EMPIRE RUSSE
L'Empire de Russie est l'État le plus étendu du monde. Ses 22 millions et demi de kilomètres carrés lui donnent une superficie égale à deux fois et quart celle de l'Europe, soit quarante-deux fois celle de la France. Comme nous l'avons vu, l'Empire britannique seul a une étendue plus grande, mais composée de morceaux dispersés dans toutes les régions du globe. Au contraire, l'Empire russe est d'un seul tenant et s'étend sans interruption des frontières allemandes et austro-bongroises, de la mer Baltique à l'océan Pacifique, du 15" 18' de longitude orientale au 172'^ de longitude occidentale, sur une longueur de 172 degrés, qui correspond à une distance de 9.600 kilomètres environ. Ses points extrêmes au sud et au nord sont les 55" et 78° de latitude nord, des frontières de l'Iran à l'océan Glacial Arctique, soit une largeur maxima de 4.800 kilomètres environ.
L'Empire russe est presque tout entier situé dans la moitié septentrionale de l'bémispbère nord, la Caucasie et le Turkestan méridional sont seuls au sud du 45".
Non seulement tous ces pays, qui dépendent du gouvernement du tsar, forment une masse compacte, mais leurs caractères géographiques sont singulièrement semblables. Tous les traits de la géographie physique sont en somme les mêmes d'un bout à l'autre : le relief est formé d'une immense plaine, le climat est continental et rigoureux, les fleuves sont énormes. De même, les populations ont des traits communs, les productions sont semblables, ou à peu près. Il n'est pas jusqu'au gouvernement qui n'établisse aucune différence entre les parties les plus éloignées de l'Empire. Le terme de colonie, employé quelquefois pour désigner la partie asiatique de la Russie est absolument impropre : Irkoutsk et Wladiwoslok sont des villes russes au même titre que Sébastopol ou Kiew.
Et cependant on a l'habitude de distinguer les deux parties de l'Empire des tsars, et de considérer la première comme une métropole, la seconde, comme une colonie. Aussi bien y a-t-il, dans cette distinction, quelque parcelle de vérité, la portion européenne ayant, depuis quelques années surtout, adopté, en partie du moins, la civilisation occidentale, et tendant à devenir une puissance industrielle, pendant que la portion asiatique sert de champ d'expansion au trop plein de la population, et bientôt, sans doute, à celui de la production industrielle de la première.