PREMIÈRE PARTIE RUSSIE D'EUROPE
Située entre l'Asie à l'est, dont ne la sépare aucune limite naturelle, la mer Noire au sud, l'Autriche-Hongrie, l'AUemaiine, la mer Baltique, la Suède et la Norvège à l'ouest, l'océan Glacial Arctique au nord, la Paissie occupe toute la moitié orientale de l'Europe, entre les 40° et 70" de latitude septentrionale et les lo<* et 65" de longitude orientale de Paris. La superficie est de 5.849.220 kilomètres carrés en y comprenant les pays du Caucase, soit 57,59 pour 100 de l'étendue de l'Europe, et plus de dix fois et demi celle de la France. Sa forme est très massive; des lignes droites de 5.500 kilomètres du nord au sud, et de 5.000 kilomètres de l'ouest à l'est peuvent y être tracées perpendiculairement l'une à l'autre.
Composition du sol. — Le trait caractéristique de la structure de la Russie d'Europe est la régularité, la monotonie. Tandis que, dans l'Europe centrale et occidentale, les plissements du sol ont profondément bouleversé les couches géologiques, qui se sont entremêlées d'une façon souvent inextricable, en Russie, les mouvements de l'écorce ont été faibles, les couches ont gardé leur horizontalité et apparaissent sur la carte par grandes taches. On peut parcourir des centaines, voire un millier de kilomètres sans quitter la même formation géologique.
Les terrains cristallins occupent la Finlande, l'arête de l'Oural, celle du Caucase, et une bande le long du Boug et du Dniepr; les terrains paléozoïques, parmi lesquels sont les couches carbonifères, bordent la Baltique, le golfe de Finlande et s'étendent, d'une part jusqu'à la mer Blanche, de l'autre jusqu'au centre du pays, près de Toula ; ils reparaissent en deux grandes bandes dans les hauteurs des Timan et sur le versant occidental de l'Oural, en un îlot isolé près du Donetz. Les couches triasiques, jurassiques et crétacées occupent toute la partie centrale et orientale du pays, du Donetz et
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du Don à l'océan Glacial, de Moscou à l'Oural et les versants nord et sud du Caucase. Une grande région tertiaire couvre la Lithuauie et l'Ukraine, et s'insinue entre le Don et la Volga. Pologne, région du Pripet, côtes de la mer Noire, dépression Ponto-Caspienne, vallée inférieure de la Volga et du lleuve Oural sont des régions d'alluvions modernes. Les terrains dits récents sont donc les plus étendus.
Relief du sol. — Encore plus monotone est le relief. La Paissie est, en somme, une grande plaine, s'étendant à perte de vue dans tous les sens; aucune dénivellation appréciable à l'œil ne vient la rompre, sauf à la périphérie, où se trouvent rejetées les montagnes, comme l'Oural, le Caucase et les hauteurs de Crimée. De la mer Blanche au golfe de Finlande d'une part, à la mer Caspienne et à la mer Noire de l'autre, le sol ne s'élève nulle part au-dessus de 200 mètres. La table granitique de Finlande est à peine plus haute, mais, profondément craquelée, elle contient, dans les anfractuosités du sol, de nombreux lacs. Au sud de Saint-Pétersbourg, entre la Vistule, le Dniepr, le Don et la Volga, s'élève ce que l'on appelle le plateau central russe, haut de 200 à 500 mètres, atteignant sa plus grande altitude par 551 mètres dans le plateau de Valdaï. Aussi plat que la plaine, il ne se manifeste guère que par les hautes falaises qui dominent la rive droite de la moyenne Volga, et par les rapides ou « poroghi » qui encombrent le cours inférieur des tributaires de la mer Noire. La région qui s'étend au nord de la mer Caspienne est au-dessous du niveau de la Méditerranée.
Les montagnes proprement dites ne jouent qu'un rôle médiocre en Russie. L'Oural, long système de 2.400 kilomètres de longueur sépare l'Europe de l'Asie, mais n'a jamais l'aspect bien montagneux. Ses croupes arrondies n'opposent nulle part un obstacle véritable aux communications. L'Oural septentrional, au nord des sources de la Petclioru, culmine au Tœl-Pœs-Is, par 1 .658 mètres ; l'Oural central ne dépasse pas 1.400 mètres et livre un facile passage à la ligne ferrée de Perm à lékatérinbourg ; l'Oural méridional, qui s'épanouit en éventail, est traversé sans peine par le Transsibérien, malgré ses deux sommets du laman Taou (1642 m.) et de l'iremel (1595 m.).
Bien plus considérable est le Caucase, mais ce puissant système montagneux dépend plus de l'Asie, aux montagnes de laquelle il se rattache par les massifs arméniens, que de l'Europe, dont le sépare la profonde dépression Ponto-Caspienne où coulent, en sens inverse, les deux Manytch. Il se dresse, au-dessus delà plaine russe, comme une barrière rigide, ce qui l'a fait souvent comparer aux Pyrénées. Mais, pas plus que celles-ci, il ne forme une « chaîne » de monta-
gnes. Ses divers massifs, fort enchevêtrés, atteignent leurs points culminants aux volcans d'Elbrouz (5.629 m.) et de Kazbek (^.0A7> m.), dans leur partie occidentale. La partie orientale, qui s'épanouit dans le Daghestan, dépasse encore -4.500 mètres au Teboulos Mta, puis s'abaisse vers la mer Caspienne, où il projette la péninsule d'Apchéron. Sa ressemblance avec les Pyrénées est accrue par la difficulté qu'il présente aux communications; la célèbre passe de Darial (2.400 m.) permet seule de le traverser; une ligne de chemin de fer le tourne par la côte de la mer Caspienne. Les hauts pics, les glaciers, les superbes forêts du Caucase en font un des plus majestueux massifs montagneux du monde.
A la même formation géologique et orogénique que le Caucase appartiennent les montagnes de Crimée qui se dressent à pic audessus de la côte sud-orientale delà péninsule, jusqu'à une hauteur de 1500 mètres (laïla Dagh), et descendent doucement vers l'intérieur.
Quelques hauteurs dépendant des Carpathes accidentent un peu le sud de la Wolhynie et de la Pologne (Lysa Gora 612 m.).
Littoral. — La Russie a des côtes peu développées. Les mers sur lesquelles elle a un front de côtes sont peu profondes, souvent gelées, fermées ou incomplètement ouvertes, à la merci de toutes les complications diplomatiques.
L'océan Glacial Arctique, peu profond, pris par les glaces pendant huit mois de l'année, a des côtes plates et peu découpées (péninsules de Kanin et de Kola, golfe de la mer Blanche), qui sont à peu près inutilisables. Près de la frontière norvégienne, cependant, le port nouveau d'Alexandrowsk est constamment libre, mais bien éloigné du centre du pays.
Le golfe de Botnie, cfui borde le plateau de Finlande, est, lui aussi, souvent encombré par les glaces, mais ses côtes, surtout au sud-est, sont extrêmement découpées et rappellent celles de la Norvège. Le golfe de Finlande, sans profondeur, gelé en hiver, a un littoral découpé au nord, le long de la Finlande, où est le port de Helsingfors, plat au fond, avec les ports de Kronstadt et de Saint-Pétersbourg, et au sud, où Reval reçoit des navires.
La mer Baltique a des côtes basses, creusées par le golfe de Riga; le port de Libau est encore fermé pendant quelques semaines à la navigation.
Sur la mer Noire, la Russie possède un littoral peu développé, et en général mauvais : du delta du Danube, dont la bouche septentrionale, ou de Kilia, est russe, jusqu'à Sébastopol, s'ouvre un large golfe comparable au golfe du Lion de France : sans profon-
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deur, bordé de « limans » ou lagunes marécageuses, gelé tous les ans, il n'a qu'un port, celui d'Odessa. Les côtes sud-orientales de la Crimée et celles du Caucase, sont plus abruptes, plus découpées, bordées par des eaux plus profondes et possèdent les bons ports de Sébastopol et de Novorossiisk. Mais elles sont séparées de l'intérieur par un relief dil'licile à franchir. La mer d'Azow, qui communique avec la mer Noire par le détroit de Kertch ou d'iénikalé, n'est qu'un marais sans profondeur (14 m.), au fond duquel cependant existent les ports d'Azow et de Taganrog. Le fond de la mer Noire, au sud du Caucase, a de nouveau des côtes plates, avec les ports de Poti et de Batoum.
La côte nord-occidentale de la mer Caspienne, qui appartient à la Russie, est sans profondeur, marécageuse, surtout dans le delta de la Volga. Les ports de Bakou, Derbent et Astrakhan y font un commerce assez actif.
Climat. — Le territoire russe s'étend du sud au nord, du parallèle de la Thessalie, de la Calabrc, de Valence et de Lisbonne jusqu'à 20 degrés du pôle. Il devrait donc présenter toutes les zones de climats qui s'étagent en Europe occidentale, entre celui de la Méditerranée et celui de la Laponie. 11 n'en est rien cependant : dans ses grandes plaines, rien n'arrête les vents ; il y a un « climat russe )) , dont les caractères sont presque les mêmes à Astrakhan et à Arkhangelsk, à Varsovie et à Orenbourg.
Ce climat est essentiellement continental. L'éloignement de l'océan Atlantique, la proximité de l'immense Asie expliquent ses caractères : oppositions violentes de la température, hivers très froids et très longs, étés relativement très chauds, pas de saisons de transition.
Les températures moyennes s'échelonnent du sud au nord, de 12° en Crimée et au Caucase, jusqu'à 0° au nord de la Dwina septentrionale. Mais l'orientation opposée des lignes isolhères et isochimènes, que nous avons déjà signalée dans les pays de l'Europe centrale, s'accentue encore en Russie. Tandis que les lignes (''égale température moyenne d'été sont nettement orientées du sud-ouest au nord-est et vont de 25° (Provence et Portugal) sur les bords de la mer Noire, à 10° dans la péninsule de Kanin, les lignes d'égale température moyenne d'hiver se dirigent du nord-nord-ouest à l'estsud-est, et s'étagent entre — 2° à Varsovie et — lo°àPerm. Orenbourg, par 51° de latitude septentrionale, a, en janvier, les mêmes froids ( — 15°) que Arkhangelsk, par 65°, à près de 2000 kilomètres plus près du pôle. Les saisons sont donc de plus en plus tranchées à mesure qu'on se dirige de l'ouest à l'est. Tandis que les moyennes d'été et d'hiver de Varsovie sont respectivement de 1 8° 8 et
de — 3*, 4, soit un écnrt de 2'2",2, les chiffres pour Koursk sont 190^5^ 90^9 et 29«,2, et pour Orenboiirg, '21», 6, — 15», 4 et 57". Le thermonièlre passe, à Moscou, tous les ans, de — 50'', 5 à -f- 5 1 ",4, soit un écart de Gl'',9; Astrakhan voit quelquefois geler le mercure, sous la même latitude que Tours.
La durée de l'hiver est une des caractéristiques du climat russe. A Arkhangelsk, le thermomètre reste de 6 à 8 mois au-dessous de 0"; à Pétersbourg, Moscou, Samara, Orenbourg, de 5 à 6 mois; à Higa, Kharkow, Astrakhan, de 4 à 5 mois; en Pologne, de 5 à 4 mois ; Odessa elle-même, sur les bords de la mer Noire, a des gelées de 1 à 3 mois. Ces hivers surviennent brusquement, sans ces longues périodes d'alternances entre le froid et la tiédeur qui marquent nos automnes occidentaux : brusquement, la neige commence à tomber, vers novembre à Pétersbourg; elle demeure sur le sol, sans fondre, pendant plusieurs mois, jusqu'en avril ; les communications n'ont plus lieu qu'en traîneau. Puis, subitement encore, la fonte de la neige se produit, la débâcle des fleuves et de la mer, des pluies tièdcs tombent, et, du sol transformé en bourbier, sort une végétation instantanée. En quinze jours ou trois semaines, on est en été, un été chaud, qui, en Finlande, permet de récolter le blé 42 jours après les semailles, et auquel les longues journées du nord donnent un caractère impressionnant. A Saint-Pétersbourg, en juin, on peut lire dans la rue à minuit, Arkhangelsk est près de la zone du soleil de minuit.
Les pluies sont, en général, plus rares en Russie que dans l'Europe occidentale et même centrale, les vents pluvieux de l'Atlantique n'y arrivant que débarrassés d'une bonne partie de leur liumidité. Elles diminuent naturellement de l'ouest à l'est, de 0 m. 50 en Pologne à G m. 35 sur la moyenne Volga et 0 m. 15 à Astrakhan. La plus grande partie tombe en été, le reste, sous forme de neige, en hiver.
La mince bande de territoire située au sud des monts de Crimée, et les vallées abritées du Caucase sont les seules régions soustraites à ce climat rigoureux : c'est le « Midi » de la Russie.
Cours d'eau. — La plaine russe est un domaine de grands neuves; ceux-ci, alimentés par les neiges de l'hiver et par les pluies de l'été, sont abondants, assez constants, bien que, souvent, les chaleurs de l'été fassent baisser leur niveau, et que la fonte des neiges amène des crues; dans une plaine peu inclinée, ils coulent lentement et doucement. Malheureusement, ils sont gelés pendant une partie toujours très longue de l'année et débouchent dans des mers fermées ou mal ouvertes.
Le plateau de Yaldaï est le grand centre de dispersion des eaux pour ri-^urope orientale, comme le Saint-Gotliard pour l'Kurope centrale. Aucune dénivellation a[)préciab!e ne sépare les divers domaines tluviaux qui ont été très facilement réunis les uns aux autres par des canaux.
Vers l'océan Arctique, coule la Pelchora, née dans l'Oural, très longue et très abondante, mais longtemps gelée et traversant presque exclusivement la toundra. La mer Blanche reçoit la Dwina du Nord, formée de la Soukhona, dontle haut cours a été réuni à la Volga et aux lacs, et de la Vitchegda, réunie à la Kama. Le delta de la Dwina commence à Arkhangelsk.
Dans la mer Baltique tom!)ent les torrents finlandais, puis la Neva, courte, mais abondante rivière, qui déverse le lac Ladoga, et, par le Svir, le lac Onega, par le Volkov, le lac limen. Saint-Pétersbourg est bâtie sur des îles de son delta. La Duna, ou Dwina du Sud, descend du plateau de Valdaï, où ses sources ne sont séparées de la Volga que par une vingtaine de kilomètres, du Dniepr que par cinquante au maximum. Elle coule d'abord parallèlement à ce dernier fleuve, puis, à Vilebsk, tourne au nord-ouest vers Piiga. Le Niémen ou Nieman arrose l'ancienne Pologne, par Grodnoet Kowno, et va finir en Prusse. La Vistule, autrichienne par ses sources (Cracovie), prussienne par son embouchure (Dantzig), est polonaise par son cours moyen (Varsovie) et par son affluent le Boug, qui communique avec le Pripet, tributaire du Dniepr.
La mer Noire et la mer Caspienne reçoivent les plus grands fleuves russes. Le Danube, et son affluent, le Pruth, forment la limite avec la Roumanie; le Dniestr vient de la Pologne autrichienne ; le Dniepr descend lentement du Valdaï, coule parallèlement à la Duna par Smolensk, puis, par Mohilew, Kiew, lékaterinoslav, va tomber dans un liman sur lequel est le port de Kherson. Aux environs d'Iékatérinoslav, il descend du plateau par des « poroghi», ou rapides, qui entravent la navigation. Ses affluents de droite, la Bérésina et le Pripet drainent les marais de la Pologne orientale et sont réunis, l'un à la Duna, l'autre à la Vistule.
Dans la mer d'Azow arrive le Don, né près de Toula, à peu de distance de l'Oka, affluent de la Volga ; il coule vers le sud-est, s'approche à moins de 80 kilomètres de la Volga, mais à une altitude supérieure de 40 mètres, puis se dirige au sud-ouest, et vient jeter ses eaux et ses alluvions dans la mer d'Azow entre Azow et Taganrog. Son grand affluent de droite, le Donetz, parcourt le bassin houiller qui porte son nom et qui est le plus important de la Russie à l'heure actuelle. Le Kouban apporte à
la mer Noire le tribut du versant septentrional du Caucase, le Phase et le Rion, celui du versant méridional.
C'est dans la mer Caspienne que se jelte le plus grand fleuve d'Europe, la « Malouchka Volga » ou a Petite Mère Volga ». Elle prend sa source dans le plateau de Valdaï, par moins de 500 mètres d'altitude, et parcourt tout le centre et l'est de la Russie : par Tver et laroslavl, elle arrive à Nijnii-Novgorod où elle n'est plus qu'à 170 mètres d'altitude; à Kasan, elle se dirige vers le sud, par Samara et Saratov, entre deux rives absolument dilTérentes : celle de l'ouest est le bord du plateau et domine le fleuve par de grandes falaises de craie, hautes de 200 mètres parfois et que les eaux rongent constamment ; à Tsaritsin, elle est très voisine du Don, mais change de direction et va au sud-est, à travers la dépression Caspienne. Son delta, extrêmement compli([ué de bras et de faux bras, avance constamment dans la mer où il projette des bougors ou langues de sable rectilignes. Sur sa branche principale est le port d'Astrakhan.
Les affluents de la Volga sont importants : à droite, la Mologa et la Clieksna sont unies par des canaux au lac Ladoga et à la Soukhona ; la Kama lui apporte les eaux de tout le versant occidental de l'Oural, et passe à Perra; la Samara forme une route naturelle vers le fleuve Oural. A gauche, l'Oka vient des environs d'Orel, et s'intercale par conséquent entre les domaines du Dniepr et du Don, passe à Kalouga, reçoit la Moskwa de Moscou et conflue à Nijnii-Novgorod.
Avec ses 5.400 kilomètres de cours, les 1.500.000 kilomètres carrés de son bassin, la Volga n'est pas le plus important des fleuves européens : son débit moyen de 9.900 mètres cubes est à peine supérieur à celui du Danube ; son débit de crue, 52.000 mètres cubes, est considérable, mais compensé par des maigres qui rendent la navigation souvent difficile. Enfin, elle débouche dans une mer fermée.
La mer Caspienne reçoit encore du Caucase, la Koaira, le Terek et la Kouma, de l'Oural, le fleuve Oural (1).
(1) Fleuves russes :
Longueur. Débit moyen. Durée de l'embâcle.
Petchora 1.700 kil. ? 190 à 258 jours.
Dwina 1 . 725 — ? 6 à 7 mois
Keva 75 — 2.950 m. c. 147 jours.
Duna 1.02i — 500 — 4 mois.
Dniepr 2.iio — 2.S00 — 98 jours.
Don 1.855 — 000 à 12.500 m. c. 107 —
Volga 5.400 — 9.900 m. c. iOo à 15i jours
]/?s lacs sont nombreux et considérables dans la partie nordoccidentale. La Finlande est littéralement criblée de cuvettes rocheuses prolbrdes, découpées, qui occupent près de 12 pour 100 de la superficie. La plaine qui entoure Saint-Pétersbourg à l'est et au sud possède des lacs, peu profonds, souvent marécageux, mais qui sont les plus grands de l'Europe : le Ladoga a 18.150 kilomètres carrés. l'Onega en a 9.751; les lacs Peïpous et Umen sont moins grands.
Géographie politique.
Population. — La population russe est la plus clairsemée d'Euro|)e, après celle de la Suède et de la Norvège. Le recensement de 1897, le dernier qui ait été fait, a compté, dans la Russie d'Europe, en y comprenant le Caucase, un total de 115.115.000 habitants, soit environ 20 par kilomètre carré (1). La Russie propre a 19 habitants au kilomètre carré, la Finlande 9, pendant que la Pologne a une densité de 74, un peu supérieure à celle de la France. Mais, si l'on examine la proportion des habitants à la superficie, province par province, on s'aperçoit qu'elle est des plus inégalement réparties : la province d'Arkhangelsk n'a que 4 habitants par 10 kilomètres carrés, pendant que la province polonaise de Piotrkow en compte 115 par kilomètre carré et celle de Varsovie 110.
Le nombre des habitants de la Russie s'accroît avec une très grande rapidité par l'excédent des naissances, qui s'élève à 1.8 pour 100 par an. La population de l'Empire n'était, en 1812, que de 41.000.000 d'habitants, en 1859, de 74.000.000. L'émigration, bien que considérable, est plus que compensée par l'immigration. Ce sont surtout les Juifs des provinces de l'ouest qui quittent le pays pour aller soit chercher un gagne-pain aux États-Unis, soit retrouver la patrie d'origine à Jérusalem. Les paysans russes vont, de plus en plus, s'établir en Sibérie (2).
11 y a peu de villes, la majeure partie de la r^opulation vit dans les campagnes; seize agglomérations de plus de 100.000 habitants méritent seules le nom de grandes villes. Saint-Pétersbourg, la capitale, est la plus considérable, tant par le nombre de ses
1) Population estimée en 1906 à environ 150.000.000 habitants. (2) Mouvement de la population (moyenne des années 1897 à 1901) :
:!^aissances, 5.965.000; décès, 3.822.000: surplus de naissances. 2.143.000 Emigration, 472.000 ; immigration. 467.000.
Dlbois-Kergom'ard. • 18
habitants que par son étendue, supérieure à celle de Paris; e'ist le centre du gouvernement, la résidence de la cour, ville cosmopolite de plaisir, mais aussi grand centre industriel. Moscou a perdu le rang de capitale, mais elle est restée la « Sainte Moscou », le centre de la vie nationale, et elle a gardé le caractère des vieilles villes russes, avec sa forleresse-palais-couvent du Kremlin et ses innombrables églises aux coupoles étincelantes. Elle aussi est devenue un centre d'industrie active et compte une nombreuse population ouvrière (1).
Le peuple russe est en majeure partie slave. Cependant des races assez nombreuses ont contribué au peuplement du pays : des Lapons dans l'extrême nord, des Finnois en Finlande, des Tatars au sud-est, des Mongols un peu partout, des Turcs en Crimée et en Bessarabie. Parmi les Slaves, on peut distinguer d'abord les Cosaques, mêlés à des éléments tatars et qui habitent le cours inférieur des aftluents de la mer Noire (Cosaques Zaporogues, sur les poroglii ou rapides du Dniepr, Cosaques du Don, etc.); puis les Polonais ayant leur langue propre, et qui, annexés par la force à la fin du xviii" et au commencement du XIX* siècle, continuent à regretter leur indépendance. Les Russes eux-mêmes se partagent en Grands Russiens ou Moscovites, Petits Russiens dans le pays de Kiicw et en Ukraine, Blancs Russiens dans la région du Valdaï ; chacune de ces branches a son dialecte particulier. Dans la Finlande, une bonne partie de la population est suédoise d'origine ; dans les provinces baltiques, les Allemands sont nombreux.
La langue russe est parlée partout, c'est le dialecte grand russien qui est devenu officiel; mais le suédois est encore la langue courante en Finlande, le Polonais résiste à toutes les tentatives de russification. Il n'en est pas de même de l'allemand, qui recule sensiblement dans les provinces baltiques.
La majeure partie des Russes appartient à la religion orthodoxe grecque (90 millions environ). Le catholicisme romain est la religion des Polonais (11 millions), qui y sont d'autant plus attachés qu'ils y voient une forme de résistance à l'annexion ; le protestantisme luthérien est pratiqué par les Finlandais et par
(1) Principales villes (1897) :
Sainl-Pétersbourg . 1..j13.000 hab.
Moscou î. 092. 000 —
Varsovie 756.000 —
Odessa 449.000 —
Lodz 351.000 hab.
Kiiew 319.000 —
Riga 256.000 —
KharkoT . . . . 197.000 —
(iKOGRAPtlIE POLITIQUE. 275
la majorité des Germains {(3 millions) ; les Turcs, Tatars et beaucoup de Caucasiens se rattachent à l'islam (14 millions pour l'Empire entier). Les Israélites sont nombreux (5 millions environ) dans les provinces du sud-ouest et en Pologne; ils y sont rel'oulés des autres provinces de l'Empire par mesure administrative. Les sectes indépendantes sont du reste nombreuses.
Le peuple russe est arrivé récemment à la civilisation occidentale. L'aristocratie, privilégiée, occupant les fonctions, possédant d'immenses propriétés, est très raffinée. Aimant les arts, la littérature, les plaisirs, elle se lance quelquefois à corps perdu dans la métaphysique et le mysticisme, souvent dans les idées les plus révolutionnaires. La bourgeoisie est peu nombreuse; la masse (81,5 pour 100) est formée de paysans restés très près de la nature. Misérables, adonnés à l'alcool, sans aucune instruction (le chitfre des illettrés atteint plus de 80 pour 100 dans certaines provinces), ils sont extrêmement fatalistes et superstitieux. Mais le moujick, le plus passif des hommes, peut quelquefois, sous une inspiration, le plus souvent superstitieuse, devenir le plus terrible des révoltés. Comme soldat, il est admirable pour la résistance, mais manque quelquefois d'entrain dans l'attaque.
Gouvernement. — La Russie est, au début du xx« siècle, un reste des gouvernements du xvm^ siècle. Le despotisme éclairé de Joseph II est encore la forme de l'État. Le « Tsar et Autocrate de toutes les Piussies » est le maître absolu : il réunit en sa personne les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, sa volonté est la seule loi. Il est assisté du Conseil de l'Empire, du Sénat, du Saint Synode et du Comité des Ministres ; ces divers corps sont formés de personnes qu'il nomme et révoque, qu'il peut même se dispenser de consulter. La politique extérieure, l'armée, la marine, le budget même dépendent de sa seule volonté; Tout au plus certaines villes et certaines provinces possèdent-elles des assemblées (doumas et ziemstvas) élues par un suflrage très restreint. Par contre, les communes rurales ou mir, depuis l'abolition de l'esclavage, s'administrent elles-mêmes et disposent des biens souvent possédés et cultivés en commun. Un essai de transformation du gouvernement, annoncé par un oukase du 50 octobre 1905, a commencé par la réunion de la Douma d'Empire, mais le gouvernement proclame hautement qu'il n'a pas entendu établir ainsi une organisation constitutionnelle.
La force militaire de la Russie est considérable. L'armée, recrutée parle service obligatoire, approche, sur le pied de paix, du chifl're de 1.000.000 d'hommes; elle pourrait être amenée, sur le pied de guerre, à plus de 4 millions, peut-être 5, avec plus
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de 500.000 chevaux. Quant à la flotte, assez importante nagu?re,
elle a été grandement é[)rouvée dans la guerre contre le Japon (1).
Géographie économique.
Quand les géographes et les économistes opposent les « pays jeunes » et pleins d'avenir de l'Amérique aux terres vieilles, fatiguées et surpeuplées de la vieille Europe, ils ne pensent pas à la Russie. Cet immense empire qui s'est révélé aux États européens par d'éclatants succès politiques au xviii^ siècle, traverse aujourd'hui une période de rénovation économique. L'état actuel de son agriculture, de son industrie et de son commerce ne donne qu'une faible idée de ses facultés productrices. On peut dire que c'est un des pays les mieux doués de l'Europe; mais, quoique pourvue de ressources de toutes sortes, sa population n'en a pas encore tiré un profit complet. Au reste, il suffit d'une étude sommaire des progrès réalisés récemment pour acquérir la conviction qu'un grand rôle est réservé à la Russie parmi les plus riches et les plus puissantes nations.
Agriculture. — Après avoir été, jusqu'à une époque qui n'est pas très éloignée de nous, un pays exclusivement agricole, la Russie, tout en devenant aussi industrielle, n'a nullement abandonné l'agriculture, et en tire encore le plus clair de ses revenus. Mais les conditions du climat partagent l'immense territoire russe en régions d'aptitudes dilTérentes.
A l'extrême-nord, les bords de l'Océan Glacial Arctique sont absolument improductifs. La « toundra » s'y étend. Sur le sol, profondément gelé en hiver, marécageux pendant la courte saison d'été, les arbres ne peuvent pousser; des mousses, des lichens, des plantes à moitié décomposées et transformées en tourbe, et, çàet là, quelques fleurs éclatantes, sont la seule végétation, que paissent les rennes. Aucune agriculture n'y est possible.
Au sud du 66" de latitude commence la « polessia » ou région des forêts. D'abord clairsemée, composée d'arbres presque nains, elle devient plus épaisse et plus riche vers le sud. Dans les clairières
(1) Finances russes, en millions de francs :
Recettes. Dépenses.
Dctlc pLil)lK|ue 22.987.7
Dépenses principales : Annuité de la dette ... 951.8
— Armée 1.047.9
— Marine 297.2
— Voies de communication. . . 1.274.4
do plus en plus étendues, sont des cultures comme celle des céréales du nord, et surtout du lin. Cette zone s'étend jusqu'à la rive gauche de la Volga, mais se prolonge au sud-ouest vers Moscou et la Pologne orientale.
La partie méridionale est occupe'e par la région des cultures et des steppes. Les provinces baltiques et la Pologne ont presque complètement remplacé leurs anciennes forêts par des champs. La région du Tchernosjom, ou des Terres Noires est le centre des grandes cultures. Limitée au nord par une ligne passant par Jitomir, Toula, Kazan et Oufa, au sud par une autre ligne réunissant Kichinev à Orenbourg, par Vekaterinoslav et Saratov, elle est recouverte d'une épaisseur considérable de terre végétale, d'un humus noirâtre prodigieusement riche. C'est une « Beauce gigantesque », deux fois grande comme la France. Quand les conditions de la température ne s'y opposent pas, elle fournit une quantité de produits suffisante pour la nourriture de la Russie entière, et permettant encore une active exj)ortation.
Au sud du Tchernosjom s'étendent les steppes, fertiles dans le bassin de la mer Noire, et n'attendant, semble-t-il, que d'être mises en œuvre, salines et par conséquent improductives, dans la région déprimée qui borde au nord la mer Caspienne.
Le versant méridional des montagnes de Crimée et du Caucase représente le Midi russe, au climat et aux productions de la zone méditerranéenne (1).
Les forêts sont une des richesses les plus importantes. Outre les revenus que l'on en tire, elles fournissent a une consommation intense : la majeure partie des habitations rurales sont construites en bois, et le chauffage, pendant le long hiver, emploie une énorme quantité de bois. Surtout répandues dans le nord-est, elles occupent plus de 70 pour 100 de la superficie dans la région de l'Oural, 65 pour 100 en Finlande, 57 pour 100 près des lacs. Les arbres qui les composent sont presque exclusivement des conifères (pins, sapins, cèdres, mélèzes) , au milieu desquels apparaissent des
(1) Rii'partition des surfaces en 1899 (Russie proprement dite sans la Finlande
et le Caucase) :
Surface. Proportion.
Terres arables 116.553.099 hectares. 26,2 pour 100
Très et pâturages. . . . 70.800.831 — 15,9 —
Forêts 172.905.419 — 38,8 —
Sol improductif 85.010.817 — 19,1 —
Encore faut-il remarquer qu'un tiers environ des terres en culture est laissé chaque année sans aucun emploi.
278 RUSSIE D'EDROPE.
Iiouleaux et des tilleuls. La plus grande partie (64 pour 100) appartient à l'État et à la faniillc impériale. I/exploilation s'accroît sans cesse, et le revenu s'est élevé de 43 millions à 128 millions de francs entre les années 1893 et 1903. Malheureusement, cette exploitation même n'est pas sans dangers. On a un peu gaspillé cette richesse; les bois reculent, le climat lui-même, et surtout le régime des fleuves en souiïrent : la Volga est devenue plus torrentielle depuis quelques années. Aussi des mesures sont-elles prises maintenant pour arrêter le gaspillage et pour tenter le reboisement des pays imprudemment dépouillés.
La Russie est, et tend à devenir de plus en plus, un des « greniers » de l'Europe. Les céréales y occupent la majeure partie des terres mises en valeur, et donnent, quand les conditions de la température ne s'y opposent pas, un revenu considérable. On évalue la récolte moyenne à 689 millions d'hectolitres. Le blé est la plus importante des céréales, non pour la consommation, car le paysan russe vend son blé, mais pour le commerce. Dans les terres riches du Tchernosjom et en Pologne sont les plus nombreux champs de blé; la culture en est encore primitive et extensive; la terre, bien que riche, ne rend guère plus de 4 pour 1, au lieu des 16 à 50 pour 1 que donnent les champs, cultivés de façon intensive, de l'Angleterre. Quelle pourra être la récolte quand les procédés de l'agriculture moderne auront été introduits?
Le seigle fournit à une consommation intense; on en tire, non seulement le pain courant, mais la « vodka », eau-de-vie dont les Russes font un usage immodéré; l'exportation est aussi des plus actives vers l'Allemagne. L'avoine et l'orge réussissent dans le nord, le maïs en Ressarabie, le sarrazin est encore cultivé dans de nombreux champs (1).
La quantité de grains produite actuellement n'est pas assez considérable pour être véritablement rémunératrice. Les prix s'abaissent de plus en plus devant la concurrence américaine et indienne; le paysan russe ne gagne pas sa vie, il est toujours sous la menace d'une mauvaise récolte, suivie de famines auxquelles l'insuflisance des voies de communications ne permet pas encore de remédier.
La pomme de terre fait des progrès constants en Pologne, dans les provinces baltiques et au centre, près de Moscou (12).
(1) Production des céréales en (moyenne 18Ù9-190jJ eu niilliuus du tonm's : Blé 12.3 I Avoine 'li-'i
Seigle .... 21.5 I Orge 5.8
(2) Production de la poniine de terre : 25.000.000 de tonnes en moyenne.
GEUGRAPHIE ÉCONOMIQUE. 279
Le climat s'oppose, presque partout, à la culture de la vigne. Seules, la Crimée et la Caucasie ont des vignobles assez étendus et dont la production est importante. Mais les vins français, et surtout pseudo-français venus d'Allemagne, ont encore une vogue (|ui nuit aux progrès de la consommation des vins russes {]). Les fruits de toutes sortes réussissent parfaitement dans les mêmes régions.
A côté des cultures alimentaires, les cultures industrielles ont fait de grands progrès pendant la fin du xix** siècle ; elles commencent à permettre à la Russie d'augmenter son industrie sans avoir recours aux matières premières de l'étranger, et, d'autre part, elles alimentent une exportation considérable.
Le lin et le chanvre ont été, de toute antiquité, des cultures russes ; ils tendent, devant le recul qu'ils subissent dans les pays de l'occident, à devenir un monopole pour la Russie. Près des quatre cinquièmes du lin disponible sur la terre sont d'origine russe. Leur zone de culture occupe les provinces baltiques et les pays du centre.
Mais des cultures plus modernes ont fait leur apparition. La betterave à sucre, essayée d'abord en Pologne, a, de là, gagné la partie sud-occidentale de la zone du Tchernosjom. Plus d'un demimillion d'hectares, produisant près de 9 millions de tonnes de racines sont cultivés en betteraves, et les progrès ne sont pas arrêtés encore. La betterave a produit une véritable révolution économique et sociale dans les régions où elle s'est établie. xNécessitant beaucoup d'engrais, elle a initié le paysan à la culture intensive, qu'il commence à appliquer aux autres produits du sol ; pour le transport des racines, des voies ferrées ont été créées; pour la transformation en sucre, des usines se sont élevées, on a augmenté l'extraction de la houille.
Les régions de climat chaud ont vu s'établir des cultures ordinairement réservées aux pays tropicaux : la Caucasie produit 12.000 tonnes de coton. Les mûriers de la même région nourrissent un nombre considérable de vers à soie.
Élevage. — Malgré des conditions souvent défavorables, la Russie peut faire figure à côté des pays qui s'adonnent à l'élevage. Dans les clairières de la forêt, dans les steppes non encore défrichées, même dans la toundra de l'extrême nord, et dans les quasidéserts des bords de la Caspienne, les animaux son» relativement
(1) Produclion du vin (1900) : 2.955.000 hectolitres.
nombreux. Le climat oblige bien à les garder à l'étable pendant de longs mois, les prairies proprement dites sont rares, l'irrigation est à peine ébauchée. Cependant, des progrès appréciables ont été accomplis depuis quelques années ; les races d'animaux en particulier ont été améliorées par des croisements avec des reproducteurs anglais et allemands. L'exportation du beurre devient importante
Les bêtes à cornes sont nombreuses dans le centre, entre la Pologne et l'Oural, et l'exportation du beurre devient une des brandies principales du commerce russe. Mais la richesse en chevaux est surtout considérable : on estime que la Russie possède environ la moitié des chevaux du monde entier, certaines races sont célèbres. Ils sont élevés particulièrement au sud-est et dans les pays cosaques. Le nombre des moutons, par contre, a décru, surtout depuis le défrichement des steppes ; c'est, naturellement, dans les pays secs du sud-est, que les moutons et les chameaux sont le plus nombreux. La toundra permet aux troupeaux de rennes des Lapons de trouver une nourriture maigre, mais qui leur suffit (1). Les fermiers russes se sont mis, depuis quelques années, à élever une quantité de plus en plus considérable de volailles, et l'exportation des œufs, en particulier vers l'Angleterre, est devenue intense, d'abord par l'intermédiaire du Danemark, puis directement.
Le règne animal fournit encore à la Russie, par la chasse, et par la pêche, des revenus importants. Les forêts du nord et du centre regorgent de loups, d'ours et d'animaux à fourrures. Les mers et les fleuves sont extrêmement poissonneux : les esturgeons de la Volga donnent le « caviar », les sterlets du même fleuve passent pour les plus fins des poissons.
L'agriculture est encore la grande ressource de la Russie ; l'immense majorité de la population vit dans les champs et en tire l'unique source de ses revenus. Encore bien arriérée, — par suite du peu de développement de l'instruction publique et aussi par suite des habitudes contractées pendant les longs siècles de servage, — elle a fait cependant des progrès, qui sont garants de ceux de l'avenir. L'importation dans le tchernosjom des machines en honneur aux États-Unis, ou même dans la Roumanie si proche, puis, plus tard, des procédés de culture intensive de l'Angleterre ou des Pays-Bas, multiplierait d'une façon merveilleuse la faculté de production de ces terres naturellement très riches.
(1) Clieptel russe en 1907 :
Chevaux '.:8. 558. 000 1 Moutons 58. MO. 000
Rôles à a.nies .... .i'2.505.000 \ Chauioa; s 254.000
Mines. — Riche par l'agriculture, la Russie l'est aussi par les
pioduils minéraux qu'elle extrait de son sol. Pendant longtemps, on a cru que les métaux précieux étaient les seuls que contînt le pays, mais on s'est aperçu (pie les métaux industriels ne manquaient pas et que, surtout, la houille et le pétrole ahondaient. Les ])roduits minéraux donnent lieu à «ne exportation appréciable, mais surtout ont permis à l'industrie russe de naître et de prospérer. 1/al'llux des capitaux étrangers, français en grande majorité, a donné aux industries extractives, comme aux industries de transformation, une activité remarquable.
On peut dire que tout se trouve dans le sol russe. La houille est abondante, surtout dans le bassin du Donetz, le plus riche de tous, puis près de Moscou, en Pologne et dans l'Oural. L'extraction a plus que doublé en dix ans, et a réduit l'importation, active naguère, à des chiffres insignifiants. Et cependant, l'absence de voies de communication nuit singulièrement à l'expansion delà houille russe.
Un autre combustible minéral, dont l'importance s'est remarquablement accrue dans la dernière décade, est le pétrole. Le Caucase en possède des gisements qui sont parmi les premiers du monde : les environs de Bakou font une concurrence active au district des lacs de l'Amérique du Nord; l'exportation, cependant gênée par l'absence de voies navigables à bon marché, dépasse une valeur de ()0 millions de francs par an, et a même suppléé, dans les dernières années, à l'appauvrissement des puits de Pensylvanie. La consommation intérieure est intense; la majeure partie des bateaux de la Caspienne et des locomotives de la Russie du sud-est sont chauffés au pétrole. Un autre centre important existe dans l'Oural, mais il ne [)eut lutter avec celui de la péninsule d'Apchéron.
Les métaux abondent : le fer est extrait dans le nord-ouest et dans l'est, les mines de cuivre et de platine de Nijnii-Tagilskii dans l'Oural sont célèbres; l'Oural donne encore de l'étain, du plomb, du nickel surtout, de l'or et de l'argent; ce dernier métal existe aussi au pied du Caucase ; la Pologne donne du zinc. Le sel se trouve dans les marais salants de la mer Noire et de la Caspienne, dans les lacs des steppes, dans des mines de l'Oural et du Caucase (1).
Il) Production minérale de l'Empire :
Or 45 tonnes. "28 tonnes.
Platine 5 — "> —
Argent 7 — '-^ —
Plomb . 752 — 520 —
Zinc 4.900 — 7. 800 —
nien que la jilupart des habitations soient construites en bois, les carrières ne mantiuent pas et fournissent toutes les sortes de pierres.
Industrie. — Les produits minéraux, comme ceux qui proviennt'iU de l'agriculture, ne fournissent que des matières premières ; les pays qui se bornent à les extraire et à les vendre sont dans une situation économique primitive, et doivent avoir recours à l'extérieur pour se procurer les objets manufacturés. Après avoir été longtemps cliente obligée des pays plus anciennement civilisés qu'elle, la Russie a tenté de s'affranchir de cette dépendance et elle y a réussi. Elle possède presque toutes les matières premières, depuis, surtout, que ses annexes de l'Asie centrale lui fournissent du coton. Les capitaux seuls lui manquaient. Des emprunts contractés à l'étranger lui ont fourni le nerf de l'industrie, des ingénieurs sont venus initier le pays aux procédés des peuples occidentaux, et une remarquable floraison d'usines de toutes sortes s'est produite. Le mouvement a même été un peu trop rapide : grisés par le succès des premiers essais, les industriels se sont laissés entraîner plus loin qu'ils n'auraient dû, des personnes sans compétence se sont lancées dans une carrière dangereuse, des sociétés sans capitaux sérieux se sont constituées. Une grave crise s'est alors produite dans les dernières années, et l'on a pu croire que l'industrie russe, à peine née, allait péricliter.
Cette crise semble passée à l'heure actuelle; un résultat heureux a même été obtenu : l'assainissement de l'industrie russe par la disparition des entreprises les moins viables.
La métallurgie devait être active dans un pays qui possède des métaux et de la houille et qui, dans les dernières années, a construit un nombre considérable de kilomètres de voies ferrées. Les fonderies, les forges, les usines de constructions mécaniques sont nombreuses dans les régions de mines, près des houillères et dans les grandes villes. On compte plus de 250.000 ouvriers métallurgistes. La crise des dernières années a surtout frappé ces industries, et il n'a pas fallu moins que les commandes de l'Etat en vue de la construction des chemins de fer pour enrayer le mouvement. L'acti-
Production minérale [suite] :
Cuivre 5.400 tonnes 8.200 tonnes.
Houille 8.628.000 — 18.ii7.0(IO —
Pétroi.' 5.082.000 — 0.610.000 —
Sel 1.333.000 — 1.815.000 —
vite est encore grande, la prodiiLtion de la fonte a plus (jue sextuplé depuis 1880, celle du 1er et de l'acier plus que quadruplé dans la même période. Lt; centre des affaires en métallurgie est n la ])Ourse de Kliarkow (I).
Le règne végétal fournit les éléments de nombreuses industries. Les forets alimentent les scieries où l'on débite les planches, les menuiseries qui préparent les objets d'huisserie, les moulins qui fabriquent I9 pâte de bois ou la cellulose, que l'on exporte en si grandes quantités vers l'Europe Occidentale par les ports du nord et de Finlande. La papeterie traite sur place les pâtes de bois ; les minoteries d'Odessa, de Taganrog et des autres ports de la mer iNoire transforment en farines les blés du Tchernosjom, pendant que les distilleries fabriquent, avec les seigles, les alcools consommés dans le pays. Enfin, les sucreries du sud-ouest et de Pologne l'abriquent 800.000 tonnes de sucre de betteraves.
Mais les plus grands progrès ont été accomplis par les industries textiles : le lin et le chanvre ont toujours été tissés dans les isbas de la campagne, mais commencent à l'être dans de grandes usines modernes. Les cotonnades ont fait leur apparition, depuis que la maîière première est produite en terre russe. Les environs de Moscou sont arrivés à fournir à la consommation et à une exportation appréciable en Asie ; les cotonnades de Manchester n'entrent presque [)lus dans l'Empire. Une crise cependant se fait sentir depuis quelques années, comme conséquence d'un recul sensible de la culture du coton en Turkestan.
Parmi les industries qui emploient des matières premières animales, il faut citer les conserves de poissons; la fabrication du beurre fournit à l'exportation 40.000 tonnes, d'une valeur de 90 millions de francs; la tannerie n'a plus le monopole des « cuirs de Russie » que l'on sait fabriquer dans d'autres pays ; la laine et la soie sont filées et lissées en petite quantité surtout dans les environs de Moscou.
En résumé, l'industrie russe est née et s'est rapidement développée dans les vingt dernières années; non contente de fournir à la consommation intérieure, qui lui est, du reste, réservée par des tarifs de douanes protectionnistes, elle tend à alimenter une partie du marché asiatique, l'Iran en particulier. Sans pouvoir, de long-
(1) Métallurgie :
Fonte 448.000 tonnes. 876.000 tonnes. 2.070.000 tonnes.
Fer et acier .... 590.000 — 786.000 — 2.260.000 —
284 RUSSIE DEUr.OPE
temps encore, lutter contre les industries anglaise, allemande el des États-Unis, elle commence à prendre une [ilace qui n'est [las à dédaigner, sur le marché du monde (l).
La zone proprement industrielle de la Russie est intercalée entre les riches pays agricoles du Tchernosjom et la région des forêts septentrionales; sa limite, au nord, esta peu près marquée par une ligne qu'on mènerait de Smolensk à Tver et aux sources de la Petchora, au sud par la lisière des pays à Tchernosjom. La localisation est très nette. Les gouvernements où l'industrie est le plus active sont ceux de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Vladimir, de Kiiev, de Toula, de Varsovie. La plupart des industries ont même pour centre commun le gouvernement de Moscou, qui renferme le cycle complet des industries textiles ; Moscou est la capitale industrielle de la lUissie comme Nijnii-Novgorod en a été la capitale commerciale. Cette concentration, qui s'accentue de plus en plus, n'est autre chose que l'elfet connu de l'attraction simultanée dos houillères et des grands centres dépopulation. Toutefois la métallurgie n'a pas encore accompli la même évolution : et une autre grande industrie russe, celle des scieries de bois, est naturellement restée fixée dans les gouvernements du nord, dans les pays d'Arkhangelsk, de Saint- Pétersbourg, et en Livonie.
La concentration graduelle de l'ensemble des industries russes s'affirme par la diminution du nombre des usines et par l'accroissement d'importance de celles (jui subsistent. Toutefois cette concentration n'a pas encore atteint les industries rurales si caractéristiques des ouvriers-])aysans (Kouslari). On évalue à 7 ou 8 millions le nombre des paysans qui occupent les longs loisirs de l'hiver à fabriquer soit des objets en bois, — meubles communs, vaisselle, surtout des roues, — soit de la vannerie, à distiller le goudron, à tisser le chanvre, le lin, le colon ou la soie, à confectionner des gants ou des vêlements de fourrures, à façonner des objets de faïence ou de porcelaine, à marteler des samovars, des plateaux ou des clous, à forger des objets de toute sorte, à construire des harmonicas, à composer des images religieuses. Le produit total de ces différentes industries atteint une valeur considérable. On conçoit que le ministre
Nombre des ouvriers d'industrie (1903) :
Total 1.711.745 ouvriers, dont
Mines et métallurgie 494.000 —
Alimentation SOj.OOO —
Textiles 708.000 —
Céramique 150.800 — etc.
de l'agriculture et des domaines ait compris dans ses attribulion? I adminislralion centrale de la petite industrie rurale et qu'on lui vienne en aide par des l'ondalions de toute sorte (musées, bantjues, écoles). 11 y a ih une incomparable réserve de main-d'œuvre qui constitue un appoint sérieux de richesse économique.
Voies de communication. — Le progrès de l'activité russe, aussi Itien dans ragricuUure et dans l'industrie que dans le commerce, est suspendu à la question des voies de communication. Les distances sont énormes, et, si le reliel' ne s'oppose nulle part à la facilité des transports, les conditions de climat sont défavorables.
Les fleuves sont superbes et ont beaucoup servi à l'expansion de la puissance russe, ils rendent aussi de très grands services au commerce. Leur réseau, rayonnant autour du centre, se dirige vers toutes les mers; la jonction a été lacilenient faite entre les divers bassins : la Volga est unie par trois systèmes de canaux avec les affluents de la Baltique, la mer Blanche l'est à la Baltique et celleci à la mer Noire. Mais ces fleuves, sillonnés par des vapeurs en été, sont fermés à toute circulation pendant un hiver très long; c'est à peine si la saison des transports par eau dure en moyenne 200 jours tous les ans. Le remplacement des bateaux par des traîneaux ne peut compenser que très imparfaitement l'inconvénient de la durée du chômage de la batellerie. Les fleuves qui tombent dans la mer Noire et dans la mer d'Azov sont, d'autre part, coupés par des ra[)ides, et baissent d'une façon dangereuse pendant les sécheresses d'été.
Lt cependant, malgré tous ces inconvénients, la circulation fluviale est active (I). Des projets sont faits pour augmenter le réseau de voies navigables, et surtout pour réunir les diverses mers par des canaux accessibles aux grands navires. Un parle d'un canal de Riga à Kherson, ayant 2.3o0 kilomètres de longueur avec une profondeur de plus de 10 mètres: un autre canal à grande section unirait la Baltique à la mer Blanche par le lac Ladoga. Ces projets paraissent un peu ambitieux, et il est peu probable que, d'ici longtemps, la Russie trouve les capitaux nécessaires.
Les communications par voie de terre sont, elles aussi, assez
(1) Circulation fluviale :
Longueur navigable (moins la Finlande), 12.5.300 kilomètres. Dont accessibles aux vapeurs. 26.800 —
l'iotte fluviale (Empire) en 1900 : 26.154 bateaux jaugeant 13.000.000 Ja tonneaux.
Marchandises Iransportées |1906:, 54.155.000 tonnes.
286 RUSSIE DELROPE.
difliciles à assurer. Les routes, dans les pays du centre, dans le Tchernosjom surtout, sont transformées en fondrières pendant la période de la fonte des neiges : en hiver, elles ne servent guère, car la couche de neige gelée qui recouvre tout le pays permet de circuler en traineau aussi bien à travers champs et sur le lit solidifié des ileuves que sur les chaussées. Aussi, par un phénomène assez curieux, c'est l'hiver qui est la saison des charrois; l'hiver travailla pour les Russes, et, au moment où les voies navigables chôment, la terre ferme a ses barques. Le développement des routes est de plus de 120.000 kilomètres, dont un sixième au plus est entretenu en bon état de viabilité.
Pendant bien longtemps, la Russie n'eut pas de chemins de fer. et il fallut la cruelle leçon de la guerre de Crimée pour décider les hommes d'État à établir un réseau de voies rapides. Surtout conçu avec des préoccupations stratégiques, pour assurer la mobilisation et la concentration des troupes sur les frontières qui paraissaient le plus menacées, celles de l'ouest, le plan du réseau est insuffisant : si la partie occidentale, la Pologne en particulier, est bien desservie, si le centre l'est encore passablement, la région située au nord-est de la ligne Pétersbourg-Moscou-Astrakhan est presque sans voies ferrées. En outre, le réseau n'est pas assez serré pour assurer l'exploitation du pays. Non seulement les agriculteurs et industriels se plaignent de ne pouvoir expédier leurs produits et recevoir leurs engrais ou matières premières, mais, en cas de mauvaises récoltes, la distribution des vivres ne peut avoir lieu d'une façon assez rapide pour empêcher les famines.
D'autre part, la construction a été rendue difficile et coûteuse, non par le relief, insignifiant, ni par l'achat des terres ou le prix de la main-d'œuvre, mais par la nécessité de construire des ponts nombreux et très longs par-dessus les fleuves, et surtout de consolider le sol meuble. Malgré les travaux faits, les vitesses un peu grandes sont impossibles sur les voies ferrées russes. Ajoutons encore que, préoccupés d'empêcher les chemins de fer, contre lesquels ils avaient toujours un préjugé, de servir à une invasion, les Russes ont adopté un écartement de rails supérieur à celui des voies européennes, ce qui oblige à des transbordements longs, coûteux et dangereux à la frontière.
Les préoccupations des dernières années, le désir d'assurer des communications aussi étroites et rapides que possible entre toutes les parties de l'Empire, ont détourné l'attention du gouvernement du réseau russe proprement dit pour l'attirer tout entière sur le réseau asiatique. Une grande et belle œuvre a été alors accom-
plie : le Transcaspien permet d'aller au Turkestan, depuis, surtout, qu'il est relié, par Orenhourg, au réseau métropolitain; le Transsibérien réunit Pékin à l'Europe par un ruban ininterrompu de rails; une voie parvient à Bakou par les bords de la mer Caspienne, et l'on songe à percer le coi de Darial pour unir Vladikavkas à Tillis.
Le développement des chemins de fer russes est encore insuffisant, et la circulation bien inférieure à celle des réseaux européens. Cependant des progrès ont été faits, et d'autres doivent être accomplis si l'on veut permettre à la Russie de rendre tout ce qu'elle peut (1).
La mer n'est pas russe d'inclination. Pierre-Ie-Grand voulait (( ouvrir des fenêtres » à son pays; ses successeurs se sont attacbés à cette œuvre, mais ils n'ont pu réussir à lui ouvrir des portes. Du moins, de ces portes, la Russie ne possède pas les clés. L'océan Glacial est fermé par les glaces pendant la majeure partie de l'année ; Baltique et mer Noire ne sont pas exemptes de glaces, et ne communiquent avec les océfjns que par des détroits resserrés que les caprices de la politique européenne peuvent fermer d'un jour à l'autre; la Caspienne, où débouche la Volga, est un lac. On comprend l'àpreté avec laquelle les Russes ont poursuivi leur idée de chercher en Asie le port qu'ils ne pouvaient posséder en Europe. On sait que, jusqu'ici, ils ont échoué.
Quelque insuflisantes que soient les côtes, des ports y ont été construits, dont beaucoup à grands frais. Arkhangelsk exporte, par la mer Blanche, des bois et des poissons; un port toujours libre de glaces, a été créé récemment à la frontière de Norvège, c'est le port de Catherine, à Alexandrowsk. Les ports de Finlande, et en particulier Helsingfors, expédient des bois ; celui de Saint-Pétersbourg-lvronstadt, ceux de Riga et de Liban sont les portes de sortie du bois, des avoines et des seigles ; sur la mer Noire et la mer d'Azow, Odessa etTaganrog chargent les blés et farines duTchernosjom, Novorossiisk, mais surtout Batoum et Poti desservent la Caucasie. Sur la Caspienne, Bakou expédie les naphtes qu'Astrakhan reçoit et dirige sur la Volga.
La marine marchande, appartenant à de puissantes compagnies, comme la Compagnie Nationale de navigation, ou à des armateurs,
(1) Ghanins de fer (Russie d'Europe seule) :
Longueur exploitée (1905), 54.956 kilomètres, dont 44.570 à l'Élat Voyageurs transportés (10041 .... 116.1.56.000. Marchandises transportées (1904) . . 155.776.000 tonnes. Bénéfice net kilométrique (1898) . . 10.548 francs.
est peu importante encore, et ne peut lutter avec celle des grands pays maritimes, mais commence à faire voir son pavillon sur toutes les mers. La majeure partie des transactions sont encore faites par navires étrangers; et surtout par navires anglais (1).
Commerce. — Les Russes n'ont jamais été libre-échangistes, mais, depuis qu'ils ont décidé de tirer parti, par l'industrie, de toutes les richesses de leur pays, ils se sont de plus en plus isolés; l'Asie russe leur semble devoir remplacer les marchés où ils vendent leurs produits, et ceux auxquels ils empruntent encore ce qui leur manque. Le commerce extérieur est donc plus faible que ne le feraient croire la population et la richesse du pays.
A l'intérieur, les échanges sont actifs et doivent au partage de l'année en deux saisons si tranchées un caractère tout spécial. Ils doivent se faire au moment où les fleuves permettent les transports à grande distance et par grandes quantités. Aussi la coutume des loires s'est-elle maintenue plus longtemps que dans les contrées où l'hiver n'arrête pas complètement les transactions. Parmi les 7.000 foires qui se tiennent annuellement, celles de Moscou sont les plus importantes, celles de Nijnii-Novgorod les plus célèbres." Il s'y fait encore, du 15 juillet au 10 septembre, des transactions importantes : coton du Turkestan, laine russe et de Bokhara, peaux, poils et crins de cheval, de bœuf, de chèvre ou de chameau, fourrures, y sont échangés contre des cotonnades et des lainages, des confections, du fer, du cuir, du papier, etc., etc., pour une valeur de plus de 400.000.000 de francs.
Mais le caractère de la foire a changé : les chemins de fer, les commis-voyageurs de plus en plus nombreux, permettent de traiter les affaires sans se rencontrer, aussi le pittoresque a-t-il singulièrement diminué. Ce n'est plus un congrès des peuples de l'Asie et de l'Europe, les Chinois y viennent peu, peu aussi les Turkmènes et les Européens non russes. Le chiilre des transactions baisse, lui aussi, et, de 700 millions de francs en 1890, il est tombé à
(1) Marine marchande (1906) :
Toln! 3.340 navires jaugeant 654.800 tonneaux.
Don: 814 vapeurs — 572.900 —
Mouvement des ports (1905) :
Entrées et sorties. . 2-2.940 navires de 21.601 .000 tonneaux.
Sanit-Pétersbourg (entrée? 1.570.000 —
Odessa 1.821.000 -
>ovorossiisli 752.000 -
429 millions seulement. l'erm, Kazan, où l'on échange les produits sibériens et russes, Poltava, Karkov, centre de la mctallur gie, Kicw, bourse des sucres, Simbirsk, marché du fret sur la Volga, Arkhangelsk, où se traitent les affaires en poissons, plumes et duvets, et bien d'autres villes ont des foires importantes. Quant aux lieux d'éclianges avec l'Asie chinoise et indienne, ils ont suivi le chemin de fer; Tioumen, Samarkande, en attendant des points plus rapprochés des lieux de production, ont remplacé Nijnii- Novgorod.
En dehors des Russes qui se réservent de plus en plus le marche, les Allemands sont presque le seul peuple européen qui soit repre'senté par des commerçants ou par des produits dans ces foires ; les Français n'y apparaissent pour ainsi dire jamais.
Le commerce extérieur de la Russie, par la mer et par les frontières européennes, le seul sur lequel on ait des renseignements précis, et le plus important, du reste, dépasse à peine 4 milliards de francs. Il est, par conséquent, et pour les raisons que nous avons déjà vues, bien inférieur à celui de pays infiniment moins peuplés et moins bien doués par la nature. Mais il y a là un résultat d'une politique voulue; toute comparaison avec des pays qui ne suivent pas la même marche serait vaine et ne permettrait pas de tirer des conclusions.
Les importations, inférieures de beaucoup aux exportations, portent sur des matières premières comme le coton, la houille, les textiles, des machines et des produits que la Russie ne peut se procurer qu'au dehors. L'exportation est surtout alimentée par les céréales (presque la moitié du total), le pétrole, les œufs, beurres, bois, le lin et autres produits du sol ou des industries primitives.
Les principaux clients de la Russie sont, eu toute première ligne l'Allemagne, dont les ventes balancent encore les achats, puis le Royaume-Uni, acheteur de céréales, de lin, de bois, d'oeufs et de beurre. La France ne vient qu'au quatrième rang pour le total des échanges, mais achète près de trois fois plus qu'elle ne vend. Elle ne peut guère se passer des lins, bois et, dans les mauvaises années, des blés de la Russie, tandis que celle-ci se ferme de plus en plus aux produits de notre pays. Nos vins, en particulier, qui sont un des objets d'échange les plus appréciés des Russes, sont arrêtés à la frontière par des droits presque prohibitifs et que, seuls, les grands crus peuvent supporter.
Parmi les États asiatiques, la Chine est le pays qui échange le plus avec la Russie, les États-Unis d'Amérique prennent, à l'impor-
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talion, une place déplus en plus considérable, avec des ventes deux l'ois supérieures à celles de la France (1).
Conclusion. — La Russie est le pays d'Europe dont les progrès ont été les plus considérables pendant la lin du dernier siècle. L'Allemagne elle-même n'en a pas fait de semblables : déjà industrielle et commerçante, l'Allemagne a accru, dans une proportion énorme, son industrie et son commerce, au point de devenir une puissance prédominante. Mais la Russie s'est transformée : de pays exclusivement producteur de matières premières végétales ou minérales, achetant à l'étranger tous les objets fabriqués dont elle pouvait avoir besoin, elle est devenue un pays industriel, travaillant elle-même les produits de son sol. Elle ne peut encore fournir
(1) Commerce russe (en millions de francs) :
Moyenne 1897-1901
Importations. Exportations.
Principaux clients
Allemagne
Royaume-Uni. . . .
Pays-Bas
Etats-Unis d'Amérique
Répartition des objets (1903)
Produits alimentaires Matières premières. .
Produits manufacturés
Coton brut 189.9
Macbines 153.0
Tissus 125.6
Thé 89.4
Objets métalliques 99.1
Houille et coke 78.2
Principales exportations.
Céréales et farines. . . . 1.256.2
Lin 181.5
Bois et articles en bois . . 262.0
Naphte et sous-produit* . . 61.7
Œufs 149.8
Fourrures et cuirs .... 96.6
Chanvre 31.5
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complètement son marché intérieur et celui de ses dépendances asiatitiues, mais elle marche vers ce luit, à l'ahri d'un tarif de douanes protectionniste. Peut-être, quand elle aura atteint ce premier degré de son ascension, essaiera-l-elle de franchir le second et de devenir une puissance commerciale, exportant le surplus de s^' production industrielle. C'est la marche qu'ont suivie les Etats-Unis. Sans peut-être })ouvoir atteindre jamais le même degré de richesse, la Russie a encore un hel avenir devant elle. Le manque de capitaux russes est encore un obstacle au progrès.