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CHAPITRE VII EMPIRE CHINOIS

Le plus grand des États après l'Empire Russe, le plus peuple de tous, puisque sa population dépasse celle de l'Empire Britannirjue lui-même, l'Empire Chinois est un pays vers lequel se tourne, à l'heure actuelle, l'attention de tous les peuples. Plus encore que la question d'Orient, la question chinoise, ou d'Extrême-Orient, tend à devenir une a poudrière », non plus de l'Europe seule, mais du monde, puisque l'Amérique, avec les États-Unis, l'Asie, avec le Japon, entrent dans la querelle et disputent aux Étals colonisateurs comme l'Angleterre, la Russie, la France et l'Allemagne, le soin de civiliser la Chine à leur profit.

C'est qu'aussi, par ses richesses naturelles, source presque inépuisable de matières premières, par son immense population, marché presque insatiable — quand il en sentira le besoin, — pour les produits manui'acturés, la Chine est digne d'exciter les convoitises des pays industriels, à la recherche de réservoirs de matières premières et de marchés nouveaux

Gréographie physique.

Situation. — Dans sa plus grande extension, l'Empire Chinois forme un immense triangle pénétrant en coin dans l'Asie. L'océan Pacifique, ou plutôt la mer de Chine en est la base orientale; au .sud, il est borné par les pays français et anglais du Tonkin et de la Birmanie, sans frontière naturelle, puis par l'Inde anglaise, dont il est séparé par la barrière de l'Himalaya. Le sommet est au plateau de Pamir; sur le côté occidental et septentrional, les frontières, souvent modifiées, de l'Asie russe, forment la limite. Les points extrêmes se trouvent aux 18" et 53" de latitude septentrionale, aux 72° et 155" de longitude orientale de Paris. La super-

ficie lolale est de 11.159.000 kilomètres carrés, soit un million de kilomètres carres de plus ([uc l'Europe et près de 21 fois l'étendue de la France.

Mais la plus grande partie de cette étendue, sur les plateaux de l'Asie centrale, est formée de déserts : Tibet, Turkestan, Mongolie, sont presque sans habitants, et ne dépendent du reste de l'Empire que par un lien de vassalité des moins serrés. Ils ne jouent qu'un rôle très médiocre dans la vie économique de la Chine et du monde, et si l'action politique des puissances voisines s'exerce quelquefois sur eux, comme au Tibet par exemple celle de l'Angleterre, ce n'est pas à cause de leurs richesses ou par l'espoir de tirer parti d'une conquête nouvelle; c'est plus souvent par désir d'assurer des frontières et d'empêcher une puissance concurrente de devenir limitrophe.

La Chine proprement dite, les « 18 provinces », la partie économiquement riche, dont l'avenir est une des grandes préoccupations de la politique contemporaine, est beaucoup moins étendue. Elle occupe la partie orientale de l'Empire, entre la mer à l'est et la base du plateau à l'ouest. Une ligne peu sinueuse, tirée de l'angle nord-oriental de la frontière de la Barmanie anglaise jusqu'au fond du golfe de Liao-Toung la sépare des pays tributaires ou extérieurs. On peut y ajouter la Mandchourie, dont l'importance est apparue récemment, par suite des compétitions de la Russie et du Japon.

Dans ces limites, la Chine, Empire du Milieu, Royaume des Fleurs, que nous appelons souvent très improprement « Céleste Empire », est beaucoup moins étendue, tout en restant un des grands États du monde. Les 18 provinces couvrent 5.969.000 kilomètres carrés; 4.912.000 avec la Mandchourie, soit plus de 9 fois l'étendue de la France.

Composition et relief du sol. — La Chine proprement dite est une dépendance des hauts plateaux du centre de l'Asie. Ses montagnes sont la contliniation des systèmes qui sillonnent ces plateaux; quant à ses plaines, elles ont été formées du dépôt des alluvions arrachées par les grands Oeuves aux régions où ils prennent leur source.

11 s'en faut encore, et de beaucoup, que le dessin orographique de la Chine soit complètement connu. Les explorations ont été trop peu nombreuses et trop rapides pour rapporter des renseignements très précis.

On peut distinguer deux régions assez nettes dans la Chine proprement dite. Au sud du cours du Yang-tse-Kiang, le relief est des

plus confus : les montagnes couvrent à peu près tout le pays, jusqu'à la mer, ne laissant entre elles (jue des vallées relativement étroites. Au nord du grand lleuve, si les montagnes de la bordure du plateau couvrent toute la partie occidentale et septentrionale, elles laissent, entre elles et la mer, la place à une immense plaine.

Les montagnes du sud semblent faire partie du même système orograpliique que celles du reste de l'Asie orientale et des archipels littoraux : elles sont orientées du sud- ouest au nord-est, en grands arcs de cercle concentriques à ceux des îles Piiou-Kiou, comme les montagnes de la Mandcliourio orientale et de la Province Maritime russe sont concentriques à celles de l'archipel Japonais, et comme les volcans du Kamtchatka continuent la ligne des Kouriles. Les systèmes sont nombreux et couvrent tout le pays de hauteurs de 1.000 à 2.000 mètres dont le dessin est encore mal connu. La partie occidentale, dans la province de Yunnan, est plus élevée, traversée par les montagnes qui rayonnent au sudest du Tibet, et qui sont séparées par les vallées des fleuves indochinois. L'altitude des sommets atteint 4.000 mètres à l'ouest de Talifou, tandis que les lleuves sont ensevelis au fond de couloirs étroits et extrêmement profonds.

Dans la moitié septentrionale, le relief est infiniment plus varié. La grande province du Sze-Tchouan est couverte par des montagnes auxquelles on a donné le nom de Alpes du Sze-Tchouan à cause de leur grande altitude, pouvant atteindre de 5.000 à 7.000 mètres, et de leur dessin assez compliqué : l'orientation principale semble être, comme dans le Yunnan, celle du nord au sud, direction que suivent les principales vallées.

La séparation entre les bassins du Yang-tse-Kiang et du Hoang-Ho est formée par des hauteurs orientées de l'ouest à l'est, dans le prolongement des grandes chaînes du plateau central. Les monts Tsin-Ling, qui sillonnent le sud des provinces de Kan-Sou, et de Ghen-Si, et l'ouest du Ho-Nan, continuent nettement les monts Kouen-Loun. Leurs sommets dépassent 5.000 mètres, et les cols sont rares et élevés (1.500 à 2.200 m.). Dans la partie septentrionale du Kan-Sou et du Chen-Si, les hauteurs, moins considérables, et qui commencent à prendre l'apparence de plateaux, sont en prolongement des Nan-Chan, qui, eux-mêmes, continuent l'Astyn-tagh, grande chaîne bordière du Tibet : hautes de plus de 5.000 mètres à l'ouest de Lan-Tcheou, elles s'étalent dans le |dateau à dunes de l'Ordos (1.200 à 1.500 m.). Ces montagnes sont riches en formations houillères.

La jjrovince du Clian-Si, le nord et l'ouest de celle du Petchili, le

nord-ouesl de la Mandchourie sont couverts parles montagnes de la bordure du plateau de Mongolie, orientées du sud-ouest au nordest, peu connues encore et réunies sous le nom de Grand-Kliingan. Elles atteignent 5.000 mètres d'altitude dans leur partie sudoccidentale et ne dépassent pas 2.500 en Mandchourie. Volcaniques dans cette province, elles renferment des gisements houillers au Petchili et au Chan-Si.

La partie orientale de la Mandchourie, à Test de la dépression qu'emprunte actuellement le chemin de fer de Kharbine à Port- Arthur et à Pékin, est traversée par le Chan-Alyn, haut de ô.OOO à 3.600 mètres, et qui projette en mer le promontoire du Liao- Toung.

Le reste de la Chine, de Pékin au Yang-tse-Kiang, et du il 2° de longitude orientale à la mer, est occupé par la grande plaine. Le sol, formé d'une épaisse couche d'alluvions, le Hoang-Tou, la Terre Jaune ou le lœss des géologues y est doucement incliné de l'ouest à l'est. Les fleuves et même les chemins ont creusé dans l'ouest de profondes et étroites tranchées, mais sont au contraire surélevés dans la partie orientale, plus déprimée.

Une ancienne île montagneuse, le Chan-Toung, dont les montagnes , extrêmement riches en houille , peuvent atteindre i.600 mètres au sud de Tsi-Nan-Fou, a été réunie à la lerre ferme par les allu viens.

Littoral. — Assez varié d'aspect suivant les régions envisagées, le littoral danois est cependant peu articulé : toute la partie situ;''e au sud du Ghan-Toung dessine un arc de cercle régulier de 2.500 kilomètres de développement. Au nord seulement, deux péninsules montagneuses ferment un grand golfe aux côtes plates, celui de Petchili, dont la partie septentrionale s'appelle golfe de Liao-Toung. La péninsule mandchourienne de Liao-Toun;.', découpée, possède les ports, naguère russes, actuellement japonais, de Port-Arthur et de Dalny; celle du Ghan-Toung a les ports chinois de Tche-Fou, anglais de Ouei-haï-Oueï, et allemand de Kiao-Tcheou, excellents abris pour les navires, mais surtout points d'appui pour une action contre la Chine du nord, et particulièrement contre Pékin.

Entre la base du Ghan-Toung et la grande baie de Hang-Tcheou, la côte est basse, marécageuse, bordée de bancs de sable, et ne présente d'autres abris que les embouchures des cours d'eau, en particulier celle, très ensablée malheureusement, du Yang-tse- Kiang, et surtout l'excellent estuaire d'un tout petit fleuve, le Ouang-Pou, sur lequel se trouve Chang-Haï.

Au sud de la baie de Hang-Tcheou, et jusqu'à la frontière tonkinoise, la côte a un aspect particulier. Bordée par les montagnes de la Chine du sud, elle est extrêmement découpée, riche en baies, en archipels littoraux et en ports excellents comme ceux de Fou-Tcheou, Amoï, Soualoou et Canton ; l'Angleterre y possède l'îlot de Hong-Kong, merveilleux abri, et grand entrepôt maritime, la France, la baie de Kouang-Tcheou-Ouan. La péninsule de Lei- Tcheou et la grande île de Haï-Nan ferment le golfe du Tonkin, sur lequel le port chinois de l'akhoï a une certaine importance.

Climat. — S'étendant, du nord au sud, sur une très grande distance, entre les parallèles du Sahara et de la Méditerranée septentrionale, la Chine doit être partagée entre des zones de climat diflérentes, et, en effet, elle a des régions tropicales et des parties tempérées. Cependant, quelques caractères généraux se manifestent sur toute l'étendue du pays, et sont la conséquence de sa situation h l'est du continent, entre les hauts plateaux et la mer.

Le premier de ces caractères est la rigueur relative des températures : la moyenne annuelle est, dans tous les points de l'Empire, même au bord de la mer, très sensiblement inférieure à celle de points situés sous la même latitude à l'ouest de l'Europe. C'est ainsi que Chang-Haï a la même moyenne que Livourne, Pékin que Brest, alors qu'elles sont situées, l'une à 12", l'autre à 9" plus au sud que les villes d'Europe.

Le second caractère est l'amplitude des variations entre l'hiver et l'été. Pékin, à la même dislance de l'équatcur que Naples, a une moyenne de janvier de — 4i°7 (comme à Riga et à Kiiew) et une moyenne de juillet de 26° (Naples et Barcelone), donc une amplitude de 31° environ. Le Peï-Ho et le golfe de Petchili sont gelés tous les hivers de manière à entraver les comnmnications. Par contre, les chaleurs de l'été sont insoutenables. Les récits de la guerre de Mandchourie nous ont montré, sous la même latitude que le midi et le centre de la France, des étés torrides et des hivers sibériens. Changhaï, sur le parallèle d'Alexandrie et du Maroc méridional, a les moyennes suivantes : en janvier -+- 2" (Champagne, Auvergne, Pays-Bas), en juillet 27° (Sfax). Même dans l'extrême sud, sous des cieux où, en général, le thermomètre varie peu, Canton et Hong-Kong ont encore des écarts de 16° et de 13° entre les moyennes estivale et hivernale. Ces oppositions entre les saisons s'accroissent à mesure que l'on s'avance vers l'ouest, c'est-à-dire vers les plateaux où, on le sait, elles atteignent leur maximum.

51i2 EMPIRE CHINOIS.

Le régime des pluies est la conséquence des moussons. Attirés pendant l'été vers le centre de basses pressions qui règne sur l'Asie intérieure, les vents de l'océan Pacifique apportent leur humidité, et se résolvent en pluies abondantes, qui diminuent du sud (2 à 5 m.) vers le nord (0 m. 60) et de la mer vers l'intérieur. Au contraire, en hiver, les hautes pressions du centre asiatique chassent l'air vers l'océan, et ces vents de l'ouest et du nord-ouest sont froids et secs.

Cours d'eau. — La Chine est riche en cours d'eau, c'est un des pays les mieux arrosés du monde, non par le nombre de ses fleuves, remarquablement restreint, mais par leur importance et le développement du réseau de leurs affluents.

11 n'y a en somme que deux fleuves vraiment importants, mais qui irriguent, par eux-mêmes ou par leurs affluents, la plus grande partie de la Chine. Ils forment un de ces couples fréquents en Asie ; voisins par leurs sources et par leurs embouchures, ils s'écartent dans leurs cours moyens.

Le premier est le Hoang-Ho, ou « Fleuve Jaune ». Né sur les hauts plateaux du Tibet, au sud du Kouen-Loun, par plus de 4.000 mètres d'altitude, il coule dans une région peu connu ■ encore, traverse le Kouen-Loun et les montagnes au sud du Koukou- Noor, puis pénètre dans la Chine propre. A Lan-Tcheou, il commence un immense détour en Mongolie : entre les sables mongols et ceux du plateau de l'Ordos, il traverse des déserts où il perd une partie de ses eaux. Puis, dans une course presque rectiligne vers le sud, entre le Chan-Si et le Ghen-Si, il pénètre au cœur même de la Chine. Le confluent du Oueï-Ho, son seul affluent important, excellente voie de pénétration vers l'ouest, marque le commencement de son cours inférieur. Sa direction est désormais presque uniformément vers le nord-est : d'abord au fond de grandes tranchées creusées dans la « terre jaune », puis à travers une immense plaine horizontale, qu'il domine presque par endroits. Cette disposition de son lit a des conséquences désastreuses. Lors des grandes crues, il perce souvent les levées entre lesquelles ses riverains ont essayé de le maintenir, s'étend sur le pays qu'il ravage et dont il ruine les habitants. Des changements d'embouchure sont la conséquence de ces divagations. Jusqu'en 1852, il tombait dans la mer Jaune, au sud du Chan-Toung ; depuis cette époque, et malgré des tentatives de retour à son ancien cours, il se jette dans le golfe de Petchili, au nord du Chan-Toung. Si l'on réfléchit que la distance entre ces deux points extrêmes est de 500 kilomètres à vol d'oiseau, que le point où le changement se fit est à la même distance de la

mer, on comprendra les épouvantables ravages accomplis par le fleuve. La superlirie inondée a été de 125.000 kilomètres carrés, et plusieurs millions d'habitants y ont péri. Son embouchure est ensablée, et ])endant la période de maigres de l'été, les bancs de sable entravent presque absolument la navigation. Bien que riches par l'agriculture, les bords du fleuve Jaune n'ont que peu d'agglomérations urbaines. Lan-Tcbeou, capitale du Kan-Sou, et Tsi'iN'an-Fou, capitale du Chan-Toung, sont les seules villes importantes qu'il baigne. Si-Ngan-Fou, capitale du Chen-Si, se trouve sur son affluent, le Oueï-Ho.

Inliniment plus important, à tous égards, est le Yang-Tse-Kiang, qui ne mérite nullement son nom de « Fleuve Bleu ». Né au cœur du Tibet, à plus de 5.000 kilomètres de la mer, il se dirige vers le sud-est sous le nom de Mour-Oussou. A son entrée dans le Sze- Tchouan, il prend le nom de Ïa-Kiang, et court vers le sud, au fond d'une vallée encaissée, parallèle à celles du Me-Kong et de la Salouen, séparées l'une de l'autre par moins de 50 kilomètres. Il semble alors devoir se jeter dans le golfe du Tonkin, par le cours du Song-Koï, qui le prolonge exactement. Toujours encaissé, toujours barré par des bancs de roches qui rendent toute navigation impossible, il décrit de nombreux et brusques détours, puis prend, presque définitivement, la direction du nord-est. C'est un superbe torrent, aux eaux claires, rapides et souvent profondes, mais ce n'est encore qu'un torrent jusqu'au confluent du Min-Ho. De ce point jusqu'à I-Tchang, les jonques peuvent, en courant les plus grands dangers, le descendre, et, au prix de peines sans nombre, le remonter à la cordelle : quelques chaloupes ou canonnières à vapeur l'ont parcouru, mais ces voyages, véritables tours de force, tiennent plus du sport que des relations commerciales.

A I-Tchang (1.500 kil. de la mer, sans tenir compte des détours), le fleuve s'épanouit : large et profond, maintenu, en tous temps, à un niveau suffisant par les grands lacs Toung-Ting et Po-Yang, qui reçoivent son trop plein en crue et le lui rendent pendant les maigres, il est sillonné par de nombreux bateaux ; à Han-Kaou, il reçoit les navires de mer venus y chercher les nombreux produits de la Chine centrale ; son embouchure est malheureusement ensablée et n'a que 5 mètres de fond.

Ses affluents sont nombreux et importants : peu navigables en général, ils forment cependant, par leurs vallées, des voies de pénétration remarquables. A droite, le Siang-Kiang et le Kan-Kiang établissent une liaison avec les affluents du Si-Kiang. A gauche, le lalung-Kiansf, le Min-IIo et le Han-Kiang, ce dernier navigable sur

près de 1.000 kilomètres, permettent d'atteindre les vallées des affluents de droite du lloang-Ilo.

En dehors de ces deux immenses cours d'eau, on doit citer encore le Si-kiang, qui prend sa source à peu de dislance de la frontière tonkinoise et arrose les « deux Kouang », ou provinces de Kouang-Si et de Kouang-Toung. Malgré ses 1.800 kilomètres de longueur, il n'est qu'une voie de communication insuffisante par suite de l'irrégularité de son régime. Près de son delta est le grand port de Canton, et sa principale bouche, la « Bocca Tigris » des anciens navigateurs, est gardée par les établissements anglais de Hong-Kong et portugais de Macao.

La Chine du nord a le Pei-Ho, rivière du Petchili, qui passe près de Pékin, et, malgré sa barre, reçoit de nombreux navires jusqu'au port de Tien-Tsin. La Mandchourie est arrosée par le Liao-Ho, et par le Soungari, affluent de l'Amour. Ce dernier forme la limite avec la Sibérie.

Géographie politique.

Populations. — La population de la Chine est la plus considérable au monde dépendant d'un même gouvernement. Les recensements n'ont naturellement qu'une valeur d'approximation; les résultats varient entre 530 et 426 millions de personnes pour l'Empire entier. Le dernier chiflVe est celui que donne le gouvernement chinois. Il correspond à une population spécifique de 39 par kilomètre carré (1).

Mais, nous l'avons déjà vu, il faut établir une distinction entre la Chine propre et le reste de l'Empire. La Mongolie, le Tibet et le Turkestan, c'est-à-dire toute la partie extérieure n'ont que 6.000.000 d'habitants environ, répartis sur plus de 6 millions de kilomètres carrés; soit un peu moins d'un habitant par kilomètre carré. La Chine propre, les \S provinces, a une population évaluée à 407.337.000 habitants, ce qui correspond à 102 par kilomètre carré. Avec la Mandchourie, le total est de 420.000.000 environ, et la densité de 85 par kilomètre carré.

Cette densité varie du reste avec les provinces : tandis que la Mandchourie n'a guère que 14 habitants au kilomètre carré, le riche Chan-Toung en a 221, le Kiang-Sou, malgré ses marécages, en compte 184, le Fou-Kien, 176; la moins peuplée des « ])rovinces » , le montagneux Koueï-Tcbeou n'a que 22 habitants par kilomètre

(1) Un ministre des Étals-Unis en Chine estime que le chilTre total ne dépasse pas 270.000.000 d'habitants (?).

GEOGRAPHIE TOLITIQUE. 315

carré. Si, au lieu de prendre comme unité la province, on considérait des régions plus petites, on arriverait .-i des chifiVes beaucoup plus considérables; en cerlains cantons, les haliitants forment de véritables fourmilières et se groupent par 500 au kilomètre carré. Dans telle région lacustre, la terre ferme manquant, le Chinois habite, sur l'eau, un radeau qui, recouvert de terre, est cultivé comme un jardin flottant. Et cependant, il reste encore beaucoup d'espace libre, dans la région de la terre jaune en particulier, où le perfectionnement des voies de communication permettrait de nourrir une population infiniment plus dense.

Les Chinois appartiennent à la race jaune, on les considère même quelquefois comme le type de la famille dite assez improprement Mongole, ce qui est inexact. Descendus sans doute du plateau, par le cours des grands fleuves, ils ont chassé devant eux et refoulé dans les parties montagneuses diftirjlement accessibles du sud-ouest les populations antérieures, Miao, Lolo, etc.

Malgré quelques dilTérences sensibles entre les habitants du sud et ceux du nord, on peut dire que le type chinois offre les caractères suivants : taille plutôt petite, membres grêles, obésité fréquente et précoce; le visage est rond, les pommettes saillantes, le nez large et aplati, les yeux petits et obliquement fendus; le système pileux est peu développé comme quantité, peu de cheveux et de barbe, mais les poils sont rudes et ressemblent à des crins noirs. L'habitude de se raser le crâne et de ne laisser subsister qu'une tresse qui pend sur le dos est générale. Malgré ces traits que nous trouvons peu harmonieux, les enfants sont charmants et les femmes, délicates, sont souvent jolies. Malheureusement pour elles, on a conservé l'abominable coutume de leur mutiler les pieds que l'on transforme en informes moignons.

Les mœurs des Chinois, très diversement appréciées suivant la disposition d'esprit des explorateurs, exaltées outre mesure ou injustement moquées, sont intéressantes à étudier et expliquent la civilisation du pays.

En général très doux, d'une politesse raffinée, très sobre et capable d'un travail soutenu, surtout quand celui-ci exige plus d'adresse que de force, de finesse que de persévérance, de routine que d'initiative, le (( fils de Han », comme il s'appelle, est surtout un être de tradition. Le respect de la famille, des ancêtres, touchant par certaines de ses manifestations, a aussi pour conséquence une grande antipathie contre tout ce qui est nouveau. Les choses qui existent ont été admises par les ancêtres, pourquoi leurs descendants les trouveraient-ils mauvaises? Du reste, le Chinois n'a aucune idée du

confort, de ramélioration de sa condition; le plus riche mandarin descend dans les auberges puantes des villages, et les quartiers les plus « élégants » de Pékin sont aussi sales que les plus pauvres. On comprend que les améliorations que nous prétendons apporter à son genre de vie le séduisent peu, et qu'il n'en voie que les inconvénients. Il n'a jamais été pressé, et n'éprouve nul besoin du cheraii! de fer, lequel ne servira qu'à importeries « diables d'Occident » et leurs produits.

Tel est l'état d'esprit de la masse des Chinois; naturellement, certains d'entre eux, plus cultivés, ayant même fait quelques voyages en Occident, ont des idées différentes, mais, jusqu'ici, ils n'ont exercé qu'une action minime sur leurs concitoyens. Après avoir inventé la poudre à canon, la boussole, l'imprimerie, à des époques où les peuples occidentaux vivaient dans la barbarie du moyen âge, ils se sont pour ainsi dire figés et n'ont plus progressé.

La langue chinoise est bien caractéristique de cet état de civilisation : elle est remarquablement informe, presque préhistorique. Un très petit nombre de mots (460 à 846 suivant les régions), monosyllabiques, exprimant une idée générale, prenant leur rôle et un sens plus précis d'après leur place dans la phrase, d'après l'intonation, et d'après les associations souvent baroques qu'on en fait. Cependant, le langage parlé est insuffisant pour se faire comprendre dès qu'on quitte le domaine des idées courantes, et l'on voit souvent les lettrés interrompre leur conversation pour saisir des pinceaux et la continuer par écrit.

Autant la langue parlée est simple, autant l'écriture est compliquée. 45.000 caractères environ, d'origine hiéroglyphique, sont employés, et la vie d'un lettré se passe à a[iprendre un nombre de caractères aussi grand que possible, sans qu'il puisse espérer les connaître tous.

Pour la religion, le Chinois est un type original de l'humanité. En général très tolérant, il suit d'ordinaire les trois religions qui existent dans le pays. L'Empereur donne l'exemple en célébrant les cérémonies des trois cultes. Le confucianisme est une sorte de morale d'un caractère très élevé, mais hostile à toute métaphysique; le taoïsme de Lao-tse, au contraire, se préoccupe de l'origine des choses et recherche l'immortalité bienheureuse par la vie contemplative; quant au bouddhisme, qui a le ])lus grand nombre de sectateurs, il est la véritable religion organisée, au sens que nous donnons à ce mot. Importé il y a 22 siècles, il satisfait l'imagination chinoise par les prédications souvent élevées, etl'indilfi'rence de la majeure partie de la population par la grande facilité du culte.

Mais la 'stTitable reliiiion du Chinois est la superstition, le « fengchoui », qui enseigne les moyens de se rendre favorables rimmense masse d'es|)rits, mânes d'ancêtres, génies, demi-dieux et démons dont i'irir, l'eau, la terre sont peuplés. Plus superstitieux que les anciens Uomains, les fils de Han n'accomplissent aucune action sans avoir consulté le sorcier; beaucoup d'explorateurs ayant compris l'àme chinoise attribuent l'échec subi par nos tentatives de civilisation à la faute que nous avons commise en ne nous servant pas du feng-choui, et même en le heurtant en face.

Les religions monothéistes n'ont eu que peu de succès : les musulmans cependant sont environ 50 millions, dans le nord-est et l'ouest, au Turkestan en particulier; les cbrétiens sont noyés dans la masse : 1 million à peine de catholi(jues et 150.000 protestants. Encore ces chiffres sont-ils sujets à caution.

La misère étant très grande dans les provinces surpeuplées du littoral, les salaires infimes, beaucoup de Chinois émigrent. Peu d'hommes au monde sont mieux armés que le Chinois pour réussir dans les pays neufs. Travailleur, se nourrissant pour quelques centimes par jour, se logeant par centaines dans d'immondes sentines, satisfait quand il peut se livrer à son vice favori dans quelque fumerie d'opium, le jaune fait, partout, une concurrence victorieuse aux travailleurs des autres pays. Cultivateur, il a remplacé le noir dans les plantations de cannes des Antilles ou des Mascareignes ; homme de peine, il fait le travail des ports de l'Indo- Chine ou de la Malaisie; blanchisseur ou domestique, il enlevait un travail réservé d'ordinaire aux femmes dans les États-Unis; mineur, il fournit maintenant une part de la main-d'œuvre dans les mines d'or du Sud-Africain. Préteur à la petite semaine et à très gros intérêts, il s'enrichit et devient gros banquier à Singapoure ou dans les îles Hollandaises. Petit commerçant, il monopolise presque le commerce d'infime détail sur les bords du Pacifique ou de l'océan Indien, ou bien, réussissant dans ses affaires, devient gros négociant comme dans notre Indo-Chine. Partout il réussit et dans de telles conditions que plusieurs États se sont protégés contre cette invasion pacifique, mais dangereuse ; États-Unis, Commonwealth d'Australie ont voté des lois proscrivant limmigration jaune, n'acceptant même les voyageurs riches d'origine chinoise qu'avec de gnuides difficultés.

C'est qu'en effet, l'émigrant chinois ne s'assimile jamais à la population du pays où il arrive. Il ne se marie pas à l'étranger, et, dans son contrat d'engagement, exige d'être rapatrié vif ou mort — des bateaux entièrement chargés de cercueils reviennent en Chine. —

518 EMPIRE CHIINOIS.

D'autre part, il ne dépense presque rien sur place, et remporte ou renvoie chez lui le produit de son travail. Et cependant, la question de la main-d'œuvre dans certaines colonies est tellement grave, que plusieurs pays se de'cident à recourir aux coulies chinois, comme le gouvernement anglais pour le Transvaal. Le gouvernement chinois, toutefois, ému des contrats souvent léonins imposés aux travailleurs jaunes, a réglementé l'émigration en masse, et se réserve d'autoriser ou non la recherche de la main-d'œuvre dans l'Empire du Milieu. Il désirerait du reste canaliser l'émigration vers les régions insuffisamment peuplées et mises en œuvre de l'Empire.

Gouvernement. — Le gouvernement chinois est d'organisation antique, e-t, en apparence, calqué sur celui de la famille. L'Empereur, « père et mère » de tous ses sujets, d'essence divine, seul intermédiaire avec les dieux, a l'autorité la plus ahsolue; quelques conseils l'aident dans sa tâche, mais n'ont aucune autre autorité que celle qu'il veut bien leur laisser.

Le gouvernement local est d'inspiration semblable. Le gouverneur ou gouverneur général de chaque province, le tao-taï de chaque tao ou groupement de départements, les préfets, sous-préfets, administrateurs de toute sorte tiennent leur pouvoir de l'Empereur, sont exclusivement responsables devant lui, et par conséquent toutpuissants. Recevant peu de salaires, ils vivent de leurs fonctions, sur le peuple.

Le recrutement des fonctionnaires est assuré par les concours du mandarinat. Il est très démocratique, tout lettré pouvant arriver aux plus hautes fonctions, et nul, même le fils du plus haut personnage, ne pouvant occuper la place la plus humble sans avoir passé les examens. Ceux-ci, du reste, sont restés purement formels et aussi éloignés que possible de la science actuelle et des nécessités de l'heure présente.

L'armée et la marine chinoises sont, depuis les dures épreuves subies par elles en 1895 et en 1900, en voie de réorganisation sérieuse. Ce sont encore les vice-rois qui s'en occupent, mais ils ne sont plus aussi absolument indépendants qu'autrefois, et une sorte de ministère de la guerre a été établi qui a la haute main sur toutes les affaires militaires et navales. Les anciens corps des « Huit Bannières » ou armée mandchoue, et de 1' « Étendard Vert » ou armée chinoise n'existent plus en réalité. Deux armées, celle du Nord, au Petchili, celle du Sud, dans les deux Kouang, sont organisées par des officiers européens, munies d'armes perfectionnées, dont les soldats chinois ont montré qu'ils savaient se servir. La marine, presque tout à fait anéantie par les Japonais en 1895, se

reconstruit. L'arsenal do Fou-Tchcou, créé par des Français, délrint par l'amiral Coiirbel, u été recréé par un Fronçais.

Les rapports entre la Chine el les pays de l'extérieur ont subi de grandes modifications depuis moins d'un siècle. Pendant longtemps, seuls, les Portugais de Macao eurent le droit de faire le commerce avec le Céleste Empire. Mais, à la suite de plusieurs interventions des Européens, le gouvernement chinois fut obligé de leur reconnaître le droit d'entrer dans certains ports ou places de commerce que l'cin appelle ports à traité; il leur accorda même dos concessions de terre dans quelijues-unes de ces places, concessions qui jouissent du privilège d'exterritorialité.

Enfin, la guerre sino-japonaise de 1895, la révolte des Boxeurs de 11)00 et quelques massacres de missionnaires amenèrent les puissances européennes à prendre des gages et des points d'appui pour une action éventuelle. Bien que proclamant le principe de l'intégrité de l'Empire Chinois, elles commencèrent un véritable partage de cet Empire, sous la forme déguisée de locations à bail. Allemands à Kiao-Tcheou, considérant la province du Cliantoung comme une zone d'expansion exclusivement réservée à l'Allemagne; Busses à Port- Arthur, se réservant la Mandchourie; Anglaisa Uueï- Hai-Oueï, et à Hong-Kong, déclarant le bassin du Yang-tso-Kiang fermé à toute autre colonisation éventuelle que la leur ; Français à Kouang-Tcheou-Ouan et obtenant de la Chine qu'aucune autre puissance que la France ne pourra recevoir d'avantages spéciaux dans les quatre provinces de Kouang-Toung, Kouang-Si, Kouoï-Tcheou et Yunnan, limitrophes du Tonkin, marchaient vers le partage de l'Empire. L'intervention japonaise de 1904-1905 a arrêté ce mouvement, en obligeant les Busses à céder la péninsule de Liao-Toung à leurs vainqueurs, et à rendre la Mandchourie à la Chine. Lés autres puissances durent reconnaître de nouveau le principe de l'intégrité de l'Empire, et le traité anglo-japonais de juillet 1905 a garanti pour dix ans le maintien du statu quo.

Elles comptent faire la con([uète pacifique de la Chine à la civilisation occidentale, et, ne pouvant prendre possession effective de portions de l'Empire, se bornent à la recherche des concessions de mines ou de chemins de fer.

Géographie économique.

Le rôle de la Chine dans la vie économique du monde est encore peu important, mais l'avenir semble plein de promesses pour cet immense pays, qui comprend une si grande partie de l'humanité

et àoiit les ressources naturelles paraissent trè«; considérables. Les habitants ne savent pas tirer partie de ces richesses, les Européens — ou assimilés comme les Japonais — n'ont pu encore les exploiter, mais l'entrée de la Chine dans le mouvement économique mondial n'est plus qu'une question de peu d'années. Une révolution profonde en sera la conséquence. Comment se produira cette entrée? Au profit de qui? Telles sont les questions qui se posent, et avec une gravité dont on ne peut pas ne pas se préoccuper.

Agriculti'^f-. — La culture du sol est encore la seule source de richesses véritablement exploitée. Tous les Chinois la considèrent comme la profession la plus honorable, comme un devoir sacré : l'Empereur, chaque année, laboure lui-même trois sillons.

Le paysan chinois est souvent vanté comme le plus parfait agriculteur ; cette assertion est quelque peu exagérée. Merveilleux horticulteur, il sait faire rendre le maximum à une étendue médiocre de terrain : il a inventé, pourrait-on dire, la culture intensive, à grand renfort d'engrais de toutes sortes. Mais il ne sait pas, comme le riverain de la Méditerranée, fertiliser, par l'aménagement des eaux, les territoires trop secs ; il tire parti de la fertilité naturelle de la Terre Jaune, mais ne violente pas les terrains moins riches. Le régime de la très petite propriété, général dans l'Empire, n'est du reste pas favorable à l'extension des cultures par de grands travaux coûteux, pas plus du reste que l'exploitation des habitants par les mandarins ne pousse ceux-là à essayer de s'enrichir (1).

Les conditions naturelles varient singulièrement d'après les régions. Mettons d'abord à part tout le plateau central d'Asie, Tibet, Turkestan et Mongolie, pratiquement inexploitable aujourd'hui, et qui le restera sans doute encore longtemps.

Quant à la Chine propre, elle présente de bien meilleures conditions, mais il faut y distinguer plusieurs parties. Le sud, l'ouest et le nord, montagneux, ne peuvent être cultivés que dans les vallées, souvent étroites, mais presque toujours très fertiles et bien arrosées. La plaine de l'est, où coulent les deux grands fleuves, immense zone de lœss, déjà naturellement féconde, enrichie encore par les débordements qui déposent un riche limon, bien irriguée en général, est la région de grande production : peu de pays au monde sont plus cultivés, utilisés d'une façon plus minutieuse que les bords des lleuves. En s'éloignant de ceux-ci, on trouve des

(1) Moyenne des propriétés : 1 hectare; une propriété de 6 hectares est considérée comme grande.

régions moins exploitées, où des millions d'hommes trouveraient leur vie, ou qui pourraient fournir à l'alimentation mondiale.

Les conditions climatiques permettent de distinguer encore des zones. Au sud du Yang-tse-Kiang, la mousson se fait sentir et apporte, bien au nord du tropique, les conditions de la zone tropicale : humidité considérable pendant les chaleurs de l'été, productions tropicales. Au nord du grand fleuve, l'opposition violente des températures d'été et- d'hiver change les caractères (le la végétation. Les plantes qui craignent le froid, riz, coton, etc., disparaissent, mais les chaleurs très fortes de l'été permettent à certains végétaux des pays chauds de vivre à côté de ceux des pays tempérés. Tout se mêle, d'une façon que nous ne connaissons pas en Europe : bambou, canne à sucre et indigo voisinent avec le blé et le seigle. La Mandchourie enfin, avec ses prairies et ses arbres fruitiers, rappelle de près nos provinces de l'ouest.

Le Chinois, obligé de cultiver à outrance, n'aime pas les arbres. Peu de pays ont été aussi complètement déboisés que la plaine chinoise, et les conséquences en sont graves pour le régime des fleuves. On ne trouve plus de forêts que dans la partie montagneuse et sauvage de l'ouest, surtout en Sze-Tchouen, dans le Fou-kien, au sud-est, et en Mandchourie. On ne les exploite pas encore, mais lorsqu'on s'y mettra, c'est-à-dire lorsque les voies de communication pénétreront cette région, nul doute qu'on ne trouve une importante source de revenus dans les diverses et riches essences des forêts. Le bambou forme de véritables jungles dans certaines parties accidentées, et on l'utilise de nombreuses façons.

Parmi les cultures alimentaires, le premier rang est occupé par les cérp'\les ; le riz est le grain national par excellence : réclamant beaucoup d'eau et de chaleur, il est surtout cultivé le long de la côte sud-orientale et sur les bords facilement submergés des rivières. Une espèce pousse dans la montagne, mais elle est moins précoce et moins productive. Les rizières ne dépassent pas au nord le cours du Hoang-Ho. La production est considérable, mais nous n'avons aucun moyen de l'estimer. Les autres céréales, blé, orge, seigle, avoine, sorgho et millet, ne sont guère cultivées que dans les régions où le froid ou le manque d'humidité empêchent le riz de réussir : montagnes et partie septentrionale de la plaine.

Les légumes et les fruits tiennent une place considérable dans les produits de l'agriculture.

Le Ihé est une grande culture chinoise. 11 fournil la boisson de DrBois-KERGorARD. 21

toutes les classes de la population, il donne encore lieu à une active exportation malgré la concurrence de l'Inde et de Ceylan. Les conditions de chaleur et d'humiditd qu'exige sa culture sont assez difficiles à réunir. La croissance très activée des feuilles, constamment enlevc'es, réclame des précipitations abondantes et fréquentes; mais il faut qu'elles soient suivies de longues éclaircies, qui permettent aux rayons du soleil de donner promptement à ces feuilles le parfum qui fait tout leur prix. Le thé redoute par conséquent une humidité continue ; il ne réussit pas sur les sols compacts, où l'eau séjourne ; on ne le trouve pas dans les régions basses, ni surtout dans les deltas, mais il se plaît particulièrement sur les côtes rocheuses et en général sur tous les terrains en pente, où l'eau s'écoule vite, où la terre se sèche rapidement. Il est d'ailleurs assez indifférent à la température et supporte aussi bien les gelées d'hiver que les chaleurs de 40 degrés.

Les principaux pays producteurs de thé sont ceux du sud et de l'ouest, Fou-Kien, llou-Pe et Hou-Nan, Kiang-Si, Tche-Kiang, Ngan- Hoeï, Kouang-Touug et Sze-Tchouen,. Le centre principal d'embarquement des thés pour l'Europe est à Fou-Tcheou, la Russie seule se fournit à Han-Kaou (1).

Le pavot à opium est devenu une culture chinoise, il est inférieur à celui de l'Inde et de la Perse, mais, comme sa culture rapporte trois ou quatre fois plus que celle du riz, elle fait de grands progrès dans le centre et le sud ; le district d'Anioy lui consacre 60 pour 100 des terres cultivables. La canne à sucre donne d'abondants produits dans le sud (Fou-Kien et île d'Haïnan), mais suffit à peine à la consommation.

Les plantes industrielles sont moins importantes; elles pourront faire de grands progrès lorsque l'industrie chinoise, accrue, demandera plus de matières premières. Le coton trouverait de bonnes conditions naturelles ; la production en est déjà abondante, mais suffit à peine à la fabrication des cotonnades grossières tissées par les indigènes ; l'ortie blanche, ou « china grass », commence à être exportée vers la France et l'Angleterre. Le tabac, les plantes tinctoriales et oléagineuses (safran, indigo, arachides, etc.), l'arbre à laque sont une source de revenus assez importante.

(1) Exportation du ttié (1904) 87.800 tonnes.

Production descendue : 1885 129.000 —

Elevage. — .Agriculteur, le Chinois n'est pas pasteur en général. La partie cultivée l'est au point qu'il ne reste plus d'espace pour les pâturages ; d'autre part, tout le travail des champs et les transports se font à main ou à dos d'hommes, enfin l'alimentation des Chinois est presque exclusivement végétale. Quelques hoeufs et Iniriles. des porcs, des chèvres et des volailles, parmi lesquelles de nonihreux canards, sont les seuls animaux des fermes de la plaine. Sur les plateaux seulement et en Mandchourie, les hahitants élèvent des troupeaux de chevaux, chameaux, yacks, moutons, etc.

Par contre, le ver à soie est soigné dans toute la Chine. Presque tous les arbres nourrissent des vers, dont la soie sert à la fabrication des étoiles indigènes ; celle du bombyx du mûrier est seule exportée. Le mûrier réussit dans les mêmes provinces que la thé, mais la meilleure soie vient des pays de Kouang-Toung, Sze- Tchouen, Tche-Kiang et Kiang-Sou. Le grand marche' d'embarquement est à Chang-Haï, puis vient Han-Kaou, pour les soies du Sze-Tchouan. La production totale, très difficile à évaluer, paraît être égale à celle du reste du monde, et, malgré la concurrence de l'Italie, du Japon et même des Etats-Unis, la Chine est encore le grand producteur des soies.

Si la chasse ne donne pas de revenus considérables dans un pays d'où la population, depuis longtemps très dense, a expulsé le gibier, la pêche et la pisciculture sont un art véritable dans les fleuves et les étangs ou lacs de l'intérieur, et la première fait vivre une nombreuse population sur la côte. Les saleries des îles Chou-San sont actives.

Bien que la Chine ait perdu son ancien monopole pour ses produits les plus précieux, comme la soie et le thé, on voit néanmoins de quelles ressources immenses dispose son agriculture et de quelles richesses nouvelles elle peut devenir la source, lorsque les Chinois se seront décidés — un peu trop tard, peut-être — à quitter leurs vieilles méthodes et à profiter des progrès que leur apporte la civilisation occidentale.

Ressources minérales. — Plus riche peut-être encore en minerais de toutes sortes, la Chine est appelée à jouer un grand rôle industriel quand elle mettra en valeur son sous-sol.

C'est d'abord le pays qui possède les bassins houillers les plus étendus, les plus abondants et peut-être les plus faciles à exploiter; on estime leur étendue à plus d'un million de kilomètres carrés (le double de la superficie de la France) ; les couches ont une épaisseur moyenne de 12 à 16 mètres, et sont le plus souvent à

{leur de terre ; la qualité du combustible semble excellente. Aucune des 18 provinces n'en est dépourvue, et la Mandcbourie en possède d'asser nombreux gisements.

Les principaux bassins, exploités le plus souvent par des étrangers, sont situés dans le Petchili, le Chan-Toung; le Chan-Si, à lui seul, a des bassins de 70.000 kilomètres carrés ; le Hou-Nan en a de 56.000 kilomètres carrés ; le Sze-Tcbouen du nord et du centre en est riche, lui aussi. Mais l'exploitation est encore bien primitive, les transports se font à dos de mulets ; des lignes de chemins de fer permettront de l'accroître.

Le pétrole existe en abondance sur le haut cours du Yang-tse- Kiang.

Les autres métaux abondent, mais ne sont pas suffisamment exploités. Le fer, signalé presque partout, existe auprès des mines de houille dans le Chan-Si, le Chan-Toung et la Mandcliourie. On sait que c'est a ce rapprochement du minerai et du combustible que l'on attribue la prospérité de l'industrie métallurgique anglaise et celle des usines de Essen en Allemagne, du Creusot en France. Nul doute que la Chine n'en tire, elle aussi, un profit considérable. Le cuivre, le plomb, l'étain, le sel, le kaolin sont reconnus dans maint endroit. La province du Yunnan paraît être la plus riche en toutes sortes de minerais. Or, elle est voisine du Tonkin, et celui-ci pourra l'exploiter lorsque les communications seront assurées.

Industrie. — Grand pays d'industrie au moyen âge, lorsque Marco-Polo constatait une activité extraordinaire dans les villes, la Chine s'est laissé dépasser par les peuples européens alors très en retard sur elle. C'est qu'aussi les fabricants chinois n'ont pas modifié leurs procédés et font encore les tissus, porcelaines, bronzes, papiers et autres objets de leur industrie comme leurs aïeux du Tiii^ siècle. Certains de ces objets sont remarquables, considérés du point de vue artistique, mais qu'ils soient de luxe ou bien d'usage courant, leur prix est relativement plus élevé que celui des produits similaires d'Europe. Beaucoup de « chinoiseries », comme de « japonaiseries » sont fabriquées chez nous. Quant aux tissus et en particulier aux cotonnades dont le peuple s'habille, ceux qui viennent d'Europe l'emportent en solidité, élégance et prix sur ceux qui proviennent des ouvriers chinois.

Aussi un mouvement s'est-il produit pour établir dans le pays des usines sur le modèle européen. Toutes les conditions semblent réunies pour que cette importation réussisse : matière première et houille abondent, à des prix très bas, et, surtout, la main-d'œuvre

est à vil prix et en très grande quantité (1). Bien des prophètes du « l*éril Jaune » ont pronostiqué la victoire de la nouvelle industrie chinoise sur celle de la Vieille Europe; la Chine devait, à bref délai, se former aux importations européennes, et, peu de temps après, venir concurrencer même chez nous les produits de nos usines. Ces prophéties ne se sont pas encore réalisées, et ne semblent pas près de l'être.

Quelques établissements à la mode européenne ont bien été créés dans les dernières années, mais si certains d'entre eux réussissent, leur nombre s'accroît peu. Quelques minoteries modernes transforment en farine et fécule le blé et le riz, les savonneries de Nanking ont du succès, les grandes forges de Han-Yang, faubourg de Han- Kaou, peuvent fabriquer 500 rails d'acier par jour pour le chemin de fer de Han-Kaou à Pékin. C'est surtout dans la filature que le mouvement s'est manifesté : en 1901, il y avait en Chine 14 filatures de coton, comptant 460.000 broches; les filatures de soie de Tche-Fou et surtout de Chang-Haï et de Canton sont actives et produisent des filés avec lesquels ceux de l'Europe rivalisent difficilement. Des tissages de cotonnades existent à Tchoung-King, mais travaillent surtout les filés importés d'Angleterre. Que sont ces rares usines, dans un pays si peuplé et si riche en matières premières?

C'est qu'en effet, il ne suffit pas que la main-d'œuvre soit à bas prix, il faut encore qu'elle soit productive. La main-d'œuvre chinoise est bon marché, mais elle ne vaut pas cher. L'ouvrier chinois, remarquable dans les oeuvres de patience et de tradition, ne sait pas se servir de la machine, il ne la comprend ni ne l'aime, il la laisse rouiller, la brise en mi imposant un travail qu'elle ne peut faire. D'autre part, il est volontiers ûâneur et inattentif; un tisseur, aux États-Unis, peut surveiller jusqu'à 18 métiers, un Chinois en surveille — mal — un seul ; l'ouvrier yankee payé très cher donne donc un travail de beaucoup supérieur à l'ouvrier chinois.

D'autres éléments manquent encore aux Chinois pour créer une industrie : ils n'ont pas d'ingénieurs, de chefs de maison au courant

(i) Quelques salaires chinois :

Casseurs de pierres 0 fr. 40 par jour.

Traîneurs de pousse-pousse ...... 0 fr. 60 —

Cordiers (nourris et logée) 0 fr. 65 —

Filateurs 0 fr. 45 à 0 fr. 65 —

(Enfants : 0 fr. 22 à 0 fr. 25).

Typographes (nourris seulement) .... 1 fr. 10 —

Chaudronniers 2 fr. » —

Mécaniciens 1 fr. 57 —

32fi EMPIRE ClILNOIS.

des procédés modernes. Quelques jeunes gens venus en Europe, ont cru pouvoir remplacer les ingénieurs ou directeurs européens qu'on s'était d'abord attachés. Mais ce n'est pas en quelques années d'études souvent mal digérées que se forment des industriels ; le manque de soin n'est pas l'apanage exclusif des ouvriers, et les YOyageurs ont souvent signalé la mauvaise tenue générale des usines — même de celles de l'Etat — et certaines erreurs dans l'emploi des machines et procédés modernes (1).

Les capitaux manquent aussi ; la Chine n'a pas un commerce sullisant pour en acquérir; les Européens seuls, ou presque seuls ont pu jusqu'ici créer de grandes usines; mais l'hostilité des Chinois pour tout ce qui vient du dehors les amène à repousser de plus en plus les capitaux comme les hommes étrangers. Us ont la prétention de ne plus rien faire, voies ferrées, usines, mines, etc., qu'avec des capitaux chinois; or ceux-ci ne se trouvent pas facilement dans un pays généralement assez pauvre. Aussi, malgré leur répugnance, les Chuiois sont-ils obligés de s'adresser encore aux pays européens et américains qui leur font payer cher leur aide.

Toutes ces raisons expliquent que l'industrie moderne n'ait pas réussi encore à s'implanter en Chine. Mais elle y viendra, et l'intrusion de la Chine sur les marchés du monde amènera certainement une révolution plus considérable que l'entrée en ligne du Japon, dans les dernières années.

Voies de communication. — Tout l'avenir de la Chine dépend du développement des voies de communication. Celles-ci sont absolument insuffisantes dans l'état actuel des choses, et empêchent le transport à bon compte des matières premières et même des objets fabriqués.

Cependant les voies navigables sont relativement bonnes : le Yang-tse-Kiang, nous l'avons vu, est praticable pour des navires de mer jusqu'à Han-Kaou, pour vapeurs de rivière jusqu'à Itchang. Au-dessus de cette ville, les jonques ne circulent qu'au prix de tours de force perpétuels. Le Si-kiang, le Peï-Ho, le Hoang-Ho sont bien inférieurs.

Les Chinois ont su creuser des canaux dès la plus haute antiquité, et leur chef-d'œuvre en ce genre a été le Canal Impérial, qui unit Hang-Tcheou, au sud du Yang-lse, à Tien-Tsin, sur le Peï-Ho. Mais, depuis bien longtemps, on a cessé de l'entretenir, et cette belle

(1) Voir sur cette question et sur « l'ouverture de la Ciiine », l'ouvrage de Weclersse, Chine d'autrefois et d'aujourd'hui, Paris, Colin, 1901. Voir aussi MariL'l MoNMER, Le Tour d'Asie, et surtout Le Drame chinois.

GEOGRAl'lllE ECONOMIQI'E. 527

voie de 1100 kilomètres ne peut plus rendre aucun service (1).

Le caljotage sur les côtes est extrêmement actif: le transport du riz du sud vers le nord se tait tout entier par mer.

Les routes, que Marco-Polo pouvait admirer dans un temps où celles de l'Europe n'étaient que des pistes ou des l'ondrières, n'ont été ni améliorées, ni entretenues depuis cette époque. Construites avec la préoccupation de ne pas violer les règles du Feng-(Jioui, files traversent le pays en ligne droite, montant les pentes par de véritables escaliers, praticables aux seuls porteurs.

Mais l'avenir est aux chemins de fer. Malgré l'hostilité des Chinois pour le nouveau mode de transport, hostilité que certaines maladresses des constructeurs expliquent sans la justifier absolument, quelques voies ferrées existent déjà, et de nouvelles sont en construction ou concédées.

Parmi les plus importantes, citons : celles de l'Est Chinois et du Sud-Mandchourien, construites par les Russes, mais rétrocédées par le traité de Portsmouth : de Kharbine, sur le Transmandchourien à Port-Arthur, avec embrancliement surKirin; de Port-Arthur à Pékin, avec bifurcation sur Sin Ming-Tin.

Une grande ligne, construite par une société franco-belge avec participation du gouvernement chinois, est achevée de Han-Kaou à Pékin ; un embranchement va de Tcheng-Ting à Taï-Yuen au Chan-Si. La grande ligne doit être prolongée par les Chinois de Han-Kaou h Canton. Une ligne allemande traverse les riches régions du Chan-Toung, de Kiao-ïcheou à Tsi-Nan-Fou.

Quelques concessions de futurs chemins de fer sont intéressantes : telles celles qu'ont obtenues les Anglais, de Fou-Tchéou à Han-Kaou et Ning-Po, et de Teng-Houen en Birmanie ; la ligne française de Haiphong (Tonkin) à Yunnan-Fou est en construction (2).

•i, Par une docisioii en date de février 1898, le gouvernement cliinois a ouvert à la navigation étrangère, au même titre qu'à la cliinoisc, les voies navigables de l'Empire entier. En septembre 1902, il a autorisé les armateurs à faire, à leurs frais, des installations de halage sur le Yang-tse, de Ichtang à Tclioung-King. En 190.5, le nombre de navires à vapeur inscrits pour la navigation intérieure était de 124 chinois et 154 élrangers.

(2) Lignes coiislruites : environ 0.400 kil. Concédés : environ 6.000 kil.

Est Chinois Projeté. 2.642 iiil. Construit. 2.642 kil.

Chemins de fer impériaux. . — 2.407 — — 2.254 —

C'" belges — 218 — — 0 —

Banque russo-chinoise. ... — 671 — — 671 —

C'" anglo-allemandes. ... — 1.167 — — 0 —

— britanniques — 615 — — 47"i —

— chinoises ....... — 3 284 — — 240 —

— françaises — ■ 443 — — 90 —

328 KMi>iriE CHINOIS.

Les relations de la Chine avec l'extérieur ont lieu presque exclusivement par mer, aussi les ports à traité raeoivcnt-ils un nombre considérable de navires. La plus giosse part est britannique, puis viennent les Chinois, les Japonais et les Allemands ; quant aux Franchis, ils ne suivent que de loin îsurs concurrents. Les progrès des Allemands et des Japonais sont remarquables ; les premiers surtout semblent vouloir faire des mers de Chine un domaine exclusivement allemand (1). Les principaux ports sont d'abord Chang-H?ï, qui fait, à lui seul, près d'un milliard de transactions. Ensuit*^, viennent Canton, avec 230 millions, Kou-Loun, Tien- Tsin, etc. A part doit être cité Hong-Kong, qui est maintenant, et si l'on considère seuleraent le mouvement des entrées al sorties brutes, sans rechercher le nombre de tonnes débarquées ou emportées, le premier port du monde, dépassant, avec ses ''li millions de tonneaux, le mouvement même de Londres. Ce port franc a fait des progrès considérables ; de 5 millions de tonneaux en 18/0» les entrées sont arrivées à 11 millions en 1903. Tous les navires qui vont en Extrême-Orient y font escale.

Commerce. — Peut-être les dons naturels de la Chine sont-ils, jusqu'à un certain point, causes de ia médiocrité de ses échanges. La population chinoise a, en grande partie, ce qui lui est nécessaire, et ne va pas le chercher au dehors ; sa densité, d'autre part, ne lui laisse pas un excédent considérable à exporter. La difficulté des communications enfin nuit au commerce.

Les échanges intérieurs sont relativement assez développés; les provinces du nord doivent demander à celles du sud le riz, le coton et tous les produits de la zone chaude. Du reste, le terme de commerce « intérieur » ne peut avoir, dans un empire grand comme un continent, soumis à dos conditions de climat si différentes, le même sens que d ms nos pays de dimensions restreintes et de productions peu variées. Cependant, le groupement de la population

(1) Mouvemenl des ports à traité, sans le cabotage et les jonques (190G) :

Total des entrées et sorties. . 133.200 nav. jaugeant 67. 772. COO tonneaux.

Dont : Britanniques .... 53.160 — 55.000.000 —

Chinois 82.300 — 13.001.000 —

Japonais 4.321 — 4.273.000 —

Allemands 6.835 — 7.602.000 —

Fiançais S. 370 — 1.262.000 —

Suédo-norvégier, 1.600 — 1.4U0.000 —

Russes . . . . 81 — 56.110:) —

Américains. . ...... 1.550 — 645.001) —

GEOGn.\FinE ECUNOMIQIE 329

diins la zone médiane fait que la plupart des produits sont consommés «ur place; les ccnsmunicalions difficiles, les douanes intérieures, « li-kin ». les exactions des mandnrins locaux sont des entraves considérables ayx échanges.

Qua,nt av commerce extérieur avec les pays étrangers, il n'attein% pour ho raisens données plus haut, qu'un chiffre médiocre, plus de 2 nai-ijards de francs.

Les échanges par terre sont insignifiauts : l'ancienne Route de 'a Soie, par Kachgar et par le Parair, ae donne plus passage qu a bien peu de caravanes; la D?;o'jingarie, la rouie de Kiachta; ne servent plus (ju'au Iransport de quelques briques de thé inférieur pour la consommation de la Russie; le Transsibérien donnera passage à du thé, à des fourrures, mais ne jouera pas, lui non plus, un grand rôle. Seules, les fronliores du sud peuvent être le théâtre d'échanges actifs avec les pays limitrophes, Tonkin et Barmanie.

Le Vunnan et les provinces voisines sont, nous l'avons vu, très riches; leur population, sans être très dense, est assez nombreuse pour consommer des produits abondants. Or, dans l'état actuel, ces provinces ne sont accessibles que par la navigation longue et dangereuse du Yang-tse-Kiang. Leur vraie porte de sortie est dans le golfe du Tonkin, ou, mais avec plus de diflicultés, dans le golfe du Bengale.

C'est ce qu'ont compris Français et Anglais quand ils se sont installés au Tonkin et en Barmanie. Déjà, par caravanes, vers Bhamo et l'Iraouaddy navigable, par le Song-koï, de Montgse à Hai-Phong, la circulation est assez active; la construction des chemins de fer français de Hanoï à Yunnan-Sen, et anglais de Bhamo vers le même point, doit augmenter considérablement ces transactions. Notre situation est la plus avantageuse, et si nous le voulons, le Tonkin sera l'antichambre du Yunnan, du Sze- Tchouan, du Kouei-Tcheou et d'une partie du Kouang-Si.

C'est par mer que se fait la plus grande partie du commerce extérieur chinois. Les importations consistent surtout en cotonnades, opium, métaux, sucre, pétrole, matériel de chemins de fer, etc., en objets fabriqués de toutes sortes. Les produits vendus sont surtout de la soie, du thé, du coton, et autres matières premières. Elles sont, du reste, sensiblement inférieures aux importations.

Les douanes impériales chinoises, administration européenne, et surtout anglaise, ne donnent que peu d'indications sur la provenance ou la destination des produits qui passent sous les yeux de leurs agents, aussi est- il difficile de juger de l'importance des

transactions de chacun des [lays étrangers. Le Royaume-Uni vient au premier rang, l'Allemagne, les États-Unis et le Japon font de grands progrès, dont le mouvement de la navigation nous a donné une idée (I ).

Conclusion. — D'excellentes qualités naturelles, les unes parl'aitement mises en œuvre, les autres à peine employées, telle est la situation de la Chine. Par cramte de l'absorption par les Européens, ce pays s'est jusqu'ici étroitement fermé à tout rapport avec eux. Ses habitants ont pu s'apercevoir qu'ils avaient fait fausse route : il ne suffit pas de vouloir rester isolé pour le pouvoir, et l'Europe a, à plusieurs reprises, troublé le « splendide isolement » où se complaisaient les Chinois. Ceu.x-ci conmiencent à comprendre <jue la tactique suivie par leurs cousins japonais était plus habile, aussi pensent-ils à laisser entrer la civilisation. Mais ils voudront se transformer eux-mêmes et émettent déjà la prétention de tout faire en Chine, par des Chinois, et avec des capitaux chinois.

L'idée d'une Chine pays de colonisation que l'on peut se partager

(1) Commerce chinois, en millions de francs :

Moyenne 1899-1903

Principaux clients :

Hong-Kong ....

Japon

Royaume-Uni

Etats-Unis

Russie

Singapore

Indo-Chine française

France (statistique française) . .

(Voir, d'autre part, à chacun des pays.)

Cotonnades 447.1

Opium 153.5

Sucre. .

Pétrole .

Métaux .

Houille .

Riz. . .

Machines

Importations.

Exportation

Principales exportations.

Soie et soieries 281.9

rhé 108.7

Coton 89.3

comme l'Afrique, n'est [)lus admissible maintenant. Celle d'un pays ouvert à l'importation des produits d'une puissance européenne à l'exclusion des autres, ne l'est pas non plus ; tous les États européens, les Étals-Unis et le Japon sont en ligne et veulent être traités sur le même pied. La politique de l'inlégrité de l'Empire chinois et de la « porte ouverte » est proclamée par tous les traités.

Mais on ne doit pas désespérer de faire, en Chine, et pendant longtemps, des affaires, même avantageuses. D'ici bien des années, le pays ne pourra pas suffire à sa consommation d'objets fabriqués et nos usines peuvent fournir à ce marché immense ; les zones de commerce sont choisies : la France au sud-ouest, l'Angleterre dans le Yang-Tse, l'Allemagne au Chan-Toung, la Russie, (juand elle se sera reprise, au nord. Les trois derniers États devront compter avec la concurrence yankee et japonaise que la situation de notre zone nous permettra de moins craindre.

Plus tard enfin, quand la Chine sera tout à fait « ouverte )) à la civilisation, si elle se suffit pour les produits fabriqués, elle demandera peut-être des denrées alimentaires pour sa population trop dense. Quant à la crainte que la Chine arrive à lutter, sur nos propres marchés, avec nous, elle semble chimérique : l'argument du bon marché de la main-d'œuvre n'est pas solide, car il est peu probable que, dans un pays plus civilisé, plus riche, la maind'œuvre n'augmente pas de prix, et, seule, reste immuable au milieu du changement de toutes choses (1). Enfin, rien ne contraint les pays d'Europe à se priver de la défense des tarifs de douane.

On a beaucoup parlé, dans ces dernières années, du « péril jaune », il ne faut pas croire qu'il soit si voisin que certaines personnes semblent le croire.

(1) Cf. AVEUliRSSE, op. cit.

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