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D. — L'ANGLETERRE EN AFRIQUE

Dans le partage de l'Afrique, qui s'est accompli à la fin du xix« siècle, le Royaume-Uni s'est assuré une grande part. Il n'a pas atteint le but qu'il se proposait, de s'emparer de toutes les terres vacantes, ni même celui que Cecil Rhodes avait indiqué par la formule célèbre « du Cap au Caire » et qui consistait à traverser l'Afrique du nord au sud par une bande ininterrompue de possessions, réunissant la Méditerranée à l'Océan Antarctique. Mais il a couvert les cartes du continent noir de plusieurs taches aux couleurs britanniques, qui représentent une étendue considérable. Avec les quelques iles qui se rattachent à l'Afrique, la superficie officielle de l'Afrique anglaise atteint le chiffre de 5.151.000 kilomètres carrés. Encore, dans ce total, ne fait-on pas entrer l'Egypte ni le Soudan

égyptien. La première reste, il est vrai, officiellement, une province de l'Enij/iro Ultoinan, mais dépend, en réalité, et d'une façon très étroite, de lEiiipirc l{ritanni(|ue.

Toutes ces terres n'ont pas, cela va sans dire, une importance égale, et une simple addition de kilomètres carrés ne donnerait qu'une idée fausse de l'Afrique anglaise. Mais, précisément, cette variété de pays s'accorde avec le caractère général de l'Empire Britannique : la diversité des aptitudes qui se complètent d'une colonie à l'autre. Aux régions salubres de rAfri(|ue australe, peuplées d'Européens, que leur richesse minérale appelle à un avenir industriel, et ({ui marchent sur les traces de l'Australie ou du Canada, répondent les champs riches et surpeuplés de l'Egypte, fertiles en hlé et en coton, pendant que les territoires, encore inexploités, de la Zambézie, du Soudan égyptien, de l'Afrique orientale et de la Nigeria, semblent devoir être une source inépuisable de denrées coloniales.

On ne peut donc étudier ensemble toutes les parties de l'Afrique anglaise : il est nécessaire de les diviser en groupes d'après leur situation, leurs aptitudes, et leur rôle dans l'ensemble de l'Empire. L'Afrique australe d'une part, l'Egypte et ses dépendances de l'autre, les pays du Niger et de la Guinée, enfin, seront les trois groupes que nous étudierons séparément.

L'Afrique Australe anglaise couvre toute l'extrémité méridionale du continent, et s'avance en coin dans l'intérieur, jusqu'à la région des Grands Lacs, entre le Sud-Ouest Africain Allemand, puis l'Angola portugais à l'ouest, le Mozambique portugais à l'est. Ses points extrêmes sont en latitude méridionale le 9" et le 55", lu superficie totale atteint près de 5.100.000 kilomètres carrés.

Géographie physique.

Relief. — L'Afrique méridionale lOrme, on le sait, un plateau creusé au milieu, et bordé, du côté de l'est et de l'ouest, par des montagnes. C'est, au nord, le milieu de ce plateau, et, vers le sud, l'ensemble du plateau, des systèmes bordiers et de la côte, qu'occupent les établissements anglais. Haut de 800 h 900 mètres au nord, le sol s'élève vers le sud, pour atteindre 1.200 mètres dans la partie septentrionale de la colonie du Cap, 1.500 et 1.700 dans

l'Orango cl le Tnmsvaal. Les systèmes montagneux n'appartiennent aux possessions britanniques que dans la partie méridionale. Ce sont, à l'est, les monts Qualhalamba ou Drakensberghcn, presque alpestres avec leurs sommets de plus de 5.00U mètres t:omme le Cliampagne (Jastle (5.650 m.), le mont aux Sources (5.550 m.), etc. Du côlë du sud, le plateau se termine par des chaînes parallèles, les monts Nieuweweld, avec le Compass Berg (2.600 m.), les Groote Zwarte Berg (2.500 m.) et une chaîne côtière les Lange- Bcrg (1.700 m.) séparés par de hautes plaines ondulées, connues sous le nom de Grand et de Petit Karrou. Le sommet plat et abrupt du mont isolé de la Table domine la ville du Gap de 1.080 mètres. Vers l'Oce'an Atlantique, au sud du fleuve Orange, qui forme la limite avec le Sud-Ouest Africain Allemand, la bordure du plateau est moins e'ievée, et n'atteint que 2.000 mètres au Gross Winterhock, pour s'abaisser vers le nord à 1.200 mètres.

Littoral. — La cote n'appartient à l'Angleterre qu'à J'extrémité méridionale du continent, de l'embouchure de l'Orange à peu de dislance de la baie Delagoa. Sur l'Atlantique, elle est d'abord mauvaise, peu découpée, sans refuges : la baie de Sainte-Hélène même est trop largement ouverte pour former un abri, mais la baie de la Table, oîi se trouve le port du Cap, est excellente. Le cap de Bonne-Espérance n'abrite pas complètement la False Bay, le cap des Aiguilles est la véritable pointe extrême de l'Afrique, que le banc des Aiguilles prolonge sous la surface de la mer. Ensuite, la côte, rocheuse, est assez découpée pour avoir de bons ports, jusqu'à la baie d'Algoa, mais redevient mauvaise, sauf le bon port de Port-Natal, jusqu'à la frontière portugaise. Peu au delà, on doit signaler la merveilleuse baie Delagoa, peut-être la meilleure de l'Afrique, qui est si pauvre en bonnes indentations : elle abrite le port portugais de Lourenço-Marquez, véritabledéboucliédu Transvaal ,

Climat. — Sur une si grande étendue de pays, voisine de rÉ({uateur au nord, en pleine zone tempérée au sud, les conditions de climat ne peuvent être les mêmes. Les régions climatiques s'y succèdent du nord au sud dans le même ordre que du sud au nord, dans l'hémisphère boréal.

La région du Zambèze, jusque vers le 20'' de latitude, est soumise au climat de moussons : deux saisons bien tranchées, un été pluvieux, d'autant plus long et d'autant plus humide que l'on est plus près de l'Equateur, un hiver sec et brûlant. 11 importe de se rappeler que, dans l'hémisphère austral, l'été est formé de nos mois d'hiver et l'hiver de nos mois d'été.

Au sud du 20'' jusqu'au fleuve Orange au sud, au Vaal et au

Limpopo à l'est, c'est le désert du Kalahari, analogue au Sahara : sécheresse presque complète, températures hrùlantes le jour, souvent glaciales la nuit. Cependant, la sécheresse n'est pas aussi absolue que dans le grand désert du nord; les pluies, quand elles arrivent, font pousser des herbes et amènent l'apparition de grands lacs temporaires dans les cuvettes (lac Ngami, Grand Makarikari).

Le Transvaal et l'Orange doivent, au relief des monts Drakensberghen, des conditions de climat qui rai)pellent celles du bassin du Murray-Darling en Australie. 11 n'y pleut pas beaucoup plus que dans le désert, mais les eaux descendues des montagnes entretiennent une humidité suffisante pour la culture et surtout pour l'élevage, et l'altitude empêche les chaleurs d'être insupportables.

La côte orientale (Natal et pays avoisinants) doit au voisinage de l'Océan Indien et aux vents alizés du sud-est une chaleur plus constante et des pluies assez abondantes. Les cultures tropicales y réussissent.

Enfin, la Colonie du Cap proprement dite, au sud du fleuve Orange, rappelle presque exactement, mais en ordre inverse, les caractères du Maghreb : le nord, de l'Orange aux monts Nieuweweld, est presque désertique, formé de steppes peu fertiles ; les Karrou ressemblent aux hauts plateaux algériens, la côte est un Tell comparable à celui d'Alger ou d'Oran : pluies d'hiver, chaleur modérée et constante.

Cours d'eau. — Il n'y a, dans toute l'Afrique Australe britannique, que deux grands fleuves, et quelques petits, mais aucun n'est vraiment utilisable.

Le Zambèze est fleuve de moussons. Né au nord, à la limite de l'Etat indépendant du Congo, à peu de distance des sources du Kassaï, affluent du grand fleuve de l'Afrique centrale, il descend vers l'Océan Indien, par une succession de rapides et de cataractes. La plus célèbre de celles-ci est la chute Victoria, par laquelle le fleuve, large d'un kilomètre, se précipite d'une hauteur de 100 mètres dans une étroite et sinueuse fissure. Puis il va se jeter dans l'Océan Indien, hors des limites britanniques, par un delta envasé. Il a reçu, sur sa rive gauche, le Chiré, qui lui apporte les eaux du lac Nyassa, et, sur sa rive droite, le tribut irrégulier du Kalahari. Comme tous les fleuves tropicaux, le Zambèze a des crues d'été.

L'Océan Indien reçoit encore, au sud du Zambèze, le Limpopo, qui enserre, dans sa grande courbe, la colonie du Transvail; il est inutilisable par l'irrégularité de son débit, et par les chutes qui le

coupent à la descente du plateau. Les autres tributaires de l'Océan Indien sont de simples torrents courts et rapides.

L'Orange, ou Garib, serait un grand fleuve, avec ses 2.150 kilomètres de cours si la longueur suffisait. Né dans un cirque dee Drakensberghen, au pied du Mont aux Sources et du Champagne Castle, il traverse toute l'Alrique australe pour se jeter dans l'Océan Atlantique. Il reçoit à droite le Yaal, qui sépare les deux colonies d'Orange et de Transvaal. Mais, pour descendre du plateau, il a dû, au fond de gorges étroites et profondes, sauter par les cataractes d'Aughrabies. D'autre part, le pays sec qu'il traverse ne lui fournit qu'une très faible quantité d'eau pendant quelques semaines. Au même endroit, on le passe à gué certains jours, tandis qu'à d'autres moments il a une profondeur de 20 mètres.

Géographie politique.

Populations. — Sur cette immense étendue, la population est estimée à près de 8 millions d'hommes (7.750.000 environ). C'est à peine une densité de 2 au kilomètre carré. Mais encore est-elle très inégalement répartie : tandis que les régions tempérées ou suotropicales de la côte dans les colonies du Cap et du Natal ont une population relativement dense (12 hab. par kil. car. au Natal), les plateaux sont beaucoup plus vides d'hommes (5 et 4 hab. par kil. car. au Trapsvaal et en Orange) ; le désert de Kalahari est presque sans habitants, la région du Zambèze en a un peu plus, sans être encore véritablement peuplée (6 hab. au kil. car.).

Diverses races contribuent à former cette population. La majorité appartient aux nègres Bantou, la race la plus nombreuse peut-être de l'Afrique, puisqu'elle s'étend aussi sur les bassins du Congo et du Nil. Très noirs, les Bantou représentent, avec leur nez large et court, leur chevelure laineuse, leurs lèvres épaisses, le type classique du nègre. Us occupent le bassin du Zambèze, et, dans le sud, toute la moitié orientale du pays. Dans cette partie, on les appelle en général Gafres, du nom de leur tribu la plus connue, qui a fourni tant d'esclaves aux colonies de Maurice et de la Réunion, mais on commence à en connaître les diverses familles : Zoulou belliqueux et agriculteurs, Matébélé, Barotsé, Betchouana, etc., plutôt pasteurs.

Le désert de Kalahari, et la partie occidentale de la colonie du Cap, ont des indigènes appartenant à deux autres races : les Khoi- Khoïn ou Hotlentots, de peau plutôt jaune, aux yeux bridés qui les ont fait considérer souvent comme oricrinaires de la Chine. Leur

laideur est proverbiale, leur civilisation fort arriérée. Plus arriérés encore sont les Boschinien, ou hommes des buissons, de très petite taille, qui vivent — mal — de lu chasse.

Les Européens, arrivés à la fin du xV siècle, se sont répandus dans les pays du sud, et ont progressivement gagné vers le nord. Les Portugais, qui, les premiers, ont pris possession du Cap de Bonne-Espérance, n'y sont pas restés. Au contraire, les Hollandais, qui s'emparèrent des possessions portugaises au xvii'^ siècle, y ont fait souche. Accrus de quelques huguenots français, émigrés après la révocation de l'Édit de Nantes, ils ont formé le peuple dos Boers (Bours). Ce peuple, actif, travailleur, tenace, brave, augmentant rapidement par l'excédent des naissances, pieux et confiné dans la vie pastorale depuis que l'invasion anglaise l'a chassé des meilleures terres, s'est réfugié sur les plateaux d'entre Orange et Limpopo.

Les Anglais s'emparèrent des établissements du Cap pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, et se les virent accorder par les traités de Vienne. Une immigration assez considérable en a beaucoup augmenté le nombre. Un certain nombre d'entre eux, mêlés a ceux des Boers qui n'avaient pas fui, ont formé la population Afrikander, plus sud-africaine qu'anglaise. Depuis quelques années, la nécessité de se procurer de la main-d'œuvre pour les mines a amené le gouvernement britannique à importer des coulies chinois.

Gouvernement. — L'histoire de l'Afrique australe anglaise est celle d'un progrès continu, d'une tache d'huile qui s'accroît de proche en proche, par la pénétration pacifique et par la guerre. Les populations indigènes de la côte, Cafres et autres, ne firent pas une trop grande résistance, sauf les Zoulou. Au contraire, la lutte contre les Boers fut longue et pénible. Les Boers durent d'abord fuir devant les Anglais, en fondant des États indépendants, mais ce peuple pasteur se vit arrêter au cours du Limpopo. La mouche tsétsé existe en effet au delà de ce lleuve et fait périr tout le bélail. On sait comment, après plusieurs tentatives infructueuses, les Anglais finirent, à la suite d'une guerre terrible (1899-1902), par s'emparer des deux républiques d'Orange et Sud-Africaine, qu'ils transformèrent en colonies.

Pendant ce temps, une compagnie à charte, la célèbre « Chartered C° », énergiquement dirigée par Cecil Rhodes, acquérait successivement tous les pays situés au nord du fleuve Orange jusqu'au Zambèze, et même jusqu'aux grands lacs; Betchouanaland, îihodesia, Protectorat de l'Afrique Centrale étaient ainsi ajoutés aux possessions britanniques,

Le gouvernement varie avec les régions. Il y a des colonies autonomes ; la colonie du Cap et celle du Natal ont des Conslitulions comparables à celles de l'Australie et du Canada ; les nouvelles colonies d"Orange et du Transvaal ont obtenu des chartes analogues et possèdent parlement et cabinet responsables. Enfin, les établissements du centre et du nord sont en principe des protectorats où les chefs indigènes gardent en apparence le pouvoir sous la surveillance de « commissaires » britanniques (1).

Géographie économique.

Les conditions économiques de l'Afrique Australe sont, naturellement, très diverses et permettent de distinguer plusieurs régions.

Pays du Zambèze. — Celle du nord, ou groupe du Zambèze (Protectorat de l'Afrique centrale et Rhodesia) est une zone purement tropicale, peu colonisée encore, et dont les ressources sont peu connues. Cependant les plantes tropicales y semblent devoir bien réussir, et promettre des récoltes sinon encore abondantes, du moins appréciables. En particulier, l'Afrique centrale produit du café, dont on commence à exporter une certaine quantité (500 tonnes environ) ; mais la culture sur laquelle on fonde les plus grands espoirs est celle du coton : des expériences y ont été faites, qui ont

(1) Divisions politiques :

Superficie Habilants-

kil. car. blancs. de couleur.

Colonie du Cap . . . 717.400 580.380. 1.925.172

— — Katal. . . 89.900 82.542 957.245

— d'Orange. . 125.200 143.419 241.626

— duTransvaal. 296.000 299.327 955.498

„ . , , Superficie. Habitants.

Protectorats : ^ ^. - „— .^

kil. car. blancs. de couleur.

Afrique centrale. . . 121.400 481 990.000

Basoutoland 26.700 895 547.751

Betchouanalami . . , 648.400 1.004 119.772

Rhodesia 1.058.000 12.623 1.298.000?

Capitales Population.

Capetown (Cap) 212.257

Durban (Natal) 79.000

Blœmfontein (Oranj.'c) 55.890

Pretoria (Transvaal) 21.101

Johannesburg (v. pr.) (Transvaal) 158.580

Blantyre (v. pr.) (Afrique Centrale) 6.150

Maseru (Ijasoutoland) 1.300

Dubois-Kergomard. 7

donné dexcellents résulliits; les champs de cotonniers s'étendent sur près de 9.000 liectares et ont produit plus de 900 tonnes de fibres; superficie cultivée et récolte font des progrès rapides, que les Anglais soulignent avec une satisfaction très naturelle; le riz réussit parfaitement, les essais de culture du blé sont encourageants. La Rhodesia, moins bien douée, et où l'on a fait des tentatives moins considérables, donne de l'espoir pour la culture du coton, en même temps que pour celle des fruits d'Europe.

Quant aux autres plantes tropicales, bois, caoutchouc, etc., elles existent dans cette zone, et n'attendent que le développement des voies de communication pour donner des produits abondants.

Les conditions naturelles sont moins favorables à la vie animale. Si les forêts et les savanes contiennent une grande quantité de gros gibier — éléphants, rhinocéros, gazelles, lions, etc., — que de trop nombreux chasseurs poursuivent sans pitié et sans prévoyance, la mouche tsétsé fait périr infailliblement le bétail. La Rhodesia du nord, seule, ferait exception et permettrait quelque élevage.

Les ressources minérales, encore bien peu connues du reste, semblent appréciables. L'or est signalé dans la Rhodesia, ainsi que la houille, mais on ne pourra, de longtemps, juger de l'importance de ces gisements.

Savanes et steppes. — La région désertique ou semi-désertique du Betchouanaland n'a qu'une importance des plus médiocres. La sécheresse du climat s'oppose à toute culture, dans la plus grande partie du pays, surtout à l'ouest, vers les frontières du Sud-Ouest- Africain-Allemand; les rares habitants vivent de la chasse, peu productive, et de l'élevage de quelques troupeaux de moutons. On ne trouve de cultures, et encore sont-elles bien maigres, que dans quelques oasis dispersées, et sur les bords des lacs et marais temporaires. Les seules régions qui ne sont pas absolument déshéritées sont celles du sud, dans les environs du fleuve Orange, et celles de l'est, près des limites des anciennes républiques boers. Là, quelques cultures sans importance sont faites actuellement, et pourront être développées par des travaux d'irrigation.

L'or y existe, et donne déjà lieu à quelque exploitation. On rattache au Betchouanaland la région du Griqualand occidental, où se trouvent les riches mines de diamants de Kimberley. Celles-ci, découvertes depuis une trentaine d'années, sont devenues bien vite les plus riches du monde, et ont rejeté au second plan celles du Brésil. C'est, croit-on, dans d'anciens cratères volcaniques que s'est formée la pierre précieuse. Après une courte période pendant laquelle des chercheurs isolés, puis des compagnies concurrentes se

sont disputé les terrains diamantifères, une concentration s'est faite entre les mains d'une puissante compagnie, qui est devenue la régulatrice de la production et de la vente du diamant du monde entier. La « De Beers C" » possède presque toutes les mines de Kimberley, procède à l'extraction des sables, et, suivant les cours, augmente ou diminue la production. La valeur des diamants exportés — par la colonie du Cap, sur les statistiques de laquelle ils apparaissent — est de 140 millions de francs environ par an.

Transvaal et Orange. — Les deux anciennes républiques bocrs, actuellement les colonies d'Orange au sud et de Transvaal au nord, forment une région à part. Leur climat semi-désertique, leur population bhmche peu dense encore n'y permettent pas la culture véritable du sol. Dans tout le Transvaal, il n'y a guère que 2.000 hectares cultivés, et la production est, naturellement, très insuffisante pour les besoins des habitants. Aussi l'importation des produits alimentaires est-elle très considérable.

Mais les pâturages sont nombreux et permettent l'élevage de troupeaux importants de bêtes à cornes (901). 000 de tètes environ pour ces deux colonies) et de moutons (4.000.000 de tètes). Les bœufs sont encore presque les seuls animaux de trait. Les wagons, ou grands chariots (jui servent au transport des marchandises et aux déplacements des habitants sont traînés chacun par dix ou vingt paires de bœufs. Les chevaux sont assez nombreux, et, pendant la durée de la guerre Sud-Africaine, ont permis les raids si remarquables de l'infanterie montée des burgiiers.

Le gouvernement anglais, pour arriver à augmenter la richesse du pays, et essayer de légitimer la conquête, projette de grands travaux d'irrigation, surtout dans l'Orange; le territoire, apte à l'élevage et même à la culture, sera ainsi fortement augmenté.

Mais, si ces colonies n'ont pas encore une riche agriculture, elles ont déjà un beau développement industriel. La présence des métaux précieux y attire une nombreuse population blanche; l'existence de bassins houillers importants a permis l'établissement d'usines dont les produits, sans satisfaire encore aux besoins de cette population, lui permettent cependant de ne pas être absolument tributaire de l'industrie étrangère, et qui ne peut manquer de faire des progrès dans l'avenir.

L'or est la cause de la richesse relative, et aussi des malheurs du Transvaal. Les terrains aurifères :>ont répandus sur presque toute la superficie du pays : les plus célèbres, parce qu'ils sont actuellement les plus productifs, sont ceux du Witwatersrand, autour de Johannesburg; ceux de Barberton sont riches, eux aussi.

La découverte des mines dor amena d'abord \m ft rnsh » d'aventuriers comparable à ceux de Calil'ornie et d'Australie. Mais les conditions mêmes de l'exploitation et les procédés actuels de l'industrie ont modifié complètement le caractère de l'extraction de l'or.

Celui-ci ne se trouve pas, comme en Calil'ornie, au Klondike et en Australie, dans des alluvions meubles, dans des sables que l'on peut laver à la « bâtée » ou par des jets d'eau, ce qui permet l'exploitation individuelle. Il existe, en parcelles infimes, dans des veines d'un quartz très dur, qu'on doit faire sauter à la dynamite, concasser et broyer à l'aide de puissantes machines, amalgamer au mercure, et extraire de l'amalgame avec du cyanure de potassium. D'où la nécessité de posséder de grands capitaux {)our installer les machines et pour se procurer les matières coûteuses dont on se sert.

Aussi l'exploitation est-elle faite par des compagnies et non par des individus isolés. Le travail n'est plus celui du chercheur d'or d'autrefois, errant libre dans le désert, sa bâtée à la main, héros d'aventures qui ont défrayé le roman d'il y a cinquante ans. C'est un travail d'industrie, pour lequel les blancs immigrés éprouvent peu de goût. 11 a fallu rechercher la main-d'œuvre, quasi-servile, des indigènes. Puis, quand ceux-ci ont montré une grande répugnance pour ce genre de travail, on a été obligé de recourir à l'importation de la main-d'œuvre. On sait quelles discussions a amenées le projet — volé, puis abrogé — d'autoriser l'emploi des coulies chinois. Plusde 190.000 personnes, dont seulement 18.000 blancs, sont actuellement employées aux mines d'or. L'extraction, qui avait presque cessé pendant la guerre, a repris depuis, et a atteint des chiffres formidables.

Le diamant est exploité, depuis 1904, h la mine « Premier » près de Pretoria, qui a fourni le célèbre « Gullinan », et donne un rendement égal à la moitié de celui de Kimberley.

Une richesse plus durable sans doute que celle de l'or est la houille, qui se trouve, assez abondante, et d'excellente qualité, au Transvaal et dans l'Orange. L'extraction, pour la première de ces colonies, s'est élevée, en 1907, à 2.900.000 tonnes.

L'existence de mines de fer h proximité des bassins houillers permet d'espérer que l'industrie métallurgique s'établira et fera des progrès.

Les industries sont assez nombreuses au Transvaal, en particulier

(1) Exlraclion lie l'or au Transvaal :

1884. . . . 250.000 francs.

. 401. 100. 000 francs

dans les environs do Johannesburg. Cette (< ville-champignon >), qui n'existait pas en 1884, qui comptait quelque? cabanes dans les premières années suivantes, a maintenant nrès dv-^îoO.OOO liabitants. C'est un curieux mélange de pauvreté et d'extrême richesse, de sauvagerie et de civilisation très avancée : lumière électrique, tramways électriques, téléphones, hôtels luxueux, à côté de baraquée informes, dans des rues non pavées, alternativement bourbiers infects et Saharas de poussière volante. Pour les besoins de cette population se sont établies des usines, dont le nombre et la production sont encore peu considérables, mais qui progresseront. Leur fabrication se borne encore à celle des objets de première nécessité, et dont l'importation est difficile : comme la bière en première ligne.

Natal. — La colonie du Natal, entre les Drakensberglien et l'Océan Indien, forme une région à part, à qui son climat semitropical, son importante population blanche, sa richesse en houille et en métaux, donnent des caractères très particuliers.

L'agriculture y est prospère, et fournit à la fois des denrées coloniales et des produits de la zone tempérée. Près de 500.000 hectares sont cultivés, tant par les Européens que par les indigènes. Les principales récoltes sont le sucre, qui fournit à une exportation assez active, les céréales et le thé, que l'on a récemment introduit, enfin les fruits que l'on exporte. L'élevage du mouton permet d'exporter près de 1.000 tonnes de laine tous les ans. Celui de l'autruche a pris du développement.

En même tem[)s, la houille existe dans le pays, en plusieurs bassins. L'exploitation en est rémunératrice ; 900.000 tonnes pour une valeur de 12 millions et demi de francs; l'exportation par mer s'élève à plus de 110.000 tonnes. Le fer et le cuivre ont été reconnus, en riches gisements ; s'ils ne sont pas encore exploités, ils n'en existent pas moins comme une ressource pour l'industrie locale.

Celle-ci n'est pas encore très prospère, mais ne peut manquer d'augmenter, lorsque l'on aura trouvé le moyen d'écarter quelquesuns des obstacles qui s'opposent à son développement. Le manque de voies de communication, la rareté de la main-d'œuvre sont les principaux, et ils sont de ceux que les Anglais ont su vaincre dans beaucoup de leurs colonies.

Colonie du Cap. — Le plus ancien des étabhssements anglais au sud de l'Afrique est en même temps le plus prospère. Nous avons déjà fait remarquer la grande ressemblance qui existe entre la colonie du Cap et les colonies françaises d'Algérie-Tunisie.

Même disposition du relief, même climat, productions semblables. Cependant on doit signaler deux différences importantes : la première est à l'avantage du Cap, c'est la présence de mines de houille et de métaux qui permettront l'établissement d'une industrie importante. La seconde est à son désavantage. Tandis que l'Algcrie- Tunisie regardent vers l'Europe, dont elles ne sont séparées que par quelques heures de navigation, le Cap fait face à un océan vide et ne communique avec l'Europe que par une navigation longue et souvent dangereuse. Il est vrai que cet inconvénient est compensé par le caractère de i'arrière-pays : le désert de Kalahari ne coupe pas toutes communications avec l'Afrique, comme le fait le Sahara; une bande de pays relativement fertiles et habitables établit un lien avec la Zambézie, la région des grands lacs et même l'Afrique du Nord. « Du Cap au Caire », un chemin de fer est plus facile à tracer et à alimenter que d'Alger à Tombouctou.

Les cultures sont celles qui réussissent dans la zone méditerranéenne sèche. Peu de forêts (140.000 hectares), mais des céréales et surtout du blé et du maïs. Les légumes et les fruits, ceux d'Europe autant que les oranges et les citrons, réussissent fort bien : la vigne du Cap est célèbre; malgré les maladies comme le phylloxéra ou l'oïdium, les vins de Constance ont conservé une clientèle en Angleterre. Mais la spécialité de la viticulture du Cap est, actuellement, l'importation, dans les colonies voisines, sous les noms des crus français les plus réputés du Bordelais ou de la Bourgogne. La production est de 400.000 hectolitres et celle de l'eau-de-vie de 70.000 hectolitres.

Comme dans le Maghreb, l'élevage est une grande ressource. Si la sécheresse empêche l'extension du nombre des bêtes à cornes (près de 2 millions cependant), le pays convient à merveille aux animaux plus sobres, comme les moutons (12 millions), les chèvres d'Angora (7.000.000) et les autruches (560.000) que l'on est arrivé à domestiquer ; l'exportation de la laine, du mohair (poil de chèvre d'Angora) et des plumes est importante, et le Cap fait, pour la première de ces matières, une concurrence, encore peu dangereuse, il est vrai, à l'Australie et à la République Argentine. On commence aussi à y fabriquer du beurre.

La richesse minérale de la Colonie du Cap est ce qui la distingue le plus du Maghreb. La houille y existe en quantités suffisantes pour la consommation locale, le cuivre est exploité, lui aussi.

Les industries en ont reçu une certaine extension. Déjà en 11)04, date du dernier recensement qui se soit occupé de la richesse industrielle, il existait, dans la Colonie du Cap, plus de 2.r)00 usines,

employant plus de 50.000 ouvriers, constituées avec un capital de 40 millions de francs et produisant pour 250 millions de francs d'objets manufacturés. Depuis cette date, les progrès ont été grands, les environs de la ville du Cap et des principaux ports sont des centres d'industrie actifs : minoteries, brasseries, tanneries, manufactures de tabac, telles sont les principales branches d'activité, avec les industries de la construction et de la réparation des navires.

Voies de communication. — Dans un pays aussi étendu, manquant de voies navigables, d'un relief abrupt, les communications sont difficiles; comme l'intérieur est au moins aussi riche que les côtes, elles doivent être assurées artificiellement.

Nous avons vu que le Zambèze seul est praticable pour des navires, mais encore est-il coupé de cataractes, et, condition défavorable, son cours inférieur et ses bouches sont situées en territoire étranger, celui du Mozambique portugais. Malgré la neutralisation de ce cours et la cession à bail à l'Angleterre, par le Portugal, d'une enclave sur le bas Zambèze, ce fleuve ne sert qu'au transport des produits, encore peu nombreux, de l'Afrique centrale brlaniique et d'une partie de la Rhodesia, en même temps qu'à celui des denrées nécessaires à leurs habitants.

Les routes sont rares et en général mauvaises : les « wagons » des boers traversent le « veld » en droite ligne, leur construction robuste, leurs attelages patients et lents se souciant fort peu des cahots.

Les chemins de fer, d'assez récente importation, ont pris un grand développement. Les préoccupations économiques : — assurer l'exploitation des richesses de l'intérieur et la mise en valeur des pays récemment annexés — et stratégiques — pénétrer le plus loin possible dans l'intérieur et pouvoir y transporter rapidement des troupes — ont fait que ces voies sont surtout des lignes de pénétration. Des ports de la côte (Le Cap, Port Elisabeth, East London, Port Natal), partent des voies ferrées vers l'intérieur de l'Afrique. En même temps, dans la période qui a précédé la conquête du Transvaal, celui-ci s'était assuré, par la ligne de Johannesburg à Lourenro- Marquez, une voie d'exportation et surtout de ravitaillement indépendante de l'Angleterre.

La plus célèbre des grandes voies ferrées de l'Afrique australe est celle qui, du Cap, se dirige vers le nord par Kimberley, Mafeking, Boulouwayo, et se détourne pour atteindre le Zambèze aux chutes Victoria. Depuis l'achèvement du pont gigantesque qui franchit le fleuve, les travaux ont été continués vers le sud du

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lac Tanganyika. Dans un délai assez rapproché, la moitié mériilionale de la grande ligne rêvée par Cecil Mhodcs, du Cap au (jaire, sera achevée. Un embranchement, de Salisbury, rejoint le port portugais de Beïra (1).

Les ports jouent, naturellement, un très grand rôle, ce sont, en effet, les seuls intermédiaires entre les colonies britanniques et le monde exte'rieur. Celui du Cap a une importance mondiale. Après avoir été l'étape obligée de tout le commerce de l'Europe avec l'Océan Indien et le Pacifique, il s'était vu frapper d'un coup qu'on pouvait croire fatal, par le percement de l'istiime de Suez. Mais la mise en valeur de l'Afrique du Sud lui a rendu beaucoup d'importance. En même temps, la recherche de l'économie et l'invention des procédés de conservation par le froid ont fait reprendre la route par le sud de l'Afrique à beaucoup de cargo-boats à destination ou en provenance de l'Australie, qui évitent ainsi les droits de passage très élevés du canal de Suez. Le Cap est redevenu un des grands ports du monde. Les autres n'ont qu'une importance locale et se boriiont à être les points terminus des lignes de pénétration. Lourenro-Marquez a perdu sensiblement à la conquête du Transvaal par l'Angleterre.

Coîîimerce. — Les colonies du Sud-Afrique sont entrées dans la voie du protectionnisme « impérial » que leur a suggérée M. Chamberlain. Une convention, signée le 24 mars 1903, les a englobées dans une sorte de ZoUverein dont le trait saillant est une rédmlion de 25 pour 100 au moins en faveur des produits britanniques sur les droits de douane à l'entrée. On pense à étendre ce traitement préférentiel aux possessions britanniques qui garantiraient un privilège analogue aux produits de l'Union sud-africaine.

Les résultats de cette politique protectionniste ne peuvent encore être appréciés.

Le commerce de l'Afrique australe est considérable d'ores et déji : exportation de produits naturels du sol ou des animaux — or. diamants, laine, houille, plumes d'autruclie pour le sud, coton, sucre, caoutchouc, ivoire pour le nord — importation de produits fabri(piés et de denrées alimentaires, telles que les blés, farines,

(1) Chemins de fer de l'Afrique australe britannique :

Colonie du Cap 4 . 500 kilomètres.

— du Natal l-^'iO —

— d'Orange 895 —

— du Transvaal '2.610 —

Uhodesia I -610 —

Total 10.075 kilomètres.

lOô

vianrlos, etc., pour tout le pays, tels en sont les principaux traits. Ce commerce a lieu surtout avec l'Empire Britannique. La Fronce n'y prend qu'une part très médiocre, même si l'on augmente les chilTres donnés par les douanes comme nous l'avons expliqué ci-dessus (1). Et cependant, elle pourrait, surtout par sa colonie de Madagascar, alimenter les marclie's du Cap et de ses dépendances en viande de boucherie et en œufs. Mais il n'y a pas une seule ligne de navires français desservant à la fois Madagascar et le Cap. Les correspondances du Natal à la grande île, cependant voisine , sont acheminées, au hasard des « occasions », par la voie des Indes (2)! Il y a là un inconvénient auquel il serait facile, semble-t-il, de remédier.

Il est impossible de donner un chiffre total du commerce de l'Union sud-africaine, celle-ci n'ayant pas fait disparaître les douanes et les statistiques locales, une simple addition entraînerait à des doubles emplois qui fausseraient les résultats (3).

[\] Voir page 149.

(2) Cf. le rapport de M. Rodde, vice-consul de France à Durban. Supplément n' 593 dic Moniteur officiel du commerce.

(3) Commerce de l'Afrique Anglaise du Sud. En millions de francs. (Les chilfres de 1898, Tannée qui a préc(klé la guerre, sont donnés comme point de comparaison, au lieu d'une moyenne qui ne signifierait rien.)

Colonie du Cap.

Royaume-Uni (1904). . . .

Colonies britanniques . . .

Total Empire

Principales imporlalions.

Vôlomcnts -,0.0

Aliments 1.5.9

Colonie du Natal.

(Par mer).

Royaume-Uni

Grains 14.6

Mercure (pour le Transvaal) . 25 . 5

Machines 55.1

Vêtements 13.7

Fer, acier, objets en fer et

en acier 1 1 .0

Imporlalions. Exporlaiions.

l'niicipales exportations.

Uaine 45.3

Plumes d'autruches . . 26.7

Diamanis 1(i'2.2

Or (du Transvaal). . . . 415.7

Importations. Exportations.

Principales exportations.

Or. .

Houille , Laine.

Sucre. ■

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