tonnes. 1.000 tonnes
New-York 12.157.8 il. 940.0
Boston 2.865.0 2.076.0
Philadelphie 2.459.0 2.477.0
Nouvelle-Orléans t. 953.0 2.079.0
Baltimore 1.357.0 1.447.0
Puget-Sound 1.804.0 2.067.0
San-Francisco 1.052.0 889.0
Galvesfon 913.0 1.057.0
Ports des grands lacs. . . . 8.093.0 8.083.0
Dubois-Kergom,vrd. 25
seul «Etat », son commerce intérieur serait énorme. C'est, toutes proportions gardées, le cas des Etats-Unis. Il y a un perpétuel mouvement d'échange entre le nord et le sud, entre l'est et l'ouest. Les pays à céréales du centre ont un excédent de production ; le reste de l'Union consomme en revanche plus de blé qu'il n'en produit, le commerce intérieur rétablit donc l'équilibre. Le coton du sud, la laine du Far-West sont envoyés dans le nord-est, où on les transforme en tissus, et d'où on les expédie dans toutes les régions de l'Union. Au trafic des matières premières ou manufacturées, qui ne sortent pas du territoire, ajoutons celui des denrées de l'intérieur qui gagnent les ports pour être embarquées à destination de l'étranger. En outre, le commerce de transit est assez actif. Des cargaisons de blé canadien sont chaque année dirigées par les lacs et par les canaux vers New-York où on les embarque ; c'est la route la plus courte, et, en hiver, la moins encombrée de glaces.
Au point de vue du commerce extérieur, les pays du nord, dont les champs produisent à peu près tout ce qui est nécesssaire à leurs besoins, trouvent avantage à protéger par des tarifs de douane fort élevés leurs industries naissantes. Les contrées qui produisent le coton et qui, pour le reste, ne se suffisent pas, voudraient offrir leurs marchés à la concurrence européenne. Les Etats-Unis ont adopté une politique qui est conforme aux intérêts du nord et du nord-est, régions de beaucoup les plus peuplées et les plus puissantes de la République. Cette politique de protection, qui va pour certains articles jusqu'à la prohibition, a pleinement réussi aux Etals-Unis depuis quinze ans, c'est-à-dire depuis la promulgation du tarif protectionniste de Mac-Kinley en 1890. En 1895, le tarif Wilson adoucit quelque peu les rigueurs douanières du précédent régime; mais, en 1897, le tarif Dingley ferma plus efficacement encore l'entrée des Etats-Unis à nombre de marchandises étrangères.
On ne peut pas nier que cette protection ait servi grandement les intérêts du commerce américain. Non seulement ce commerce s'est accru dans de très fortes proportions sous le régime inauguré par les bills protectionnistes, mais il s'est accru à l'avantage des Etats-Unis d'Amérique, qui ont continué à vendre dans les pays étrangers beaucoup de denrées agricoles, céréales et bétail, et, de plus, ont réussi, à force de perfection et de bon marché de la fabrication, à rivaliser en Europe même avec les vieilles puissances industrielles pour la vente des produits manufacturés. Les exportations, entre les années 1890 et 1900, se sont accrues dans la proportion de près de 70 pour 100 de leur valeur. En 1890 la
vente atteignait 3.140.000.000 de francs pour les produits agricoles, et seulement 685.000.000 pour les produits nianulacturos. En 1900 les Etats-Unis exportaient pour 4.52^.000.000 de produits agricoles et pour 2.200.000.000 de produits manufacturés. Ces progrès des ventes américaines à l'étranger se sont encore accentués au cours des cinq dernières années. Dans le courant de l'exercice 1907-1908, les exportations américaines ont atteint le chillre de 9.504.000,000 de francs tandis que les importations ne s'élevaient pas au-dessus de 6.186.000.000.
Les Etats européens ont dû répondre, par des tarifs protecteurs, à cette politique d'exclusion de la grande République. Mais tous ne sont point assez fortement armés ])our le faire. La Grande-Bretagne, grâce à ses colonies tempérées du Canada, de l'Australie, de Nouvelle-Zélande et de l'Afrique Australe, peut, d'autant mieux suppléer à l'envoi de céréales et de bétail des Etats-Unis, qu'en le faisant, elle accroît ses chances d'union matérielle et morale avec les pays de pavillon anglais : de même elle est assez riche en colonies de la zone tropicale pour se passer des produits des Etats du sud américain. La France est assez riche sur son territoire même, et par malheur assez médiocrement peuplée pour se passer du blé et du bétail d'Amérique : elle aussi possède des colonies tropicales qui pourront lui fournir le coton. Le cas est beaucoup plus grave pour l'Allemagne qui n'a que des colonies insuffisantes, et dont la population surabondante est obligée de faire appel aux marchés américains pour s'alimenter. C'est ce que viennent de démontrer les récentes querelles douanières entre le grand empire d'Europe et la grande République d'Amérique: les Américains ont envisagé avec une parfaite sérénité les menaces de représailles de l'empire d'Allemagne qui ne peut rien contre eux. Aussi malgré tout, le chiffre du commerce des Etats-Unis et notamment celui des exjjortations n'a cessé de s'accroître (1).
(1) Commerce des États-Unis (millions de francs) :
Importations.
ExporUmons.
L'importation comprend trois classes principales de marchan» dises: l°les denrées alimentaires, sucre, thé, calé, vins et boissons; i° les produits manufacturés : tissus de coton, delaine et de soie, produits chimiques; o° les matières brutes destinées au travail industriel : peaux, soie et autres matières textiles, matières métaliargiques. Ur le chiffre de ces importations s'est notamment réduit au cours des dernières années. L'union douanière très étroite (jui joint les États-Unis à Cuba, sous la forme d'un traité de commerce avec la « clause de la nation la plus favorisée » , a libéré partiellement les États-Unis de leurs achats de sucre si considérables jusqu'ici en Knrope. De même les achats de café se font dans des conditions très avantageuses avec les Antilles, où le commerce des États-Unis fait des progrès considérables. Enfin l'industrie américaine est de mieux en mieux en mesure de se passer des importations de produits textiles d'Europe. C'est pourquoi les importations se sont singulièrement restreintes ou du moins ne se sont pas accrues, à beaucoup près, dans la même mesure que les ventes à l'étranger.
Les États-Unis vendent surtout des denrées alimentaires et des matières premières, mais commencent à exporter une quantité de plus en plus considérable d'objets manufacturés. Les articles de vente les plus importants sont le coton, la viande et les céréales, puis le pétrole, les machines, le cuivre, les bois et les animaux vivants (1).
Parmi les États qui font du commerce avec la République américaine, le Royaume-Uni occupe une situation prééminente, grâce tout à la l'ois à la densité très forte de sa population, qui ne peut trouver à se nourrir des produits du sol national, vu la faiblesse de son agriculture, et à l'activité de son industrie, qui réclame tant de matières premières, de coton en particulier, mais qui, en revanche, expédie une masse énorme de produits manufacturés. C'est le premier fournisseur, mais surtout le meilleur client des États-Unis. Nous avons dit que la politique protectionniste des États-Unis avait obligé la ■Grande-Bretagne à se rapprocher de son empire colonial pour se
[1) Objets (lu commerce (1904-1905) (millions de francs) :
Exportations.
Coton 1.968
Viande 879
Céréales 558
Pétrole 412
Fer, acier et objets 098
Cuivre 455
Importations.
Sucre 505
Cale 466
Produits cliiniiijiics ^^o
Peaux 535
Cotonnades -55
Soies brutes 516
Caoutchouc 262
Bois 5G0
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. r>o3
suffire : par là le protectionnisme américain est une des causes de riiupérialisme britannique. Si l'on ne comptait, comme le font les statisli(jues, que le commerce direct de la Grande-Bretagne avec les Étals-Unis, on observerait l'énorme écart entre les ventes américaines et les ventes anglaises en Amérique. Mais il y faut ajouter les relations très actives des Etats-Unis avec le Canada, les Antilles anglaises, les Indes anglaises, l'entrepôt de Hong-Kong, l'Australie, la iS'ouvelle-Zélande, etc, etc. En rapprochant tous ces chiflres, on a une idée juste de l'intensité des relations desdeux paysanglo-saxons.
L'empire d'Allemagne est dans une situation toute dilïérente : il peut difiicilement se passer des Ét3ts-Unis, et les États-Unis ont grande facilité à remplacer les produits allemands. En outre, la navigation allemande, au moins autant que la navigation anglaise, aura beaucoup à soulTrir des progrès de la marine américaine. Entre les années 1905 et 4904 les achats de l'Allemagne se sont accrus de 400 millions de francs et ses ventes ont diminué de plus de 50.
La France achète surtout des céréales, du coton, du tabac, et importe aux États-Unis des soieries, des vins et des objets d'art : il faut noter que le pavillon français a perdu beaucoup de son activité dans les ports américains, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque les navires allemands, par exemple, drainent au passage le fret dans nos ports, alors que nous n'avons aucun intérêt à aller en chercher dans les ports allemands plus éloignés d'Amérique que les nôtres. C'est là une grosse perte pour notre négoce, et une perte faite surtout au profit de l'Allemagne.
Parmi les caractères intéressants du commerce des Etats-Unis, il faut signaler le progrès des relations de la grande République avec tous les autres pays américains : Canada, Mexique, Antilles, Brésil, République Argentine et Chili. Ce rapprochement a contribué au recul d'un certain nombre de ventes européennes, notamment d'objets manufacturés. Ce n'est pas seulement en matière d'annexion territoriale que les États-Unis soutiennent la doctrine de Moiu'oë (( l'Amérique aux Américains » ; c'est aussi dans le domaine commercial .
Parmi les marchandises que les Américains exportent à l'étranger en quantité de plus en plus grande, et avec des bénélices de plus en plus élevés, il faut citer les capitaux engagés dans des entreprises industrielles ou commerciales. Jusqu'à l'essor des grandes industries des États-Unis, la République Américaine était vis-à-vis des vieux États d'Europe dans la situation d'un débiteur et elle payait de ce chef un ^ros intérêt aux 20 milliards de capitaux
européens engagés dans dillérentes entreprises : mais à mesure que l'industrie prend de l'expansion, les Américains, d'emprunteurs deviennent prêteurs de capitaux, et peu à peu l'influence de leur banque sur le marché universel s'accroît et s'étend (1).
Conclusion. — Il ne manque pas grand chose à la liste des ressources dont disposent les Etats-Unis; cependant cet immense Etat, occupant presque tout le continent, et dont le territoire était, jusqu'à ces dernières années, d'un seul tenant, a jugé bon d'acquérir à son tour des colonies et de se préparer ainsi des points d'appui au dehors en vue des luttes économiques de l'avenir. La grande République possède déjà les riches îles Ilawaï, considérées comme un « territoire » de l'Union, grandes de 16.700 kilomètres carrés avec 154.000 habitants, Porto-Rico, portant 950.000 habitants sur
(1) Principaux pays en relation commerciale avec les États-Unis (1905-1906), en millions de francs :
Importations. Exportations.
Grande-Bretagne
Allemagne
France
Pays-Das
Italie
Belgique
Russie
Suisse
Autriche-Hongrie
Espagne
Suède et Norvcge
Reste de TEurope
Canada
îlexique
Reste de l'Amérique du Nord . . .
Brésil
Venezuela
Répulilique argentine
Chili .
Reste de l'Amérique du Sud. . . .
Indes anglaises
Japon
Chine
Hong-Kong
Reste de l'Asie
Australasie britannique
Philippines
Afrique
une surface de 9.514 kilomètres carrés, les Philippines, couvrant 296.000 kilomètres carrés et renfermant 7.740.000 habitants, l'île de Guam, possession très importante sur une des grandes roules du monde, comme point de relâche et dépôt de charbon, avec une superficie de 514 kilomètres et une population de 9.700 habitants, enfin une partie des îles Samoa (199 kilomètres carrés et 4.000 habitants), les îles Wake et Johnston (4 kilomètres carrés), au total 7)00.000 kilomètres carrés et 8.600.000 habitants.
En outre, Cuba est devenue une république politiquement indépendante mais économiquement rattachée de fort près à la grande République américaine. Après avoir acquis de grandes et riches colonies, les États-Unis n'ont plus qu'un dernier progrès à accomplir pour se libérer du reste de tutelle de la vieille Europe, l'acquisition d'une marine marchande très nombreuse. On peut être assuré qu'ils n'y manqueront point. Dès aujourd'hui, la République des Etats- Unis est la communauté d'hommes la plus riche en face de l'Empire britannique. Elle a plus d'espace et de ressources que l'Allemagne, moins de population, mais un développement industriel et commercial plus considérable que l'empire des tsars. Tôt ou tard cette puissance d'argent se transformera en grande puissance politique. Son but, ouvertement avoué, est de jouer un rôle dans la politique mondiale. L'efficace intervention du Président Roosevelt dans le conflit russo-japonais, d'autres manifestations, plus récentes encore, ne laissent aucun doute à cet égard. Les Américains, en général peu modestes dans leurs pronostics, déclarent que le xx^ siècle sera celui de la prédominance de l'Union, non seulement sur l'Amérique, mais aussi sur le monde entier. Le percement du canal de Panama, qu'ils ont repris, ne leur servira pas peu dins cette œuvre