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navires. 1.988.905 tonneaux

Grandes compagnies :

Togo-Youclien-K;iïcha. . . 5 nav. 26.590 tpn. Bénéf. nets : 1.400.000 fr Nippon-Youchen-Kaïcha. . 76 — 248.850 — — 5.200.000 —

Osaka-Chosen-Kaïcha. . . 81 — 66.429 — — 1.455.4U0 —

(2) Mouvement des ports en 1903. : Eu'rées

Total 7.247 navires. 13.419.800 tonneaux.

Dont Japon. . . . 5.827 — 5.150.000 —

Royaume-li;i. . . 1.762 — 4.754.500 —

Allemagne .... 425 — 1.268.500 —

États-Unis .... 271 — 961.200 -

Norvège 407 — 592.500 —

Russie 252 — 553.400 —

France 101 — 215.200 —

Autriche 61 — 190.600 —

(3) Chemins de 1er :

Élat. Compagnies Tolaux.

Exploités 2.672 kii. 5.195 l;il. 7.867 kil.

Bénéfice net kilométrique : 10.754 Irancs.

Mouvement des voyageurs . . . . 105.281.500 voyageurs. — marciiandiscs. . . 19.619.800 tonnes.

GEOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. 7,i7

Commerce. — Le commerce a suivi, naturellement, les progrès de l'industrie et des voies de communication. Cependant les échanges intérieurs sont peu actifs, chaque partie du pays produisant à peu près ce qu'il lui faut pour sa consommation.

Le commerce extérieur est plus important, et a fait d'immenses progrès depuis (jue le pays est entré dans la voie de la civilisation. De 08 millions en 1868, il a passé à 2 milliards de francs en 1906.

Et cependant, les conditions de savoir pourraient être meilleures; l'esprit commercial, malgré l'institution d'écoles commerciales, est loin d'être très développé : le commerçant japonais a conservé de vieilles hahitudes peu compatibles avec le grand commerce actuel; l'abus des intermédiaires fait monter les prix sans avantage pour le producteur ; l'àpreté au gain fait faire des économies mal comprises, comme celles que l'on réalise sur les emballages. Enfin, il faut bien le constater, la conscience d'un grand nombre de commerçants japonais n'est pas assez délicate, et, contrairement aux Chinois, dont tout le monde s'accorde à reconnaître l'honneur commercial, ils cherchent trop souvent à faire des bénéfices en ne tenant pas leur parole. Une amélioration peut être constatée, mais elle est encore insuffisante pour créer, dans l'esprit des commerçants européens, la confiance nécessaire aux transactions commerciales (1).

Les importations sont sensiblement supérieures aux exportations, et la balance du commerce est en déficit pour le Japon. Mais, comme nous l'avons vu pour le Royaume-Uni, les « exportations invisibles » rétablissent, et au delà, l'équilibre. Les importations d'or, conséquences du monométallisme-or japonais, les bénéfices des transports, enfin les dépenses faites au Japon par les voyageurs donnent un excédent en faveur du Japon.

Les importations consistent surfout en denrées alimentaires (ria et sucre), matières premières, conune le coton et la laine, et un certain nombre d'objets fabriqués que les Japonais ne savent pas encore produire, ou qu'ils ont avantage à se procurer à l'extérieur (machines, lainages, etc.). Les exportations portent surtout sur les soies et soieries, puis le thé, la houille, les cotonnades, les allumettes et le camphre.

Les échanges ont lieu surtout avec les Etats-Unis, puis avec la Chine, k Royaume-Uni et la France: l'Allemagne, en très grands

(1) Cf. WEïïî-EnssE, op. cit.

progrès, ne vient cependant qu'après nous, mais contrairement à ce qui se passe pour les pays cités d'abord, sauf le Royaume-Uni, elle vend plus qu'elle n'achète; c'est aussi le cas de l'Inde anglaise et de l'Indo-Chine française (1).

Conclusion. — La transformation économique du Japon a donc e'të complète; de ce point de vue, comme du point de vue diplomatique, le Japon est devenu une grande puissance. Si l'on ne doit pas fermer les yeux à cette réalité, on ne doit cependant pas non plus, nous l'avons vu, croire que le « péril jaune » soit encore très menaçant. Si le Japon arrive à concurrencer les Européens dans la Chine, si même, comme il en avoue hautement le projet, il accompht à son profit la transformation de l'Empire du Milieu, il est loin encore de pouvoir lutter sur nos marchés avec nous. L'amélioration de sa situation économique, augmentant le pouvoir d'achat de ses habitants a eu, jusqu'ici, et aura encore longtemps pour conséquence d'accroître les importations européennes de produits de luxe. Il lui faudra bien des années pour arriver à transformer sa

(1) Commerce du Japon, en millions de francs :

Moyenne 1899-1905

Principaux clients (1904) :

États-Unis ....

Chine

Royaume-Uni. . .

France

Allemagne ...

Hong-Kong ....

Inde anglaise

Indo-Chine Irançaise ,

Principales iraportalious.

Coton 185.9

Riz 155.5

Sucre 59.8

Mclallurgie 58.7

Pétrole 47.5

Laine et lainages 14.6

Importations. Exportations.

Principales exportationï

Soies et pongées

Cotonnades

Houille

Cuivre

Thé

Allumettes

Riz

Camphre

GEOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. 3i9

civilisation greffée en une civilisation profonde. Alors seulement, il ?era à craindre, si toutefois, ce qui est invraisemblable, des modifications parallèles ne se sont pas produites dans les autres pays da monde.

L'expansion territoriale du Japon, commencée par la conquête de Formose, à la suite de la guerre avec la Chine en 1895, vient de se continuer par le protector&t établi sur la Corée (1905). Mais il est difficile d'en prévoir encore les conséquences.

CHÂPiniE IX ÉTATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD

Géographie physique.

Situation et dimensions. — Les Etats-Unis d'Amérique sont, parmi les grandes puissances, une de celles dont l'accession au premier rang a été le plus rapide. La grande République américaine occupe toute la largeur du continent septentrional et couvre une superficie de 7.752.810 kilomètres carrés, 9.250.010 en comptant l'Alaska et Hawaï : c'est une superficie presque égale à celle de l'Europe, mais dans laquelle sont comprises des mauvaises terres en beaucoup plus grande proportion que sur le continent européen. Seulement cet inconvénient ne se fait point sentir tant qu'il y a, pour mettre en valeur une si vaste étendue, un nombre restreint d'habitants, comme c'est encore le cas aujourd'hui.

Les États-Unis d'Amérique sont bornés au nord par la très libre colonie anglaise du Canada, vaste mais moins favorisée de beaucoup par le climat et par les richesses minérales que la République voisine. A l'ouest le Pacifique borde la côte, à l'est c'est l'Atlantique : du côté du Pacifique la côte américaine fait face à l'Extrême-Orient asiatique dont on sait la grande valeur commerciale, tandis qu'à l'est la côte atlantique regarde l'Europe occidentale d'où la civilisation est venue, avec le peuplement. Au sud, les États-Unis ont pour voisin le Mexique dont les progrès sont si remarquables depuis quelques années. Mais en somme les États-Unis d'Amérique n'ont aucun voisin dangereux, et deux larges océans les séparent des puissances dont la rivalité pourrait les gêner à l'avenir.

Nature et relief du sol. — Le relief des États-Unis d'Amérique est formé par l'intercalation des vastes plaine; du centre au milieu de deux systèmes de hautes terres, les Alleghanys à l'est et les Montagnes Roclieuses à l'ouest. Le relief le plus important est

de beaucoup celui de l'ouest, dont le soulèvement, en sa partie cen traie, mesure 1 .500 kilomètres d'est en ouest, et est Ibrmé lui-même de deux bordures montagneuses entre lesquelles sont intercalés de hauts plateaux.

A l'est, le relief des AUe^hanysou Appalaches est beaucoup moins large et beaucoup moins élevé. C'est une ride montagneuse, formée de parties très diverses par la composition du sol comme par les formes et les orientations. On peut dire cependant, d'une manière géne'rale, que l'enchaînement de tous ces fragments forme un système aligné du sud-ouest au nord-est, entre l'iludson et le Tennessee, c'est-à-dire sur une longueur de 2.000 kilomètres ; sa plus grande largeur est d'une centaine de kilomètres. Les parties les plus élevées se dressent sur le rebord oriental, au-dessus de la petite plaine qui borde l'Atlantique, et les régions les plus saillantes se trouvent au sud. C'est là que se dresse le point culminant, le Black- Dome, élevé de 2.044 mètres.

Dans ces conditions, les Alleghanys n'ont ni l'altitude ni la continuité qui pourrait gêner les communications entre la région de l'Atlantique et celle de la plaine centrale. Des cluses et de larges vallées entaillent la masse : il y a même, une dépression centrale connue sous le nom de « great valley » ou « grande vallée », qui marque une véritable interruption du relief en pleine zone montagneuse.

Entre les Alleghanys et les montagnes Rocheuses se développe îa grande plaine dont le niveau va s'abaissant lentement du nord au sud, dans la direction du golfe du Mexique. La surface même de cette plaine est modelée et variée par quelques reliefs secondaires. Tout d'abord, à l'est du grand relief des Montagnes Rocheuses s'étend une série de hauteurs que l'on désigne sous le nom général de (( Black-hills » ou « collines noires ». Quelques sommets y atteignent i .000 mètres, mais ce n'est en général qu'un chapelet de collines dont les ondulations s'orientent du nord-est au sud-ouest. Enfin plus à l'est se dressent des plis de terrain dont plusieurs ont gardé les noms que leur ont donnés les premiers trappeurs français, « hauteurs des terres », <( plateaux des grands bois », « coteaux des prairies » ; ce sont encore des collines dont les points les plus élevés sont cumpris entre 5 et 600 mètres. Un peu mieux caractérisés sont les plateaux du Missouri dont les croupes vont jusqu'à 700 mètres et les monts Ozark qui se développent entre l'Arkansas et le Missouri. Il ne faut donc pas croire que la plaine du centre ait partout ce caractère d'horizontalité et de monotonie qui a été décrit par tant de romanciers et de voyageurs. Cependant, aucun pli de ter-

r,o2 ÉTATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD.

rain, aucune dénivellation n'existe dans le sens ouest-est, et le bassin du Mississipi n'est pas séparé des régions canadiennes.

Le grand ensemble de relief que nous désignons sous le nom de Montagnes Rocbeuses présente des aspects fort divers et a reçu pour celle raison, jadis, des indigènes, puis des colons, des dénominations très nombreuses et variées.

Ce sont d'abord, au nord, des plateaux très larges qui continuent ceux de la Colombie britannique, notamment le grand plateau de rOrégon, couvert de nappes de laves, puis le plateau de l'Utah sur lequel s'étend le « grand bassin », région sans écoulement vers la ïner, enfin le célèbre plateau du Colorado, ondulé en terrasses et creusé de profonds canons. Des deux côtés de cette zone des plateaux, se dressent, à l'est et à l'ouest, des systèmes montagneux qui forment bordure. Ce sont d'abord les Montagnes Rocheuses proprement dites qui dessinent vers l'est une série d'arcs de cercle et forment ainsi plusieurs cirques que les Américains ont décorés du nom de parcs; le plus célèbre est le parc de Yellowstone, au pied du mont Washburn (3.047 m.); on l'a décrété « parc national », afin de préserver les admirables paysages de prairies, de forêts, de lacs et de geysers que l'on vient visiter de tous les pays du monde. Du Yellowstone se détache la chaîne du Wahsatch, tandis qu'au sud-est se dresse le Front-range; dans cette section des Montagnes Hocheuses quelques pics dépassent -4.000 mètres : ce sont en général des pics volcaniques.

Le rebord des plateaux, h l'ouest, forme une deuxième série de montagnes à peine moins importantes que les Rocheuses. C'est d'abord le Cascade-Rangé ou chaîne des Cascades que surmontent de gigantesques volcans, tels que le mont Rainier (4.559 m.) et le mont Shasta (4.375 m.), ensuite la Sierra Nevada, décorée quelquefois du nom d'Alpes de Californie et qui se termine au sud par le sommet remarquable du "Whitney (4.528 m.). Plus près du Pacifique, se dressent des hauteurs beaucoup moins considérables, que le voisinage de la mer a précisément fait désigner sous le nom de fl Coast-Range » ou chaîne côtière. Les Montagnes Rocheuses et les grands plateaux qu'elles enserrent ont été un obstacle aux communications entre les pays riverains de l'Atlantique et du Pacifique. Il a fallu de gigantesques travaux pour mener, à travers ces hautes terres, les voies ferrées qui joignent New- York et San-Francisco.

Littoral. — Une grande étendue des côtes des États-Unis d'Amérique est médiocrernent favorable à la navigation. Il est vrai d'observer que les pays qui ont le plus besoin de débouchés, ceux du nord-est, sur l'Atlantique, sont largement pourvus de beaux ports d'estuaires; que, sur le golfe du Mexique, il suffit en somme d'assurer

le lien entre la navigation fluviale du Mississipi et la navigation maritime, ce que les Américains ont su faire en améliorant le port de la .Nouvelle-Orléans ; enfin qu'à l'ouest, San-Francisco est très heureusement jjlacée dans une position qui centralise les débouchés.

Sous réserve de ces observations, on peut remarquer que le littoral de l'océan Pacifique, où une chaîne de montagnes serre de près la mer, présente nombre de golfes et de rades d'excellente quahté. Les États-Unis possèdent, au sud du détroit de Juan-de- Fiica, un littoral très ramifié, dans le Puget-Sound, tandis qu'entre l'embouchure de la Columbia et le cap Mendocino, les abris sont moins nombreux. La baie de San-Francisco est une des plus belles du monde et l'une des mieux garanties contre les vents et les houles du large. D'ailleurs, sur cette face du littoral américain, exception faite du nord, voisin de la Colombie britannique, le temps est souvent beau et la mer calme.

Sur l'Atlantique et même sur le golfe du Mexique, il faudrait, vu la force des vents et de la fréquence des grandes houles marines, des abris plus nombreux, comme aussi la richesse du pays nécessite beaucoup de lieux d'embarquement ou de débarquement. C'est là que se concentre tout l'ellbrt de la navigation. Le littoral compris entre le Canada et le cap Charles, celui que fréquentent les plus nombreux navires venus d'Europe, contient d'admirables abris comme la baie de Massachusetts, la rade de New- York que protège l'île de Long-lsland, les baies de la Delaware et de la Chesapeake : les fleuves qui tombent à la mer dans cette région sont remontés au loin parla marée, ce qui donne à la navigation des avantages incalculables.

Au sud du cap Charles, se développe une côte basse et marécageuse, garnie de sable, bordée d'une végétation de palétuviers. La péninsule de Floride, frangée de nombreux récifs, est particulièrement dangereuse : il est vrai que la navigation est peu active entre Fembouchure du Mississipi sur le golfe du Mexique, et la région des estuaires du nord-est sur l'Atlantique.

Climat. — Les conditions chmatiques sont très variables sur le territoire des États-Unis. A l'ouest s'étend une zone de pays qui rappelle à bien des égards les régions riveraines de notre Méditerranée : à l'est, sur l'Atlantique, c'est, avec moins de douceur, le climat des États du nord-ouest et de l'ouest de l'Europe : au sud, le rivage du golfe du Mexique connaît un régime analogue à celui de beaucoup de pays de moussons des tropiques. Enfin les diiférences d'altitude, les conditions de voisinage ou d'éloignement de la mer introduisent une nouvelle cause de variations entre les zones déjà si diverses du bord même de la mer, et celles de l'intérieur. 11 ne

DrBOIS-lÎERnOMAPD. 23

faut pas oublier que le territoire des Etats-Unis se de'veloppe sur une étendue d'environ 25 degre's de latitude, c'est-à-ilire de plus de 2.600 kilomètres du nord au sud.

Le trait de caractère qui frappe le plus les Européens de l'ouest quand ils séjournent aux États-Unis, c'est la condition continentale du climat de régions très nombreuses. Pays du nord-est, plaines du centre ou plateaux de l'ouest sont également caractérisés par une extrême chaleur en été, de grands froids en hiver et par l'absence de transition entre les différentes saisons de l'année. On a remarqué que le printemps, toujours tardif, est une saison à peine marquée aux États-Unis, que l'automne y est mieux caractérisé et plus prolongé ; on lui donne le nom de « indian summer » ou été des sauvages.

C'est sur les plateaux de l'ouest que l'on observe les plus fortes exagérations du climat continental : on les a comparés aux steppes de l'Asie centrale. Pendant l'hiver, les tempêtes de neige ou blizzards en balayent la surface sur de vastes étendues, tandis qu'en été la chaleur y est torride. On y a observé des sautes de température de 35 degrés dans une même journée. Dans les États du nord-est, même au voisinage de l'Atlantique, la température est fort inconstante et rigoureuse par ses variations mômes : souvent les navires entrent dans le port de New-York ou en sortent avec une triste ornementation de stalactites de glace pendant à leurs cordages : dans la même ville de New- York, certaines périodes de chaleur estivale font de plus nombreuses victimes que dans les pays du sud de l'Europe. Dans l'État de Tennessee, qui est sous la latitude de l'Algérie, on connaît de tardives gelées d'avril : et parfois un retour des vents du nord, au printemps, gèle dans la Louisiane les lauriers et les orangers.

C'est dans la zone côtière du Pacifique que la température a le plus de constance, de douceur : San-Francisco a le délicieux climat de nos villes méditerranéennes.

Les régions les plus favorisées par la pluie sont celles des côtes de l'Atlantique où il tombe 1 mètre ou 1 m. 50 de pluie comme dans les pays de moyen relief de l'Europe occidentale. Mais déjà la plaine centrale ne reçoit qu'un tribut d'ondées plus précaires; et sur les plateaux de l'ouest s'étendent de véritables déserts. La côte du Pacifique a, comme nos pays méditerranéens, des pluies hivernales, mais n'est cependant pas dépourvue d'eau pendant le reste de l'année, du moins dans les régions septentrionales et centrales. Sur les bords du golfe du Mexique comme dans tous les pays tropicaux de moussons, la saison caractéristique des pluies est l'été.

fleuves et lacs. — Le large développement de plaines que l'on remarque aux États-Unis entre les Alleglianys et les .Montagnes Hochenscs a permis l'expansion d'un vaste système (luvial, celui du Mississipi. Les cours d'eau qui tombent à l'Atlantique sont beaucoup plus courts, et ceux qui vont à l'oce'an Pacifique beaucoup moins abondants en raison du climat. Enfin c'est un trait de la géographie physique des États-Unis, fort intéressant pour sa prospérité économique, que la présence au nord-est des lacs qu'ils partagent avec le Canada. Parnii ces lacs, le Michigan est seul compris dans son entier sur le territoire des États-Unis : la grande République possède la rive méridionale des autres (1).

Si les lacs sont un admirable moyen de communication entre les cités riveraines de la République américaine, et leurs voisines d'en face au Canada, c'est le fleuve Mississipi qui est la grande voie de trafic entre le nord-est, le nord et le sud de l'Union. Le grand fleuve draine 5.500.000 kilomètres carrés : tandis que son principal sillon est nettement orienté du nord au sud, de grands al'lluents lui viennent de l'ouest et de l'est, parmi lesquels les plus navigables, ceux de l'est, desservent précisément des régions agricoles ou industrielles qui ont le plus besoin de puissantes voies de communication. H prend sa source dans le petit lac Itaska, à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une région de plateaux d'où descendent également de nombreuses rivières soit vers la baie d'Hudson, soit vers les lacs et le Saint-Laurent. Dans la première partie de son cours, il reçoit le tribut d'affluents qui drainent une série de bassins lacustres, et, dans le nombre, des rivières fort importantes comme le Minnesota, le Wisconsin et rillinois. Enfin, après qu'il a traversé une zone de rapides, il est grossi, en amont de Saint-Louis, des eaux du Missouri. Le Missouri est la source la plus éloignée de tout le réseau : cette source, la vraie tête du Mississipi, esta 1.500 mètres d'altitude, dans les Rocheuses. C'est d'abord un torrent de montagnes, resserré entre de grandes falaises de quelques centaines de mètres d'altitude, comme il arrive au défilé des Portes Rouges. La rapidité de sa pente fait qu'il érode profondément les montagnes et charrie beaucoup de troubles : aussi débouche-t-il en plaine, jaune et vaseux, et quand il tombe dans le Mississipi après 4.U00 kilomètres de cours, son flot contraste encore, par sa couleur louche et trouble avec les eaux pures du fleuve principal. Le Missouri lui-même a de

(1) Ci. Canada, page 80.

5^,i ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD.

grands affluents comme le Yellowstone, le Nébraska et le Kansas. A Saint-Louis, le Mississipi mesure déjà 2 kilomètres et demi de large : il se resserre ensuite entre des rives de rochers jusqu'à Cairo où conflue la Belle-Uivière ou Ohio, le plus utile de ses affluents pour la navigation. Les autres rivières qu'il reçoit ensuite, par exemple l'Arkansas, descendu des plateaux du Colorado, long et indigent, et la rivière Rouge ne rendent aucun des bons services que rend l'Ohio.

Désormais le Mississipi coule au milieu d'une vaste plaine, sur laquelle il débordait jadis librement, et dont le séparent aujourd'hui des lignes de digues ou de levées. Il a fallu cette précaution pour contenir les deux crues du fleuve, celle de janvier et celle de juin. On se rappellera longtemps aux États-Unis la grande inondation de 1 882 qui recouvrit un espace presque égal à la moitié de la France. La dernière partie du cours du Mississipi est remarquable par les innombrables divagations du fleuve qui forment des faux-bras ou bayous sur ses deux rives. Son delta, dont la superficie est de 32000 kilomètres carrés commence à 300 kilomètres au-dessus de l'embouchure proprement dite. Chaque année, les bouches du fleuve Gagnent sur la mer d'une longueur d'environ 100 mètres : sur la lisière de la mer et du continent, les dépressions, encore mal consolidées, forment ce que l'on appelle des « prairies tremblantes », vastes étendues d'un sol spongieux et semé de marécages. 11 a fallu de longs et difficiles travaux pour donner à l'ouverture du fleuve une profondeur de 7 mètres qui permet aux navires de moyen tonnage de gagner le port de la Nouvelle-Orléans.

Ce gigantesque fleuve ne roule jamais moins de 8.000 mètres cubes pendant les mois de sécheresse ; en temps de crue son volume est de 4 à 5 fois plus fort. La distance entre la source du Missouri et l'embouchure du Mississipi est de 7.200 kilomètres : on estime que, tant sur le fleuve que sur ses affluents, 28.600 kilomètres environ sont accessibles à la navigation à vapeur sous toutes ses formes.

Les fleuves qui descendent des Alleghanys vers rAtIanti(iue sont beaucoup plus courts, beaucoup moins ramifiés mais fort utiles ; d'abord parce qu'ils sont alimentés par des pluies abondantes et régulières de toutes saisons, et ensuite parce que la mer remonte au loin leurs estuaires et leur donne la profondeur d'eau qui permet l'accès aux navires. Tels sont la Susquehanna, la Delaware et l'Hudson.

Des versants courts, desséchés ou mal arrosés des montagnes de l'ouest qui s'inclinent vers le Pacifique ne descendent que de médiocres cours d'eau : les plus importants sont la Columbia et le

GÉOGRAPHIE POLITIQUE. ooi

Colorado. Le Colorado descend du plateau de l'Utah à travers une série de cluses profondes ou canons. En quelques j)assages de ces cluses, le sommet de la falaise qui surplombe le fleuve est à mille mètres du niveau de l'eau. C'est une grande merveille naturelle qu'un tel fleuve : mais ses brusques divagations et ses changements capricieux de régime en feraient un fléau s'il y avait quelque chose à ravager sur ses rives.

Géographie politique.

Populations. — La population des États-Unis d'Amérique n'était guère, au commencement du précédent siècle, que de 5.000.000 d'habitants. En 1850 elle atteignait 25 millions et 50 en 1880. Le recensement de l'année 1900 a relevé un chiffre de 76.000.000 d'âmes parmi lesquelles 66.990.000 blancs et 8.800.000 hommes de couleur. Elle s'est donc accrue plus rapidement qu'en aucun autre pays du monde dans le cours du xix"^ siècle : et il est bon d'observer que cet accroissement n'est pas dû seulement à l'excédent des naissances sur les décès, mais beaucoup à l'afflux des immigrants venus du dehors et en particulier de l'Europe. Autant qu'on peut estimer l'accroissement qui s'est produit depuis l'année 1900, il y alieu de croire que le territoire de l'Union porte aujourd'hui une population de 85.000.000 d'habitants, ce qui représente une densité de 10.7 habitants par kilomètre carre.

C'est vers le milieu du xix'= siècle, lorsque le développement de l'industrie dans les États d'Europe amenait un dépeuplement des campagnes et que ce développement même de l'industrie laissait beaucoup d'ouvriers sans travail dans les grandes villes, que l'émigration s'accentua dans la direction des Etats-Unis. Jusque-là, on avait cru que les États-Unis resteraient une puissance purement agricole et se contenteraient de vendre bétail et céréales aux régions surpeuplées d'Europe : mais, les Américains devenant industriels à leur tour, force fut aux Européens d'aller chercher sur place cette nourriture à bon compte que jusque-là on leur expédiait. Aussi les États-Unis ont-ils bénéficié à la fois de l'afflux de robustes paysans d'Europe qui abandonnaient leurs champs, ne pouvant plus y vivre de leur travail, et de la venue d'ouvriers habiles qui recherchaient en Amérique des salaires plus forts ou des satisfactions plus immédiates de leur esprit inventif. Entre l'année 1821 et l'année 1892, il est venu aux États-Unis 16.000.000 d'immigrants, de races ou de nationalités européennes : à la date de 1904 ce cliiffre était estimé à 20.500.000, et, si l'on ajoute les immigrants

îàS

du reste du monde, à 22.500.000. Dans lannéc 1908 le territoire des États-Unis a reçu plus d'un million et quart de nouveaux hôtes ( 1 ) .

Au premier rang des étrangers qui sont venus en masse s'établir aux États-Unis sont les sujets anglais de la métropole ou des colonies : il en est arrivé en moins d'un siècle 7.400.000 du Royaume-Uni même et 8.400.000, en comptant les Canadiens. Le groupe le plus nombreux est celui des Irlandais dont 1.620.000 sont recensés comme étrangers aux États-Unis : mais il faut tenir grand compte aussi de l'immigration des Canadiens (1 .600.000) parmi lesquels beaucoup sont de race et de langue françaises. En comptant ces Français du voisinage, ceux qui sont venus de France au nombre de 450.000, et ceux dont les familles se sont perpétuées en Louisiane, il y a forcément bien au moins 1.500.000 hommes de race française dans la grande République.

Les Français, comme les sujets de la Grande-Bretagne, faisant partie d'un État fortement constitué depuis plusieurs siècles, ont gardé aux États-Unis leur originalité : c'est donc un chiffre qu'on ne peut comparer d'une manière absolue à celui des 5.500.000 Allemands qui, depuis 1821, ont débarqué sur le sol de l'Union : car il convient d'olDserver que, pendant longtemps, ces Allemands venaient d'une infinité de petites patries sans lien les unes avec les autres, et que c'est seulement depuis la restauration de l'Empire en 1871 qu'il y a une émigration allemande homogène et comparable à celle d'Angleterre et de France. Le groupe des Allemands

(1) Immigration moyenne

Total 1820-1903

Dont : Royaume-Uni

— Allemagne

— Scandinavie

— France . .

— Suisse.

— Canada

— Autriche-Hongrie.

— Italie

— Russie et Pologne

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