets se soldent en bénéfices, et, si le poids de la dette et des armements n'a pas diminué, un certain enrichissement du pays lui permet de le supporter plus laciment (1).

Géographie économique.

Le royaume d'Italie a fait, depuis la proclamation de l'unité nationale, plus de progrès peut-être qu'un autre État d'Europe. Son sol riche a été rais en culture par un peuple en grande partie sobre, habile et laborieux. L'industrie a commencé à prendre quelque essor grâce au développement de l'éducation scientifique. Enfin, il ne faut pas oublier que la très nombreuse armée des émigrants italiens qui vont tenter fortune au loin, constitue peu à peu à la mère-patrie le capital qui lui faisait défaut pour le développement des grandes entreprises, et des relations infiniment précieuses pour son commerce.

Agriculture. — Les aptitudes naturelles du sol et du climat italiens sont extrêmement variées, celles de sa population au labeur agricole très remarquables aussi. Ce qui pèse sur l'agriculture italienne, c'est surtout le manque des capitaux qui seraient nécessaires pour transformer l'outillage, organiser en grand l'irrigation des pays secs et permettre l'emploi des engrais minéraux. Souvent aussi les voies de communication font défaut pour l'échange, entre les différentes régions de l'Italie, ou entre l'Italie et les pays étrangers, des denrées les plus essentielles.

Il ne reste plus h l'Italie, pays d'ailleurs trop sec pour produire autre chose que des maquis ou des bois clairsemés, que 4.000.000 d'hectares de forêts. On a, pour se procurer des terres de cultures, déboisé imprudemment nombre de massifs montagneux

,1) Finances italiennes (millions de francs) :

Recettes. Dépenses.

DeUe publiijuc (capital) lô.ôOO.O

— (annuités) 565.0

Dépenses : Armée (budget ordinaire; 277.0

— Marine (ordinaire) 125.0

— — (extraordinaire^ 17.0

du sud, ce qui a déterminé un ravinement dans ces pays de torrents tantôt indigents et tantôt débordés. En somme, il n'y a guère que 2.000.000 d'iiectares plantés en haute futaie. Le chêne domine dans les vallées de Toscane, d'Ombrie et de Sardaigne : c'est dans cette île qu'il y a aussi le plus grand nombre de chênes-liège. Les hêtres, les pins, les tilleuls, les frênes et les châtaigniers peuplent aussi les grands bois du nord et du centre. Les châtaignes sont la nourriture d'un grand nombre d'Italiens pauvres en Toscane, dans les Abruzzes et en Piémont (400.000 hectares de châtaigniers).

L'Italie est un des pays d'Europe les plus riches en cultures alimentaires et particulièrement en céréales. Les blés de Sicile, de Naples et de la Toscane sont surtout des blés durs célèbres parleur aptitude à la fabrication des pâtes alimentaires. Le mais est la céréale caractéristique de la vallée du Pô. La population agricole se nourrit surtout, dans cette région, de « polenta » ou bouillie de maïs. La vallée du Pô et la Toscane associent à la culture du maïs et du froment celle de l'orge. Enfin le riz trouve, dans les régions chaudes de la vallée du Pô, en Lombardie et en Vénétie, des champs propices 1).

Les cultures maraîchères sont l'objet des soins les plus intelligents, et ajoutent un appoint considérable à l'alimentation du peuple italien. Les gens du raidi consomment beaucoup de pois chicbes, de fèves, de haricots.

Quant aux cultures arborescentes, elles ont été très développées depuis quelques années dans l'intérêt du commerce d'exportation. Les vins succulents de Marsala et de Syracuse, les vins communs de Calabre, du Napolitain et de l'Apulie, les vins de moyenne qualité du Piémont, le Chianti léger et savoureux de Toscane, ont acquis quelque réputation sur les marchés étrangers. Mais l'on avait planté beaucoup trop vite au moment oii la crise du phylloxéra atteignit la France. Dune part, les vignobles français ont été reconstitués en bonne partie, ceux d'Algérie grandement développés, et d'autre part la guerre de tarif qui a régné longtemps entre les deux pays a rendu la vente des vins italiens difficile en France, où était leur principal marché. Aussi la Sicile et l'Apulie ont-elles cruellement souffert, plusieurs années de suite, de n'avoir pu vendre leurs

(1) Culture des céréales (1906) :

Surface. Production.

Blé ... . 5. 1J7. 000 hectares. 59.000.000 hectolitres.

Mais. . . . 1.817.000 — 53.000.000 —

Riz ... . 154.000 — 9.200.000 —

récoltes de vins. En Sarduigne, ce fut une telle détresse que certains vignerons durent vendre leurs vins à des prix ruineux et dérisoires, ou même les laisser se perdre sur place : dans certains vignobles, on ne lit pas la dépense de vendanger, tant ■ n était assuré de ne pouvoir vendre.

La culture de l'olivier est une des mieux appropriées au sol comme au climat du centre et du sud de la péninsule : elle fut dès l'antiquité une des richesses de ce pays. Aujourd'hui, après la période de la terrible maladie de la « mouche des oliviers, viosca oleria », les centres de production sont les provinces napolitaines et la Sicile. Mais le Piémont et la Toscane travaillent mieux les olives que les provinces du sud ; l'hurle de Lucques fait prime sur tous les marchés du monde.

A l'Italie méridionale, ou campagnes de Naples, de Sicile et de Sardaigne, appartiennent aussi de véritables forêts d'orangers et de citronniers ; les ports italiens expédient chaque année ces excellents fruits ou «agrumi» pour une valeur déplus de 50.000.000 de francs. Non seulement l'Italie méridionale a ses figuiers, comme la plupart des contrées méditerranéennes, mais elle récolte à Reggio des ananas estimés. La culture de l'amandier est très développée en Sicile et dans la province de Bari (1).

Les cultures industrielles sont beaucoup moins avancées, ce qui s'explique par le faible développement des industries et par l'insuifisance des moyens de communication. Parmi les plantes textiles, le chanvre de Bologne est sans rival au monde pour la longueur, la blancheur et la finesse des fibres. Dans les terres riches et bien irriguées du Ferrarais, de la Vénétie et de la Lombardie, les tiges atteignent 4f à 5 mètres de hauteur. L'Italie vend en Angleterre et en France pour une quarantaine de millions de francs de chanvre par an. Le lin fait la richesse des provinces de Crémone et de Crème. L'Apulie, le pays de Solème, la Sicile et la Calabre récoltent des cotons d'excellente qualité, que la filature italienne travaille sur place.

Mais il n'est point de culture industrielle italienne comparable à celle du mûrier, puisque l'Italie peut vendre chaque année pour près d'un demi-milliard de francs de soie brute. C'est la Lombardie qui en possède le plus grand nombre, puis l'Ombrie, le Piémont et le Frioul.

La betterave gagne du terrain dans l'Italie septentrionale où ses

.1) Vigne. . . . 3.780.000 hectares. 55.500.000 hectol. de vin. Olivier. . . 1.100.000 — 2.072.000 — d'huile.

Açrumi . . 1(3.700.000 arbres. 5.250.000.000 fruits.

produits sont très rémunérateurs; tels cantons au sol riche rendent jusqu'à 50.(HI0 kilogrammes par hectare.

Élevage. — Les progrès de l'élevage ont été remarquables depuis une trentaine d'années en Italie, en raison directe du recul de certaines cultures alimentaires. Dans la Calabre, par exemple, les grands propriétaires, qui possèdent, au nombre d'une vingtaine, les deux tiers du pays, ont transformé leurs champs en pâturages, ce qui a amené le dépeuplement du pays et l'émigration en masse. 11 faut distinguer deux grandes régions d'élevage en Italie. Au nord, grâce à l'abondance des eaux d'irrigation, on peut entretenir de belles prairies et nourrir beaucoup de gros bétail. La péninsule, souvent âpre et rocheuse et de climat plus sec, ne peut, sauf dans les Maremraes et dans quelques zones de pâturages de montagnes bien arrosées, élever que le petit bétail.

Le nombre des bètes à cornes s'est promptement accru : on en compte aujourd'hui 5.i00.000 dont la majeure partie dans la plaine du Pô. Il n'y en avait que 3.500.000 vers 1860. Les ânes et les mulets (1.100.000 ânes, ooO.OOO mulets) sont les bêtes de somme des provinces montagneuses du centre et du sud. Les chevaux sont peu nombreux. Le nombre des moutons est d'environ (i.UOO.OOO. Comme sur les plateaux espagnols, les troupeaux de moutons de l'Apulie, des Apennins et de la Sicile sont presque à l'état sauvage; ils changent de pacages suivant les saisons, gagnent les plaines basses et les Maremmes en hiver, et se tiennent sur les plateaux en été. Cette pratique de la transhumance est pour beaucoup dans le manque de sécurité de certaines régions méridionales de l'Italie où règne encore le banditisme.

L'élève des vers à soie, pratiquée en Lombardie, en Vénétie et en Piémont, est de la plus haute importance. Avec une récolte de 52.000.000 de kilogrammes de cocons, l'Italie est le troisième pays producteur du monde, suivant de très près le Japon.

La pêche est l'occupation d'une population très nombreuse sur les côtes, et une source de revenu d'autant plus considérable que les pêcheurs italiens ne se contentent pas d'exploiter leurs parages, mais vont sur les côtes d'Algérie et de Tunisie chercher le poisson, le » orail et les éponges. A ce labeur de grand gain s'adonnent 25.000 bateaux que montent environ 97.000 hommes : l'armement se fait surtout dans les ports du Napolitain et de la Sicile.

Industrie. — L'Italie manque de houille et doit acheter à l'étranger le combustible nécessaire à ses usines. En outre elle ne possède pas encore en quantité suffisante les capitaux qui sont nécessaires pour installer les industries : et c'est pourquoi, bien

souvent, les ouvriers italiens qui se l'ont payer à un prix l'ort modeste, travaillent à enrichir des capitalistes étrangers au lieu d'assurer à leur patrie le plus gros be'néfice de leur labeur. Mais ce labeur même finit par accumuler des capitaux italiens et par émanciper l'industrie nationale. Enfin la découverte de l'utilisation sfientifique des chutes d'eau et des torrents par l'électricité, est l'une des plus bienfaisantes qui soient survenues pour l'intérèi italien : car les Alpes, ainsi que l'Apennin peuvent donner aux usines d'Italie une force motrice colossale. Déjà les filatures et les établissements métallurgiques ont commencé à se servir de cette nouvelle force aussi précieuse que la houille. La cascade de Terni actionne de puissants engins dans une usine métallurgique des plus perfectionnées.

A défaut de houille, l'Italie exploite, médiocrement encore, des gites de métaux extrêmement riches, les mines de fer de l'ile d'EIbo et de la Sardaigne (Iglesias), de Rio-AIto et de Rio-Marina dans l'île d'Elbe sont parmi les plus prodigieuses du monde en quantité et en richesse. La Vénétie a du cuivre qu'on exporte à Swansea ; il y a du nickel en Piémont, du zinc en Sardaigne, du mercure en Toscane, du plomb en Sardaigne, en Toscane, et dans le val d'Aoste.

Le plus riche produit est celui du zinc, qui représente une valeur annuelle de 20.000.000 de francs, dont 15 sont exportés. C'est pourtant le soufre qui est sans contredit la matière minérale dont l'exploitation rapporte le plus à l'Itahe. La Sicile, avec les dépôts de Catane, de Caltanisetta et de Girgenti, possède près de 400 soufrières. Malgré la rusticité des moyens employés, le produit annuel est de près de 5.500.000 tonnes valant de 55 à 40.000.000 de francs qu'on exporte en presque totalité.

Les carrières contribuent aussi à enrichir l'Italie. On cite parmi les plus beaux marbres du monde, ceux des Alpes Apuanes, de Massa, de Carrare. L'extraction y est faite par d'habiles artisans, qui exercent aussi sur place les métiers de sculpteurs, de modeleurs, qui préparent ici de simples dalles, là des objets d'une certaine ialeur industrielle et artistique. Cette seule région de l'Italie proluit annuellement pour une somme de 20.000.000 de francs de marbres bruts ou travaillés.

La transformation des produits minéraux, notamment du fer, encore peu avancéb en Italie, a fait cependant de rapides progrès au cours de ces dernières années. Ce qui a le plus suscité ce progrès, c'est l'organisation d'un comptoir général des ventes, la « Siderurgica » . On a monté de très belles usines comme celle de Terni qui Dcdois-Kebgouard. 17

emprunte sa force motrice à la célèbre cascade. Sur le golfe de Gènes se sont établis des chantiers de construction navale auprès desquels s'est naturellement installée une industrie métallurgique assez complète. Les ateliers de Saint-Pierre-d'Arena, près de Gènes, commencent à rivaliser avec les plus scientifiquement installés du reste de l'Europe. On y fabrique locomotives, matériel de chemin de fer, machines pour l'industrie textile, machines pour navires. Venise, Castellamarc et Spezzia ont les grands chantiers de construction de la marine militaire. Legnano envoie des machines électriques jusqu'en Suisse et en Allemagne.

Les industries textiles du coton, de la laine et de la soie commencent à se développer dans les régions d'Italie où l'on dispose d'une force motrice empruntée aux chutes d'eau ou bien dans les grandes villes. Le centre de travail du coton est à Gênes, Milan et Biella. C'est dans les mêmes centres, puis à Turin et à Rome que l'on fabrique les lainages. Enfin les filatures de soie ont pour siège Milan et la Lombardie; pour le tissage. Milan, Côme, Turin et Gènes se partagent les métiers, A Gênes et à Turin se fabriquent les plus beaux velours, à Venise les brocards les plus renommés. Déjà l'Italie exporte plus de tissus de soie et de coton qu'elle n'en importe : elle n'est tributaire de l'étranger, notamment de la France, que pour les lainages.

Après ces grandes industries qui se développent, il faut citer, à l'honneur de l'Italie, des modes d'activité industrielle plus anciens et de forme artistique, comme la série des industries vénitiennes des dentelles, de la verrerie, de la porcelaine et de la mosaïque.

Voies de communication. — L'Italie fut, dans l'antiquité, après que lîome eut unifié et conquis le pays africain d'en face, le centre naturel de tous les pays riverains de la Méditerranée : elle ajouta par surcroît à ses relations déjcà actives, des rapports plus difficiles avec les pays de Gaule et de Germanie situés au delà des Alpes. La découverte du Nouveau-Monde et des chemins de l'Extrême-Orient par le cap de Bonne-Espérance ruina provisoirement les ports d'Italie en favorisant les pays mieux situés de l'ouest de l'Europe. L'ouverture du canal de Suez a rendu une partie de sa valeur à la situation de l'ItaUe. Enfin sa surabondante émigration vers le monde américain, lui a ouvert, dans la direction de l'ouest, des débouchés commerciaux où elle commence à recueillir des bénéfices. En cette matière de communications lointaines, il manque encore à l'Italie, comme en matière industrielle, les capitaux qui permettent l'organisation des grandes lignes maritimes; il lui manque aussi, à l'intérieur, des communications assez nombreuses

et assez faciles pour déterminer un mouvement d'expansion sur la périphérie.

Pourtant le réseau intérieur des communications est en notable progrès d'expansion. Si l'on ne compte encore que 30.000 kilomètres de routes nationales et provinciales, 100.000 Ivilomètres dechemins communaux souvent fort mal entretenus, il y a maintenant 10.()00 kilomètres de chemins de fer. C'est la plaine du Pô qui possède, et cela se comprend facilement, la majeure partie des voies ferrées, tandis que, dans la péninsule, les grandes lignes qui longent Tune et l'autre mer sont directement exposées à la concurrence du cabotage maritime, ce qui rend leurs recettes fort médiocres, en dépit de l'importance internationale des chemins de fer qui mènent à Brindisi; c'est pourquoi, dans l'ensemble, les recettes sont assez médiocres (1).

Les chemins de fer italiens sont divisés en deux grands réseaux : le réseau adriatique et le réseau méditerranéen. Ces termes administratifs n'ont point grande valeur. Unir la grande plaine du nordouest aux pays péninsulaires, et joindre ces pays entre eux, soit sur le même versant, soit d'un versant à l'autre, tel était le problème, tant pour les ingénieurs de notre siècle que pour les conquérants de la vieille Rome. Restait enfin la question de jonction du réseau italien avec ceux de France, de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche- Hongrie. Dans la condition actuelle, on peut dire (pie la plaine du Pô, de l'Adige, est pourvue de lignes nombreuses et actives. De la frontière de France à l'Adriatique et au Frioul des voies ferrées mettent en communication les principales villes. On peut distinguer di-'ux tracés d'ouest en est qui se compliquent et se ramifient dans la partie centrale. De Turin, un tracé touche Milan, Crémone et Mantoue et se raccorde au précédent à Vérone. De Venise la ligne gagne Udine, où elle se bifurque pour se souder aux chemins austro-hongrois.

Le réseau piémontais et lombard-vénitien auquel la prodigieuse richesse agricole et l'activité industrielle des provinces desservies assure déjà beaucoup de trafic à l'intérieur est, en outre, traversé par des lignes internationales de grande importance. Du tunnel du Cenis (col de Fréjus) débouche la ligne de France à destination de Brindisi par Turin, Alexandrie, Plaisance, Bologne, etc., etc. A la

(1) Chemins de fer :

Longueur exploitée (1907) .... 16.000 kilomètres

Bénéfice net kilométrique (1907). 6.000 francs

Nombre des voyageurs (1907) . . . 61.0"»1.0u0

sortie du Saint-Gothard et de la liaule vallée du Tessin affluent vers Milan les convois venus de Paris, d'Anvers, de Brème, de Hambourg (et, par transbordement, des îles Britanniques], .envois destinés à s'embarquer à Gènes ou à Brindisi pour le Levant et l'Extrême-Orient. Du Simplon débouche une voie ferrée qui vient d'être ouverte à travers un magnifique tunnel, et qui amène à Milan et au delà les provenances de l'Europe du nord-ouest, de la Suisse occidentale et de l'Allemagne de l'ouest. Enfin, par le Brenner, aboutissent à Vérone les provenances de l'Allemagne centrale et méridionale, destinées soit au transit, soit à la vente sur les 'marchés italiens.

Dans la péninsule, sur le versant occidental de l'Apennin, les deux régions importantes pour le trafic sont surtout la Toscnne et le Napolitain. L'Ombrie et le Latium fournissent beaucoup moins au transport par voies ferrées. La série des chemins de fer de ce versant qui aboutit à Reggio subit la grave concurrence du cabotage à vapeur qui lui retire une bonne partie du trafic.

Sur le versant adrialique de l'Apennin, où passent les trains de Bologne à Ancône, Foggia, Bari et Brindisi, le cabotage fait moins de concurrence parce que les ports sont moins boas et les pays desservis moins riches.

La jonction entre les deux versants se fait au nord, entre Bologne et Florence, au centre entre Rome et Ancône par Foligno, au sud entre Naples et Foggia par Bénévent.

Au nord, les voies navigables de l'intérieur font aux voies ferrées la concurrence que les lignes de la péninsule ont à redouter du cabotage. Le Pô en particulier devient navigable à Turin où sa largeur excède 150 mètres; les navires à vapeur de faible tirant d'eau ont accès à partir de l'embouchure du Tessin. Bref il y a 800 kilomètres accessibles au flottage et 540 à la navigation régulière. 11 est vrai que cette région est assez riche pour donner du trafic aux voies navigables comme aux voies ferrées.

L'effectif de la marine marchande en ItaUe est en très rapide progrès. Mais il convient d'observer que nombre de navires qui portent le pavillon italien sont en réalité au service de sociétés financières à capitaux étrangers et ne rapportent, par conséquent, que la main-d'œuvre de? matelots. En outre le pavillon étranger, sur un mouvement total de 41.000.000 tonnes, en représente tout près de 18.000.000. On peut observer notamment combien les navires de pavillon allemand fréquentent les ports italiens, tandis que le pavillon italien ne joue presque aucun rôle dans les ports d'Allemagne : c'est donc une faveur sans réciprocité. Dans l'Adriatique, la

concurrence du Lloyd autrichien et des compagnies hongroises et croates porte un grand préjudice h la marine italienne (1).

Gênes, débouciié artificiel de la plaine du Po sur la mer Tyrrhénienne, heureuse concurrente de Marseille depuis qiie le Simplon et le Saint-Gothard permettent l'accès des provenances de l'Europe centrale, a un mouvement d'environ 15. 000. OOOde tonneaux. G'estle siège des plus puissantes compagnies italiennes, en particulier de la « Kavigazione générale italiana » . Mais le pavillon étranger y concurrence très fortement le pavillon italien. Livourne dessert le commerce toscan. Naples vient au deuxième rang des ports italiens; c'est le débouché des régions viticoles et fruitières du sud, et le port d'embarquement de nombreux Italiens qui vont en Amérique. Messine et Palerme se partagent le commerce sicilien des fruits, des vins et du soufre. Des bacs à vapeur servent au transport des wagons entre Messine et Reggio. Venise, devenue importante comme chantier de la marine de guerre, n'a pas fait les mêmes progrès commerciaux que Gènes, à lieaucoup près. Le port terminus de Brindisi a perdu depuis peu au profit soit de Gênes soit de Marseille son importance comme point de départ des navires à destination de l'Extrême- Orient.

Il est curieux d'observer que la marine italienne, et même les ports italiens ont beaucoup moins profité qu'on ne l'avait espéré, du transport des denrées d'Europe centrale expédiées par les tunnels des Alpes, notamment par le Saint-Gothard qui devait être le lien entre l'Allemagne et l'Italie, alliées commerciales comme alliées politiques. Loin de favoriser le mouvement maritime de l'Italie, les Allemands l'ont restreint de deux manières : en attirant vers leurs ports de la mer du Nord le plus de commerce possible de l'Allemagne du sud ; en envoyant leurs propres navires vers les ports italiens, et en faisant ainsi une concurrence désastreuse aux navires de la péninsule. Aussi l'Italie, après une période d'hostilité heureusement assez brève, s'est-elle rapprochée de la France par une récente convention.

Commerce. — Le commerce de l'Italie, arrêté pendant dix ans (1887-1897), dans ses progrès par la rupture des traités de

Marine marchande (1906) :

Voiliers . . . 5.020 navires jaugeant. . . 540.000 tonneaux.

Vapeurs ... 514 — ... 484.000 —

Total. . . 5.5.'54 — . 1.024.00U —

En 1898 8U0.000 —

En 1901 945.000 —

commerce avec la France, sa meilleure cliente, s'est relevé rapidement depuis que les rapports normaux ont été rétablis entre les deux pays, de 2 milliards et denfi de francs en 1898, il s'est élevé à -4. 257). 000. 000 en 190'» ; les importations dépassent les ventes si l'on s'en 'rapporte aux statistiques officielles. Les Italiens achètent surtout du coton, des céréales, de la soie, de la houille; ils vendent de la soie brute et des soieries, des vins, des fruits, du soufre, des pâtes alimentaires, des huiles, des œufs, du chanvre, des minerais de fer, du soufre et du marbre.

Les Étals qui entretiennent les relations commerciales les plus actives avec l'Italie sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats- Unis d'Amérique, la France, la Suisse et l'Autriche-Hongrie. Le commerce entre l'Italie et la France dépasse la somme de il 0.000. 000 de francs. L'Italie nous vend des vins, des fruits, des bestiaux, de la soie brute et nous achète différents produits manufacturés, soieries, tissus de laine, peaux, denrées coloniales : elle entrelient en outre un commerce actif avec la colonie française d'Algérie et notre pays de protectorat de Tunisie. Enfin il ne faut pas oublier le nombre de Français qui visitent l'admirable pays d'Italie, et que la France donne soit chez elle, soit dans ses colonies et protectorats, du labeur à plus de 500.000 Italiens. Les relations entre les deux peuples sont beaucoup plus étroites encore que ne l'indiquent les simples chiffres d'importation et exportation.

L'Allemagne achète des produits naturels à l'Italie et lui vend pour une somme supérieure d'objets manufacturés. L'Angleterre, qui trouve en Espagne, en Portugal, sur le chemin de ses navires, et en Tunisie beaucoup de produits naturels analogues à ceux de l'Italie, ne lui achète que pour une faible somme, tandis qu'elle lui vend beaucoup .de houille, métaux, tissus, machines, etc. (1).

(1] Commerce italien (en millions de francs) :

Iniportalions. Exportations.

Moyenne 1900-1904 1.794.0 1.459.9

Principaux clients (1906) :

Allemagne 398.1 256.6

Royaume-Uni 450.7 152.1

Étals-Unis 511.2 240.7

Suisse 85.0 581.5

Colonies italiennes. — L'Italie a essayé de constituer un empire colonial sur les côtes de la mer Rouge; on ne saurait dire encore qu'elle y ait réussi. Elle a occupé Massaouah, Assab, et même formé un empire d'Erythrée de 1 30.000 kilomètres carrés, peuplé de 552.000 habitants, dont la sécurité est précaire depuis les malheurs de 1896 qui ont ennsacré l'indépendance de Ménélick, victorieux des troupes italiennes. Elle a acquis également un territoire de quelque valeur sur la côte des Somalis, territoire de 380.000 kilomètres carrés qui porte seulement 400.000 habitants.

Résnmé. — En somme, l'Italie n'est qu'au début d'une période de prospérité et de relèvement économique qu'elle devra à l'économie et au bon ordre financier des successeurs du ministre Crispi. L'Italie est pauvre en houille, comme la Suisse, mais plus riche qu'elle en métaux, et presque aussi bien dotée en forces naturelles de chutes d'eau et de torrents. C'est là un exemple que le peuple italien, intelligent et laborieux, peut méditer avec confiance. Enfin son abondante émigration lui vaut à l'étranger, notamment aux États- Unis et dans l'Amérique du Sud, un notable progrès de commerce. Il a fallu à l'Allemagne beaucoup d'années de zoUverein pour arriver au degré de solidarité économique qui fait aujourd'hui sa grandeur. L'Italie unifiée depuis une trentaine d'années, a déjà fait des progrès qui répondent de son avenir.

Commerce italien [suite]

Autriche-Hongrie

Russie

République Argentine . . .

Inde anglaise

Turquie d'Europe et Balkans Espagne

Importations.

Exporlalions.

Principales importations.

Coton brut 292.1

Céréales 169.1

Soie brute 114.1

Houille 252.4

Machines 218.9

Principales exportations.

Soie brute 467.9

Tissu (le coton 97.0

— soie 85.4

Huile d'olive 56.0

Chanvre 44.2

Fruits 40.5

Agrurai 56 . 1

Soufre 29.4

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