Princijiales exportations
Laine 118.0
Viande refroidie 70.6
Or
Beurre et fromage Phormium . . .
Géographie physique.
Le Canada, ou Dominion of Canada, est ce qui reste aux Anglais de leurs possessions de l'Amérique du Nord qui englobèrent un moment presque tout le continent. Ce débris est, du reste, considérable, puisque entre l'Atlantique à l'est, le Pacifique à l'ouest, les États-Unis au sud et l'Océan glacial au nord, il s'étend sur toute la partie septentrionale de l'Amérique du Nord, entre les 42» et 72® de latitude boréale, et les 50" et 144*> de longitude occidentale de Paris. Sa superficie est de 8.800.000 kilomètres carrés, égale à 88 pour 100 de l'étendue de l'Europe, et à dixsept fois celle de la France.
Relief. — La composition et le relief du sol sont très simples. comme dans toute l'Amérique. Les terrains anciens occupent la plus grande partie du pays, les roches cristallines, granits, gneiss, schistes, forment à la fois les soulèvements montagneux de l'ouest et les plateaux bas ou les hautes plaines de l'est; au milieu seulement, des alluvions récentes recouvrent la plaine.
Le trait caractéristique du relief canadien est la monotonie. La plaine se développe sur des millions de kilomètres carrés, donnant l'impression d'une mer calme ou régulièrement houleuse, depuis les frontières des États-Unis jusqu'aux mers glacées du nord, du pied des Montagnes Rocheuses aux grands lacs et à la baie d'Hudson. Aucune dénivellation ne sépare les sources des fleuves, qui s'entremêlent et entre lesquelles de courts « portages » permettent aux indigènes de transporter leurs pirogues. Les hauteurs ne sont notables qu'aux extrémités occidentale et orientale du pays.
A l'ouest est le plus puissant soulèvement, vaste plateau de 400 à 800 mètres de hauteur, large de (>0Û kilomètres, long de près de 2.000 kilomètres de la frontière des États-Unis à celle de l'Alaska. 11 est bordé à l'est par les Montagnes Rocheuses, dont les sommets, hauts de 2.000 mètres vers le nord, dépassent 4.000 mètres dans le sud, au mont Hooker (4.328 mètres). Des défilés assez profonds, par où passent des rivières, permettent de franchir ces montagnes et de gravir le plateau : telle la Horse Shoe Pass, qu'emprunte le chemin de fer Canadian Pacific. Vers l'ouest, la bordure est formée par un système montagneux appelé les Alpes
Maritimes et la chaîne côtière (Coast Range), qui se prolonge aux États-Unis par les monts des Cascades. Ces montagnes, dont la hauteur moyenne est de 2.000 à 2.500 mètres, sont creuse'es de fjords où pénètre la mer, de canons où coulent des fleuves, et de passes élevées comme la Ciiilcoot Pass et la White Ilorse Pass que franchissent les chercheurs d'or pour se rendre au KIondike. Enfin, au delà de cette chaîne, un autre plissement, à moitié noyé |)ar la mer, commence au nord par le superbe volcan Saint-Élie (5.517 mètres) et par le mont Logan, encore plus élevé (5.948 mètres), et se prolonge, en s'abaissant, par les archipels côtiers.
A l'autre extrémité du Canada, vers l'Océan Atlantique, le plateau bas des Laurentides, de 100 à 400 mètres d'altitude moyenne, est le reste d'un ancien soulèvement montagneux, ruiné et érodé par l'action atmosphérique.
Littoral. — Une grande longueur de côtes, mais dont la majeure partie est absolument inutilisable. L'Océan Glacial a des bords assez découpés, mais bas, et gelés pendant presque toute' l'année. Le passage du INord-Ouest, effectué par Amundsen en 1902- 1906, est décidément reconnu comme impraticable au commerce; la baie d'Hudson, le détroit de Davis lui-même, qui sépare le Labrador du Groenland, sont d'une navigation intermittente et dangereuse. Sur l'Atlantique, le golfe du Saint-Laurent est superbe, mais, lui aussi, encombré de glaces en hiver; les îles d'Anticosti, du Prince Edouard et du Cap-P>reton s'y trouvent, et Terre-Neuve (qui ne fait pas partie du Dominion) le ferme. La péninsule de iNouvelle-Ecosse, l'ancienne Acadie, a le bon port, constamment libre, de Halifax, et la baie de Fundy, célèbre par la hauteur de ses marées.
Sur le Pacifique, la côte est extrêmement découpée, des fjords profonds, les archipels littoraux, d'Alexandre, de la Reine Charlotte, l'île de Vancouver, la frangent et l'abritent. L'excellent port de Victoria est le point de départ des lignes vers l'Extrême-Orient. Mais une récente délimitation de frontière a enlevé au Canada une bonne partie de ce littoral, au profit de l'Alaska, dépendance des États-Unis.
Climat. — Le grand ennemi du Canada est son climat. La disposition du relief contribue à expliquer le froid qui y règne. En effet la plaine s'ouvre largement au nord, recevant ainsi sans obstacle les vents glacés de l'Océan Roréal; l'interposition d'un relief considérable à l'ouest empêche l'action adoucissante des vents tièdes de l'Océan Pacifique.
Les températures de l'ensemble du pays rappellent celles de la Sibérie : l'hiver, au nord, dure huit mois au moins, et la moyenne de janvier, de — 50" sur la côte de l'Océan Glacial, ne s'élève qu'à — 10" à la frontière méridionale. Sous les latitudes de Tours et de Bordeaux, Québec et Montréal voient le Saint-Laurent gelé pendant plusieurs mois : seules, la région de l'Ontario méridional, entre les Grands Lacs, la Colombie Britannique, mince bande sur les bords du Pacifique, ont des hivers relativement doux. L'été, par contre, est assez chaud, -+- 20° en moyenne dans le sud, + lO'^' vers le nord; il n'y a pas de saisons de transition, on passe brusquement de l'hiver à l'été et de l'été à l'hiver.
Les pluies sont abondantes dans la Colombie Britannique (de 1 m. 50 à 2 mètres), elles sont apportées par les vents du sudouest, mais les Montagnes Rocheuses les arrêtent; la plaine médiane ne reçoit qu'un contingent de 20 à 60 centimètres; la partie orientale doit à la proximité de l'Atlantique une augmentation des pluies, qui atteignent 1 m. 30 au maximum.
Cours d'eau. — Ce pays, où l'eau est presque plus longtemps à l'état solide qu'à l'égal litiuide, a un superbe réseau fluvial.
Le versant du Pacifique possède des torrents très abondants mais coulant au fond de profonds canons et coupés de rapides, comme le Fraser de la Colombie. Le Yukon, fleuve de l'Alaska, et son affluent, le célèbre Klondike, prennent leurs sources dans l'extrême nord-ouest.
La plaine médiane est le pays des lacs et des fleuves. Le sol, crevassé, presque sans pente, imperméable, garde l'eau des pluies et de la fonte des neiges, qui s'amasse dans des étendues lacustres sans profondeur (lacs de l'Ours, des Esclaves, Athabasca, Manitoba, Winnipeg), ou s'écoule lentement par d'immenses cours d'eau. Vers l'Océan Glacial, le Mackenzie, formé, à sa sortie du lac Athabasca par la rivière Athabasca et celle de la Paix, nées dans les Rocheuses, a un cours de 4.600 kilomètres, plus long par conséquent que celui du Niger, mais pratiquement inutile. Les mêmes lacs Athabasca et des Esclaves se déversent aussi dans la baie d'Hudsou. Celle-ci reçoit en outre les fleuves Churchill et Nelson, le dernier écoulant les eaux du lac Winnipeg, qui a reçu, par les deux Saskatchewan, le produit des glaciers des Montagnes Rocheuses, et, par la Rivière Rouge du Nord, le tribut des États-Unis.
Enfin, au sud, à la limite de la grande république, s'étendent les immenses lacs américains : les lacs Supérieur, Michigan, Huron, Érié et Ontario, dont les trois premiers sont plus grands et plus profonds que la Manche, bref, de véritables mers d'eau douce, avec
des marées et des tempêtes dangereuses. Ils se déversent, par le Saint-Laurent, immense courant d'eau, dans l'Océan Atlantique. Ce serait une voie navigable merveilleuse si des rapides, des cataractes comme le Niagara, et les glaces de l'hiver ne nuisaient à la circulation des navires.
Géographie politique.
Populations. — Le Canada est un pays très peu habité. Répartis sur son immense superficie, les 5.571.000 habitants recensés en 1901 font à peine 6 habitants par 10 kilomètres carrés. Mais la plus grande partie du pays est complètement inhabitée et pratiquement inhabitable. Les hommes ne se sont groupés que sur les rives du Saint-Laurent et des Grands Lacs, un peu dans la partie méridionale de la plaine médiane, dans les provinces ou territoires de ManitobaeldÂssiniboïa, enfin à Vancouver et sur la côte avoisinante. Même dans ces régions, la population est très clairsemée.
Les indigènes sont peu nombreux (108.000 environ), mais leur rôle est beaucoup plus considérable que celui des Australiens et de leurs congénères des États-Unis. Ces « Rouges » ou Indiens, comme on continue h les appeler depuis l'erreur de Christophe Colomb, n'ont pas été pourchassés par les colons; beaucoup de Franco- Canadiens se sont même unis à eux, et la race métisse des Rois- Rrùlés fournit la majeure partie des trappeurs d'animaux à fourrure et quelques agriculteurs.
Quant aux « Rlancs », ils reconnaissent deux origines. Pendant que le Canada était français, c'est-à-dire jusqu'à 1759, une dizaine de milliers de familles normandes, bretonnes, poitevines ou saintongeaises s'étaient établies dans la « Nouvelle France » . Le nombre des Français s'élevait, lors de la conquête par les Anglais, à 50 ou 60.000 personnes. Depuis cette époque, l'immigration française s'est à peu près tarie. iMais la race franco-canadienne, très prolifique, s'est accrue naturellement dans de très grandes proportions : les familles de 12 enfants sont nombreuses, et celles de 20 enfants ne sont pas rares. Aussi, les recensements reconnaissentils l'existence de 1.650.000 francophones — et ce chiffre paraît-être au-dessous de la réalité. En comptant les nombreux franco-canadiens qui ont passé la frontière pour se rendre dans les États-Unis, on peut estimer à plus de 2 millions le nombre des descendants des colons français.
Les franco-canadiens sont une race travailleuse, économe, rappelant les qualités et les défauts des Français de jadis. Exlrême- Dueois-Kergomard ^
ment attachés àleur langue, qui n'a pascliangé depuis lexvii'^ siècle, et rappelle le parler normand par les « ais » largement ouverts et qui remplacent les « ois » de la langue correcte, ils le sont aussi à leur religion catholique romaine. On leur reproche parfois que ce touch.Mil atl;;chenient à leur nationalité d'origine se manifeste aussi par une hostilité à tout ce qui est nouveau, au progrès contemporain. Il est vrai que les quartiers français des villes canadiennes, qui émeuvent les voyageurs venus de l'ancienne mère patrie par leur ressemblance avec nos vieilles villes de Normandie ou de Bretagne, contrastent avec les quartiers larges, salubres, bien éclairés, commerçants et industriels, presque américains enfin, où se sont établis les Anglais. Du reste, depuis quelques années, les agriculteurs Franco-Canadiens ont une tendance à adopter les méthodes nouvelles, et, sans rien perdre de son caractère national, ce peuple s'initie de plus en plus à la civilisation industrielle.
Les Franco-Canadiens ont la majorité dans la province de Québec (ancien Bas-Canada), ils sont encore fort nombreux, quoique par îlots parmi les Anglais dans celle d'Ontario (ancien Haut-Canada), et ils contribuent à peupler les fermes du Manitoba.
Les autres colons viennent presque tous du Royaume-Uni. Beaucoup d'Anglais, quelques Irlandais et Ecossais, puis un petit nombre d'Allemands, Scandinaves, etc. Le Ilot de l'immigration s'est plutôt porté vers les États-Unis que vers le Canada (1).
Gouvernement. — Le Canada est une colonie autonome. Les six anciennes colonies de l'île du Prince-Edouard, de Nouvelle- Ecosse, Nouveau-Brunswick, Québec, Ontario, Colombie Britannique, auxquelles se sont adjoints plus tard Manitoba, Alberta, Saskatchevvan, s'administrent elles-mêmes à la manière des colonies australiennes; gouverneurs nommés par la Couronne, assemblées élues, ministères responsables. Pour les questions communes, ces colonies ont formé, en 1867, le a Dominion », ou « Puissance »
[1) Recensement de 1901
Catholiques . . .
Protestants . . .
Autres cultes . .
Païens
Francopliones .... 1.649.571
Anglophones 5.721.944
Immigration (1907). . 277.400
Il nest pas fait de statistiques sur le mouvement de la population, mais l'accroissement naturel est considérable.
Principales villes (1901; :
Montréal 267.730 hah. 1 Ouéhec 68.840 hab.
Torunlo 20S 040 — Ottawa 50.928 —
nion », ou « Puissance » du Canada, dont la capitale est Ottawa. Un gouverneur général purement représentatif, doté d'un droit inutilisé de « veto », y représente la personne du roi. Un ministère responsable devant le Parlement gouverne réellement. Le Parlement, composé d'un Sénat, dont les membres sont nommés par le (iouverncur général en conseil des ministres, et d'une Chambre des Communes élue par les habitants, représente la souveraineté du peuple. Les deux langues française et anglaise sont admises, sur le même pied, comme langues officielles.
La défense du Canada est assurée par les milices, composées de tous les hommes de 18 à 60 ans, et pouvant s'élever, en temps de guerre, à 105.000 hommes. La partie de ces troupes constamment sous les armes s'élève à 1.006 hommes. Quant à la défense des côtes, elle est tout entière conlîe'e à la marine impériale. Un important dépôt de charbon et point d'appui de la flotte a été créé S Esquimault, en Colombie Britannique. Les flottes de l'Atlantique et l'escadre des mers de Chine pourraient arriver vite au secours du Dominion, que personne du reste ne menace, ce qui explique qu'aucun navire de guerre ne stationne dans les eaux canadiennes.
Quels sont les sentiments nourris par les Canadiens pour la métropole? C'est une question qui a suscité d'ardentes controverses, et sur laquelle bien des erreurs ont été commises. Pour les Anglo- Canadiens, elle ne se pose pas. Mais, pour les Franco-Canadiens, elle est des plus intéressantes, et la réponse semble y avoir été faite par M.Wilfrid Laurier, Canadien français, fervent catholique, premier ministre actuel du Dominion. Dans un discours prononcé à Paris, et dont le retentissement fut grand, il parla des « deux patries » des Canadiens, l'ancienne, à qui ils doivent leur race et leur langue, et qu'ils aiment comme une grand'mère, et l'actuelle, à « laquelle ils sont redevables de la liberté » et de leur prospérité. Ils ressentent vivement les malheurs de la France, et la preuve en est dans le grand nombre d'entre eux qui vinrent combattre dans nos rangs en 1870, mais ils se considèrent comme solidaires de la prospérité de l'Empire Britannique, aussi ont-ils contribué de leurs deniers et de leurs combattants à la guerre du Transvaal, et établi des tarifs préférentiels en faveur des produits britanniques. Si le « loyalisme » actuel devait disparaître (et c'est peu probable), le Canada penserait en majorité à s'unir aux Etats-Unis.
8i CANADA.
Géographie économique.
Les ressources économiques dont dispose le « Dominion » offrent une analogie remarquable, et d'ailleurs très naturelle, avec celles de la Sibérie. Dans les deux régions, l'exploitation des forêts et des richesses animales qu'elles contiennent, la pêche maritime et tluviale, l'extraction des métaux précieux et d'abondants minerais usuels constituent à la fois la principale occupation des habitants et leur plus important revenu. L'exploitation du sol par l'agriculture et par l'élevage ne vient jusqu'à présent qu'en seconde ligne. Mais il est certain que le Canada est de beaucoup le plus privilégié des deux : les distances y sont moins énormes, la mer plus rapprochée et plus accessible, la température plus clémente, les districts cultivables plus étendus. Au sud enfin s'étendent, au lieu do déserts et de steppes, les régions fertiles et déjà relativement peuplées des États-Unis.
C'est le climat et la distance qui opposent le plus d'obstacles à la mise en valeur des terres canadiennes. D'immenses espaces, au nord et au nord-ouest, resteront éternellement fermés à toute culture, à cause de la rigueur du climat. On évalue leur superficie h plus de 600 millions d'hectares, soit environ les deux tiers de l'Europe; mais ce sont en partie des territoires de chasse. On y a découvert aussi de nombreux gisements miniers que l'établissement de voies de communication permettra peut-être d'exploiter un jour. Au sud de cette région désertique et glacée, s'étend une zone d'une quinzaine de millions d'hectares, au sol aride encore, aux pluies rares et peu abondantes, zone également impropre à la culture régulière, mais où croît une herbe excellente, dont le bétail est très friand et où l'élevage pourrait en conséquence prendre un grand développement. La zone des prairies proprement dites, plus fertile, mieux arrosée, couvre une surface à peu près égale. La culture pourra s'en emparer; mais la conquête sera pénible, car le climat est toujours excessif et sujet à de brusques variations. Ce n'est qu'en deçà de ces diverses zones que l'humidité et la chaleur deviennent assez grandes pour permettre à la végétation forestière de prendre régulièrement possession du sol.
Il reste environ 100 millions d'hectares pour la zone méridionale de la Colombie britannique, du Manitoba, de l'Alberta et du Saskatcliewan, et pour le Canada proprement dit. Dans cette région, qui est véritablement le seul pays de colonisation régulière possible, les conditions sont bien autrement favorables. Le sol est très fertile
et constitue d'excellentes terres à blé ; l'humidité est abondante et répartie sur toute l'année, surtout à l'ouest. La neige, qiii couvre le sol pendant l'hiver sous une couche épaisse, protège en outre les I plantes contre les rigueurs du froid. Ajoutons que les communications sont relativement faciles, grâce au voisinage des grands lacs et du Saint-Laurent.
La Colombie britannique est sans doute séparée à l'est du reste du Dominion par la j)uissante masse des Montagnes Rocheuses, qui constituent une barrière sérieuse, mais elle trouve un débouché très facile dans les excellents ports de la côte du Pacifique.
En somme, la zone utilisable de l'Amérique anglaise, bien que relativement peu étendue, est encore bien médiocrement exploitée. Ce n'est guère que dans les provinces orientales de Québec et d'Ontario, que l'on trouve des champs nombreux (25 pour dOO) (1).
La faiblesse relative de l'immigration européenne a contribué à maintenir les colons canadiens dans leurs anciennes coutumes agricoles; les progrès de la science, si avidement appliqués par leurs voisins du sud, le sont moins au Canada; la rigueur du climat, la dispersion des domaines de culture, la modicité des capitaux le font comprendre.
Agriculture. — Parmi les ressources végétales, la principale est celle que l'on tire des arbres. Plus du tiers du pays est occupé par des forêts, d'importance inégale du reste. Les Montagnes Rocheuses, la bande de territoire qui longe la frontière des États- Unis et la partie orientale jusqu'à la base du Labrador ont de véritables forêts de pins gigantesques, de sapins, mélèzes, érables, bouleaux, avec quelques chênes ou hêtres. C'est la région de la grande exploitation : les bois coupés descendent, soit à bûches perdues, soit en « cages » ou trains jusqu'aux usines et ports d'embarquement, d'où ils gagnent, soit les Étals-Unis, soit le Royaume- Uni ou l'Austrahe, suivant le versant. La préparation de la pulpe de bois pour l'industrie du papier a fait de grands progrès (2). Au delà de la limite que nous venons d'indiquer, les arbres sont plus
(1) Agriculture canadienne :
Terres occupées 25.400.000 hectares.
— améliorées . . 12.100.000 —
— cultivées 7.900.000
Pâturages 6.100.000 —
Blé 1.100.000 —
Forêts 323.000.000 —
(2) Exportation du bois (1908) 225.500.000 Iraucs.
— de la pulpe de bois (1908) . . 20.500.000 —
malingres, plus clairsemés, plus difficiles du reste à exploiter, par suite de l'absence de voies de communication ; sur la côte de rOcéan Glacial, c'est la toundra.
Les cultures sont, naturellement, plus restreintes : les clairières des forêts, les rives du Saint-Laurent, des grands lacs, une bande étroite dans le centre, le long de la ligne du chemin de fer, enfin, la bordure de l'Océan Pacifique, sont les seules régions cultivées. Les terres sont très fertiles, certains champs du Manitoba et des deux colonies voisines donnent un rendement à l'hectare égal ou même supérieur à celui des meilleurs pays agricoles d'Europe.
Les céréales sont la principale culture : l'Ontario en est le grand centre avec le blé, l'avoine, le maïs, l'orge, le seigle; le Manitoba cultive presque exclusivement le blé, la province de Ouébec l'avoine. L'exportation du blé commence à devenir importante, mais la concurrence des États-Unis l'empêche de s'accroître autant qu'elle le pourrait. L'Ontario produit aussi des légumes et quelques fruits, surtout des pommes, dont l'exportation en Angleterre est active, même du raisin, mais c'est en Colombie britannique que, comme dans la Californie américaine, ces cultures sont appelées au plus grand avenir.
Élevage. — L'Amérique anglaise deviendra un grand pays d'élevage : les prés arrosés de l'est et de la Colombie conviennent très bien au gros bétail, que les descendants de nos Normands et des éleveurs d'Angleterre soignent avec compétence; la fabrication et l'exportation du beurre, des fromages, l'exportation de la viande, sur pieds ou réfrigérée, sans être aussi actives que chez les voisins du sud, commencent à alimenter notablement le marché britannique. Les régions plus sèches de la prairie médiane conviendraient à merveille aux moutons. Mais l'absence de voies de communication nuit aux progrès de l'élevage.
Le règne animal fournit aussi aux Canadiens une ressource appréciable par la chasse et par la pêche.
La chasse a été longtemps la principale ressource des indigènes et des colons. Les « coureurs des bois » expédiaient, du temps de l'occupation française, leurs pelleteries à la Roichelle. Des compagnies anglaises, fusionnées sous le nom de « Compagnie de la baie d'Hudson », ont gardé le monopole de la chas?e et de la vente des fourrures jusqu'en 1865. Depuis cette époque, malgré l'existence des « forts de traite » échelonnés jusqu'à l'Alaska, le produit de la chasse a beaucoup diminué, les animaux fuyant devant les défric hements. Les peaux les plus précieuses sont celles des renards noirs
et argentés, mais les plus nombreuses sont celles du rat musqué, du vison, du castor, du bœuf musqué, de l'hermine et de la martre. Montréal en est le grand marché.
La pèche a beaucoup plus d'importance : c'est une des grandes industries canadiennes, aussi bien sur la mer que dans les lacs et les fleuws, aussi bien dans la Colombie britannique que dans les districts acadiens. Le produit total dépasse 100 millions de lianes par an, et provient surtout des provinces de Nouvelle-Ecosse, Colombie britannique, Nouveau-Brunswick et Québec. Les principales espèces capturées sont la morue, le saumon, le hareng, le maquereau et le homard, qui sont exportés sous forme de conserves. Les phoques du Pacifique ou des environs de Terre-Neuve, les baleines des mers polaires sont l'objet d'une poursuite active (l).
Industrie. — Rien n'empêche le Canada de devenir un pays industriel. Les matières premières, la force motrice (houille et eau) ne manquent pas, dans l'état actuel de nos connaissances, et il est plus que probable que de nouvelles explorations ou prospections augmenteront singulièrement l'étendue des richesses naturelles du pays. Presque toutes les provinces possèdent des mines, mais les plus importantes sont, à l'heure actuelle, celles de l'extrème-est (Nouvelie-Écosse, Nouveau-Brunswick), delà région des grands lacs, enfin de la partie montagneuse de l'ouest. On estime à 355 millions de francs le produit total des mines. La houille est abondante dans l'est, mais surtout dans les territoires du nord-ouest. La production houillère atteignait 9.000.000 de tonnes en 1906.
Le pétrole existe dans la province d'Ontario, sur la rive des lacs, en face des sources américaines d'huile minérale ; l'or est extrait des régions du Fraser et surtout du Klondike, à la frontière de l'Alaska; le nickel du Canada fait une grande concurrence à celui de notre Nouvelle-Calédonie, le cuivre est assez abondant.
L'industrie proprement dite est née dans le Dominion et y a déjà fait d'assez grands progrès, sans cependant pouvoir faire concurrence à celle des Etats-Unis. La partie de la province d'Ontario qui est comprise entre les lacs possède à peu près toutes les industries, même métallurgiques ; elle ressemble singulièrement à la région des États-Unis qui lui fait face, et contraste par là avec le reste du Canada.
(1) Produit de la pêche (190;)) 118.700.000 francs.
Exportations des fourrures (1904) . . 11.400.000 —
Dans le reste du pays, les industries les plus prospères sont, naturellement, celles q\ii mettent en œuvre les produits végétaux et animaux : travail du bois sous toutes ses lormes, industries alimentaires comme la minoterie, les conserves de viande, de poissons, la fabrication du beurre et du fromage, la tannerie, etc.
Il ne faut assurément pas rapproclier l'industrie canadienne de celle des États-Unis ; la comparaison fait tort à la première. Mais c'est justement le voisinage et la concurrence de la seconde qui est la première cause de l'infériorité des pays du nord auxquels, du reste, leur faible population nuit aussi beaucoup. Il n'y a pas encore à proprement parler d'industrie manufacturière au Canada, et c'est à peine si les rares usines de l'Ontario peuvent fournir suffisamment les régions voisines de machines agricoles. Pour tout le reste, l'Amérique anglaise, pays essentiellement agricole, doit recourir à l'Europe et aux États-Unis, et s'y munir de tous les objets fabriqués dont elle a besoin. Mais cette situation n'est pas la conséquence d'une infériorité inéluctable, puisque le Canada ne manque pas de combustible et que la matière première minérale et animale ne lui fait pas davantage défaut (fer, laine, etc.). Il est vrai qu'il est beaucoup moins bien pourvu en produits végétaux et qu'il ne récolte pas les textiles sur son propre sol, comme les États- Unis; mais c'est la condition de tous les pays d'Europe; l'abondance de la houille compense largement ce léger désavantage. Rien n'empêche en définitive le Canada de prendre, avec le temps, un grand développement industriel.
Voies de communication. — Mais, pour que le Dominion pût tirer parti de toutes ses ressources, il lui faudrait un réseau complet de voies de communication comme celui des États-Unis. Or il s'en faut de beaucoup que ce réseau existe. La seule voie naturelle est celle des grands lacs et du Saint-Laurent. Pour éviter les cataractes et les rapides qui l'encombrent, on a creusé des canaux : le canal Lachine tourne les rapides de Montréal, le canal Welland évite le Niagara, une autre voie artificielle met en communication le lac Supérieur et le lac Huron. Aussi des navires de 3000 tonneaux peuvent-ils atteindre le plus élevé des lacs, comme si la mer pénétrait lu cœur du pays. Malheureusement les glaces entravent la circulation pendant cinq à six mois tous les ans, et beaucoup de produils empruntent les voies des États-Unis pour aller s'embarquer à New-York. La circulation est cependant active, 11 millions de tonneaux sur les canaux et 17 millions dans les ports des lacs.
Le cabotage est considérable sur les côtes orientales où les ports
de Halifax et do Québec sont importants, et sur la côte du Pacifique dans les havres de Vancouver et de Victoria (1).
Comme dans tous les « pays neufs », les routes sont peu nombreuses, et les chemins de fer sont plus développés. Le réseau n'est guère assez serré que dans les provinces orientales : Nouvelle- Ecosse, Nouveau-Brunswick, rive droite du Saint-Laurent, partie de l'Ontario comprise entre les lacs Huron, Erié et Ontario. Mais toute la re'gion située à l'ouest de la rivière d'Ottawa n'est desservie que par une ligne ferrée, le Pacific Canadian Railway, dont la voie unique, rapidement construite et ne permettant par conséquent pas une circulation active et rapide, traverse la « prairie » par Winnipeg, puis franchit le rempart des Montagnes Rocheuses pour aboutir à Vancouver. Cette voie, de 4.800 kilomètres de longueur, raccourcit beaucoup les communications entre l'Europe et le Japon, permet d'exploiter les régions fertiles du Manitoba, mais est notoirement insuffisante. On projette de la doubler par une ligoe qui s'en séparerait à Winnipeg et gagnerait la côte du Pacifique au nord de Vancouver, on parle d'envoyer un embranchement vers les pays du Yukon, mais le « réseau » manquera encore longtemps, et, avec ,lui, la possibilité d'augmenter la production du pays (2).
Commerce. — Le commerce du Canada dépasse 2 milliards et demi de francs. Les lois en sont assez simples à déterminer. C'est un pays agricole, qui produit en surabondance, et, par conséquent, exporte les produits de ses forêts, de ses pêcheries, de ses troupeaux, et, s'il y a lieu, l'excédent de ses récoltes de céréales. Mais, d'autre part, c'est, en même temps, un pays mal peuplé et peu avancé en développement industriel : il demande donc à l'étranger les produits alimentaires des pays chauds, les denrées coloniales et les objets manufacturés. Or l'Angleterre
(1) Marine marchande (1907) :
Voiliers : 4.700 de 437.800 tonneaux. Vapeurs : 2.800 de 225.600 tonneaux. Total : 7.500 navires de 063.400 tonneaux. Mouvement des ports (1906) (long- cours) ;
Entrées 15.500 nav. jaugeant 9.805.000 tonneaux-
Dont: Canadiens. . . . 6.000 — — 1.113.000 —
Anglais 2.750 — — 5.018.000 —
Cabotage (entrées! : 25.545.000 tonneaux.
(2) Chemins de fer (1906) :
Longueur exploitée 34.400 kilomètres.
Voyageurs 27.990.000 voyageurs.
Marchandises 57.967.000 tonnes.
Bénéfice net par kilomètre. . . . 5.750 francs.
et les États-Unis sont placés précisément vis-à-vis du Dominion dans une bonne situation. L'Angleterre a besoin, pour nourrir sa nombreuse population, de blé, de viande, de lait, de beurre, de poissons; les Etats-Unis, à leur tour, manquent de bois; tous deux peuvent en revanche payer leurs achats en produits industriels. Les États-Unis et les colonies anglaises de la zone tropicale fournissent, en outre, sucre, tabac, coton, etc. Enfin, comme l'un de ces pays est métropole et l'autre voisin, c'est naturellement avec eux que l'Amérique anglaise du nord entretient les relations les plus actives.
La Grande-Bretagne et les États-Unis font près des quatre cinquièmes de ce commerce, la métropole tenant toutefois le premier rang pour ses achats, tandis que les États-Unis vendent surtout leurs produits. Mais il faut remarquer que beaucoup des objets importés par la frontière de l'Union ont simplement emprunté les voies ferrées de ce pays, plus courtes que celles du Canada.
Les Antilles, l'Allemagne font un commerce appréciable ; quant à la France, à la Chine et au Japon, elles importent une certaine quantité de produits, mais leurs exportations sont très faibles. Aucune ligne de navigation franco-canadienne n'a encore pu réussir à prospérer (1).
(1) Commerce (en millions de francs)
Moyenne 1900-1904.
Principaux clients (l!i05) :
Elats-Unis
Royaume-Uni . . .
Indes Occidentales .
Allemagne
France
Principales iinportaliouj.
Fer, acier, objets en fer et
acier 217.1
Houille et coke 109.8
Laines et lainages ..... 80.8
Cotonnades 4i.5
Sucre et mélasses 47.9
Produits chimiques 53.2
Importations. Exportations.
Principales exportations.
Bois et objets en bois. . . .
Fromage
Quartz aurifère
Blé
Farine de Mé
Jambons
Bétail
Fruits
Beurre
Houille
îlincrai de cuivre
Conclusion. — C'est à l'est, et sur l'Atlantique, que se trouve encore aujourd'hui le centre de gravité du Canada. II a fallu la découverte des mines d'or du Fraser pour attirer l'attention sur la Colombie britannique; les aventuriers s'y sont précipités, les colons ont suivi; on a construit un chemin de fer pour relier la nouvelle colonie à l'ancienne, et, tout le long de cette voie ferrée, on a trouvé des terres infiniment plus fécondes que celles de l'est, des prairies, des mines, des forêts magnifiques. Les Canadiens ont pris résolument le chemin de l'ouest et ce sont les colons français qui ont donné le branle; nul doute que les immigrants étrangers ne viennent à leur tour exploiter ce sol, riche de promesses, et que le centre du Canada ne se déplace par suite insensiblement comme aux Étals-Unis, vers l'intérieur du continent, et vers le Far West. Ce mouvement n'en est encore qu'à ses débuts, mais il est intéressant d'en indiquer l'origine et d'en suivre les progrès. 11 ne manque au Canada que des bras pour devenir un grand pays de production agricole et industrielle.
On peut regretter en terminant que, dans ce pays, colonisé par la France, et où notre race est encore représentée par un million et demi d'individus, parlant notre langue, et restés attachés par une vivace sympathie à l'ancienne métropole, celle-ci ne joue sous le rapport économique qu'un rôle si mesquin. Il est vrai qu'en cette matière, qui se ressemble trop s'assemble peu; or le Canada est grandement agricole et médiocrement industriel comme son ancienne métropole.