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LES PRINCIPALES LIGNES DE COMMUNICATION TERRESTRES ET MARITIMES

Directions principales des grands courants commer- <;iaux. — Dans l'état actuel de la civilisation, c'est encore l'Europe du nord-ouest et du centre qui est le centre de rayonnement des communications les plus multiples, et pour ainsi dire le carrefour du commerce universel. De là partent les lignes de navigation les plus nombreuses, presque tous les câbles télégraphiques sous-marins, les cargaisons les plus riches pour les destinations les plus différentes. Au temps où l'ancien monde ignorait le nouveau, le privilège d'une ^civilisation complexe et d'une ditïusion commerciale intense appartint aux pays que baigne la Méditerranée. 11 ne faut pas croire que les civilisations commerciales antiques furent des phénomènes restreints, et se distinguent profondément à cet égard de nos civilisations contemporaines. Il se pourrait que la différence résidât surtout dans l'emploi de moyens nouveaux, les voies ferrées ayant remplacé les routes et les navires à vapeur remplaçant les voiliers. Mais il y eut des phénomènes d'expansion commerciale prodigieusement étendus dans l'antiquité classique avant même la grande concentration de l'empire romain : il suffit de se rappeler que les Phéniciens étendirent leurs relations commerciales du nord-ouest de l'Europe d'une part, et de l'Afrique occidentale de l'autre, jusqu'aux confins de l'Inde, à l'autre extrémité du monde civilisé. Nombre des pliénomènes dont la nouveauté nous frappe aujourd'hui se sont produits autrefois dans des proportions et sous des formes différentes qui n'empêchent point l'identité essentielle avec ce que nous observons aujourd'hui : quand Alexandrie devint un gigantesque entrepôt, sous les Ptolémées, les constructeurs grecs accrurent dans des proportions énormes le tonnage des navires, comme il convenait poujservir un gros entrepôt, et cette révolution est l'image exacte de celle que nous voyons se produire à notre époque. Même cause, môme effet, forme différente.

Ce qui frappe aujourd'hui l'observateur des grands faits économiques qui font évoluer et même révolutionnent le monde contemporain, c'est le progrès du nivellement d'activité des peuples, et la force de réaction croissante de nombre de pays tenus jusque-là dans une sorte de vassalité commerciale par les Etats de l'Europe du nordouest. Après une période, dont l'apogée est marquée par les traités

VOIES TRANSATLANTIOIES. 4.j'j

de commerce de 1860 et au cours de laquelle France et Grande- Bretagneétaient les deux grandesmétropoles commerciales du monde, le centre de rayonnement d'industrie et de conniicrci; s'est di'placé vers l'est à la suite des progrès gigantesques de l'empire allemand. En mémo temps, les États-Unis de rAméri(|ue du Nord, se protégeant de mieux en mieux contre la vieille Europe, devenaient à leur tour centre original de dillusion. Aujourd'liui l'empire japonais, à lExtrême-Orient, répond à l'eiTort économique del'Extrème-Occident de l'ancien monde, réagit, et fait par ses navires une partie du tralic que faisaient seuls jadis les navires d'Europe. En face de lui l'empire russe, qui deviendra aussi grande puissance économique, cherche ses déhouchés vers l'Extrême-Orient et les améliore en Europe orientale. Colonisation russe de Sibérie aussi bien qu'expansion japonaise et réveil chinois auront pour résultat de faire sortir l'extrémité orientale de l'ancien continent de l'état passif où le tenait la suprématie de l'Europe occidentale. En même temps les colonies anglaises, habiles à imiter leur métropole et à rivaliser d'expansion avec le vieux monde, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, se peuplent et se civilisent de manière à devenir prêteurs au lieu d'emprunteurs et vendeurs au lieu d'acheteurs. Dans l'Amérique du Sud, Brésil, République Argentine et Chili développent des civilisations originales et n'empruntent encore à l'Europe des habitants, des arts et des sciences, que pour rayonner à leur tour.

C'est pourquoi tout esprit réfléchi doit se garder de croire que la condition actuelle des voies de communication et des grands courants commerciaux est une condition définitive ou même durable pour longtemps. Jamais les évolutions de la richesse n'ont été plus rapides qu'à notre époque : et si rapides qu'elles soient, il devientplus aisé de les prévoir, parce que la science économique nous met mieux en mesure d'en calculer les éléments. C'est sous cette réserve qu'on peut étudier la condition actuelle.

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