personnes
restés étrangers sur le sol des Etats-Unis est même aussi considérable que celui des immigrants de Grande-firelagne et d'Irlande (2.800.000) : il y a telle ville, comme Chicago, où les Allemands sont installés presque aussi à l'aise que chez eux, avec leurs sociétés, leurs groupements prol'essionnels, et tous les indices d'une solidarité qui risque de devenir un danger pour l'élément anglo-saxon.
Un fait intéressant s'est produit, depuis quelques aiiiu'es (|ui modifie la nature de la population immigrante aux États-Unis, c'est l'essor de l'immigration d'Italie, d'Autriche et de Russie : en 190t), l'Italie a donné 27.". 000 habitants et l'Autriche-Hongrie 265.000, c'est-à-dire à peu près la moitié du total des immigrants, tandis ([ue, dans la même année, le Royaume Uni n'envoya que 102.000 Je ses sujets et l'Allemagne 07.000. On commence à se préoccuper, aux États-Unis, de l'afUux de plus en plus grand des immigrants de cette provenance, qui, par leur race, leur religion, ne s'accordent pas avec le fonds antérieur de la population. D'autre part, la misère dans laquelle ils ont vécu dans leur pays d'origine, leur manque général d'initiative et d'aptitudes spéciales en font ce que les Américains appellent des "immigrants non désirables" (1).
Ainsi se fait le brassage et le mélange, en dépit de l'effort des sociétés patriotiques et des consuls des divers immigrants d'Europe; tous ces groupes ont retrouvé et reconstitué là-bas les conditions de la vie des pays qu'ils quittaient : ils ont été guidés aussi dans le choix de leur séjour de prédilection par la nature particulière du climat et par les facilités plus ou moins grandes qu'ils trouvaient à exercer leur proiéssionou leur métier. Les immigrants des pays du nord de l'Europe sont restés généralement dans les États situés au nord de rOhio et de la James River. Les Hollandais, marins par excellence, ont formé leur principal établissement à New- York : par là ils ont grandement contribué au développement du commerce et de la marine sur la côte orientale. Les Scandinaves se sont adonnés de préférence, comme dans leur pays, à l'exploitation des forêts et à la pêche. Les Irlandais et les Allemands cultivent les plaines et font
(1) Répartition des immigrants entre le groupe "désirable" (Royaume-Uni, Allemagne, Scandinavie) et le groupe "non désirable" :
Désirable. Non désirable.
5G0 ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE DU NOIiD.
de rélevage : c'est aussi l'occupation principale des Canadiens immigrés de langue française qui sont toutefois d'excellents ouvriers d'industrie dans le Massachusetts. Les Anglais sont surtout industriels et commerçants : mais, en raison de leur nombre et de l'ancienneté de leur séjour, ils s'adonnent à tous les métiers.
Parmi les gens de langue latine, les Espagnols ont colonisé la Floride et les terres basses de la vallée du Mississipi : les Français ont aussi bien prospéré en Louisiane qu'au Canada : la Nouvelle- Orléans rappelle autant notre influence au sud que Québec et Montréal au nord.
Que dire de tous les avantages vraiment incalculables que le contact et le mélange de tant de gens, aux idées si opposées, aux méthodes si diverses, ont dû nécessairement entraîner en favorisant tous les progrès aussi bien dans l'ordre matériel que dans l'ordre moral? Outre le capital en force et en argent que chaque convoi nouveau d'immigrants a introduit aux États-Unis, il faut ajouter en définitive l'immense capital industriel qui s'y est accru depuis un siècle. S'il faut admirer les merveilleuses découvertes des Américains dans les sciences appliquées, on doit se rappeler à ce sujet le mot de Pascal expliquant la supériorité des modernes sur les anciens : « Nous voyons plus loin qu'eux parce que nous sommes montés sur leurs épaules ». C'est le cas des Américains en face de l'Europe.
Les Américains, comprenant qu'ils devaient leur merveilleuse richesse sur un sol aussi vaste, au petit nombre et à la qualité des copartageants, ont commencé à prendre des précautions contre l'afflux des immigrants pauvres ou même misérables qui, en ces dernières années, apportaient une perturbation notable dans les conditions du travail national; les premiers occupants sont de moins en moins désireux de partager avec de nouveaux venus. xVussi le gouvernement fédéral a-t-il pris des mesures contre «l'immigration nécessiteuse ». Malgré tout, après quelques années au cours desquelles l'immigration n'avait guère dépassé 5 ou 400.000 personnes, on est arrivé en 4905, surtout à cause des apports de l'Italie, de l'Autriche-Hongrie et de la Russie à des chiffres jamais atteints jusque-là, plus de 1 million de personnes.
A côté des colons de race blanche, il faut citer les noirs, jadis transportés en Amérique en qualité d'esclaves, et qui, libres aujourd'hui, sont au nombre de 8.850.000 dans les États à plantations du sud. Les Chinois, élément impossible à assimiler, nous l'avons vu, et les Japonais que leurs récents succès rendront encore plus audacieux, ont commencé à envahir la Californie et les pays voisins. En 1904 il y avait 530.000 Chinois et 150.000 Japonais dans ces États.
Des lois sévères s'opi)osent à l'immigralion jaune. Quant aux Indiens, anciens maîtres du pays, ils ont élé refoulés vers l'ouest et parqués dans des « réserves » souvent insuffisantes à tous égards : on estime qu'il en reste 270.000.
La religion dominante est le protestantisme • on estime que ses adliércnts, répartis entre un nombre très considérable de sectes, sont au nombre de 50.000.000 : le nombre des catholiques s'est notablement accru, soit par la propagande religieuse même, soit par l'afflux des très nombreux Italiens arrivés au cours des dernières années : on les évalue à 23 ou 24.000.000.
Malgré les très remarquables progrès de l'industrie américaine, la majeure partie de la population des États se compose encore d'agriculteurs; le recensement de 1900 en signale 10.500.000, en face de 7.000.000 de personnes adonnées à l'industrie, à l'exploitation des mines et à la pêche, et de 4.800.000 s'occupant de commerce et de transport.
Les Étals où la population est le plus dense sont ceux du nord-est, riches à la fois par l'agriculture, l'industrie, la navigation et la pêche. Sans parler du district fédéral de Columbia qui compte 1.557 habitants par kilomètre carré, et qui comprend exclusivement la ville de Washington, il faut citer le Massachusetts qui en a 127,1e New- Jersey qui en compte 89, le New- York 55, le Rhode-Island 153. Au centre, la mise en valeur agricole a de'terminé une agglomération moyenne de population, par exemple 55 au kilomètre carré dans l'Illinois, 27 dans l'Indiana, 59 dans l'Ohio. Les régions les moins peuplées sont celles du plateau de l'ouest : ainsi l'Utah a 1 4 habitants au kilomètre carré, le Colorado 2, au Wyoming il y a 4 habitants sur 10 kilomètres carrés.
S'il est difficile de faire un portrait exact de l'Anglais, du Français ou de l'Allemand, puisque chacune des communautés européennes auxquelles ils appartiennent renferme des éléments très divers, à plus l'orte raison est-il téméraire de risquer un portrait de l'Américain des États-Unis. On dit le Yankee aussi vif et prompt que l'Anglais est calme et flegmatique, aussi capable de brusques entraînements que l'Anglo- Saxon d'Europe est apte à s'en garder : mieux vaudrait se contenter de dire que ce pays magnifique et neuf suscite tant l'initiative des Européens devenus citoyens des États-Unis, quelle que soit leur origine, qu'on y observe certains caractères de vivacité, d'audace etmême d'esprit d'invention. Ils sont, même dans les grandes villes, restés des pionniers, des gens d'avant-garde avides de nouveautés et de découvertes, peu soucieux des précautions qui s'imposent à l'individu et aux familles dans un monde vieux. Plus de précautions
légales ou sociales comme en Europe ! Ce que nous considérons comme un trait de caractère ethnique chez les Américains des États-Unis traduit tout simplement la condition particulière dans laquelle ils se trouvent et qui les rend éminemment aptes à l'action.
Cependant, une première constatation s'impose : malgré le flot de l'immigration, le caractère américain est resté très net; les arrivants, facilement noyés dans la masse, prennent vite l'empreinte de leur nouveau milieu L'Américain est, en général, d'assez grande taille, maigre, osseux, les traits accusés : extrêmement souple, il a des mouvements rapides et nets.
Au moral, l'Américain est un Anglo-Saxon, qui a gardé les qualités et les défauts de la race, mais modifiés par les conditions mêmes du pays: la lutte entre les hommes et les éléments hostiles a exalté l'initiative et la volonté, l'énergie est tendue vers le but à atteindre. L'éducation vient exagérer encore ces dispositions naturelles.
La contre-partie de ces qualités est un certain égoïsme, une certaine violence, peu de préoccupation du voisin.
Le but poursuivi par l'Américain est la fortune, acquise par un travail acharné, fiévreux, et recherchée plus pour la gloire qu'il en tire que pour les satisfactions qu'on a l'habitude d'en attendre : ses visées sont grandes, son désir est d'éblouir. L'orgueil américain est célèbre: " the best of the world", est formule qui revient constamment dans les appréciations portées sur les choses d'Amérique.
Dans un monde nouveau, où les tentatives les plus audacieuses ont réussi, rien ne paraît impossible, on n'a aucun préjugé contre les nouveautés, on recherche, au contraire, les procédés les plus perfectionnés.
Ce serait d'ailleurs calomnier les citoyens des Etats-Unis que de les considérer comme occupés uniquement des questions de négoce et d'argent: avec la même audace qui leur a permis d'improviser toutes neuves des industries supérieures à celles du Vieux Monde, ils ont doté des Universités, fondé des institutions scientifiques avec une générosité admirable et une libéralité magnifique; et la générosité des riches citoyens de l'Union ne s'est pas arrêtée aux frontières des États-Unis. C'est là, en somme, une société très intéressante par ses caractères de vitalité et d'énergie.
A côté d'une population agricole déjà fort nombreuse, il y a une population urbaine considérable : on estime que le ([uarl de la population totale, est massé dans les villes. Les agglomérations se forment avec une rapidité prodigieuse qui est devenue proverbiale :
on dit que ce sont des « villes-chanjpifinons » parce qu'elles sortent de terre pour ainsi dire à vue d'oeil. Ainsi Minneapolis (|ui avait 13.000 habitants en 1870, en compte aujourd'hui 275.000. C'est Chicago qui est la ville-cham|)ignon par excellence ; on dit ((ue sa croissance a étonné les Américains eux-mêmes : en 1854 c'était une bourgade de 1.800 habitants : en 186G on en recensa 263.000; après le grand incendie de 1871 qui en détruisit une grande partie, elle se rebâtit à la hâte : c'est aujourd'hui la seconde cité de l'Union avec 2.0:)0.000 habitants.
En 1790 il n'y avait dans toute l'Union que quatre villes au-dessus de 10.000 habitants; la plus peuplée, Philadelphie, en avait 42.000; en 1905, quarante villes dépassent 100.000 habitants.
New-York est la plus grande cité du Nouveau Monde comme Londres est la plus grande de l'ancien continent. Elle comptait i. 115.000 âmes en 1906 en comprenant sa banheue : Jersey-City, Brooklyn relié à New- York par un pont remarquable, Newark, etc. New- York est bâtie sur une longue et étroite péninsule, entre l'embouchure de riludson et le détroit de Long-Island, le long duijuel s'étendent d'immenses quais; elle occupe une situation admirable au fond d'une vaste rade, bien protégée contre les vents et les tempêtes du large, bien située aux débouchés de vallées fluviales et de routes tracées dans la grande faille des Alleghanys. C'est là ^ue se nouent les relations entre l'Amérique et l'Europe, là que viennent débarquer presque tous les immigrants.
Dans la région du centre, Chicago (2.050,000 hab.) est, par sa population, la deuxième ville de l'Union. Elle est située à l'extrémité méridionale du lac Michigan, au cœur de la grande plaine centrale : elle communique par eau à la fois avec Montréal et le Canada, avec New-York et l'Atlantique, avec la Nouvelle Orléans et le golfe du Mexique. C'est le grenier des États agricoles du centre américain, le plus grand marché de grains et de viande du monde entier (1).
Gouvernement. — Les États-Unis de l'Amérique du Nord se gouvernent en République fédérati va; aux termes de la Constitution de 1787, les pouvoirs fédéraux sont répartis entre le Président et le Congrès dont la résidence est Washington (507.000 hab.) dans
(1 Grandes villes (1906 :
New-lWk .... 4.H3.000 hab.
Ghicago '2.O.JO.0O0 —
Pliiladelpiiie . . , 1.442.000 —
Saint-Lonis .... fioO.OOO —
Boston 60-2.000 —
Baltinion^ 555.000 hab.
Cleveland 460.000 —
Buffalo 582.000 —
Cincinnati 545.000 —
PittsburK 375.000 —
3tj4 ÉTATS-UNIS DE L'AMERIQUE DU NORD.
le « district fédéral ». Le Président est nommé pour quatre ans au suffrage universel à deux degrés et rééligible. Il a entre les mains le pouvoir exécutif et est responsable.
Le pouvoir législatif xippartient au Congrès qui se compose du Sénat, dans lequel chaque Etat est représenté par deux membres, et de la Chambre des représentants à laquelle chaque Etat envoie un nombre de représentants proportionnel à sa population. D'ailleurs chacun des États de l'Union a son organisation politique particulière, sa législature à part, son gouverneur élu ; ils ont tous les pouvoirs à l'exception de ceux de déclarer la guerre, de signer des traités ou des conventions commerciales. II y a actuellement 49 États, d'étendue et de population très inégales, plus l'Alaska.
Jadis les États-Unis d'Amérique n'entretenaient qu'une (lotte et une armée de nombre fort restreint. Aujourd'hui encore l'armée fédérale permanente ne compte que 8.700 officiers et a peu près 70.000 hommes avec les troupes coloniales (régiment de Porto-Rico et tirailleurs indigènes des Philippines). Cette armée a une réserve comptant environ 120.000 hommes complètement organisés. Ce que l'on appelle « réserve de milice » réprésentant un nombre de 1.000.000 d'hommes, n'est encore ni suffisamment encadré ni même instruit d'une manière sommaire.
Les hommes d'État de la République américaine ont estimé, non sans raison, que la force maritime était beaucoup plus nécessaire au prestige de l'Union que la force continentale. Aussi, depuis quelques années, a-t-on procédé à la construction de nombreux navires. Dès aujourd'hui la République entretient deux fortes escadres, l'une dans l'Atlantique nord, l'autre dans l'Extrême-Orient asiatique (1). Les progrès militaires du Japon ont amené les Américains à renforcer beaucoup leurs troupes et leur flotte dans l'archipel des Philippines. Il est d'autant plus facile aux États-Unis de consacrer à
(1) Flotte des États-Unis (1907) :
Cuirassés
Croiseurs cuirassés
— protégés
Monilors et canonnières
Contre-torpilleurs
Torpilleurs 55 »
Sous-marins 12 15
Équipages : 55.900 li.
rmés.
En construction
ou en projet.
l'œuvre de la mise en état de défense des sommes considérables, que l'État est fort peu endetté. Le service annuel de la dette américaine n'exige guère que 350.000.000 de francs par an : les recettes sont très notablement supérieures aux dépenses (1).
Géographie économique.
Les États-Unis jouent dansle monde, au point de vue économique, un rôle d'importance toujours croissante. L'Europe est, depuis longtemps déjà, leur tributaire pour son approvisionnement, soit en produits alimentaires, soit en matières premières nécessaires à l'industrie. Jadis les grands États civilisés d'Europe payaient ces achats de denrées agricoles en plaçant sur le marché des États-Unis les objets manufacturés qu'une industrie plus avancée leur permettait de mieux fabriquer. Mais les États-Unis n'en sont pas restés longtemps à ce rôle de fournisseurs de produits naturels. Ils ont pris ce qu'il y avait de meilleur dans les inventions industrielles de l'Europe et en ont fait des applications immédiatement avantageuses, tandis que leurs concurrents du Vieux Monde étaient obligés d'amortir un ancien matériel de fabrication et de transport, d'utiliser des outils déjà vieillis et imparfaits, c'est-à-dire de porter la coûteuse servitude d'un long passé.
L'immense industrie des États-Unis, comparée à la faible densité relative de leur population, est un gain récent. On a souvent observé que, peuplés comme l'Europe, ils seraient plutôt moins favorisés qu'elle; et le jour s'approche rapidement où les États-Unis, comme les vieux États d'Europe, ne pourront plus aspirer à la fois à se suffire et à inonder le monde de leurs produits. La raison en est bien simple : la richesse de la République américaine constitue un foyer d'appel qui fait venir de toutes les directions une population surabondante. Le nombre des copartageants de la richesse s'accroît donc très vite : et, par là même, la part de richesse de chacun devient moins prodigieusement supérieure à ce qu'elle est, la plu-
Finances (en millions de francs) :
1° Fédérales :
Kecettes 1907 3.435.0 Dépenses : 2.997.3
Dette 12.728.0
Armée 046.4
Marine 507.0
2" Des États : 1800. Receltes : 2.4.'50.4
Dette 1890. ..:... 5.880.9
3()f) ÉTATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD.
part du temps, en P^urope. De même que jadis la richesse privilés^jée de certains pays attira sur eux des mvasions, ainsi aujourd'hui le privilège de surabondance agricole et minière des Etats-Unis leur vaut cette forme civilisée de l'invasion qu'est l'immigration en masse.
La situation géographique et la nature des pays qui composent l'Union leur permet de récolter à peu près tous les produits naturels du monde ; sur le Pacifique se développent des États qui seront à ceux de l'est ce que sont l'Italie, l'Espagne et l'Algérie aux pays de l'Europe du nord-ouest. Les grandes plaines à climat continental du centre, et de la région nord, leur sont connue des Roumanie, des Hongrie ou des Russie ; dans leurs provinces que baigne le golfe du Mexique, les Américains ont leur Soudan ou leurs Indes : enfin sur la façade de l'océan Atlantique s'échelonnent de l'extrême nord à l'extrême sud des pays qui rappellent l'Europe du nord-ouest. Tous ces contrastes, dans une Europe dont la civilisation date de tant de siècles, ont incrusté dans chaque peuple des liabitudes qui sont devenues les caractères nationaux, c'est-à-dire des habitudes qui s'opposent à l'union de tous les peuples de ce même continent. Aux États-Unis d'Amérique, le peuplement de tous ces compartiments divers s'est fait à une époque où, déjà, les moyens de communication modernes rapprochaient les hommes les uns des autres au point de leur permettre de rester une seule nation. L'Europe ne peut pas etlacer son passé, tandis que les États-Unis préparent leur avenir.
Pourtant il ne faut point s'exagérer le degré de solidarité des diverses parties de cette grande République qu'on appelle souvent «impérialisme» précisément à cause de l'unité de son sentiment d'ambition. La guerre de Sécession entre les États du Nord et ceux du Sud l'a bien prouvé. Mais, depuis cette sanglante querelle, l'intérêt s'est solidarisé entre les États et les races soit par la multiplication des moyens de transport, soit par l'affirmation du désir unanime de jouer un grand rôle dans le monde ; c'est pourquoi les États-Unis d'Amérique ont adopté, depuis les bills Mac Kinley, Wilson etDingley, une politique douanière qui protège la production américaine contre la concurrence des produits étrangers. Il y a là une preuve manifeste qu'un État républicain n'est pas nécessairement libre-échangiste, et que les citoyens les plus vraiment libres peuvent tenir à la fois à leur liberté individuelle et à la puissance comme à la richesse de leur patrie : il n'y a aucun rapport nécessaire entre l'amour de la liberté et l'amour du libre-échange.
Agriculture. — Un tiers seulement du territoire de l'Union est tout à faiî fertile, et capable de donner régulièrement de belles
recolles ; c'est la région du nord-est et du centre ; dans un autre tiers (versant de l'Atlantique et prairies de l'ouest) la force productrice du sol est déjà moins grande elles vicissitudes atmosphériques viennent trop souvent détruire les résultats du travail agricole. Un grand tiers enfin, sur les plateaux de l'ouest et dans le sud-ouest, est absolument et à peu près irrémédiablement stérile. Un seul tiers i'ertile représente encore une surl'ace de 2.500.000 kilomè^ws carrés, soit près de cinq fois l'étendue de la France.
Il faut donc distinguer entre les régions de l'est et celles de l'ouest que séparent à peu près exactement le 100° de longitude ouest de Greenwich. A l'est de cette ligne, les conditions climatiques sont en moyenne favorables. Toutefois, même dans l'est, entre l'Atlantique et les Alleghanys, on rencontre beaucoup de terres peu fécondes, et la surface cultivée va diminuant dans cette zone depuis 1860. Ce sont les États situés entre le Mississipi et l'Ohio qui ont le plus gagné à ce mouvement; les terrains en exploitation y représentent les 9/10 de la superficie totale. Sur la rive droite du Mississipi commencent déjà des steppes, mais dont une partie pourra être transformée en cultures, surtout au nord du Missouri.
A l'ouest s'étend la région des montagnes et des plateaux, au sol aride, au climat fréquemment changeant, sauf la zone privilégiée de médiocre étendue dont San Francisco est le centre.
Un des premiers effets de l'exploitation du sol américain acte la réduction de l'étendue des forêts. Pourtant elles occupent aux États- Unis, aujourd'hui encore, un tiers de la superficie totale. On sait que la carte de la répartition des forêts peut être à peu près calquée sur une carte des pluies : ce sont les pays les mieux arrosés qui ont le plus de bois, exception faite de ceux qui sont peuplés et exploités depuis longtemps et où l'homme, dans son intérêt, a fait disparaître les étendues exclusivement plantées d'arbres. Les forêts sont donc placées diins les États de l'est et du sud et dans le groupe du nordouest; dans les plaines de l'intérieur, le méridien de 93" est leur limite occidentale extrême. Il va sans dire que tous ces espaces boisés sont loin d'avoir même caractère et même aspect: dans le Maine, ils rappellent les forêts du Canada avec leurs sapins et leurs mélèzes; au sud, sur le golfe du Mexique, c'est la forêt de la zone tropicale de moussons; dans la région des lacs et au nord-ouest, les bois ressemblent davantage à ceux de nos climats; on y exploite le chêne, le hêtre et le tilleul à côlé d'autres espèces propres à l'Amérique. C'est, on le sait, en Californie, que se rencontrent ces arbres géants, les séquoias, dont la hauteur dépasse souvent 100 mètres
368 ÉTATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU iSOP.D.
et la circonférence à la base 30 ou AO. Mais les Américains ont exploité à outrance leurs magnifiques forêts pour se procurer des traverses de chemin de fer, poteaux télégrapliiques, etc. (1). On estime que les forêts des Etats-Unis fournissent annuellement pour 5 milliards et demi de francs de matières premières, et que le labeur des produits forestiers porte cette valeur à plus de 5 milliards et demi par an.
Parmi lescnlturesalimentaires, les céréales viennent en première ligne, et c'est actuellement la grande richesse des États-Unis. La culture extensive et vraiment industrielle a été organisée par les Américains d'une manière admirable et tout à fait grandiose : le machinisme agricole y est plus développé et plus ingénieux que dans la plupart des États d'Europe les plus favorisés en richesse agricole. Le centre de production des céréales s'est graduellement déplacé vers l'ouest; le véritable grenier à céréales des États-Unis est aujourd'hui la partie comprise entre le Missouri et l'Ohio, avec les six États de lowa, Illinois, Kansas, Nebraska, Minnesota, Missouri qui fournissent beaucoup plus de la moitié des céréales que récolte l'Union. Au cours des trente dernières années l'accroissement des champs de céréales a atteint la valeur de 500 pour 100 dans ce groupe.
Le maïs est aujourd'hui le grand article de production et d'exploitation agricole des États-Unis. La production atteint presque le milliard d'hectolitres par an, c'est-à-dire les cinq sixièmes de ce que fournit le monde entier. L'Illinois, seul, a des récoltes annuelles de 125 à 130.000.000 d'hectolitres.
Le blé, « king corn » a une importance commerciale plus grande encore, car les États-Unis sont souvent appelés à suppléer aux récoltes insuffisantes en Europe. La superficie consacrée à cette culture est inférieure cependant de plus d'un tiers à celle qui porte le maïs ; le centre en est dans les Étals de Mississipi, Minnesota, Kansas, Dakota, Nebraska, qui viennent en première hgne, dépassant l'Illinois, l'Indiana, l'Ohio. La production totale a d'ailleurs subi depuis 1880 des oscillations énormes. De 180 milhons d'hectohtres en 1884, elle était tombée à 120.000.000 en 1885 et a atteint en 1900 plus de 200.000.000. Les récoltes de
(1) Sur une estimation totale de 260.000.000 d'iiectarcs, et environ 130.000.000 d'iieclares exploital)les, la répartition des forêts serait la suivante:
Versant du Pacifique 24.000.000 d'hectares.
Montagnes R.'Jicuses 22.000.000 —
Est, régions des lacs et Sud .... 85.000.000 —
1902 el do 1904' ont été à peu près aussi importantes. C'est environ un tiers de la production du monde.
L'avoine ne représente, h l'exportation, qu'une proportion insignifiante ; on la cultive dans le nord-est et dans la région des lacs; la récolte dépasse 500.000.000 d'hectolitres, c'est-à-dire le quart de la production du monde. L'orge est beaucoup moins cultivée; sur 1.800.000 hectares environ, elle donne une récolte d'une (juaranlaine de millions d'hectolitres qu'on emploie à la fabrication de la bière. Le seigle n'est cultivé comme plante alimentaire que par les immigrés allemands ou Scandinaves : c'est à peine si l'on en récolte de 8 à 10.000.000 d'hectolitres (I).
Le riz a été longtemps l'un des principaux produits du sud; à la suite de la guerre de Sécession, cette culture avait beaucoup diminué, et les États importateurs d'Europe s'adressaient surtout, pour leurs commandes de riz, à l'Inde, à Java et à l'Indo-Chine. Aujourd'hui encore, le marché indo-chinois des riz est beaucoup plus important que le marché américain; toutefois la production s'est prom[)tement relevée aux Etats-Unis et dépasse maintenant 8.000.000 d'hectolitres ; on le cultive surtout en Louisiane, dan* les dépressions qui bordent le cours inférieur du Mississipi.
Les ponmics de terre jouent un grand rùJe dans l'alimentation pubUque aux États-Unis, c'est la culture de prédilection des hauts plateaux du nord-ouest, dans les États de Washington, d'Orégon et d'Utah. Toutefois cette culture n'est répandue encore que sur 1.100.000 hectares environ, et la récolte oscille entre 90 et 100.000.000 d'hectolitres : aussi, malgré l'appoint des patates du sud, l'Union américaine consomme plus de pommes de terre qu'elle n'en produit.
Les cultures arborescentes rencontrent dans nombre d'Etats d'excellentes conditions de prospérité, grâce à la force et à la durée des chaleurs estivales : pourtant les gelées tardives causent souvent de vrais désastres dans les pays de culture fruitière. La Floride est renommée pour ses orangers. Dans l'État de New-York,
;i) Culture des céréales (1900) :
Étendue Rendeiiienl Nombre d'hectolitres
(millions d'hectares), (millions d'Iicciolitres). à l'hectare.
Blé 21.0 239 11.5
Maïs .... 37.9 968 25.3
Avoine ... 11.8 343 28.7
Orge. ... 1.8 44 24.1
Seigle . . . 0.8 9.1 11
Ucbois-Kergom.vrd.
OÙ le climat est 1res adouci par le voisinage des grands lacs, les pommiers abondent et donnent d'excellents produits destinés en partie à la fabrication du cidre; les pèches enfin sont une des ricliesses de l'État de Delaware appelé pour cette raison « Peacli- State ». Mais c'est la Californie qui est le verger par excellence des États-Unis : les Français ont grandement contribué à la naturalisation des arbres fruitiers etde la vigne dans cet litat. Pourtant la vigne ne paraît pas appelée à un grand avenir sur le territoire de l'Cnion à cause des variations trop brusques delà température et de l'excès d'humidité de l'été : il n'y a guère en Amérique du Nord de vignes au delà du 45* degré de latitude sur la côte orientale et du 58^ degré de latitude sur la côte du Pacifique. La Californie fait seule exception : si elle ne produit qu'un million d'hectolitres de vins et ne développe pas davantage ses plantations, c'est parce que la culture de la vigne exige une main-d'œuvre à la fois nombreuse et expérimentée
Parmi les cultures industrielles, le houblon fait déjà, dans ce pays où la consommation de la bière est un trait de mœurs, une forte concurrence à la vigne ; il réussit bien dans les États de l'est, notamment dans ceux de New-York et de Vermont.
Le tabac, cultivé naguère dans les États de la cote atlantique (Maryland, Virginie), a maintenant son centre de production dans le groupe Kentucky, Caroline et Virginie. Le Kentucky donne à lui seul près du tiers de la récolte dont la valeur annuelle est de 140 à 150.000.000 de francs. 11 faut ajouter que l'entrée des Antilles espagnoles et des Philippines dans la communauté commerciale américaine tend à diminuer l'importance des plantations de tabac des anciens États de l'Union.
Le champ d'expansion de la canne à sucre est relativement restreint, à cause des froids d'hiver et de printemps. Les plantations sont concentrées dans le delta du Mississipi ; la Louisiane fournit presque toute la récolte annuelle qu'on évalue à 150.000 tonnes. Il faut ajouter que l'union douanière très étroite qui vient d'être conclue entre les États-Unis d'Amérique et l'État de Cuba a assuré aux Américains une très avantageuse importation des sucres de canne de l'ancienne colonie espagnole, et les a libérés en grande partie des importations de sucre de beî'e.' ave européen. Il semble bien d'ailleurs que c'est dans cet intérêt que fut enlre[)rise la guerre dont le prétexte officiel fut la libération de Cuba. On sait en etlet que Cuba produit plus de 400.000 tonnes de sucre de canne, Portol'.ico plas de 50.000, et les îles Hawaï 240.000.
Parmi les plantes textiles, le coton occupe la première place ;
c'est l'article qui représente la plus forte valeur dans le commerce d'exportation des États-Unis. L'exportation du coton est deux fois plus l'orle ([ue celle de la viande, trois fois plus que celle des céréales. Le cotonnier pousse à l'état sauvage en Amérique ; il est probable cependant que les belles espèces qui font actuellement la supériorité de la culture des États-Unis ont été importées des Antilles. La culture du coton exige une grande chaleur, beaucoup d'humidité au pied, peu dans l'atmosphère : le danger des gelées tardives est très grave pour la plante. Les pays de prédilection du coton sont le revers des collines qui terminent les Alleghanys, entre le 52* degré et le 55« degré de latitude, la vallée du Mississipi entre Wicksburg et Memphis; enfin le plateau du Texas. Les grands Etats producteurs de coton sont le Texas, le Mississipi, la Géorgie, l'Alabama, la Caroline du sud, l'Arkansas. La production cotonnière d'Amérique passa par des troubles désastreux lors de la guerre de Sécession pendant les années 1862 et 1865. Les champs où s'approvisionnaient les manufactures européennes furent abandonnes tout à coup, tandis que de nombreux pays de l'ancien monde essayaient de prendre la place des États-Unis. C'est alors que l'on développa si fort cette culture dans l'Inde et en Egypte. Mais une fois la crise passée, les États-Unis regagnèrent vite la place perdue : ils fournissent aujourd'hui les trois quarts environ de la production totale du globe, bien que l'Inde et l'Egypte aient fait de très grand progrès. La récolte annuelle des États-Unis est d'environ o.OOO.OOO de tonnes (l).Mais une nouvelle concurrence surgit, qui risque de retirer aux États-Unis cette sorte de monopole dont leurs hommes d'affaires ont fait sentir le poids à l'industrie européenne en inquiétant le marché des cotons par d'incessantes fluctuations du cours de la marchandise ; c'est ce qui a déterminé la France et l'Angleterre à naturaliser dans leurs colonies tropicales la culture des belles variétés de coton. 11 est certain dès maintenant que la primauté assurée des Etats-Unis ne sera plus de longue durée.
Élevage. — Par une chance rare dans le monde, les États- Unis sont un grand pays d'élevage en même temps qu'une région
(1) Production du colon :
-ISiO 1 100.0(0
\-"iO 600.000
190ti 5 079.000
de production agricole intense, et cependant, pour l'élevage, les conditions de climat ne sont nulle part aussi favorables aux États- Unis que dans les lles-Britanni(jues ou dans notre Normandie. Les étés sont trop chauds ot les hivers trop froids. Ce sont les États du centre, au nord du ."7^ degré de latitude, qui se prêtent le mieux à l'élevage : mais à mesure qu'ils se peuplent davantage, les cultures proprement dites empiètent sur les jjfairies. Les États situés entre le Mississipi et les montagnes Rocheuses, moins bien doués pour l'agriculture, restent en prairies, où l'élevage extensif s'exerce. Par contre, les États du nord-est, plus arrosés, plus peuplés, présentent des caractères semblables à ceux de la Grande-ljretagne ; les champs y sont transformés en herbages pour l'élevage intensif des vaches laitières.
Les bêtes à cornes sont très nombreuses, 72.000.000 de tètes environ : elles sont de diverses races et présentent un curieux mélange des caractères des animaux importés jadis d'Angleterre, de Hollande, de France et de Suisse. Les races laitières sont surtout répandues dans le nord-est (New-York, Illinois, Wisconsin, Pensylvanie) où l'industrie de la fabrication du beurre et du fromage a pris une grande extension. Les troupeaux d'animaux élevés pour la boucherie sont concentrés surtout autour du Mississipi moyen et dans le Texas (1).
Les moutons sont répartis plus nettement autour de deux principaux centres. Dans la région des lacs, on élève surtout l'animal pour sa viande : c'est à l'ouest, dans la «prairie» et sur les plateaux, notamment dans la partie méridionale, la plus sèche, que prospèrent les bêtes à laine. Le nombre des moutons, ."^2 millions de têtes, met les États-Unis au quatrième rang, après la République Argentine, la Russie et l'Australie (!2).
Les porcs sont en général le plus nombreux dans les États du centre où les champs cultivés occupent la surface la plus étendue, où les déchets de l'agriculture sont le plus abondants, Illinois, Missouri, Indiana, Kentucky, Tennessee. On en élevait 51 millions en 18110 : le recensement de 1900 en signale 54.700.000.
L'élevage se modifie très rapidement aux États-Unis suivant les
[i) Grands États éleveurs de bêtes à cornes (1900) :
Texas 9.500.000 têtes Nebraska. . .
lowa 5.000.000 — Illinois. . . ,
Kansas 4.. 500. 000 —
. , 5.176.000 tètes , , 3.104.000 —
(2) Exporlalion de la laine : 145.000 tonnes.
besoins des pays étrangers vers lesquels ils exportent, suivant les l'acilités ou les ditlicultés de la législation douanière des puissances rivales ; de là une grande variation du nombre des troupeaux sur les territoires de l'Union. On sait que l'élevage est une véritable industrie, et que cette industrie est en rapport direct avec les iluctuatious du commerce. La viande tient le premier rang à l'exportation parmi les produits de l'élevage américain ; sous forme de bêtes vivantes, de viande fraîclie et de conserves en boîtes, les trois entrepôts de Chicago, de Kansas-City et de Saint-Louis en dirigent sur l'Europe des quantités considérables (1).
Le développement des zones de culture remplaçant les zones d'élevage a amené un accroissement considérable du nombre des chevaux: on les élève surtout dans les Etats de culture du centre et dans le Texas : on en compte aujourd'hui plus de 19 millions, au lieu de 14 en 1890 et de H en 1880. Dans le sud, on trouve un très grand nombre de nmlets, 5.800.000.
On le voit, la production agricole des États-Unis est remarquable par son extrême variété. C'est celle d'un continent, non d'un pays comme ceux que nons habitons. Mais ce qu'il i'aut surtout observer, c'est l'admirable entente et le jeu parfaitement harmonique qui existent entre le commerce de la grande République et son agriculture dont on modifie perpétuellement le caractère au gré des chances diverses de vente que présentent les marchés étrangers : l'agriculture américaine n'est d'ailleurs si bonne affaire de commerce en Amérique que parce qu'elle est essentiellement objet d'industrie, parce que le cultivateur ou l'éleveur est un homme instruit, connaissant l'état des marchés étrangers, et capable de projets à longue échéance.
Mines. — Après avoir été, pendant longtemps, un pays exclusivement agricole, les États-Unis sont devenus, depuis quelques années, un pays de production industrielle intense : il y a vingt ans encore, ils achetaient des objets fabriqués à l'Europe en échange de leurs matières premières et de leurs denrées alimentaires : à l'heure actuelle, ils produisent presque tout ce qui leur est nécessaire et font, sur nos marchés mêmes, une concurrence redoutable à nos produits industriels. C'est que leur industrie, comme leur agriculture même, qui est devenue une industrie, est armée pour le commerce et organisée en vue de la vente à l'étranger. Alors que.
(1) Exportation Je la viande de bœuf et des bœufs sur pied • 350.000.000 fr. Production du beurre : 700.000 tonnes. — fromage: 155.000 —
-74 ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE DU PsORD.
dans la vieille Europe, la division du travail industriel est poussée à son comble, à tel point que, le plus souvent, ce sont des pays différents qui ont, ici la houille, plus loin le haut fourneau, ailleurs l'usine de construction mécanique, et séparément encore les magasins de vente et entrepôts, aux États-Unis tout s'est concentré dans les mêmes mains. De puissantes sociétés appelées « trusts » groupent toute une série d'industries solidaires, de telle sorte qu'il y a une grande économie de frais de bureaux, d'administration, de transport, etc, etc. Par exemple, le « trust » de l'acier possède des houillères, des hauts fourneaux, des usines, des voies ferrées, et réunit tous les industriels de cette catégorie, réduisant ainsi les frais de production et de vente. 11 faut ajouter que les propriétaires de « trusts » ont de telles fortunes, qu'ils peuvent rc ister à des crises dont le résultat inévitable en Europe est la faillite.
Toute cette organisation n'a pu d'ailleurs s'introduire aux États- Unis qu'en raison de la richesse du pays en métaux de toute nature. Rappelons, en outre, que leurs industries ne sont pointgrevées de tout un vieux matériel qu'il faut utiliser à tout prix comme dans beaucoup de pays d'Europe, mais qu'elles ont été improvisées avec tout ce que l'on inventait de mieux dans le vieux monde, et les perfectionnements apportés par les inventeurs américains.
L'Union est, sans contredit, le pays du monde le plus riche en métaux. Elle renferme en effet des gisements d'or, d'argent, de houille, de fer, de cuivre d'une grande importance. Le groupe occidental, celui des montagnes liocheuses, riche en or et en argent, fut autrefois le plus important : il a été dépassé, et de beaucoup, depuis une vingtaine d'années, par le groupe oriental des AUeghanys, qui produit la houille, le fer, le pétrole, etc, etc.
A l'ouest, les hauts plateaux continuent à fournir les métaux précieux, l'or, l'argent et le mercure. La majeure partie de l'or est venue longtemps de Californie. Mais, depuis trente ans, quelques autres États de l'ouest, notamment le Colorado, ont commencé à en produire une quantité considérable. La production s'élève aujourd'hui à jtrès de 500.000.000 de francs par an : elle n'était que de 253 en 1895 et de 165 en 1890! Depuis l'année 1901, les États- Unis produisent un peu plus du quart de l'or extrait cliaque année de la terre. Après que la guerre sud-africaine avait fait baisser le produit des mines du Transvaal, l'Union occupa le deuxième rang des pays producteurs d'or, aussitôt après l'Australie. Pour l'extraction de l'argent, dans laquelle le Colorado et le Montana viennent au premier rang, on évalue la valeur monétaire de rex])loitation à '291.000.000 de francs : mais la baisse do la valeur commerciale
de l'argent ramène le revenu réel à 150.000.000 seulement à peu près. C'est environ un tiers de la production totale du monde; seul, le Mexiciue a une extraction plus considérable. Mais, pour l'ensemble de la production des métaux précieux, les États-Unis, qui, seuls au monde, possèdent les deux métaux en grande quantité, sont au premier rang, avec un cliiiïre total de 600 millions de francs environ.
A l'est, la région des Alleghanys et des lacs fournit le fer, la houille, le pétrole. La houille est la grande richesse minière des États-Unis; les couches carbonifères couvrent un très vaste espace. Elles se prolongent en bandes de largeur et d'épaisseur inégales mais ininterrompues depuis l'Etat de New-York jusqu'au centre du Texas. On évalue la superficie exploitable à 700.000 kilomètres carrés, c'est-à-dire une fois et demie à peu près l'étendue de la France. Or, en 1870, les États-Unis produisaient à peine un tiers de ce que donnait annuellement l'Angleterre; en 1881 la moitié; en 1899, ils se plaçaient au premier rang des pays producteurs de houille avec un chitTre de 254.000.000 de tonnes, lequel s'est élevé en 1903 à 321 .000.000 de tonnes d'une valeur de 1 .760.000.000 de francs, et en 1906 à 575 millions, soit un tiers environ de la production mondiale. Le bassin Appalache s'étend le long du versant occidental des Alleghanys depuis la Pensylvanie jusqu'à l'Alabama et à la Géorgie, comprenant les États d'Ohio, de Virginie, de Pensylvanie, de Kentucky, de Tennessee; il donne les deux tiers de la production totale de l'Union, avec 156 millions de tonnes. Le bassin de l'illinois (États d'illinois et d'Indiana) vient ensuite. Les bassins de l'ouest ont une moindre richesse. Dans la Prairie, le « bassin intérieur de l'ouest » s'étend sur une superficie de près de 250.000 kilomèti-es carrés, en une longue bande qui va de riowa au Texas ; celui des montagnes Rocheuses réunit le Canada au Mexique; quelques gisements sont exploités sur les bords du Pacifique (1).
Le prix moyen de la tonne de houille, à la sortie du puits, est le plus bas du monde : 5 fr. 37 en moyenne. Cela explique, pour
(1) Exploitation houillère :
Bassin appalacliien 183.000 kil. car. 156.000.000 tonnes
— intérieur de l'est 150.000 — 54.500.000 —
— — du nord 2.'*. 000 — 800.000 —
— — de loncst et du sud 244.000 — 19.500.000 —
— des Montagnes Rocheuses . . 115.000 — 15.000.000 —
— du Pacifique. ....... 2.500 — 2.800.000 —
— d'anthracite de Pensvlvanie . 1.250 — 37.600.000 —
une part, la prospérité industrielle, et aussi le commencement de rexportation vers les pays d'outre-mer, même l'Europe méditerranéenne.
Le pétrole est devenu, en quelques années, l'une des premières richesses minérales des Etats-Unis. On en a découvert dans le plus grand nombre des États, aussi bien dans le bassin du Mississipi que dans la région entière de l'ouest et sur les plateaux où l'État du Wyoming en est particulièrement riche. Mais, jusqu'ici, on n'a guère exploité que les gisements delà Pensylvanie et de New- York, entre le nord-ouest des Alleglianys et le lac Erié. D'immenses conduites ou (( pipe-lines » amènent le pétrole des sources jusque dans les villes de ]iutralo,Cleveland et Pittsburg et même jusqu'aux ports d'embarquement de la côte orientale. On utilise aussi les immenses provisions de gaz que renferment les couches souterraines de pétrole : nombre de villes sont éclairées avec ces gaz. Depuis quelques années on a commencé à exploiter les gisements du Texas, du Colorado, de la Californie et du Wyoming. Ceux du Texas surtout ont amené une augmentation considérable de la production. En 1906, celle-ci s'est élevée à Ki.UOO.OOO tonnes : la crise de l'exploitation russe a encouragé les Américains à augmenter leur production.
Les États-Unis occupent comparativement le même rang, dans la production du fer, bien avant la Grande-Bretagne et l'Allemagne, avec ')0.(l00.000 tonnes : plus de la moitié vient de la région du lac Supérieur (Michigan, Wisconsin et Minnesota).
Pour le cuivre, la région du lac Supérieur a perdu le monopole qu'elle avait gardé jusqu'en 1875; deux États de l'ouest, l' Arizona et surtout le Montana, en produisent aussi beaucoup. Voilà bien des années que les États-Unis ont dépassé de beaucoup, pour cette richesse, l'Espagne et le Chili. Entre les années 1902 et 1905, la piroduction s'est accrue d'un cinquième; elle dépasse maintenant 400.000 tonnes dont la valeur annuelle est voisine de 525 millions de francs, soit plus de la moitié de la production du monde. On sait toute l'importance de la production du cuivre pour les industries électriques qui sont extrêmement développées aux États-Unis : la prépondérance des mines de cuivre américaines a un autre résultat : elle permet aux capitalistes américains de régler sur le ftiarché du monde les cours de ce métal, et, par conséquent, d'en être les arbitres souvent plus despotiques qu'il ne conviendrait.
Le plomb (515.000 tonnes) est extrait surtout dans le Montana et le Colorado : la production annuelle n'a pas une valeur moindre de
200.000.000 de francs. Le mercure est produit pour une valeur de 0 à N millions de francs par an, par les mines de Nevv-Almaden en Californie.
Industrie. — Non seulement les Américains ont été faslueusement dotés par la nature, mais encore ils ont su tirer parti de leurs richesses et créer la plus complexe des industries, la plus capable d'écouler ses produits sur les grands marchés, du monde. Le rapporteur du Census ou recensement de 1900 a indiqué les causes de la prospérité de l'industrie américaine d'une façon assez frap})ante. Outre la richesse en matières premières d'origine végétale, animale et minérale, il signale le développement considérable des voies de communication, et les prix très bas des transports, la liberté du commerce entre tous les Etats de l'Union qui, à l'abri de droits de douanes considérables opposés à l'importation étrangère, échangent matières premières et objets fabriqués. Enfin, l'esprit d'initiative est intense. Tous les industriels, du président du grand trust au dernier des ouvriers, sont à l'aflut des perfectionnements que l'on peut apporter à leur industrie : aucune dépense, aucun sacrifice ne les effraie. Le haut prix de la maind'œuvre est compensé par le développement remarquable du machinisme, et aussi, comme nous l'avons déjà signalé, par son rendement considérable. L'ouvrier américain, beaucoup plus payé que celui de bien d'autres pays, revient moins cher parce qu'il produit davantage grâce aux machines (1).
11 est assez facile de déterminer la répartition géographique des grandes régions industrielles aux États-Unis. Un premier centre s'est formé dans le nord-est où abondent la houille, le fer et le pétrole : c'est le groupe de l'industrie des métaux et du coton. Un second groupe comprend l'illinois et les Etats voisins, où l'industrie s'applique à la manipulation des produits de l'agriculture. Puis, à mesure qu'on s'éloigne vers le sud et l'ouest de ces régions privilégiées,
(1) Salaires journaliers moyens des iiommes, 8 fr.; des femmes, 5 fr.
Quelques salaires remarquables :
à New-York : Maçons 26 fr. 50 par jour.
Typographes 25 — —
Forgerons 21 — —
A Pittsburg, dans une usine du trust de l'acier :
Salaire moyen 13 fr. 50 par jour.
Apprentis 4 — —
Chefs de laminoirs 62 — 16 à 77.70
l'industrie décroît. Toutefois la Californie commence aussi à constituer un petit centre à part. Enfin les États du sud, qui produisent le colon, se sont appliqués aussi à le manufacturer sur place.
Pittsburg, Cleveland, Cliicago sont les grands centres de production métallurgique. Grâce au merveilleux développement du machinisme et à la simplilication de la main-d'œuvre, la production de la fonte atteint 15.000.000 de tonnes et celle de l'acier 10.700.000. La grande République a donc de beaucoup dépassé sous ce rapport la Grande-Bretagne : le bon marché de la production, grâce à la centralisation d'industries connexes et voisines par les trusts, a permis enfin aux États-Unis d'exporter en quantité considérable.
Les industries mécaniques ont pris un développement extraordinaire ; nulle part l'outillage n'est plus perfectionné, l'économie des forces humaines plus grande. Ce sont encore les États du nord-est qui livrent le plus de machines. L'habitude de fabriquer par séries les machines les plus compliquées, comme les locomotives, qui réduit au minimum les frais généraux, et qui permet les réparations économiques par pièces interchangeables, le sacrifice, quelquefois regrettable, de toutes les dépenses d'ornementation et d'achèvement, qui font le charme des machines françaises par exemple, sont les traits caractéristiques de l'industrie mécanique d'outre-Atlantique.
Parmi les industries alimentaires, le premier rang revient à la minoterie, une des plus importantes industries américaines, dont le produit représente une valeur de plus de 2 milliards et demi de francs. Ce sont les moulins de l'illinois et des autres États agricoles qui l'entourent qui traitent plus de la moitié des farines. Quant à la conserve des viandes, c'est une industrie prodigieusement concentrée à Chicago, Kansas City, Saint-Louis, etc.
Les industries textiles trouvent aux États-Unis les meilleures conditions de prospérité : abondance et bon marché du combustible et de la matière première, facilité des débouchés. Jadis les Américains se contentaient d'exporter vers les usines de la vieille Europe du coton brut. Aujourd'hui ils se sont outillés pour usiner sur place leurs cotons, et faire un concurrence désastreuse aux filatures et tissages d'Euiope. Entre les années 1890 et 1900, le nombre des broches à travailler le coton est passé de 14.000.000 à2'2.000.000, c'est-à-dire s'est accru de 50 pour 100. Les métiers à bonneterie se sont augmentés, pendant la même période, d'une valeur de 108 pour 100, et les métiers à tisser la soie d'un chiffre équivalant à 152 pour 100. Ces résultats sont d'autant plus remarquables
qu'aux États-Unis l'industrie de la laine et surtout celle de la soie manquent de matière première. Ces gigantesques progrès n'ont pu être réalisés que grâce à la protection assurée par des droits de douane dont quelques-uns équivalent à peu près à la prohibition des produits textiles du dehors (1).
Les États d'Europe que menace, sur les grands marchés du monde et même chez eux, cette victorieuse expansion, espèrent que l'organisation si puissante des trusts sera prochainement détruite grâce à l'hoslilité d'un grand nombre de citoyens des États-Unis qui se plaignent que l'industrie de leur pays vende très cher sur place pour vendre beaucoup à l'étranger et à bon marché. Les ouvriers souffrent aussi de cette organisation serrée et autoritaire du travail. Mais la concentration industrielle des États-Unis, si elle ne se présente plus dans l'avenir sous la forme du trust, trouvera bien tout de même d'autres moyens de s'exercer : et c'est l'essentiel. D'ailleurs on a souvent vanté à l'excès la perfection des produits américain, en même temps que le perfectionnement de l'outillage inombre d'industriels d'Europe etd'acheteurs quele bon marché des produits américains avait séduits, commencent à en connaître certains défauts; souvent les machines américaines, fort ingénieuses, sont livrées à un degré de fini moindre que celles des industries délicates de la vieille Europe. Après avoir proclamé, il y a une quarantaine d'années, que les États-Unis s'en tiendraient au rôle de fournisseurs de matières premières et de denrées alimentaires, les Européens
(1) Développement de l'industrie américaine :
Nombre des établissements 140.433 512.359
Capital (millions de francs) 569.8 50.945.3
Nombre des ouvriers 1.311.246 5.516.802
Salaires moyens (en francs) 1.496 2.268
Valeur des matières premières (millions) . 5.546.8 37.922.6
— brute des produits (millions de fr.) . 9.769.5 67.412.5
— nette . 41.850.0
Principales industries (1900) :
Valeurs des produits Nombre d'ouvriers. (millions de francs).
Alimentaires 312.000 11.370
Textiles 1.030.000 8.183
Fer et acier 734.000 8.965
Autres métaux 191.000 3.745
Bois 547.000 5.155
Cuirs 238.000 2.020
Papier et imprimerie 297.000 3.050
r.80 KTATS-l'NIS DE I/AMERIQUFJ DU NORD.
paraissent s'être trop vile découragés en face de l'invasion des produits industriels d'au delà de TAtlantique.
Voies de communication. — Les États-Unis forment une masse continentale dont bien des points sont fort éloignés de la mer : la navigation n'y peut rendre les mêmes services que dans l'archiitel Britannique. Mais il convient d'observer que la partie la plus riche de la République se trouve précisément à l'est, c'est-à-dire à proximité de l'Atlantique et près du chemin de l'Europe; la plaine du centre, si longue et large qu'elle soit, est en communication facile avec le golfe du Mexique par l'admirable réseau du Mississipi. Quant aux régions de l'ouest, elles n'ont pas encore et n'auront sans doute jamais un développement qui exige impérieusement de très nombreux débouchés maritimes.
D'ailleurs les voies de communication intérieure suppléent dans une large mesure aux défauts de pénétration maritime. Nulle part plus qu'aux États-Unis, le développement de la richesse publique n'est intimement lié à l'accroissement et au perfectionnement des voies de communication de toute nature. La population n'a conquis véritablement l'intérieur du continent à la culture, que du jour où les lignes transcontinentales ont assuré ses relations avec les côtes. De plus, pour transporter des matières relativement encombrantes et de peu de valeur, les blés, les animaux, les viandes, les bois, h des distances souvent énormes, il faut non seulement des routes, fluviales ou terrestres, mais encore un prix très restreint de transport. Ce résultat a été obtenu par la concurrence des rivières, des canaux et des chemins de fer, par la rivalité des compagnies concurrentes de voies ferrées, et d'un autre côté par le taux assez faible des frais de premier établissement et de construction des voies de toutes sortes (1).
Enfin, si la distance est le grand ennemi, rares sont les contrées où il est nécessaire d'accumuler les grands travaux : ponts, tunnels, tranchées, écluses, etc. Dans toute la région centrale et orientale, à l'est des montagnes Rocheuses, les Alleghanys sont le seul obstacle : et nous avons vu que cet obstacle peut être aisément franchi. Même le grand plateau n'oppose pas des difficultés insurmontables : il est sensiblement rétréci, au nord, entre les sources du Missouri et de la Columbia, au sud, dans la dépression du Rio-Gila, puis entre les plateaux du Colorado et la Sierra-Madre ; au centre même, les
(1) Prix moyen de la tonne Ivilométrique : 2 centimes 45, près de la moitié du prix en France. Par contre, le prix moyen du kilomètre pour les voyageurs est d'environ 6 centimes 4, soit 50 0/0 plus élevé qu'en France.
CKOGRAPHIE ÉCO.NOMIQIE. 581
sillons du Iliiniboldt et de la rivière l'iiilte ont donne passage au * Central Pacific » (1).
Les Etats-Unis sont desservis aujourd'hui par 3ô0. 000 kilomètres de voies ferrées; elles n'en comptaient que 268.000 en 1890, 290.000 en 1895 et 514.000 en 1900. Entre les années 1890 et 1900, le réseau américain s'est accru d'environ 4G.000 kilomètres c'est-à-dire dans la proportion de 17 pour 100. On estime (ju'un capital de 70 milliards de francs est engagé dans l'industrie des voies ferrées. Si la libre concurrence des voies ferrées est une condition de bon marché pour les marchandises, l'àpreté de cette lutte entre compagnies rivales a causé parfois de véritables désastres financiers : tel fut le prodigieux « krach » des chemins de fer de l'année 1878 qui sema tant de ruines sur le marché financier de la grande République,
Le développement actuel des chemins de fer est remarquable. L'Union a sensiblement plus de voies ferrées que l'Europe. Deux zones doivent y être distinguées, celle qui se trouve à l'est du Mississipi, où le développement des voies est très grand, et, sauf dans certaines parties di sud, n'aura pas besoin d'être accru. Entre le grand lleuve et les . nontagnes Rocheuses, le réseau est infiniment moins serré, et dev,-a être étendu si l'on veut tirer complètement parti des richesses du sol. Les plateaux de l'ouest, presque désertiques, peu habités du reste, ne , sont guère traversés que par les grandes lignes transcontinentales, et un accroissement de leur réseau « ne paierait pas », comme on dit en Amérique (2).
Tout ce qu'on sait déjà du développement et de la localisation des diverses industries aux États-Unis, ou de la direction des grandes
(1) Progrès des chemins de fer :
1830 57 kil.
1880 . . . . 150.000 kil.
\2) Exploitation des chemins de fer qui publient des statistiques :
Longueur exploitée 519.000 kil.
Capital d'établissement et d'e.xploilation. 70.062.600.000 fr.
Matériel roulant :
Wagons à marchandises : 1.546. 100, d'une capacité moyenne
de 25 tonnes.
Bénéfice net kilométrique : 10.598 fr.
Mouvement :
Voyageurs. . . . 51 .700.000.000 voy. kilométriques. Marchandises en petite vitesse. . . 253.000.000.000 tonnes —
voies naturelles de commerce fera comprendre les traits essentiels du réseau des chemins de fer. Les centres de ce réseau sont d'une part rillinois, de l'autre la région des grands ports de l'Atlantique. Dans la région de l'illinois, Chicago et Saint-Louis sont les deux grands « collecting points » d'où rayonnent des lignes innombrables et dirigées, d'un côté, vers les divers ports de la côte atlantique septentrionale, Boston, New- York, etc., etc., de l'autre côté, vers le sud et en particulier vers la Nouvelle-Orléans.
Gliicïigo est aussi le véritable point d'attache des voies transcontinentales du nord; Saint-Louis joue le même rôle à l'égard des lignes du centre, et une dernière voie, qui, de là, aboutit également au Pacifique part de la Nouvelle-Orléans. Les cinq lignes continentales, dont la plus ancienne fut inaugurée en 1869, convergent toutes vers San Francisco.
Le trafic est caractérisé par une très grande activité du mouvement des marchandises, et une activité bien moindre pour celui des voyageurs. Ce dernier fait s'explique par le grand développement des réseaux suburbains de tramways mécaniques qui enlèvent aux chemins de fer presque tout le mouvement, si actif chez nous et en Angleterre, des voyageurs de banlieue.
Les États-Unis sont riches en voies navigables naturelles. Les fleuves, assez courts mais puissants, de la partie septentrionale de la région de l'Atlantique, sont remontés au loin par la marée et, pour cette raison, très accessibles aux navires. Par exemple, l'Hudson est relevé par le flot jusqu'à Âlbany, ce qui permet aux navires de mille tonneaux d'atteindre cette ville. Mais le grand instrument de circulation de l'intérieur est formé par le Mississipi et les grands lacs; entre fleuves et lacs il n'y a que des seuils de séparation insignifiants que franchissent sans peine les canaux. C'est une magnifique voie naturelle ininterrompue qui forme une sorte d'artère médiane. Le Mississipi est navigable pour la batellerie a partir de Saint-Paul du Minnesota; c'est seulement en aval de Saint-Louis qu'il porte de gros bateaux. A la Nouvelle-Orléans, la profondeur du fleuve est de 50 mètres; mais les branches du delta sont obstruées d'alluvions; il a fallu des travaux d'endiguement et de régularisation pour atteindre à l'embouchure un tirant d'eau constant de 7 mètres. Ses affluents l'Arkansas et le Red-River sont remontés par les baleaux jusqu'à une distance de 800 à 1.200 kilomètres. Le Missouri est également navigable sur une grande longueur; mais, en amont de Kansas-City, il est peu fréquenté. C'est l'Ohio, traversant les territoires les plus fertiles et les plus industriels de l'Union, qui forme, avec ses affluents et ses canaux, le plus important réseau navigable
de tout le pavs. Le mouvement de la hatellerie est ré;zulièrement actif à partir de Piltsburg et Jusqu'à Cairo; d'innombrables trains de bateaux, portant blé, maïs, coton, charbon, minerai, se meuvent dans les deux sens.
Le plus grand inconvénient qui fasse obstacle à la nangation sur les lacs et sur le réseau du .Mississipi, c'est la congélation hivernale. L'Hudson est barré par les glaces pendant plus de trois mois : il en est de même sur le haut Mississipi. Parlbis, il arrive, même on aval de Saint-Louis, que le Heuve est pris par les gelées. C'est encore l'Ohio qui, à cet égard, est l'artère privilégiée; la navigation n'v est guère interrompue que pendant quelques semaines chaque année.
De nombreux et excellents canaux, d'un développement de 4.'i00 kil., mettent en relation le Mississipi, les grands lacs et l'Hudson Ainsi New- York est en communication facile avec Montréal sur le Saint-Laurent, avec Oswego et Rochester sur le lac Ontario, avec Buffalo sur le lac Erié. La ville de Philadelphie est rattachée directement au réseau de l'État de New- York d'une part, et de l'autre à l'Ohio. Plusieurs canaux, ayant pour points d'attache, sur le lac Erié, Cleveland et Toledo, unissent ce lac au système de l'Ohio, et notamment à Pittsburg. Enfin Chicago est en relation facile avec Saint-Louis par le canal de l'IUinois. Sur les grands lacs, une flotte déplus de 2.000 navires établit des relations entre une centaine de ports: les statistiques évaluent à 25.000.000 de tonnes le mouvement des échanges sur l'Hudson entre New-York et Albany.
Les États-Unis possèdent, en proportion de leur étendue, beaucoup moins de routes que nos pays d'Europe. C'est que les chemins de fer étaient déjà connus quand se fit sentir le besoin de communications multiples et rapides : c'est pourquoi les Américains firent l'économie de la transition. Les routes n'ont été dès l'origine et ne sont encore aujourd'hui que des annexes des chemins de fer, tandis que, chez nous, les chemins de fer ont souvent remplacé la route dont le service est devenu ainsi inutile.
La marine marchande des États-Unis n'a pas été encore protégée par leurs lois contre la concurrence des étrangers, avec autant d'âpreté que leur agriculture et leur industrie. Dans l'année 1904, le pavillon étranger jouait un rôle quatre fois plus considérable que le pavillon américain lui-même dans les ports de la Piépublique. L'examen du nombre et de la nature des navires américains révèle la même infériorité : sur un total de 24.500 navires jaugeant 6 mill'ions de tonneaux, on comptait à peu près 1.400.000 tonneaux de jauge pour les navires de canaux et de rivières et moins
d'un million de tonneaux pour les navires consacrés au long cours. 11 est curieux d'observer que les États-Unis, jusqu'à ces dernières années, perdaient sans cesse dans la concurrence de la grande navigation avec les peuples d'Europe: en 1870, le pavillon américain transportait encore 55 pour 100 des cargaisons du commerce extérieur : en 1875, la proportion du pavillon américain en iace du pavillon étranger n'était plus que de i>6 pour 100, 2 pour 100 en 1907.
Un grand effort fut fait, il y a deux ans, pour réunir dans les mains de capitalistes américains les meilleurs navires des flottes européennes par l'organisation d'un «trust de l'Océan» ; c'était le seul moyen pour les Américains de s'assurer des bénéfices dans l'industrie maritime; en effet la loi interdit de placer le pavillon américain sur un navire construit à l'étranger. On se résignait donc à la conquête financière des compagnies rivales : mais la vigilance des amirautés anglaise et allemande qui tenaient à conserver la libre disposition des paquebots ultra-rapides pour en faire des croiseurs en cas de guerre, semble avoir fait échouer la tentative d'annexion financière des marines étrangères par les Américains. 11 n'est pas douteux, d'ailleurs, que les législateurs des États-Unis chercheront et trouveront d'autres moyens de protéger la marine nationale dans les opérations du long-cours : rien ne fait défaut aux États-Unis pour s'assurer une marine puissante, et il n'y a aucune raison d'espérer qu'ils laisseront longtemps aux puissances européennes l'exploitation privilégiée de leurs ports (1).
C'est le pavillon anglais qui tient le premier z-ang dans les ports américains, avec un mouvement de 60 pour 100 du total. Mais ce sont les Allemands qui ont fait les plus rapides progrès au cours des dernières années : leur pavillon a flotté sur 15 pour 100 du total. Le pavillon français est moins représenté dans les ports américains que le pavillon norvégien.
(1) Manne marchande (1007)
Voiliers. . 10.900 navires jaugeant 1 .814.400 tonneaux. Vapeurs. .10.050 — ' — 4.280.000 —
Total ... '20.950 — — 6.094.400
Long cours (1905) 945.700
Cabotage (1905) 5.541.700
Ce sont les ports de l'Allanliquc qui reçoivent le plus grand nombre de navires : les villes maritimes de l'Atlantique et du goH'e du Mexique ont un mouvement de 26 millions de tonnes sur 38 à l'entrée, et d'autant à la sortie, tandis que, sur le Pacifique, le tonnage total n'est que de 5.800.000 tonnes à l'entrée, et d'autant à la sortie. New-York tient la tète, et de beaucoup. Son port eslcaractérisé par l'énorme quantité de paquebots à grande vitesse qui le fréquentent. II n'est pas de jour de la semaine où plusieurs de ces « lévriers de la mer » ne partent pour l'Europe ou n'en arrivent. Compagnies anglaises, françaises, belges, hollandaises, rivalisent diluxe, de grosseur des navires et dé vitesse. Boston vient fort loin au second rang, avec une activité quatre fois moindre, puis Philadelphie, la Nouvelle-Orléans et Baltimore. San-Francisco, le grand port du Pacitique, est dix fois moins actif que New-York. Les ports des grands lacs comme Chicago, Milwaukee, etc. font d'actil's échanges avec le Canada. Depuis les récents travaux effectués pour tourner les rapides et cataractes, de gros navnes de 2.000 tonneaux peuvent remonter jusqu'au fond du lac Supérieur (1).
Commerce. — Le commerce intérieur est nécessairement très actif, par suite de la variété des zones de production de cet immense territoire. Qu'on suppose l'Europe ne formant qu'un
(1) Jlouvcment des ports américains (enti'ées) 1908 :
Total .... 34.660 nav. jaugeant 58.539.000 tonneaux.
Dont: Américains 8.473.000 —
-- Anglais 19.726.000 —
— Allemands 3.542.000 —
— Norvégiens 2.434.000 —
— Hollandais 752.000 —
— Français 848,000 —
-- Italiens 670.000 —
— Espagnols 590.500 —
Principaux ports, tonnage elTectif (1904) :
Entrées. Sorties.