‹ Les principales puissances du mondeChapitre 9 sur 100 · hl.l X.O · texte numérisé non relu

hl.l X.O

AFRIOUK Al'STRALE.

Conclusion. I/Alrlcjuc australe anglaise vient de passer par une crise très grave, celle de la guerre anglo-bocr, et elle n'en est pas encore complètement relevée. Opendant, la richesse naturelle du pays, et les mesures énergiques prises par les Anglais pour réparer les maux de celte longue guerre, font prévoir que la marche en avant va reprendre. Le Royaume-Uni possède là, dans l'hémisphère austral, un établissement qui augmente singulièrement sa richesse et son influence dans le monde. Les vaincus de la grande guerre eux-mêmes ont pu être ralliés par un large octroi de libertés, et travaillent, de concert avec les conquérants, au relèvement du pays.

Colonie d'Oiange.

Colonie du Transvaal.

Métaux et objets métalliques.

Importation. Exportation.

Importation. Exportation.

Vêtements 37.5

Betchouanaland.

Principales exportations.

Or 405.6

Houille 5.7

Diamants 22.7

Importation. Exportation.

Basoutoland.

Central Africa.

Importation. Exportation.

Importation. Exportation.

A l'autre extrémité de l'Afrique, séparée des établissements de l'Afrique australe que nous venons d'étudier, par l'Afrique Orientale Allemande et par l'Etat indépendant du Congo, une autre zone anglaise s'étend des bords de l'Océan Indien jusqu'à la mer Méditerranée, de la mer Rouge à la limite de l'Etat indépendant du Congo et du Soudan français. Les seules enclnves étrangères qui se trouvent dans cette immense région sont la péninsule des Somalis, aj)partenant en grande partie à l'Italie, la côte française des Somalis (Ubock et Djibouti), l'Erythrée italienne et l'Abyssinie indépendante. Une parcelle anglaise se glisse, d'autre part, dans ces territoires étrangers, la Somalie anglaise, ou pays de Berbera.

Ces possessions anglaises vont de l'Équoteur au o!2° de latitude septentrionale, et couvrent une superficie approximative de 5 millions et demi de kilomètres carrés, plus de 4 en y comprenant l'Egypte, c'est-à-dire près de sept fois cl demie celle de la France, avec une population estimée à environ 17 millions d'habitants, soit un peu plus de 5 habitants par kilomètre carré (1).

Le Royaume-Uni ne possède pas toutes ces régions au même titre : si le protectorat anglais est reconnu par l'Europe sur Zanzibar et les débris de son empire (Somalie. Afrique orientale, Ouganda), la même Europe considère encore l'Egypte et le Soudan égyptien comme provinces ou dépendances de 1 Empire ottoman- Mais l'influence anglaise est si solidement établie dans ces pays, depuis que la France s'en est désintéressée en échange d'avantages promis au Maroc, qu'une étude de l'Empire britannique dont on retrancherait l'Egypte et ses dé[)endances serait incomplète et donnerait une idée fausse de la situation de l'Angleterre dans le monde.

1; Etablissements anglais de l'Afrique septentrionale :

Superficie. Population.

Egypte 1.036.000 kil. car. 9.7n4.000 hab.

Soudan Egyptien 2.660.000 — 2.000.000 —

Protectorat de l'Ouganda..

— Zanzibar. . .

— l'Afrique

orientale

Protectorat de la Somalie.

Géographie physique.

Les possessions anglaises de l'Afrique du Nord occupent la région du Nil presque tout entière, et la dépassent, dans les pays de l'Afrique orientale, pour chevaucher sur le bord du plateau des Grands Lacs et dans la Somalie.

Région nilotique. — Le bassin du Nil se compose de deux parties bien distinctes : l'une, au sud, mérite bien le nom de bassin, c'est une large plaine, entourée en partie de montagnes, et dans laquelle de nombreux affluents viennent converger vers le fleuve; l'autre partie, au nord, est toute différente : la vallée du Nil, très étroite, est une fissure dans un grand plateau, sans vallées secondaires, sans affluents.

Relief. — La grande plaine du Soudan égyptien, presque horizontale, dans laquelle le fleuve et ses affluents se trahient au milieu de marécages presque infranchissables, est entourée à l'est et au sud d'assez hauts soulèvements. Ce sont, à l'est, les montagnes d'Abyssinie, grand plateau granitique et volcanique, qui s'élève brusquement, en forme de falaises, au-dessus de la plaine. L'action des eaux l'a découpé, par de profondes fissures, analogues aux canons des plateaux américains ou des causses de France, en une série de tables ou « ambas ». Les sommets, dont certains émettent encore des vapeurs, atteignent et dépassent l'altitude de 4.000 mètres .

Au sud s'élève le plateau des Grands Lacs, dont la partie septentrionale seule appartient à la région du Nil. Haut de près de 1.200 mètres, au lac Victoria, il descend assez rapidement vers le nord, sillonné de lignes de montagnes orientées du nord au sud, et séparées par de profondes dépressions où se sont accumulées les eaux des lacs Stéphanie, Hodolphe, Albert et Albert-Edouard.

Du côté de l'ouest, les limites de la plaine soudanienne sont beaucoup moins nettes : le plateau des Rivières mérite à peine son nom ; c'est une région d'altitude très médiocre, où les eaux ont de la peine à trouver leur écoulement et où s'entremêlent, dans un inextricable désordre, les sources des affluents du Nil, du Congo, par l'Oubanghi, et du Tchad, par le Chari. C'est un trait d'union plutôt qu'une séparation entre le Nil et l'Afrique centrale et occidentale.

Vers le nord-ouest, les plateaux du Dar-Four, du Dar-Fertit, etc. commencent la grande ligne des plateaux sahariens et atteignent 1.800 mètres.

La partie septentrionale de la région nilotique est beaucoup moins connue, sauf en ce qui concerne la vallée même du fleuve. Klle semble se composer, en Nubie et en Egypte, d'un vaste ])lateau, incliné de l'est à l'ouest, et divisé en deux parties par la vallée du Nil. A l'est, le désert arabique est accidenté, et s'appuie sur une ligne de montagnes qui longe de très près la mer Rouge, et la domine de l.oOO à 2.000 mètres (Dj. Soturba 2.100 m.). A l'ouest, le désert libyque, beaucoup moins élevé en général (400 à 500 m.), présente de curieuses dépressions qui s'abaissent souvent au-dessous du niveau de la mer Méditerranée (à — 20 m. dans l'oasis de Siouah). Ces deux plateaux se présentent, sur la vallée du Nil, sous forme de falaises abruptes auxquelles on a donné le nom, très impropre, de chaînes libyque et arabique.

La vallée du Nil elle-même n'est qu'un couloir étroit, de 7 à 30 kilomètres de largeur seulement ; elle est remarquablement horizontale, ouverte aux eaux d'inondation, que dominent seuls quelques monticules, dont beaucoup sont artificiels. Elle ne s'élargit qu'au nord, après le Caire, où le delta s'épanouit en éventail jusqu'à la Méditerranée.

Les côtes sont peu développées et en général mauvaises : très plates, marécageuses, bordées de lagunes saumàtres sur la mer Méditerranée, elles n'y présentent que le bon port d'Alexandrie et le port artificiel de Port-Saïd, débouché du canal de Suez.

Sur la mer Rouge, les falaises bordent le flot au nord, puis, au sud, sont séparées de la mer par une plaine d'origine madréporique; les coraux continuent leur travail le long du littoral et en rendent l'approche difficile et dangereuse pour les navires. Les anciens « emporia » égyptiens ne peuvent plus recevoir que quelques boutres arabes, Souakim est le seul port digne de ce nom.

Climat. — La résion du Nil appartient à deux zones de climat dilïërentes : au sud, la zone tropicale ou de moussons, avec ses deux saisons tranchées. La saison humide pendant l'été, caraclérisée par des pluies violentes, arrivant quotidiennement, presque à la même heure. Cette saison est d'autant plus longue, et les précipitations d'autant plus abondantes qu'on se trouve plus près de l'équaleur, huit mois au sud, six mois dans le centre, trois mois vers Khartoum. L'autre saison est sèche, très chaude, brûlant la végétation, quoique les nuits soient assez fraîches, à l'approche du désert.

Au nord de Khartoum, encore entre les tropiques, commence la zone désertique, continuation à l'est du Sahara et du désert libyque. La sécheresse est extrême, les vents, môme venant de la mer.

même humides, arrivant dans des régions de plus en plus chaudes, et où, par conséquent, le point de. saturation s'élève de plus en plus. On a toujours remarqué, depuis Hérodote, l'absence complète de pluies en Egypte. Des années entières se passent sans une goutte de pluie (1). Les températures sont aussi celles du désert : de violentes variations du thermomètre, qui peuvent passer de plus de 50" à quehjues degrés au-dessous de zéro en peu d'heures. Aussi ce pays resscmble-t-il singulièrement au Sahara, sauf dans la vallée même du Nil, arrosée et formant une longue oasis à travers le désert.

Cours d'eau. — L'hydrographie de toute cette région se résume dans le Nil. Ce grand fleuve, long de près de 6.000 kilomètres, la traverse du sud au nord, en reçoit toutes les eaux et fertilise sa vallée en Egypte.

Après avoir été longtemps un des problèmes de la géographie, les sources du Nil sont connues. Il prend son origine dans le lac Albert, où confluent ses deux branches principales : l'une, sortie du lac Victoria, en descend, sous les noms de Kivira, puis de Nil Somerset, par une série de rapides et de magnifiques cataractes pour tomber dans le lac Albert, 500 mètres plus bas que le Victoria, par la chute Murchison; l'autre branche coule du lac Albert- Edouard sous le nom de Semliki. A la sortie du lac Albert, le Nil est formé; passant par une vallée étroite près de Ouadelaï, il entre dans la plaine du Soudan égyptien à Lado. Son cours devient alors très lent; sur près de 2.000 kilomètres, il ne descend que de moins de lUO mètres, aussi s'étend-il largement, se divisant en bras et faux-bras autour d'iles plates ; son lit est encombré par le « sedd », véritable tissu de plantes aquatiques, papyrus, lotus, etc., qui entravent complètement la navigation.

Dans cette partie de son cours, le Nil reçoit quelques affluents : à gauche, le Dahr-el-Ghazal lui apporte les eaux du Pays des Rivières : le confluent est, sous le nom de lac Nô, une des parties les plus larges, mais aussi les plus encombrées du cours du Nil; à droite, le Baro ou Sobat et le Nil Bleu drainent à son profit la région d'Ethiopie ou d'Abyssinie; le second descend du lacTsana, à travers les profonds défilés du plateau éthiopien.

A Khartoum, au confluent des deux Nils, le fleuve est formé, il ne recevra plus que, sur sa rive droite, le tribut temporaire de l'Atbara. Son débit moyen, de 2.500 à o. 000 mètres cubes, loin de

(1) Il n"cst pas tombé une goutte d'eau à Assouan en ■1902, 1903 et 1904. Au Caire, le pluviomètre a enregistré G", 013 en 1902 et 0°',023 en 1903.

GEOGRAPHIE PHYSIQUE. Ml

s'accroître, diminuera par l'évaporation et les emprunts de l'irrifjalion.

I,e cours nubien et égyptien du Nil est long; pendant près de 5.000 kilomètres, il coule au fond de sa vallée, par de nombreux méandres, enserrant des îles basses entre ses bras. En même temps, il descend rapidement les divers degrés d'une sorte d'escalier gigantesque. De Khartoum à Assouan, six cataractes le coupent, et amènent le fleuve de o84 mètres à 94. A Assouan où le Nil est barré, depuis 1901, par un superbe barrage-réservoir dont la digue a 1966 mètres de longueur, le cours égyptien commence, large et imposant. Au Caire, le fleuve se partage en deux bras, qui se subdivisent ensuite pour former le delta, dont les deux branches principales sont celles de Damiette, à l'est, et de Rosette, à l'ouest.

Le régime du Nil est célèbre, et a longtemps intrigué les riverains, puis les savants. Nous savons maintenant que ses crues régulières n'ont rien de mystérieux, ce sont celles de tous les fleuves tropicaux. Le seul fait curieux est celui du transport du régime tropical dans une zone désertique. Les pluies d'été de la région haute gonflent le fleuve à date fixe. La crue, commencée en avril dans le Soudan, arrive en juin en Egypte: les eaux changent de couleur; d'olivâtres, elles deviennent vertes, puis rouges, s'épandent sur la plaine jusqu'en septembre. Le Nil dépasse alors son étiage de 7 mètres en moyenne, et peut rouler jusqu'à 15 ou 14.000 mètres cubes. A partir du milieu d'octobre, les eaux baissent et rentrent dans leur lit en novembre. On sait la richesse du limon ou vase déposée par le Nil sur les plaines qui en attendent la fertilité (1).

11 n'y a aucun autre cours d'eau dans la région nilotique : le désert a quelques oueds temporaires et quelques rares oasis, surtout à l'ouest (Chargeh, Farafrah, Baharieh, Siouah, etc.).

Région de l'Afrique orientale. — Cette région est encore mal connue. Les environs de la frontière de l'Afrique Orientale Allemande, que parcourt le chemin de fer du lac Victoria à la côte, ont été seuls explorés en détail.

(1) Débit

mensuel

moyen du Nil à A

îsouan :

Janvier . . .

Ti. c. par

seconde.

Juillet. . .

Février.. .

Août . . .

Mars. . . .

Septembre .

Avril . . .

Octobre . .

Mai. . .

Novembre .

Juin. . . .

Décembre .

D'après Jean Brunhes

Il '2 AFRIQUE DU NORD-EST.

C'est la limite entre le plateau des Grands Lacs et les pays somaiis. Le relief est accidenté de montagnes gran-tiques, orientées du nord au sud, séparées par de profondes dé|)ressions et culminant aux deux géants de l'Afrique : Kénia (5.600 m.) et Kiliman' Djaro (6.010 m.).

Le pays des Gallas, entre ces montagnes et la côte, est formé de plateaux siliceux ou argileux.

La côte, en général mauvaise, présente cependant le port de Mombaza, que la construction de jetées a rendu sûr et commode. Au sud, au large de l'Afrique Orientale Allemande, l'île de Zanzibar offre un excellent abri aux navires.

Le climat, réglé par les moussons de l'Océan Indien, est pluvieux et chaud à Zanzibar et sur les montagnes, mais sec et presque désertique dans le pays des Gallas.

Il n'y a pas de fleuves, à proprement parler, quelques oueds seulement, dont le plus important est le Djouba.

Géographie politique.

Populations. — Nous avons déjà vu que les établissements anglais du nord de l'Afrique sont peu peuplés : 17 millions d'habitants environ, soit un peu plus de 3 par kilomètre carré. Leur répartition est très irrégulière : la vallée du Nil, en Egypte, est une des fourmilières humaines du globe : 200 à 500 habitants s'y pressent par kilomètre carré, et certaines parties du cours inférieur en comptent davantage. En dehors de la vallée même, le pays est absolument désert. Le Soudan Egyptien est infiniment moins peuplé, moins d'un habitant par kilomètre carré : la traite des nègres, la révolution du Mahdi y ont fait de cruelles hécatombes; le sud, Ouganda et Afrique Orientale, a des populations un peu plus denses (7 à 8 hab. au kil. car.).

Ces peuples sont d'origines et de civilisations très différentes. L'Egypte a gardé son antique population. Les fellahs musulmans et les coptes chrétiens qui cultivent le sol ressemblent d'une façon frappante aux paysans représentés sur les monuments de l'antiquité égyptienne : c'est le même type à peine basané, au nez accentué, aux yeux longuement fendus, c'est le même costume aussi. La classe conquérante et possédante y est représentée par les Arabes, des Turcs, des Européens et des Levantins, ces derniers surtout nombreux dans les villes et ports de la côte. Le désert est le domaine des Bédouins pillards.

Au Soudan, la race noire domine : nègres bantous, pécheurs.

pasteurs, chasseurs, agriculteurs ou anthropophages, Chillouk, Dinka, Nyam-Nyam, etc., ou bien négroïdes nains comme les Akka, hauts de 1 m. 50 environ, qui poursuivent, de leurs flèches empoisonnées, les éléphants dans la grande forêt. L'Ouganda a des nègres bantous, agriculteurs, relativement civilisés, et l'Afrique orientale, des Gallas et des Massai pillards et nomades. Au Soudan et au sud, les Arabes ont converti le pays à l'Islam, et l'ont dominé longtemps; leurs royaumes se livraient constamment des guerres sanglantes, dont le but était la cliasse à l'homme.

Les villes sont, naturellement, peu nombreuses. On ne peut donner ce nom aux agglomérations de huttes de l'Afrique noire. Mais Zanzibar a une population de 50 à 60.000 habitants et quelques apparences de grande ville; elle est malheureusement insalubre.

Sur le Nil, Khartoum se relève de ses ruines, conséquences de la révolte du Mahdi. En Egypte, le Caire est une grande ville de 570.000 habitants, curieux mélange de rues étroites, aux maisons aveugles, aux mosquées superbes, et de larges voies avec des tramways électriques, des hôtels ultra modernes et d'un luxe inouï; Alexandrie est restée une ville cosmopolite (520.000 hab.) où les Européens et Levantins vivent du commerce du port actif.

Organisation politique. — Les États indigènes ont presque tous disparu en fait, et l'influence britannique s'est étendue sur tout le pays. Zanzibar est sous le protectorat anglais depuis les traités de 1886 et de 1890, tout en gardant son administration autonome et son sultan ou Seïd. L'Afrique Orientale et l'Ouganda ont des commissaires ou résidents anglais, chargés surtout de maintenir l'ordre et d'empèclier la traite des noirs.

Le Soudan Egyptien, conquis par Mehemet Ali et ses successeurs, fut enlevé à l'Egypte par la révolte du Mahdi, révolte inspirée à la fois par le fanatisme musulman et par les intérêts des marchands d'esclaves (1881). Les mahdistes dominèrent le pays et le ravagèrent jusqu'en 1898, oîi une expédition, commandée par lord Kitchener, le reconquit. Actuellement, le Soudan est un protectorat angloégyptien, et revient à un état plus tranquille et plus prospère.

Quant à l'Egypte, on sait sa curieuse situation. Partie intégrante de l'Empire Ottoman, elle devint une vice-royauté héréditaire en faveur de Mehemet Ali et de ses successeurs. L'influence de la France y était grande. Mais les folies d'Ismaïl ruinèrent le trésor khédivial et l'intervention des deux puissances créancières, la France et l'Angleterre, devint nécessaire. Elle amena un relèvement des finances égyptiennes, mais aussi une révolte du parti nationa-

Ddbois-Kerhouard. <^

liste L'Angleterre et la France décidèrent d'intervenir, mais la chute du ministère Gambetta et l'indécision de ses successeurs amenèrent le désintéressement de la France. L'Angleterre intervint seule (1882) et s'établit dans le pays.

L'Égyple n'est pas une colonie anglaise, ni même officiellement un protectorat. C'est une vice-royauté vassale et tributaire du Sultan de Constantinople, dont le vice-roi, ou kliédive, est défendu par une armée anglo-égyptienne, et conseillé par des Anglais. Le général en chef ou sirdar, le conseiller financier sont Anglais, mais les autres ministres sont indigènes. L'administration supérieure, autrefois composée de Français, est devenue presque absolument anglaise. La langue anglaise a remplacé le français.

Après avoir montré, pendant plus de vingt ans, son mécontentement d'un pareil état de choses, la France, par le traité d'avril 1904, a renoncé à entraver l'action anglaise en échange d'une renonciation du même genre de l'Angleterre au Maroc.

Géographie économique.

L'imporlance économique des diverses parties de l'Afrique anglaise du Nord-Est est, naturellement, bien différente. Si l'Egypte est une région depuis longtemps civilisée et extrêmement riche, les pays du Haut Nil et de l'Afrique Orientale sont encore peu habités, aux mains de populations sauvages, d'accès difficile, et ne donnent que des produits peu importants.

Quelques cultures de produits tropicaux y sont faites : des expériences pour la production du coton ont donné de bons résultats dans l'Afrique Orientale Anglaise, de même que dans la vallée du Nil, sur la([uelle les Anglais fondent les plus grandes espérances. Les autres productions végétales sont celles des forêts : bois précieux, caoutchouc, noix de coco dans les forêts tropicales de la côte et du Bahr el Gliazal, gommes dans celles des pays subdésertiques du Kordofan et du Dar Four. L'île de Zanzibar cultive avec succès le clou de girofle et la vanille.

Certaines régions sont aptes à l'élevage du bétail et en parliciilier des bêtes à cornes : telles sont les parties élevées de rAl'ri()ue orientale et les plaines du Soudan Égyptien.

Quant aux matières minérales, on ne les connaît guère encore. Le fer existe partout, comme en font foi les nombreuses forges établies dans les villages. On signale, en outre, de l'or, surtout dans l'Ouganda, du cuivre dans le même pays, du mica et du graphite dans l'Afrique Orientale. Mais aucun de ces produits ne donne lieu

à une véritable exploitation. Aucune industrie, autre que celle des objets primitifs nécessaires aux indigènes.

Egypte. — L'Egypte est un pays soumis à des conditions tout à fait originales. Toute la vie, toute la richesse est concentrée dans une étroite vallée de quelques kilomètres de largeur, et dans un delta relativement peu étendu, et sa seule source est l'agriculture. Plus de 61 pour 100 de la population est agricole.

Sur une superficie totale de près de i million de kilomètres carrés, la surface cultivable dépasse à peine 3 millions d'hectares, et la partie cultivée atteint 2 millions d'hectares.

On sait que c'est aux inondations du Nil et au précieux limon qu'il dépose qu'elle doit pour une grande part la fécondité de son sol. Elle est donc bien un « présent du fleuve », comme le remarquait déjà Hérodote; sans lui, ce pays, où des mois entiers se passent sans la moindre averse, ne serait qu'un stérile désert, entièrement semblable à ceux qui s'étendent à l'est ou à l'ouest. L'abondance des récoltes dépend donc uniquement de la régularité des inondations. Si elles sont trop abondantes ou trop pauvres, si elles viennent quelques jours trop tôt ou trop tard, les moissons peuvent être compromises et amener la famine à bref délai. C'est l'histoire des « vaches maigres » et des « vaches grasses )), et c'est justement pour prévenir ce fléau que les gouvernements de l'Egypte ont. de toute antiquité, apporté tous leurs soins aux grands travaux d'irrigation et d'aménagement des eaux.

Deux systèmes ont été de tout temps en présence : l'inondation ]»ar bassins, l'irrigation par canaux. L'inondation par bassins est le procédé le plus ancien, mais aussi le plus primitif. Il dispense, il est vrai, de toute culture; c'est grâce à lui que le Nil dépose chaque année sur le sol le limon fécondant qui renouvelle indéfiniment la fertilité de la terre, sans qu'il soit besoin de la retourner. Les instruments sont inutiles, ils sont encore les mêmes qu'au temps d'Hérodote; dès que l'eau se retire, le fellah jette la semence sur la terre encore tout amollie par les eaux, et, pour l'enterrer, il se contente de lâcher dans ses champs ses porcs ou ses bœufs. Mais il faut que l'eau reste au moins soixante-dix jours dans chaque bassin pour y déposer les matières fertilisantes; la culture est donc, pendant cette période, complètement arrêtée, et le sol ne produit qu'en hiver. On sème en novembre, on récolte de février à mars. C'est le système encore employé dans toute la Haute Egypte.

Le procédé des irrigations par canaux a précisément l'avantage de laisser la terre libre durant l'année entière et permet de lui lemander annuellement plusieurs moissons successives. C'est la

méthode actuellement en faveur; elle a remplace', dans la plus grande partie du delta, la submersion. Tout un réseau serré de canaux a été construit et sillonne déjà la Basse Egypte sur près de 4.000 kilomètres de longueur. Quand les champs sont trop élevés au-dessus du niveau général des eaux pour permettre l'irrigation directe, les indigènes emploient de grossières machines élévatoires que les Européens remplacent progressivement par de puissantes pompes à vapeur.

Mais, pour que l'irrigation puisse donner de bons résultats, il est nécessaire que le niveau du fleuve soit régulier, et surtout qu'il fournisse une quantité à peu près constante d'eau. Or, si, en temps de maigres, l'agriculture ne peut puiser au fleuve, en temps de crue, une quantité considérable de liquide passe sans rendre de services. On peut estimer à plus de 6.000 mètres cubes par seconde l'eau qui se perd ainsi en septembre.

Aussi le gouvernement anglo-égyptien a-t il entrepris une série de travaux gigantesques destinés à retenir l'eau surabondante de l'été pour la rendre en hiver. Parmi ces ouvrages, un est achevé, c'est le grand barrage d'Assouan, qui emmagasine ainsi plus d'un milliard de mètres cubes dans un lac de plus de 20 mètres de profondeur le long de la digue et de 160 kilomètres de longueur. De nombreuses vannes mobiles permettent de régler l'écoulement de l'eau de manière à assurer la régularité du fleuve.

Un autre barrage, beaucoup moins important, a été construit à Siout; un existe depuis longtemps à la tête du Delta; enfin les ingénieurs anglais proposent de reconstituer le lac Moeris des Pharaons par la construction, dans le Ouadi Rayan. d'un réservoir capable d'emmagasiner 10 milliards et demi de mètres cubes (1).

Ce système d'irrigations a augmenté, dans des proportions considérables, le rendement moyen des terres, puisqu'il permet à la fois les cultures d'été et d'hiver. En hiver, de novembre à mai, on sème et récolte les céréales; en été, de mars à octobre ou novembre, c'est le tour du coton, du sucre et du riz; en automne enfin, de juillet à octobre, le mais, le millet et les légumes occupent les îerres.

Ce système de production intensive ofl're à son tour plusieurs inconvénients; il nécessite d'abord de grosses dépenses d'établissement et d'entretien des machines et canaux, mais surtout il fatigue le sol; les cultures nouvelles, coton, tabac, canne à sucre, particulièrement épuisantes, obligeront bientôt les Égyptiens à se servir

(1) Voir un article de Jean Biunlies dans la Géographie du 15 mars 1905.

d'engrais. D'autant plus que le limon fertile ne se de'pose plus sur ie sol.

De toutes les cultures de l'Egypte, les plus importantes, celles du moins qui servent à l'exportation, sont, en première ligne, le coton. Le pays est des plus favorables à cette plante : l'air est sec, le sol, artificiellement humide. Aussi, introduite par le Français jumel dans la première moitié du xix^ siècle, a-t-elle prospéré. La période de la guerre de Sécession a été une période d'extension et de prospérité inouïes mais artificielles qui devait être suivie de quelque recul; cependant le coton est encore, à l'heure actuelle, une des grandes sources de revenus de l'Egypte. La production a passé de 200.000 tonnes en 1895 à près de 500.000 en 1905, et l'exportation dépasse 250.000 tonnes. La qualité de la fibre, sans être égale à celle des premières marques américaines, est très suffisante, et s'améliore constamment par un choix judicieux des semences.

La canne à sucre vient ensuite comme source d'exportation (34.500 tonnes); les céréales (blé, maïs et riz) fournissent surtout à l'alimentation des habitants ainsi que les dattes des innombrables palmiers. Les Egyptiens, comme tous les peuples orientaux, sont de merveilleux maraîchers et produisent une abondante récolte de légumes comme les fèves et les oignons, déjà célèbres à l'époque de l'Exode.

Les animaux sont peu nombreux : la terre de la vallée est toute en cultures, celle des plateaux est du sable infertile. Quelques buffles et bœufs employés dans l'agriculture, des chevaux, laids mais endurants, surtout des ânes, les célèbres bourriquots, et des chameaux, forment, avec quelques moutons et chèvres, le cheptel égyptien.

Ni Ijois, ni charbon, ni minerais ne se rencontrent en Egypte. Les seuls produits minéraux sont des pierres à bâtir superbes, — qui ont servi à la construction des merveilleux monuments de l'ancienne Egypte, — du sel, et du pétrole, dont des sources ont été reconnues à 500 kilomètres au sud de Suez. Ce sont des conditions déplorables pour l'industrie. Aussi celle-ci n'existe-t-elle que dans les ports ou les grandes villes du nord, comme le Caire, et a-t-elle un caractère qu'on pourrait appeler artificiel. Le coton du pays est tissé — en minime partie — à Boulacq, près du Caire, à Alexandrie, Girgeh et Siout. Le surplus de la production sur la consommation locale est transporté, par caravanes, dans le Soudan. Le sucre est raffiné dans de grands établissements, au Caire et en Haute Egypte ; la fabrication des cigarettes donne lieu à une active exportation, surtout depuis quelques années.

Voies de communication. — La vallée du Nil a une imporlance énorme en Arri(|uc. C'est en edet la seule voie par laquelle on puisse passer de l'AI'rique é(|uatoriale et tropicale à la mer Méditerranée, sans allronter les saldes du désert et la soif. Aussi a-t-elle été, de tout temps, parcourue par les caravanes.

En même temps, lu situation de l'Egypte au point de contact de l'Asie et de l'Afrique, de la Méditerrannée et de la mer l'iouge, a assuré au delta du Nil une importance considérable comme lieu de transit.

Malheureusement, pour répondre à la première nécessité, le Nil n'est pas encore navigable, ou, du moins, ne l'est que temporairement, par fragments, et dans de mauvaises conditions. Le 0 sedd )) du Soudan, les cataractes de la Nubie, les maigres eaux hivernales de l'Egypte sont des obstacles, inégalement graves, à la facilité des communications. Les travaux destinés à assurer l'irrigation ont aussi amélioré la navigabilité du fleuve. Le canal Mahmoudieh unit Alexandrie au Caire; le Nil, dont le plan deau ;i été relevé et assuré par le barrage d'Assouan, est fréquenté par les felouques à voiles et les dahabieh à vapeur jusqu'à Ouadi Halfa, à la seconde cataracte ; les barrages du Caire, de Siout et d'Assouan ont en efTet des chenaux écluses. De Ouadi Halfa à Khartoum, six cataractes le coupent et empêchent toute navigation. Au-dessus de Khartoum, les navires, peu nombreux, qui remontent à Lado ont de la peine à circuler dans le « sedd ». Mais des travaux peu considérables permettront bientôt d'assurer un chenal libre, et de remonter jusqu'au lac Albert.

On comprend donc que le gouvernement anglo-égyptien se soit préoccupé de construire des chemins de fer. Le réseau du delta est assez complet : la grande ligne est celle qui réunit Alexandrie au Caire et à Suez. Mais des préoccupations stratégiques, comme la nécessité de transporter des troupes au Soudan contre les Mahdistes, ont amené la construction d'une grande voie parallèle au Nil. A l'heure actuelle, cette amorce septentrionale de la ligne « du Cap au Caire » atteint Khartoum (1). Un embranchement partant de Berber sur le Nil pour allemdre la mer Rouge à Souakim est en exploitation depuis la fin de 1905. Il soulagera beaucoup la ligne du Nil lorsque le Soudan aura pris quelque pros|iérité, et pourra drainer les produits de l'Abyssinie occidentale et septentrionale.

La communication entre l'Asie et l'Afrique est suffisamment

(Ij Chemins de fer égyiiticns (i906). Longueur eiploiloc 5.204 kilomètres.

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. Iig

établie par mer, d'Kgypte aux ports de la Syrie ou de l'Arabie, pour qu'aucun travail n'ait été fait pour la rendre plus facile par terre à travers l'isthme de Suez. Du reste, sauf pour les pèlerins de la Mecque, les relations sont peu importantes entre les deux parties du monde, dans les régions désertiques de l'Arabie et de la Syrie.

Il n'en est pas de même de la communication entre les deux mers. Dès la plus haute antiquité, les produits des pays baignés par rOcéan Indien sont arrivés en Europe par la voie de l'isthme de Suez. Le percement du canal n'a fait qu'augmenter, en les rendant plus rapides et moins coûteux, des échanges plusieurs fois séculaires. L'Egypte en a profité, après avoir craint d'en souffrir. Le canal de Suez est une des sources de la prospérité actuelle du pays vers lequel il a attiré les regards et les compétitions de l'Europe.

Le canal de Suez, conçu par Ferdinand de Lesseps et construit sous sa direction, a été inauguré en 1869. Long de 160 kilomètres, large de 70 à 100 mètres à la surface, de 22 au plafond, profond de 8 mètres, il traverse les lacs Amers et débouche d'un côté à Port-Saïd sur la Méditerranée, de l'autre, à Suez sur la mer Houge. Des bassins d'évitement, ménagés de loin en loin, permettent aux navires de se croiser. Le passage, qui nécessitait deux jours il y a peu de temps, a été rendu plus rapide par l'éclairage électrique qui permet de naviguer la nuit; on franchit maintenant l'isthme en moins de 24 heures.

La circulation y est énorme: 4.113 navires ont emprunté le canal en 1905, et leur tonnage atteint 13.152.000 tonneaux (1). On peut même dire qu'il y a encombrement, aussi pense-t-on à des améliorations : soit un élargissement permettant aux navires de se croiser sans attendre aux garages, soit plutôt un autre canal parallèle, formant voie descendante. En même temps, l'accrois-

Mouvemenl du canal de Suez (1905) :

Pavillons. Navires. Tonnage.

Anglais 2.500 8.356.000 tonneaux.

AUemaïKl 600 2.H3.500 —

Français 272 844.500 —

Néerlandais 219 577.700 —

Auslro-llongiM,^ 139 458.400 —

Russe 70 177.000 —

Italien 91 189.000 —

Tol:il. ..... 4.115 13.132.700 tonneaux.

sèment considérable du tonnage moyen des vapeurs semble rendre nécessaire rapprorondisscment à 10 mètres au moins. Les nouveaux grands paquebots de l'Atlantique ne pourraient emprunter le canal, et beaucoup de navires de guerre sont dans le même cas

Le canal de Suez est, en principe, neutre, mais l'installation de l'Aniilctcrre eu Egypte, et surtout la possession par celle-ci de tous les débouchés de la voie de rExtréme-Orient, rendrait cette neutralité illusoire en cas d'une guerre avec l'Angleterre.

Les ports égyptiens sont importants. En première ligne vient celui d'Alexandrie, auquel la prospérité grandissante du pays a fait regagner, et au delà, l'activité perdue à la suite de l'ouverture du canal. Le mouvement a augmenté de 72 pour 100 en treize ans (1). Les navires anglais y tiennent, naturellement, le premier rang, suivis, de loin, par les français, qui ont une moyenne de près de 500.000 tonneau:.. Port-Saïd et Suez ne sont que les portes d'entrée et de sortie du canal, ports de passage plus que d'opérations commerciales. Sur la mer Rouge, outre les nombreux abris où les boutres arabes viennent prendre ou déposer les pèlerins de la Mecque, le port deSouakimest le seul important. Il le deviendra de plus en plus par la construction du chemin de fer de Berber et la mise en exploitation du Soudan.

Dans les autres parties des possessions anglaises du nord-est de l'Afrique, les voies de communication manquent encore. Les transports se font à tête d'hommes, les bêtes de somme ne pouvant vivre que dans des cantons séparés, entourés de zones où sévit la terrible mouche tsétsé. Cependant quelques navires, dont deux vapeurs, sillonnent le Victoria Nyanza, et un chemin de fer, de 920 kilomètres, unit Victoria, à l'angle nord-oriental du lac du même nom, avec le port de Mombasa sur l'océan Indien, permettant de faire, en deux jours, et confortablement, le voyage qui coûtait tant de temps et de peine aux explorateurs d'antan.

Sur l'Océan Indien, Zanzibar est un grand port, lieu d'escale pour tous les navires qui fréquentent la côte orientale d'Afrique. Mais la suppression de la traite lui a enlevé le plus clair de son trafic, de même que la construction du chemin de fer de Mombasa amène dans ce dernier port les produits du centre africain qui venaient, par les anciennes routes de Dar-es-Salam et de Bagamoyo, s'embarquer à Zanzibar.

(1) Voir à la fin du volume le chapitre « Grandes voies de communication ».

(2) Mouvement du port d'Alexanaric (1904) : Entrées : 4.021 navires, jaugeant 5 207.000 tonneaux.

GÉOGRAPHIE ÉCOWUMIQUE.

l'il

Commerce. — Un seul pays, l'Egypte, peuplée, civilisée, a un coiiiincrce vraiment actif. Les autres régions ne font, et ne feront encore pendant longtemps, que des échanges très resitreints (1).

L'Egypte, elle, au contraire, fait des échanges importants, plus de un milliard en 1906. Elle exporte surtout ses produits agricoles, coton, sucre, légumes, etc., en échange desquels elle reçoit des tissus, objets fabri({ués, bois et houille, etc., qui lui man(|uent, ou qu'elle produit en trop petite quantité. Ses principaux clients sont le Royaume-Uni, puis, mais bien loin ensuite, la France, l'Autriche-Hongrie, etc. La France a occupé, jusque vers 1882, la place prépondérante sur le marché égyptien, mais la maxime que « le commerce suit le drapeau », qui n'est pas toujours exacte, a eu, pour nous, en Egypte, une application désastreuse (2).

Conclusion. — Le Royaume-Uni possède donc, dans la partie nord-orientale du continent africain, un établissement colonial considérable et dont l'importance, grande déjà, ne peut manquer de s'accroître avec le temps. Comme celui qu'il a au sud de l'Afrique, celui dont nous venons de nous occuper comprend plu-

(1) Commerce (en millions de francs)

Zanzibar (1905) . . . .

Afrique orientale (1905) Ouganda (1905). .

Importations. Exportations.

(2) Commerce de l'Egypte (en millions de francs) :

Moyenne 1900-1904

Importations. Exportations.

Principaux clients (1905)

Royaume-Uni . . .

France et Algérie , Autriche-Hongrie .

Allemagne . . .

Russie

Italie

Principales importations.

l'issus de coton 77.9

Métaux et objets métalliques. 52.2

iiois et houille 54.4

Principales exportations.

Coton 410.9

Graines de colon 44.5

Fèves, oignons 10.4

Sucre 10.4

Cii-areltes 14.4

sieurs zones différentes de climat eld'a|Jtitiides : régions à pluies constantes ou à moussons, ricliesen produits végétaux spontanés ou uultivés, mais insalubres; région salubre, colonisable à proprement parier, bien que surpeuplée, de 1" Egypte. 11 y trouve beaucoup des denrées alimentaires ou des matières premières dont ses hart-tanls ou ses usines ont besoin, il y peut vendre, en quantités croissantes, les objets fabriqués dont il regorge. En même temps, il a mis la main sur une des grandes voies de communication du globe, un de ces « points de la route des Indes » dont il a besoin. D'autres puissances, comme la France, peuvent regretter de ne pas avoir su saisir l'occasion, à supposer que le Rovaimie- Uni eût laissé faire; l'œuvre accomplie par l'Angleterre en Egypte, continuation de l'admirable initiative des Français, est belle et profitable pour elle et pour les indigènes. C'est beaucoup à cette considération que l'on peut attribuer la renonciation de l'Europe à exiger l'exécution de la promesse faite autrefois par l'Angleterre d'évacuer l'Egypte quand le pays serait tranquille.

L'Angleterre n'a pu réaliser son rêve d'une ligne ininterrompue de territoires britanniques unissant le Cap au Caire. Sa part est cependant considérable et peut satisfaire ses plus exigeants « jingoïstes ».

Les possessions de l'Angleterre dans l'Afrique occidentale sont beaucoup moins importantes que celles qu'elle a dans le sud et le nord du continent. La superficie est médiocre (1.200.000 kil. car.), et, si la population est plus dense que dans les autres parties de l'Afrique britannique (près de 22 par kil. car.), elle est exclusisivement composée de noirs sauvages, les blancs ne pouvant guère vivre sous ces climats insalubres. Enfin, et c'est probablement la cause la plus importante de cette infériorité, au lieu de former un établissement d'un seul tenant, comme l'Afrique australe ou comme le bassin du Nil, elles sont composées de colonies séparées, coupées de leurs communications vers l'intérieur par des possessions françaises ou allemandes.

Les délimitations de frontières qui ont eu lieu, dans la région qui nous occupe, depuis 1890 jusqu'à 190i, ont définitivement fixé l'étendue des possessions anglaises de la côte de Guinée. On

AFRIQUE OCCIDEiMALE. 125

distingue quatre morceaux sépares, d'importance absolument diiïérenle (I).

Gambie. — A l'ouest, d'abord, lu Gambie anglaise est une toute petite colonie, occupant les deux rives de la rivière Gambie, sur 9.600 kilomètres carrés de superficie seulement, entre le Sénégal français et sa dépendance, le cercle de Sedhiou, ou de la Casamance. La seule importance de ce minuscule établissement réside dans le fait que la Gambie est navigable et forme la porte de sortie d'un certain nombre de produits de l'intérieur. Le port de Sainte- Marie de Bathurst en tire, malgré son insalubrité, une certaine importance. Mais le commerce est presque tout entier entre les mains de négociants français, et, d'autre part, la convention d'avril 190-4 a reconnu à la France le droit d'avancer sa frontière jusqu'à un point de la Gambie accessible aux navires, en même temps qu'elle assurait la libre navigation du lleuve.

La Gambie n'a donc qu'une importance médiocre.

Sierra Leone. — Un peu plus digne d'intérêt est la colonie de Sierra Leone, enserrée, sur la côte, entre la Guinée française et la République indépendante de Libéria, fermée de l'intérieur par le Soudan français. Elle occupe le versant sud-occidental du plateau du .Niger. Les précipitations abondantes lui donnent de nombreux cours d'eau, mais la déclivité du sol en fait des torrents innavigables. La côte, assez découpée, offre de nombreux abris, et l'excellent port de Freetown (la capitale), grand dépôt de cbarbon de la flotte britannique. Mais le climat est insalubre et ne permet pas le travail aux Européens.

Ceux-ci se bornent donc à acheter aux indigènes les produits de la forêt tropicale, huiles et amandes de palmes, gingembre, noix de kola, caoutchouc, ou ceux des champs comme l'arachide. Mais des tentatives sont faites, depuis quelque temps, pour implanter des cultures plus rémunératrices, en première ligne le coton, puis le cacao et le café.

Pour amener ces produits à la côte, en l'absence de toute voie

Possessions britanniques dans l'Afrique occidentale :

Superficie. Populations.

Gambie 9.600 kil. car. 90.000 hab.

Sierra Leone. ... 69.700 — 1.100.000 —

Côte d'Or 205.400 — 1.700.000 —

Lagos 69.000 — 1.500.000 —

Nigeria 866.000 — 22.400.000 —

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