CHAPITRE X BRÉSIL
Au milieu de l'Ame'rique du Sud, comme les États-Unis sont au milieu de rAmérique du Nord, s'étend le Brésil, dans le bassin d'un fleuve énorme... Mais là s'arrête la similitude entre les deux pays: ni leur relief, ni leur climat, ni leur population, ni leurs productions, ni leur passé historique ne se ressemblent.
Situation et dimensions. — Le Brésil forme un immense triangle, dont la limite orientale, la seule naturelle, est formée par l'océan Atlantique ; les autres frontières, purement artificielles, et dont le tracé a donnélieu à d'innombrablescontestations, le séparent, au nord, des trois Guyanes et du Venezuela, à l'ouest, de la Colombie et du Pérou, au sud-ouest et au sud, de la Bolivie, du Paraguay, de la République Argentine et de l'Uruguay. Il s'étend ainsi du 55^ de latitude sud au k^ de latitude nord et du 71° 50' au 52" de longitude ouest de Paris. Sa superficie, de 8.500.000 kilomètres carrés, un peu inférieure à celle des États-Unis, correspond à 85 pour 100 de l'étendue, de l'Europe et à près de 16 fois l'aire de la France. Une distance à vol d'oiseau de 4.200 kilomètres sépare la frontière occidentale de celle de l'orient, et l'extrême nord de l'extrême sud.
Relieî du sol. — Le Brésil est, avec les Guyanes, le Paraguay et l'Uruguay, un des pays de l'Amérique méridionale qui ne possèdent aucune partie de la Cordillère des Andes.
Considéré au point de vue du relief du sol, il peut être partagé en deux zones bien distinctes : au nord, la région amazonienne, au sud et à l'est, celle du plateau.
La première forme une immense cuvette à fond plat, sans aucune dénivellation, presque sans pente appréciable • le point où le Maranhào
sort des Andes n'est qu'à 155 mètres d'allilude et se trouve cependant éloii^né de 4.000 kilomètres de la mer ; aucun relielne la sépare au nord du bassin de l'Orénoque avec lequel on sait que le Rio Negro, aflluent du Maranhào, communique par le Cassiquiare. Le soulèvement des Monts de la Lune et des Tumac-Humae divise les e^ux (pii vont directemenl à la mer au nord, de celles qui se déversent dans l'Amazone, et sépare le Brésil des Guyanes. Du côté du sud, le sol se relève doucement, par terrasses superposées, que les al'llucnts de droite du grand fleuve descendent par des rapides et des chutes.
La seconde zone, qui occupe le sud et surtout l'est du pays, est une région de plateaux peu accidentés, et d'une altitude très médiocre. Au sud, à la lisière de la Bolivie, aucun soulèvement appréciable ne partage les eaux des af'lluents du Madeira d'avec celles qui se rendent au Pilcomayo ou au Paraguay. Mais le sol s'élève doucement vers l'est dans le plateau du Matto Grosso (200 à 500 m.) et la province de Goyaz (600 m.) et atteint sa plus grande altitude sur la côte même de l'océan Atlantique. Il est alors bordé par de^ chaînes de montagnes ou « serras». Elles sont peu élevées (1.000 à 1.200 m.) et d'un dessin très confus dans le triangle dont les sommets sont à l'embouchure du Maranhào, au cap Sào-Roque et à la limite de l'État d'Espiritu Santo; mais elles deviennent plus hautes et prennent l'aspect de chaînes littorales à partir de ce dernier point jusqu'à l'Etat de Santa Catharina: serras dos Orgâos, qui domine Rio de Janeiro, da Mantiqueira, qui culmine au mont Itataya (2.712 m.), do Mar, etc., se succèdent le long de la mer, sur laquelle elles tombent d'une pente très rapide, alors que, du côté opposé, elles s'abaissent progressivement vers le plateau.
Le relief brésilien est donc médiocrement accidenté et élevé.
Littoral. — De la frontière de la (îuyane française à celle de l'Uruguay, le Brésil est baigné par l'océan Atlantique, soit un développement de côtes de plus de 7000 kilomètres sans tenir compte des petites indentations. C'est d'abord, depuis la rive droite de rOyapock, jusqu'aux environs du cap Sâo Roque, une côte basse, marécageuse, bordée de palétuviers, malsaine pour l'homme, dangereuse pour les navires, que, seuls, découpent des estuaires dont, en première ligne, celui du Maranhào ; quelques îles littorales, en général formées d'alluvions, la frangent, surtout entre l'estuaire du Maranhào et la baie de Sào Marcos.
A partir du cap Sào Roque, la côte, orientée vers le sud-ouest, bordée de montagnes, est beaucoup plus accidentée : les ports de Recife ou Pernambuco, de Maceio, mais surtout les deux admirables
baies de Bahia et de Rio de Janeiro, celle de Paranagua, offrent de sûrs abris aux navires. Mais, avec l'État de Santa Catliarina, apparaissent les lagunes d'eau saumàtre, comme celle dos Patos, qui s'étend sur 250 kilomètres le long de l'État de Rio Grande do Sul, côte difficile d'accès et très malsaine.
Climat. — Peu de pays présentent des climats plus doucement nuancés que ceux de l'immense Brésil. Malgré son étendue presque égale à celle de l'Europe, les conditions de la température et de l'humidité sont, à peu de choses près, les mêmes d'un bout à l'autre du pays: la faible importance du relief en est la cause.
Le Brésil s'ouvre largement en effet à l'influence de l'océan Atlantique, dont il reçoit les vents alizés, constamment tièdes et humides, et qui ne sont arrêtés par aucune barrière montagneuse.
Cependant, il faut distinguer deux régions: la région amazonienne, située au nord, sous la ligne équinoxiale, presque absolument plate, et soumise au climat tropical maritime, a des températures constantes : en janvier, comme en juillet, la chaleur se maintient eatre 26° et 28", sans presque aucune variation; les pluies, qui tombent pendant toute l'année, versent sur le sol une couche d'eau d'environ 2 mètres, avec une légère recrudescence à l'approche des montagnes de l'ouest. L'influence maritime se manifeste jusqu'à plus de 5.000 kilomètres de la mer, tandis que, du côté opposé des Andes, sur les bords du Pacifique, le climat le plus continental exerce ses rigueurs.
La seconde région est celle du sud et de l'est, sur le plateau et surtout sur la côte. Là, le climat est celui des moussons : les températures, sans varier beaucoup, oscillent en juillet entre 12" dans le Rio Grande do Sul et 24° à Pernambuco ; en janvier, le thermomètre marque presque partout 25°. Les pluies, qui tombent pendant la saison d'été, de plus en plus courte à mesure qu'on s'avance vers le sud, donnent une moyenne de 2 mètres environ, singulièrement dépassée dans l'étroite bande de pays située entre la côte et la ligne des serras.
En somme, excepté dans l'extrême Rio Grande do Sul, soumis à un climat tempéré, qui permet la colonisation européenne, même la germanique, l'ensemble du Brésil est compris dans diverses zones de climat tropical, favorable aux forêts et aux plantations, mais impropre à la vie des blancs.
Cours d'eau. — Un fleuve gigantesque, le plus merveilleux cours d'eau de la terre, arrose la partie septentrionale et, par ses affluents, le centre du pays.
Ce fleuve, appelé (Jans le pays Maranhào, est plus connu sous le
nom de fleuve des Amazones. Né sur les plateaux andins du Pérou, il en sort au Ponge de Manserlche, terrible défilé, entre des falaises à pic, et, aussitôt, commence son cours de plaine. Il est alors à une altitude de 155 mètres environ et doit parcourir encore i.OOO kilomètres avant d'atteindre l'océan Atlantique. 11 entre au Brésil à Tabatinga, déjà complètement formé par la réunion de l'Ucayali. Ses eaux olivâtres coulent lentement, entre des rives bordées de forêts profondes et vierges, tantôt en un seul lit, large alors de 10 à 15 kilomètres, tantôt en nombreux bras, «igarape» ou «parana », enserrant des îles boise'es, et d'un développement total de 40 à 50 kilomètres. La profondeur moyenne, de 75 à 100 mètres, atteint ^85 mètres à l'embouchure. Peu de villages : ceux-ci sont séparés en moyenne par une distance de 240 kilomètres avant le confluent du Rio Negro, et par 175 entre celui-ci et la mer; Manaos et Obidos sont les deux seules agglomérations méritant à peu près le nom de villes. L'estuaire, ou plutôt le delta, vu le grand nombre d'iles qui l'encombrent, s'ouvre au nord de l'île de Marajo, et sa bouche la plus large a un développement de 50 kilomètres; du milieu, on n'aperçoit pas les rives.
Tandis que le flot de marée, qui forme un mascaret gigantesque, ou pororaca, se fait sentir jusqu'à 1 .000 kilomètres de l'embouchure, les eaux douces du fleuve, se superposant aux flots salés de l'océan, permettent aux navigateurs de puiser de l'eau potable à une distance considérable au large.
C'est qu'aussi le débit du fleuve est le plus fort du monde : de 17 à 18.000 mètres cubes lors des plus basses eaux, il est en moyenne, {)endant la majeure partie de l'année, de 80.000, et peut atteindre, lors des crues, 250.000 mètres cubes.
Le régime est remarquablement égal. Coulant presque absolument sous la ligne, « l'équateur visible » reçoit des pluies à peu près constantes en toutes saisons; d'autre part, ses affluents lui viennent des deux zones tropicales et, les saisons des pluies alternant, lui apportent le produit de leurs crues de façon à maintenir un niveau presque immuable.
Certains de ces affluents sont de grands fleuves eux-mêmes : les premiers de la rive gauche, Iça, lapura, descendent des Andes colombiennes; le Rio Negro, du même côté, draine la plaine du nord, ou, par son tributaire, le Rio Branco, le versant méridional des montagnes delà frontière guyanaise; il communique, par le Cassiquiare, avec rOrénoque.
Sur la rive droite, après l'Ucayali, que beaucoup considèrent, par sa longueur et par son débit, comme la branche mère du Maranhào,
viennent l'immense Madeira, qui draine toute la Montana bolivienne, le Tapajoz et le Xingu, descendus du plateau de Matto Grosso; on considère quelquefois comme un affluent, le très long Tocantins, dont l'estuaire, sur lequel se trouve le Para, ou Belem, communique, au sud de l'île de Marajo, avec le Maranhâo. Ces affluents de droite, très longs et très abondants, sont malheureusement coupés de cataractes et de rapides qui entravent la navigation.
Les autres fleuves, quoique longs, ne sont comparables au Maranhâo ni par le débit, ni par l'utinté : le Parnahyba a près de 2.000 kilomètres, le Sào Francisco atteint près de 3.000 kilomètres, mais est interrompu par des cataractes, celles de Paulo AfTonso, à 250 kilomètres de son embouchure. Le Parana, une des branches qui forment le Rio de la Plata, prend sa source sur le versant occidental de la Serra da Mantiqueira, à moins de 200 kilomètres de la mer, mais change vite de direction, arrose le plateau, forme la frontière avec le Paraguay, va irriguer la partie septentrionale de la République Argentine, et tombe dans le Rio de la Plata, après 3.600 kilomètres de cours, malheureusement encombré de rapides.
Géographie politique.
Populations. — Les conditions climatiques se sont opposées jusqu'aujourd'hui, et s'opposeront sans doute longtemps au peuplenient rapide. Le dernier recensement, de 1900, n'a constaté la préspnce que d'environ 17 millions et demi d'habitants, soit environ 2 par kilomètre carré. Les régions les plus peuplées sont les États de Rio de Janeiro (15), de Sergipe, de Pernambuco et de Ceara(8), pendant que celui d'Amazonas en a 1 sur 10 et celui de Matto Grosso 8 sur 100 kilomètres carrés.
On doit distinguer, dans cette population, quelques éléments différents : les indigènes d'abord, improprement appelés Indiens, n'ont pas disparu comme de l'Amérique du Nord, les forêts impénétrables leur ont offert un refuge inaccessible; ils sont encore 1.500.000 environ; les noirs, anciens esclaves de plantations, mis en liberté en 1888, sont 2.100.000; les métis de blancs et noirs, de blancs et rouges, et même de rouges et noirs, comptent pour 4. 600. 000 au moins, enfin les blancs atteignent le chiffre de G. 500. 000.
Ces derniers reconnaissent des origines diverses. Cependant, le gros de la population blanche, qui a imposé sa langue, est formé de Portugais, venus du petit royaume lusitanien ou des colonies, comme les Açores, Madère, etc. Mais des éléments différents s'y sont ajoutés depuis quelques années; outre de nombreux Italiens
(1.500.000 environ), dos Allemands en assez grand nombre (250 h 500.000) se sont groupe's dans les Etats du sud, surtout dans le Santa Catharina et le Rio Grande do Sul, formant des agglomérations aux noms germaniques, que les atlas allemands signalent avec soin, comme des colonies impériales (1). L'immigration, très irregulièrc, sur laquelle des statistiques précises ne sont pas prises, varie de 12 à 80.000 personnes par an, et serait presque compensée par l'émigration. L'augmentation de la population, qui doit être assez considérable, ne peut être étudiée d'une façon même approximative, en l'absence de statistiques.
La langue brésilienne est le portugais, mais la « lingua gérai », sorte de sabir lusitano-indien, est parlée dans l'Amazonie, l'italien et surtout l'allemand font des progrès depuis quelques années. La religion de presque tout le monde est le catholicisme romain, mais le protestantisme, inconnu il y a quelques années, compte près de 150.000 fidèles depuis que l'immigration germanique a commencé.
Bien peu de villes dignes de ce nom : si Rio de Janeiro, la capitale, dans une situation merveilleuse, a 800.000 habitants, si quelques ports dépassent 100.000 habitants, les autres villes sont médiocres, et. nous l'avons vu, l'intérieur est extraordinairement peu habité (2).
Gouvernement. — Depuis la révolution de 1889, le Brésil, dont le nom ofliciel est « États-Unis du Brésil » , forme une république fédérale dont la constitution est calquée sur celle des États-Unis de l'Amérique du Nord. Chacun des 20 États est une république autonome, mais les questions de défense nationale, de douanes à l'im-
(1) Les colonies allemandes du sud ont conservé mieux qu'aux États-Unis le sentiment national et l'usage de la langue maternelle. Le Santa Catharina, le Rio Grande do Sul et même une bonne partie des États du Parana et de Sào Paulo, l'orraent une île véritable de population germanique enclavée au milieu dts terres de langue latine. Les principaux centres où domine l'influence allemande sont Santos, Joinville, Blumenau, Sào Lcopoldo et Porto Alegre. Les colonies établies au nord, sur le Mucury et dans l'Etat d'Espiritu Santo, ont eu beaucoup moins de succès.
Les Français ont pris, en revanche, une position considérable dans l'Amazonie; on parle couramment notre langue à Para et à Manaos et notre commerce avec l'Amazonie représente une valeur considérable. Le voisinage de la Guyane nous permettra encore de développer ces relations.
(2) Villes (estimation en 1906) :
Hio de Janeiro (1906) 811.000 hab.
Sào Paulo ..... 330.000 —
Bahia 2ÔO.0U0 —
Pernambuco . . , . 120.000 —
Belem ou Para . . . 100.000 hab.
Porto Alegre .... 80.000 — Manaos 40.000 —
])ortation, de postes et te'légraphes sont du ressort du gouvernement l'édéral.
Le Président de la République, comme le Vice-Président, qui doit le remplacer en cas de mort ou de démission, est élu au suffrage universel direct, à la majorité absolue, pour une période de quatre ans, et ne peut pas être réélu pour la période suivante; il est assisté de ministres responsables devant lui seul, et qui n'ont pas accès au Congrès.
Celui-ci se compose de deux assemblées : le Sénat, dont les membres (3 par Etat) sont élus directement, pour 9 ans, et renouvelables par tiers, et la Chambre des députés, à laquelle chaque État envoie un nombre de représentants proportionnel à sa population; le mandat est de 5 ans, et l'assemblée se renouvelle intégralement. Le suffrage est universel, en principe, mais l'exclusion des illettrés, dont le nombre étaitévaluéà 84 pour 100 de la population, restreint singulièrement cette « universalité » .
La défense nationale est assurée par une armée, recrutée par le service obligatoire (nominalement), et par une petite marine (1).
Géographie économique.
Le Brésil a fait de sérieux progrès économiques depuis quelques années ; sa transformation a frappé le monde entier, mais il reste encore un pays fort arriéré, et qui ne tire qu'un très faible parti de richesses immenses. 11 est juste de dire que la faute n'en est pas absolument aux habitants. Ceux-ci sont bien peu nombreux pour d'aussi grands espaces, et l'on ne peut guère prévoir un accroissement de la population suffisant pour mettre en valeur le pays entier. D'autre part, celui-ci ne se présente pas comme très favorable à l'exploitation: les immenses forêts de l'Amazonie sont merveil-
(1) Armée et marine :
Armée . 28.000 h. (sur le papier), en réalité 15.000 environ. Marine . 7 navires protégés d'assez vieux modèle.
12 torpilleurs et canonnières-torpilleurs.
Environ 8.80O hommes.
Finances (1907) en millions de francs :
Recettes 753.5 Dépenses 703.7
Dette extérieure 1.818.7
leuses, certes, et aucune description ne peut en donner idée, m=^is elles sont inexploitables et presque impénétrables ; le défrichement même n'en semble pas possible, en présence de l'exubérance de la végétation. La majeure partie de la petite plaine côtière est extrè mement malsaine, le « vomito negro » ou fièvre jaune y exerce d'effrayants ravages, même sur les noirs, qui, seuls, pourraient y travailler ; les plateaux de l'intérieur, d'accès difficile, seraient plus sains, mais ils sont aussi moins riches. Seule, la région colonisée par les Allemands, les quatre Etats méridionaux de Sào Paulo, Parana, Santa Catharina et Rio Grande do Sul, les deux derniers surtout, semblent appelés à un avenir prospère, et déjà jouent dans l'ensemble du pays un rôle pres(|ue prédominant.
Agriculture. — La grande ressource du Brésil est, actuellement, et sera de plus en plus la végétation naturelle ou cultivée.
Les forêts couvrent au moins la moitié de la superficie et occupent une étendue grande peut-être comme six ou sept fois la France. Outre les Selvas de la région de l'Amazone et les forêts qui garnissent le versant oriental des montagnes de la côte atlantique, on rencontre encore beaucoup d'espaces boisés dans l'intérieur même, sur le plateau. On désigne spécialement sous le nom de «capoes» ceux qui rappellent la forêt vierge ; ils bordent en général les rives des fleuves, sur toute l'étendue de la zone des inondations. Les « catingas » des terres hautes ressemblent davantage aux forêts de nos régions.
C'est par centaines de millions de francs qu'il faut évaluer tous les produits que pourraient fournir ces forêts au commerce et à l'industrie, et qui se perdent chaque année faute de bras et de moyens de transport.
Bois d'ébénisterie des plus précieux, bois de teinture, dont un, le brésil, a donné son nom au pays, plantes médicinales, fruits alimentaires servant à la nourriture des indigènes, y abondent. Mais le produit le plus important, depuis quelques années surtout, est le caoutchouc. Les lianes à latex fournissent en abondance le caoutchouc « para » dont l'utilisation est devenue si grande à la suite des progrès du cyclisme et de l'automobilisme, et de la fabrication de nombreux objets usuels en caoutchouc. Le port de Para exporte, vers Liverpool surtout, une moyenne de 50.000 tonnes de cette précieuse substance, d'une valeur approximative de 200 millions de francs et beaucoup de navires vont la chercher directement à Manaos. Mais la récolte en est difficile et dangereuse à cause des maladies de la forêt, et, devant l'exploitation intense, on doit aller chercher la liane de plus en plus loin dans l'intérieur. C'est ce
qui explique que la production tende à ne plus suffire à la consommation qui s'accroît avec une grande rapidité.
Comme dans la plupart des pays tropicaux, les cultures proprement alimentaires, ou « vivrières », sont sacrifiées, et le Brésil ne peut nourrir sa population, cependant clairsemée: il reçoit des farines et des grains de New-York et de Trieste, des pommes de terre d'Irlande, des vins de France ou de Portugal. Seules, les fermes allemandes consacrent quelque espace aux céréales. La plante alimentaire par excellence est le manihot, d'où l'on tire le manioc et le tapioca. Le manioc est, avec la viande sèche et quelques légumes, la base de l'alimentation.
C'est, en première ligne, au café, que les Brésiliens donnent tous leurs soins. Les conditions sont excellentes, non pas tant peut-être par la qualité, considérée comme inférieure, que par la quantité. 11 peut réussir presque partout, le centre de la culture est dans les provinces du sud-est, Mina Geraes et surtout Sâo Paulo. La production est intense, mais, après une période d'accroissement considérable due à la construction de nombreux chemins de fer, elle a baissé sensiblement, les progrès de la consommation n'ayant pas suivi ceux de la production. Celle-ci se relève depuis 1905 et atteint des chiffres considérables (1). Le Brésil fournit environ les trois quarts de la consommation du monde.
La canne à sucre donne aussi un produit important dans les États de l'est, et le Brésil vient au troisième rang des pays producteurs de sucre; le tabac, le cacao, le coton enfin, doivent être cités parmi les plantes dont la culture est rémunératrice; la dernière, surtout, trouvera un excellent terrain dans les États relativement moins humides de Maranhào, Ceara, Bio Grande do Norte.
Élevage. — Si toute la région amazonienne est absolument impropre à l'élevage, l'exubérance de la végétation empêchant le développement de la vie animale, même sauvage, il n'en est pas de même de la région du plateau et, surtout, des États du sud. Sur le plateau, le développement de cette branche de l'activité est subordonné à l'extension du réseau de chemins de fer, mais les Allemands du Bio Grande do Sul, mieux desservis, ont commencé à produire de la viande en abondance ; « charqué » , ou viande séchée, viande
(1) Production du café :
1902 976.000 tonnea.
conservée en boîles. Les conditions sont, en effet, à peu près les mêmes que dans l'Uruguay et la République Argentine (1).
La lorèt ofïre aux chasseurs une abondante récolte d'oiseaux superbes, dont s'ornent les toilettes des Européennes ; les fleuves et la mer permettent aux riverains d'ajouter à leur nourriture de nombreux poissons, ou d'exporter des écailles de tortues.
Quelque grands que soient les progrès accomplis par l'agriculture brésilienne, quelque variés que soient les produits qu'on en retire, ce vaste pays n'est pas près d'avoir mis en valeur toutes les ressources dont il peut disposer. 11 ne faut pas, sous prétexte qu'on se trouve en pays tropical, s'exagérer l'aptitude du sol. L'exubérance même de la végétation impose des bornes à l'exploitation régulière de la plaine fluviale, et la nature du terrain permettra difficilement à l'agriculture de s'emparer du plateau sur une vaste étendue. Il est certain, néanmoins, que des progrès énormes restent à accomplir. On peut défricher la forêt vierge et mettre le sol en culture dans quelques cantons moins abondamment arrosés que le reste du pays ; de nombreux Français établis à Manaos, au confluent du Rio Negro avec l'Amazone, l'ont récemment tenté avec succès. Les plateaux de l'intérieur pourraient recevoir d'immenses troupeaux, et la région orientale serait enfin capable de développer les cultures sur une bien plus vaste étendue.
Productions minérales et industrie. — Comme toutes les colonies espagnoles et portugaises de l'Amérique du Sud, le Rrésil n'a été, pendant longtemps, qu'un pays d'exploitation de métaux précieux. La province des « Mines Générales », ou « Minas Geraes », dans la partie la plus élevée du plateau, était le grand réservoir où l'on puisait. Les granités contiennent des diamants qui, jusqu'à la découverte de ceux de l'Afrique du Sud, ont presque exclusivement alimenté les tailleries d'Amsterdam et d'Anvers. Mais la concurrence africaine, supérieurement organisée, l'emporte maintenant. Les autres pierres précieuses, émeraudes, saphirs, rubis, agates, etc., y existent aussi. L'or est exploité dans le même État, ainsi que dans celui de Bahia. Les matières premières minérales ne manquent pas non plus : la houille existe dans le Rio Grande do Sul, mais la qualité en est médiocre et se rapproche du lignite ; le pétrole pourrait être exploité ; le fer abonde, mais l'absence de houille empêche d'en tirer parti; il en est de même du plomb, du cuivre, du zinc et du mercure ; on exporte des quantités appréciables
(1) Dclail abattu dans le Rio-Grande do Sul (1903) : 452 , 676 têtes. Dcbois-Kergouard. -u
de minerai de manganèse (1). Le Brésil fournit enfin un produit dont l'utilisation est très grande à l'heure actuelle, les sables mooazitiques qui servent à la l'abricalion des manchons à incandescence.
L'industrie, malgré quelques progrès, est encore bien arriérée. La houille, nous l'avons vu, manque ou est de mauvaise qualité, la population est peu travailleuse et peu portée vers l'industrie, enfin les fluctuations du change et les fréquentes modifications de tarifs douaniers sont nuisibles à l'établissement d'usines prospères.
Quelques tentatives cependant ont été faites et ont donné des résultats appréciables : des raffineries de sucre à Bahia et au Rio Grande do Sul ; des filatures et tissages de coton dans les grandes villes, et en particuher dans les environs de Rio de Janeiro; des usines pour la fabrication du drap dans les mêmes régions, et deux filatures de soie sont les principales industries, auxquelles on peut ajouter la tannerie, prospère dans les pays d'élevage du sud.
Voies de communication. — Dans un pays immense et massif comme le Brésil, où certains points sont éloignés de la côte de 5.000 à 4.000 kilomètres, la question des moyens de transporta l'intérieur est de première importance. Ce n'est, en particulier, que grâce au développement de voies de communication régulières que la vallée de la Madeira et le Matto Grosso occidental, qui sont parmi les régions les plus riches et les plus fertiles du Brésil, pourront être utilement exploités.
On peut distinguer, sous le rapport des voies de commerce, deux grandes zones au Brésil : dans l'Amazonie, et sur le plateau, le vrai chemin est la rivière ; dans la région du littoral, c'est la voie ferrée.
La Chine seule peut entrer en comparaison avec le Brésil pour le développement des voies navigables ; mais c'est le Brésil qui mériterait peut-être le premier rang, si ses voies magnifiques ne traversaient d'immenses solitudes, au lieu de parcourir, comme les grands
(1) Mines :
Diamants (exportation 1904) 732.000 francs.
Or (extraction 1902) 15.540.400 —
Manganèse (exportation, 1905) .... 1G2.000 tonnes.
Sables monazitiques (exportation) . . . 4.860 —
(2j industrie du colon :
Usines 108
Broches 715.000
Métiers 26.000
fleuves de l'Asie orientale, les régions les plus peuplées du globe.
On estime que ce re'seau ne comprend pas moins de 50.000 kilomètres de rivières accessibles à la navigation. L'Amazone luimême, large de plusieurs kilomètres et profond de 50 à 100 mètres, est plutôt un golfe de la mer qu'un fleuve proprement dit. Les gros navires peuvent le remonter jusqu'à plusieurs milliers de kilomètres de l'embouchure et le port de Manaos, où abordent les plus gros vaisseaux, est un véritable port de mer. Le Rio Negro est navigable à son tour sur 5.000 kilomètres et ouvre une voie vers la Colombie et l'Equateur. D'autres affluents sont accessibles aussi sur d'immenses étendues, mais la Madeira et, en général, les affluents de droite qui descendent du plateau central, le Tapajoz, le Tocantins, sont interrompus dans leur cours par des rapides et souvent des chutes absolument infranchissables. C'est le cas de la Madeira, coupée à sa sortie du territoire bolivien par une série de cascades et de tourbillons, qui se prolongent sur 400 kilomètres.
La rectification du cours même du fleuve présenterait, dit-on, d'insurmontables difficultés, aussi a-t-on conçu, depuis longtemps, le projet de tourner ce passage au moyen d'un chemin de fer. La Madeira deviendrait alors un des grands débouchés de la Bolivie.
La plupart de ces cours d'eau sont aujourd'hui desservis par des lignes régulières de vapeurs subventionnées par le gouvernement. La navigation de l'Amazone est ouverte, depuis 186G, à tous les pavillons; mais le trafic y est fait à peu près exclusivement jusqu'à Manaos sous pavillon britannique.
Le Sào Francisco tire une importance particulière de sa position aux abords de la région populeuse et cultivée. Malheureusement il est lui-même coupé, à 250 kilomètres de son embouclmre, par les chutes Paulo AfTonso, qui se poursuivent durant plusieurs centaines de kilomètres ; mais, en amont, il est navigable sans obstacle sur plus de 1500 kilomètres ; un chemin de fer côtoie la région des rapides.
La lagune dos Patos et ses divers affluents rendent aussi de grands services au trafic du Rio Grande do Sul. Le système Paraguay-Parana a beaucoup moins de valeur, en raison de la direction de ses cours d'eau.
Les chemins de fer ont pris un développement considérable; mais leur rôle est bien limité : dans l'intérieur, oii la véritable voie est le fleuve, ils doivent se borner à permettre de tourner les rapides et cataractes. Sur la côte, au contraire, ils peuvent drainer tous les produits vers les ports. Aussi n'y a-t-il pas de véritable réseau, mais des séries de lignes aboutissant aux lieux d'embarquement, et
qui ne sont nas réunies les unes aux autres (1). La plu[)arl de ces lignes sont à voie étroite.
La mer est une grande voie de communication qui permet d'exploiter, sur plus de 7000 kilomètres, les parties les plus riches du pays. Le cabotage, fait jusqu'ici même par les navires long-courriers européens qui se dirigent vers le Rio de la Plata et le détroit de Magellan, avec des escales à Pernambuco, Bahia, Rio de Janeiro, etc., est actif. Une loi récente le réserve au pavillon national (1896).
La marine marchande est encore insuffisante pour assurer le trafic, mais elle fait des progrès (2).
Le mouvement des ports est assez actif. Certains de ceux-ci sont superbes. Rio de Janeiro pourrait abriter des flottes entières, Belem ou Para, Pernambuco, Bahia, Santos, Desterro, Rio Grande, à l'entrée et Porto Alegre au fond de la lagune dos Patos, avec des qualités inférieures, sont fréquentés par de nombreux navires européens (3).
Commerce. — Les relations extérieures sont irrégulières, comme dans tous les pays où l'exportation dépend de l'abondance de la récolte, et l'importation des fluctuations du change. Une mauvaise récolte, du reste, en diminuant la faculté d'achat des habitants, restreint aussi sensiblement les achats à l'étranger.
Le commerce se fait presque exclusivement par mer, car les relations avec les pays voisins du continent ne sont pas encore suifisamment assurées par terre ; d'autre part, la mise en exploitation de ces pays, Paraguay, Bolivie, Pérou, Equateur, Venezuela, Guyanes, est loin d'être suffisante, surtout sur le versant oriental des Andes. Plus tard, il y aura sans doute, là, une riche source de commerce à exploiter pour le Brésil.
Dans l'état actuel, le Brésil vend les produits de son sol : forêts, cultures et mines, et achète les denrées alimentaires et produits
'1) Chemins fie fci- '19!]u)
En exploilalioii 16.757 lui.
En construction G. 440 —
[2] Marine marchande (1905) :
Vapeurs 209 jaugeant 95.500 tonneaux.
Voiliers 540 — 74.500 —
Total. . . 549 — 167.800 —
(5) Mouvement des ports (1904) :
Entrées. . . . 17.400 navires jaugeant 11.872.000 tonneaux. Dont brésiliens. 15.452 — — 4.589.000 —
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. iOr,
fhbrif[ués qui lui manquent : blé, riz, viande et poisson sécliés, culonnailes, houille, objets manufacturés de toutes sortes.
Les États-Unis et le Uoyaumc-Uni sont les grands correspondants du Brésil : les premiers, grands consommateurs de cale, de fruits coloniaux et de sucre, achètent beaucoup plus qu'ils ne vendent. Il en est de même de l'Allemagne et de la France; celle-là nous a dépassés depuis quelques années par le total du commerce. Le Royaume-Uni est encore le grand importateur d'objets fabriqués ; la France, autrefois fournisseur presque exclusif d'articles de modes et d'objets de luxe, est dépassée par le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Allemagne. Le Portugal a gardé le quasi-monopole des vins de Porto (!).
Conclusion. — La condition économique du Brésil est longtemps restée stationnaire. Mais, depuis quelques années, on a développé largement les voies de communication, créé des usines ; on a cherché surtout à attirer les bras et les capitaux pour obvier aux inconvénients delà suppression de l'esclavage. Bref, on s'est outillé, on a fait les frais de premier établissement. Cette période est toujours, pour les commerçants et les industriels pris isolément, comme pour les peuples, un temps d'inaction et de crise; ce travail de préparation sera bientôt achevé, et l'on peut espérer que le Brésil reprendra vite un nouvel essor.
Commerce (1906) en millions de francs :
Tolal
Importations. Exportations.
Principaux clients :
États-Unis .
Royaume-Uni
Allemagne
République Arucnliin Portugal
Principales exportations :
Cafc- 489.5
CaoutclKHic '276.5
Peaux et fourrures GO. 6
Cacao.
Coton.
Les mots « République Argentine » traduisent ceux de « État du Tiio de la Plata », plata voulant dire argent en espagnol. Us dési;jnent un des pays de l'Amérique qui sont destinés au plus bel avenir. Il semble rappeler, au sud, beaucoup des conditions que les États-Unis du Nord présentent dans l'autre partie du nouveau monde. Les progrès accomplis déjà sont un garant de l'avenir jpromis à ce pays.
Géographie physique.
Situation et dimensions. — La République Argentine partage, avec le Chili, toute la pointe méridionale de l'Amérique, mais la division est très inégale. Bornée à l'est par l'océan Atlantique, à l'ouest, par la Cordillère des Andes, qui, sur plus de 3.000 kilomètres, sert de rempart contre le Chili, et aussi contre les influences adoucissantes du Pacifique, elle n'est séparée, au nord, que par des <^ours d'eau, de la Bolivie, du Paraguay, du Brésil et de l'Uruguay. Le point extrême, au sud, dans la Terre de Feu ou dans l'île des États, est situé sous le 55" de latitude sud, et le point le plus septentrional est au 22" de latitude sud. C'est une longueur de 7}.>" •Il de 5.400 kilomètres, mais la largeur, entre Andes et Atlantique, est, au maximum, de 1.200 kilomètres, et se réduit à 560 avant la pointe méridionale.
La superficie est de 2.800.000 kilomètres carrés, soit 28 pour 100 environ de celle de l'Europe, et cinq fois un quart l'étendue de la France.
Relief du sol. — Comme tous les pays situés à l'est de l'Amérique, l'Argentine est essentiellement formée de plaines, dont quelques-unes sont parmi les plus plates du monde. Seule, la frontière
occidentale est montagneuse. La Cordillère des Andes, très étroite, réduite presque à une seule chaîne, s'y élance aux très çrrandes altitudes : l'Aconcapua, sur territoire argentin, dépasse 7.000 mètres, c'est le point culminant de l'Amérique; plus au nord, sur la frontière même, le Cerro del Mercedario (6.700 m.), au sud, leTupungato (6.560 m.) et le San José (5.900 m.) sont à peine moins hauts; mais les pics s'abaissent ensuite, bien que la frontière patagoniennechilienne présente encore des sommets de plus de 3.000 mètres. Toutes ces montagnes sont ou ont été des volcans; dans les profondes vallées, dorment de nombreux lacs. Les cols sont en général assez élevés et d'un accès difficile; la passe de Bermejo, que traversera bientôt le chemin de fer transandin, atteint presque 5.000 mètres (2.842).
Dans les provinces du nord, les massifs boliviens, bien que rétrécis, s'étendent encore un peu vers l'est, sur les pays de Salta, ïucuman et Santiago del Estero; la sierra del Aconquija et ses voisines dépassent 5.000 mètres. Entre elles et les Andes proprement dites, sont de hauts plateaux qui rappellent ceux du Pérou et de la Bolivie. La sierra de Cordoba n'a guère que 2.200 mètres.
Le reste du pays est plat, mais avec des caractères différents. Au nord, le Chaco, désertique, s'incline doucement des montagnes de l'ouest vers le Paraguay; au centre, s'étend la Pampa. Peu de plaines au monde sont aussi plates, et donnent autant l'impression de la mer : aucune espèce de dénivellation, aucun accident de terrain qui rompe le cercle régulier de l'horizon ; s'il n'a pas de boussole, le voyageur s'y perd comme le navigateur en plein océan; l'eau ne coule pas et s'amasse en lagunes saumàtres.
Dans l'extrême sud enfin, après le Rio Negro, commence la Patagonie, plate encore, mais plus élevée, formée de plateaux s'élevant en gradins couverts de rochers et de pierres, mais séparés par de profondes vallées où coulent les rivières descendues des Andes.
Littoral . — Bordant une plaine, la côte ne peut être très découpée : de grandes indentations largement ouvertes vers l'océan, des péninsules massives, en sont les seuls accidents. Au nord, le large estuaire du Rio de la Plata, malheureusement sans profondeur, est la grande porte d'entrée et de sortie ; la Bahia Blanca possède un excellent port qui draine les produits de la Pampa méridionale, les golfes de San Matias et de San Jorge sont sans abri véritable; le détroit de Magellan appartient tout entier au Chili; quant à la Terre de Feu, la partie argentine est la moins découpée, l'île des États en est séparée par le détroit de Lemaire ; le détroit de Beagle est un excellent abri.
WS RÉPUBLIQUE ARGENTINE.
Climat. — Bien que située sous des latitudes qui correspondent, dans i'hômisphère boréa! à celles de l'Egypte, de la Méditerranée, de la France, de la Belgique et des Pays-Bas, la République Argentine ne rappelle aucun des traits climatiques des pays qui viennent d'être cités. La Cordillère des Andes empêche l'océan Pacifique de faire sentir son influence adoucissante; le courant froid, venu du pôle, qui longe la côte atlantique, se manifeste au contraire. Les moyennes de juillet (mois le plus froid), de 1-4** au nord, sont au-dessous du point de glace dans le sud, par une latitude comparable à celle d'Amsterdam; celles de janvier (mois le plus (haud), sont de 10" à l'extrémité méridionale, et de 26" à 30" au Chaco. Les sautes de température, d'une saison à l'autre, du jour ?i la nuit, sont brutales et considérables. Cependant, sauf dans l'extrême nord, où le bord des fleuves est marécageux et fiévreux, la salubrité est assez grande pour que tous les Européens puissent y vivre et y travailler.
Les pluies qui, sous ces latitudes, sont apportées par les vents du nord-ouest, sont arrêtées par les Andes et accaparées par le Chili, tandis que l'Argentine souffre de la sécheresse. Si les provinces andines reçoivent encore une moyenne de i mètre d'eau des nuages qui ont franchi les cols, les provinces centrales et la partie orientale de la Patagonie ont un régime presque saharien, avec moins de 20 centimètres d'humidité. Une recrudescence se produit dans la Pampa, qui est partagée entre deux régions recevant, l'une 60 centimètres, l'autre 1 mètre d'eau.
Cours d'eau. — La partie septentrionale de la République Argentine est tout entière comprise dans le bassin du Rio de la Plata. Cette « rivière de l'argent » n'est pas un fleuve, mais un estuaire, comme la Gironde en France. Mais c'est une Gironde gigantesque, longue de 300 kilomètres, large de 35 à 250, recevant un flot de 10.800 mètres cubes à l'étiage, de 45.000 en moyenne ; malheureusement, il manque de profondeur. Comme la Gironde est formée de la Garonne et de la Dordogne, le Rio de la Plata résume le Parana et l'Uruguay.
Le Parana est, dans son haut cours, un fleuve brésilien, né aux environs de Rio de Janeiro. Au moment où il quitte le Brésil pour former la frontière entre le Paraguay et l'Argentine, il a descendu le dernier étage de son haut cours par les chutes de Guaira. Après son confluent avec le Paraguay, c'est un fleuve large au moins de 5 kilomètres, de 15 en moyenne, entourant de ses bras de nombreuses îles verdoyantes, qu'il couvre de 6 à 8 mètres en hautes eaux. Peu avant l'estuaire, il se rétrécit à 600 mètres seulement,
dans le défilé d'Obligado, mais alors, il a des profondeurs de 45 mètres. Son débit est de 14.000 mètres cubes.
Son grand allluent de droite, le Paraguay, est beaucoup moins abondant, mais très long et remarquablement navigable. 11 commence dans le Matto Grosso brésilien, s'ouvre presque tout de suite à lu navigation, sépare la Bolivie du Brésil, traverse une partie du Paraguay, qu'il délimite en face de l'Argentine, et tombe dans le Parana au dessus de Corrientes. Ce sera une excellente voie de pénétration vers le Brésil central. 11 se grossit à droite du Pilcomayo et du Bermejo, qui lui viennent des Andes à travers le Chaco désert où ils s'appauvrissent.
La Dordogne de cette Garonne est l'Uruguay, né, lui aussi, au Brésil, à quelques kilomètres de la mer; dans son cours semi-circulaire, il sépare l'Argentine du Brésil et de la Banda Oriental, mais il est coupé de cataractes, dont les dernières, à Concordia, ne sont qu'à 500 kilomètres de la mer.
La Pampa et la Patagonie sont beaucoup moins bien desservies ; l'eau manque, le sol est souvent perméable, aussi les fleuves, véritables «oued», se traînent-ils indigents, souvent salés, d'où le nom de Rio Salado si fréquent dans l'onomastique patagone. Leurs sources dans les lacs andins et leurs liants cours sont seuls abondants : rios Colorado, Negro, Chubut, Salado, Chico et Santa Cruz sont les plus longs, sinon les plus utiles.
Les lacs des Andes, profonds et clairs, les lanquen, bebederos, banados, etc., lagunes saumàtres de la plaine, les marécages du Gliaco représentent les eaux stagnantes, trait caractéristique.
Géographie politique.
Populations. — Malgré la salubrité prouvée et la ricbesse réelle du pays, l'Argentine est encore très peu peuplée. Sur près de 5 millions de kilomètres carrés ne vivent que 6.000.000 d'habitants environ, soit une densité moyenne de 2 par kilomètre carré. Nulle part de grande densité: la province la plus peuplée est celle de Tucunian, avec 12 habitants par kilomètre carré, puis celle d'Entre Rios, qui en compte plus de 5, celle de Santa Fén'ena que 5 environ et celle de Buenos-Ayres — sans la ville même — un peu plus de 4 ; les autres provinces ont de 1 à o habitants sur un kilomètre carré, et dans les territoires, c'est une superficie de 40 kilomètres carrés qu'il faut parcourir pour y trouver un homme.
La capitale est le grand centre de population ; en juin 1907, elle dépassait le million, soit près du sixième du total général
no RÉPUBLIQUE ARGEINTHE.
du pays, les autres villes ne sont que des bourgades, sauf Rosario, avec plus de 100.000 habitants. H n'y a en tout que 17 agglomérations de plus de 10.000 habitants. Buenos-Ayres est, du reste, une ville superbe, digne capitale d'un très grand pays, longue de plus de 10 kilomètres, large de 5, possédant un grand port, de beaux monuments, et des rues tracées à angle droit comme aux États-Unis, mais belles et animées (1).
Longtemps colonie espagnole, l'Argentine a gardé un fond de population espagnol, et la langue castillane, la religion catholique romaine y ont une grande supériorité. Les populations indigènes y sont bien peu représentées : on ne compte guère qu'une trentaine de mille Indiens de toutes sortes.
Mais l'immigration vient augmenter constamment le chiffre des habitants. Sans atteindre aux chiffres que l'on relève aux États- Unis, elle est assez considérable: 209.000 personnes en 1907. niic moyenne de 120.000 pendant les cinq dernières années, et olie a atteint, entre 1857 et 1905, un total de 5.400.000 personnes; l'émigration, il est vrai, enlève une moyenne de 40.000 habitants par an, laissant cependant un excédent d'environ 150.000 âmes, soit plus de 2 pour 100 par an; quant à l'augmentation naturelle par l'excédent des naissances, elle est appréciable : 1.75 pour 100 par an. L'ensemble donne une proportion de près de 4 pour 100 pour l'augmentation totale.
Les immigrants sont surtout des Italiens (plus de la moitié), puis des Espagnols (près du quart) ; le reste est formé de Français, Allemands, Anglais, etc. (2). La population française est assez importante, et recrutée surtout parmi les Béarnais et les Basques, qui, du reste, reviennent souvent au pays après fortune faite... ou quand la prescription a couvert le délit d'insoumission au service militaire qui a amené certains d'entre eux à passer l'eau. Plus de 100.000
(i) Villes :
Buenos-Ayres (1907). 1.102.000 hab.
l'.osario (1900) ... 112.500 —
Cordoba (1895) ... 47.600 —
La Plata 45.400 hab.
Tucuman Ô4.000 —
Jlendoza 55.000 —
(2) En 1907, sur un total de 209.000 immigrants.
Les Italiens étaient 90.500 —
— Espagnols — 82.600 —
— Russes — 9.500 —
— Syriens — 7.400 —
— Français — 4.100 —
etc., etc.
Français vivent dans l'Argentine et y exercent les métiers les plu« divers.
Tandis que les États-Unis commencent à se défendre contre l'afflux des immigrants, la République du sud les accueille avec plaisir, et pourra, pendant longtemps encore, les recevoir dans ses terres vierges et vides.
Gouvernement. — Comme presque toutes les Républiques hispano-américaines, l'Argentine a calqué sa constitution sur celle des Etats-Unis du Nord ; il est inutile de répéter ici quelles en sont les bases.
La défense nationale est assurée par une armée recrutée par le service obligatoire et qui pourrait comprendre, avec les réserves, environ 120.000 hommes. La marine était assez importante relativement, mais les plus récents navires ont été vendus au Japon : .').''200 hommes forment les équipages.
Les finances sont, depuis longtemps, dans un état déplorable et cette situation n'a pas manqué d'entraver le développement du pays(l).
Géographie économique.
Tout s'accorde pour promettre à la République Argentine un avenir brillant et dont son état actuel, malgré les progrès accomplis dans les dernières années, ne peut donner qu'une idée très faible. Cependant, les enthousiastes qui lui prédisent des destinées égales à celles des États-Unis, se laissent entraîner à une exagération évidente : n'ayant de façade que sur une mer, sans vis-à-vis important, dans l'hémisphère le moins peuplé du globe, l'Argentine ne peut compter jouer un rôle « mondial » ; tout au plus peut-elle espérer, quand elle sera plus peuplée et que la mise en œuvre de ses richesses sera accomplie, de fournir à ses voisines tropicales et mal douées du nord, les produits qui leur manquent, en même temps qu'elle enverra vers l'Europe les céréales, les viandes et les laines qu'elle peut donner en abondance.
Agriculture. — La culture et l'élevage sont et resteront les
(1) Finances en millions de francs (1907) :
Recettes. .... 500.7 Dépenses 485.3
Dette piiljlicjiii' ^.ill.5
412 RËrriiLinrE argentine.
grandes ressources de ce pays. Mais il faut y distinguer plusieurs régions d'aptitudes bien diilerentes.
Au nord, le Gran Chaco, partagé avec la Bolivie et le Paraguay, n'est pas un désert ; il y pleut peu, mais presque dans toutes les saisons. L'eau stagne sur le sol, les rivières sont irrégulières, l'exploitation est difficile. C'est, pour le moment, un territoire de chasse, que l'on espère, par un peuplement approprié au climat, pouvoir mettre en cultures ; on projette d'y amener des nègres des l^tats-Unis,
L'Entre Rios, c'est-à-dire le pays situé entre Parana et Uruguay, bien arrosé, souvent même inondé, rappelle la Puzta hongroise ; c'est un excellent pays d'élevage, où, en même temps, pourront réussir les cultures tropicales.
La grande plaine, entre les Andes et le Parana, souffre de la sécheresse: les fleuves descendus des montagnes s'appauvrissent et ne suffisent pas à l'irrigation. Mais, avec des travaux de captation ou de conservation des eaux, comme des réservoirs, elle pourrait porter en abondance la canne à sucre, la vigne, les autres plantes méditerranéennes et les céréales.
La pampa est une Beauce à la riche couche d'humus, que l'on fertilise en y faisant paître le bétail, et qui pourra être un des greniers du monde.
Quant à la Patagonie, le plateau en est rocheux, pierreux, alternativement brûlé de soleil et balayé par les vents glacés du sud, l'eau y manque. Mais les vallées ont de belles prairies où l'élevagi pourra se faire avec profit.
Les forêts sont peu abondantes en dehors des montagnes. Cependant le Gran Chaco a des forêts d'essences tropicales le long de ses cours d'eau; celles des montagnes fournissent en abondance le bois de chauffage ou de construction dont on a besoin.
On estime à 100.000.000 d'hectares la superficie qui pourrait être adaptée à la culture ou à l'élevage, dont 400.000 hectares devraient être irrigués.
Une très faible partie de cette étendue est actuellement cultivée, et cependant les progrès ont été considérables : de moins de 5 millions d'hectares en 1893, l'aire mise en culture s'est élevée, en 1905, à plus de 9 raillions (1).
ri) Cu!ti;rcs :
Total 4.835.000 hectares. . . .9.114.000 hectares.
Céréales 5.755.000 — . . . . 5.534.000 —
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. ii3
Les céréales sont devenues une des principales sources de la richesse publique. Après avoir longtemps importé des grains, l'Argentine exporte maintenant ses blés et maïs en Europe, ses farines au Bre'sil. C'est dans l'ouest surtout, au pied des Andes, que les champs sont le plus nombreux; la Pampa elle-même commence à en compter de considérables (1).
La viticulture tait de grands progrès et les vignobles de la province de Mendoza ont une certaine célébrité ; la production approche de 2.000.000 d'hectolitres. Les provinces de Tucuman et de Santa Cruz ont des champs de canne à sucre en pleine production ; le tabac réussit, mais la récolte ne suffit pas à la consommation; le lin, cultivé pour la graine, couvre près de 1.100.000 hectares dans le sud-ouest; quant au coton, des essais ont été faits, qui ont donné d'assez bons résultats, dans les provinces les plus chaudes de l'Entre Rios et des Misiones. La culture des fruits s'est dévelopjiée, dans les dernières années, d'une façon remarquable. L'Argentine est devenue un des grands fournisseurs des Etats-Unis et de l'Angleterre, où les fruits, conservés par le froid, font une rude concurrence aux fruits frais de France.
Toutes ces productions doivent augmenter considérablement avec le peuplement du pays.
Élevage. ■ — Mais c'est peut-être surtout sur l'élevage que l'on peut compter pour enrichir les habitants de l'Argentine. Les résultats actuellement acquis sont magnifiques et peuvent être de beaucoup dépassés.
Les bêtes à cornes, qui ont besoin d'une nourriture très abondante et de beaucoup d'eau, sont massées dans les provinces voisines des grands fleuves; tandis que, naguère, on ne pouvait exporter que les peaux, cornes, viandes séchées, conservées ou en extraits, les usines réfrigérantes, alimentées par les saladeros ou abattoirs monstres, et les bateaux-glacières permettent maintenant d'expédier des quantités sans cesse croissantes de viande fraîche jusqu'en Europe. En même temps, l'exportation du lait, du beurre et du fromage a commencé, et est devenue très importante.
Le mouton, au contraire, trouve partout sa vie, et le troupeau argentin parcourt tous les territoires du sud et la Pampa. La province de Buenos Ayres en possède la majeure partie. Après s'être bornés à faire une concurrence victorieuse aux laines australiennes, les Argentins se sont adonnés aussi à l'élevage du mouton de bou-
(1) Blé . (1904-05) 5.145.400 hectares. Exportallon (1905) 1.700. 000 tonnes. ' Maïs . (1905-06) 2.500.000 2.500.000 —
chérie; ils semblent même maintenant se préoccuper surtout de cette branche de leur industrie et sacrifier un peu la production de la laine (1).
La chasse aux alpacas et vigognes fournit une laine estimée; les nandous donnent des plumes ressemblant à celles des autruches.
Ressources minières. — La République Argentine, riche en minerais de diverses sortes, comme tous les pays de l'Amérique du Sud, est une des régions de ce continent où l'exploitation des mines est le moins avancée et a le moins préoccupé les habitants. Cela vient, au reste, de ce que la plupart des gisements sont situés dans les Andes, à une grande distance de la mer. Ce n'est que le développement des voies de communication et des moyens de transport qui permettra de tirer parti de ces richesses, et avant tout du charbon.
Il y a des lavages d'or assez productifs dans les provinces de Salta et de Rioja, et cette dernière renferme de riches filons d'argent.
Le cuivre abonde dans le Catamarca (Sierra de los Capillitos) et dans la Sierra de Cordoba. On signale aussi, sur de nombreux points, le plomb et le fer, dont les gisements sont également concentrés dans les mêmes provinces de l'ouest et du nord-ouest.
La houille a été découverte en couches épaisses dans la Patagonie et sur les bords du Rio Rermejo; mais les mines ont été mal reconnues et les essais d'exploitation n'ont pas, jusqu'à présent, donné de grands résultats. Le pétrole est exploité dans la province de Mendoza; le borate, dans celle de Salta.
Le sel abonde enfin dans les lagunes marécageuses ou « salinas » des Pampas; on en importe cependant une notable quantité d'Europe.
Industrie. — L'industrie est fort peu avancée encore, et ne s'est pas développée aussi lapidement que les diverses branches de l'agriculture. Le combustible fait défaut : la houille n'est pas exploitée; la métallurgie est complètement dans l'enfance.
(1) Élevage : 1895 (date du dernier recensement) :
Bêtes à cornes : 21.700.000. Abattues (1905) : 269.000 Chevaux .... 4.446.000 Moutons .... 74.400.000
Exporlation de la viande refroidie (1905) :
Ouurliers de bœufs 1.925.000
Carcasses de moutons 5.525.000
Exportation de la laine (totale, 1906) 150.000 tonnes.
!.es industries agricoles sont plus actives : de nombreuses minoteries donnent une farine excellente, très bien préparée ; des sucreries bien outillées sont disséminées dans les centres de production, mais elles sont peu prospères, à cause de la difficulté des transports et de la concurrence des produits étrangers. On travaille le tabac et on fabrique des cigares dans nombre de lieux.
Les industries dérivées de l'élevage sont nécessairement nombreuses, mais elles sont peu avancées. On soumet les peaux à un premier travail dans d'immenses tanneries installées près des saladeros; la préparation des conserves de viande est défectueuse; les modes de cuisson et de salaison laissent à de'sirer. La plus grande partie des viandes que n'emploie pas l'industrie alimentaire ou qu'on n'exporte pas sont transformées en engrais ou fondues: on en extrait la graisse et le suif, qui servent à la fabrication des bougies.
En rcalilé, l'industrie minière et le travail manufacturier n'ont qu'une importance tout à fait secondaire; ce pays reste donc entièrement sous la domination de l'étranger pour tous les produits industriels. Mais il n'est pas douteux qu'il ne se rende un jour indépendant de cette tutelle, quand les gisements de combustible seront mieux exploités et qu'on pourra traiter la matière première, métaux, laines, etc., sur place et avec profit.
Voies de communication. — Beaucoup de richesses minières ne sont pas utilisées et de vastes territoires restent fermés à la culture, faute de voies commodes. En construisant partout des chemins de fer on attirera des colons ; le pionnier commence le travail de colonisation pendant la pose même des rails, créant ainsi à la future voie ses premières sources de trafic. C'est un phénomène bien connu, et c'est pour en avoir su tirer parti que les Américains du Nord ont vu se développer si rapidement la richesse du Far- West.
L'étabhssement des voies de communication est dominé dans les États de la Plata par une loi bien visible : elles rayonnent forcément autour d'un centre unique, fixé d'avance par la nature : l'estuaire du double fleuve. Les voies navigables présentent naturellement ce caractère. Nous avons vu ci-dessus les conditions de navigabilité des lleuves; elles sont belles, sans cependant pouvoir être comparées à celles qu'offrent les voies navigables du Brésil et des États-Unis. Rosario, sur le Parana, reçoit des navires de mer ; Corrientes est un port fluvial assez actif.
Il n'y a pas de routes véritables : les chariots et cavaliers se fraient en toute liberté un chemin à travers la pampa; des chemins muletiers traversent les montagnes.
L'établissement des chemins de fer n'a pas été aussi facile qu'on ])Ourrait se l'imaginer au premier abord, clans ce pays si plat. Il a fallu franchir de nombreux cours d'eau, traverser de vastes marécages au sol peu stable, pourvoir aux dangers des inondations. Les voies ferrées ont pris néanmoins une extension rapide et les besoins auxquels elles répondaient étaient si pressants que l'on ne prévoit pas encore l'arrêt de cette progression.
Les chemins de fer argentins rayonnent autour de Buenos Ayres vers trois directions principales : vers la frontière de Bolivie, où elles atteignent Jujuy, par Tucuman ; vers les Andes et le Chili — il ne reste plus à construire que 74 kilomètres du transandin — et vers le sud, vers Bahia-Blanca. Les deux premières lignes seront sans contredit les plus importantes, car elles éviteront à beaucoup de produits boliviens et chiliens la circumnavigation du cap Horn (1).
La mer est encore la grande voie de communication vers l'extérieur, l'Europe et l'Amérique du Nord étant les principaux clients et fournisseurs de l'Argentine; la marine marchande est médiocrement développée, et la majeure partie du mouvement, très actif, des ports, se fait sous pavillon étranger (2). Le port de Buenos Ayres est, sans contredit, le premier de tous, bien qu'il soit naturellement mauvais, et que des travaux coûteux et compliqués aient dû y être accomplis; l'avant-port de la Plata, n'a donné ([ue de médiocres résultats; Bahia Blanca devient la porte de sortie ou d'entrée de la pampa méridionale. Rosario a une importance croissante, au point de jonction de la navigation maritime et de la navigation fluviale, au centre de bifurcation de nombreuses Hgnes de chemins de fer.
Commerce. — Le commerce extérieur de l'Argentine est considérable et dépasse 2 milliards de francs; il a augmenté de
(1) Chemins de fer (1904).
Longueur exploilôe 19.450 kil.
Recettes kilométriques nettes 7.840 fr.
Voyageurs transportés 23.120.000
Marchandises 19.72G.000 tonnes.
(2) Marine marchande (1905) :
Vapeurs 151 jaugeant 55.560 tonneaux.
Voiliers 161 — 40.600 —
Total. . . 202 — 96.160 —
Mouvement des ports (1905). Entrées :
Long coitrs. 12.277 navires jaugeant 10.671.000 tonneaux.
GEOGRAPHIE EC0>0MIQ11E.
;M) pour 100 on cinq ans, de 1898 à 190.". Ce sont les exportations (|iii sont le plus considérables, malgré les grands progrès accomplis par les importations ; leurs progrès ont été remarquables dans ces dernières aimées ; elle se sont accrues de 72 pour lOU en cinq ans. Elles sont alimentées presque exclusivement par les produits de l'élevage et de l'agricullure, tandis que les importations portent surtout sur les produits labriqués.
l'armi les pays qui entretiennent des relations commerciales avec l'Argentine, il faut citer en première ligne le Royaume-Uni, grand importateur d'objets manufacturés ; la France, naguère premier fournisseur, a été dépassée non seulement par sa voisine d'outre- Manche, mais par l'Allemagne, les Etats-Unis et même l'Italie; piuirlant ses achats la maintiennent au second rang, avant l'Alleiiia^ne, qui la serre de près (I).
Conclusion. — Les États de la Plata, et plus spécialement la Iiépubliijue Argentine, ne sont en réalité qu'au début de leur développement économique. L'industrie de l'élevage, telle <{u'elle y est prati(juée, n'est (ju'une exploitation de caractère primitif et tenqioraire. Peu à peu les cultures em|)iètent sur le domaine du bétail et le refoulent sur les terrains que la nature du sol ou les conditions du climat rendent à jamais infertiles. Mais la pampa
(l] Commerce 'eu millions tic l'raiics) :
Movenne 1899-190Ô
importations.
Exportations
Principaux clients inOi) :
Royaume-Uni
France . . .
Allemagne .
Belgique . .
Etals-Unis .
Italie . . .
Drésil . . .
Principales iinporlalions.
Textiles et vêtements. ... 284.0
Fer et objets en fer .... 211.0
Céramique et v2rrerie ... 80.0
Objets alimentaires 69.0
Rois et objets en bois . . . . 74.5
Diiîois-Kergomaud.
Principales exportations.
Animaux et produits .... 526.5
Produits agricoles 751.5
— des forêts 25. S
— des mines 2.1
elle-même se laissera envahir : d'une part, l'extension des forôls accroîtra l'humidité et préviendra la sécheresse, le grand fléau de la plaine; d'autre part, les nnimaux eux-mêmes contribuent à cette oeuvre, en préparant le sol, en le remuant, en l'engraissant. Déjà les chevaux, moins nombreux, avaient ouvert la voie aux bêtes à cornes, qui à leur tour accomplissent lentement leur tâche, transformant la terre au profit des générations futures d'agriculteurs. Un champ toujours plus vaste s'ouvrira donc à la colonisation, à mesure même que les émigrants afflueront. La population croissant toujours, les mines seront exploitées, l'industrie prendra son essor.