‹ Les principautés franques du Levant, d'après les plus récentes découvertes de la numismatiqueChapitre 3 sur 12 · I. Paul Riant, les Scandinaves en terre sainte, Paris, i · texte numérisé non relu

I. Paul Riant, les Scandinaves en terre sainte, Paris, i

n- 6 LES PRINCIPAUTÉS FRANQUES

pèlerins Bcandinaves à travers la Suisse; chaque journée de marche y est ttacée; Avenches, Vevey, Étroubles, y figurent comme étapes avec leurs noms écrits en langue norraine.

L'argent d'Occident n'arrivait pas seulement en Orient dans les coffres et dans les escarcelles des chevaliers ou des autres -pèlerins. Les rois, les. princes, les hauts barons, se faisaient envoyer de l^argent monnayé en terre sainte pour leurs besoins particuliers et pour l'entretien des troupes qui les accompagnaient. On aimait peu à user de ce moyen à cause des grands dangers de la traversée et des chances considérables de perte auxquelles on était exposé. Pourtant il fallait parfois y recourir, ainsi que nous l'apprennent phasieurs documents de l'époque. Telle est une pièce des archives énumérant longuement les sommes en or et en argent monnayés ou non monnayés, envoyées en Palestine au comte Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, « l'an du Seigneur i25o, au passage de mai, » par son chargé d'affaires, Guillaume de Montléart. Cet envoi considérable s'élevait à la somme de 17,909 livres, 5 sols, 5 deniers. Une partie était en pièces d'or étrangères ou en lingots d'argent, mais il y avait 6,000 livres en menue monnaie nationale, en deniers tournois, qui étaient destinés à la solde journalière des simples soldats combattant sous la bannière d.u comte, les monnaies d'or étrangères et les lingots servant aux grandes transactions et pour les rapports des chefs de Tarmée entre eux.

Le plus souvent les croisés avaient recours pour relever leurs finances épuisées à des procédés moins chanceux et plus sûrs. Les uns, les plus aisés, prenaient en partant de véritables lettres de change d'une maison de banque ayant des succursales aux pays d'outre-mer; les autres, plus humbles, à la solde d'un roi ou d'un seigneur, allaient à ces mêmes succursales, qui se fondèrent en Orient avec une prodigieuse rapidité aussitôt après le triomphe des chrétiens, et y prenaient l'argent qui leur était nécessaire et qu'on leur délivrait contre reçu au nom de leur suzerain. La lettre de crédit était iofiniment plus commune que la lettre de change, et les archives en contiennent de nombreuses collections toutes scellées par les suzerains, par des évêques ou des notaires.

Nous avons vu les croisés introduisant en Syrie des masses considérables de/numéraire frappé en Occident. Quant aux monnaies en usage dans le Levant à Tépoque de leur arrivée, elles continuèrent à y être employées par les Byzantins, leurs voisins, et les musulmans, leurs ennemis. Ils y trouvèrent, circulant ùi immense quantité, ces monnaies byzantines dont les types sont connus de tous ceux qui ont fait le voyage d'Orient et quelque peu fréquenté les boutiques des marchands d'antiquités ou jeté un regard sur les vitrines des changeurs arméniens et juifs. La monnaie byzantine d'or était surtout abondante ; son nom était hyperpyron. Les croisés, les marchands francs, transformèrent le mot grec en celui à'hyperpre, que les chroniqueurs écrivent de cent façons diverses, selon l'orthographe fantaisiste de l'époque : hyperpère^ hyperpre, perpre, etc. Ce mot, indiquant l'espèce monétaire la plus usitée, revient fréquemment dans les écrits contemporains; il figure dans les actes, les contrats, les documents de tout genre qui nous ont été conservés; mais le plus souvent la monnaie d'or des empereurs grecs prit de Byzance, où elle était frappée, le nom de besant. Le besant, c'est la pièce d'or, c'est le louis d'or de l'époque. Presque toutes les transactions dans l'étendue entière des pays du Levant se font en besans jusqu'à ce que la vogue toujours croissante du ducat ou sequin vénitien vienne à son tour détrôner cette vieille prérogative. Par extension, l'expression besant ne désigna bientôt plus seulement la pièce d'or d'origine essentiellement byzantine, elle s'appliqua à toute pièce d'or en usage dans le Levant; il y eut le besant sarrasin, celui des rois chrétiens de Chypre, celui des rois d'Arménie. Le besant prit place sur l'écu des chevaliers et compta parmi les figures héraldiques du blason. Parfois encore les pièces d'or byzantines prenaient du souverain qui les faisait frapper une dénomination plus spéciale, et comme on disait il y a quelque vingt ans, des louis d'or, comme on dit aujourd'hui des napoléons, nous voyons les chroniqueurs de la première croi- .sade parler de ce michelois », besants frappés en quantité considérable à l'effigie de l'empereur Michel VII Parapinace. Quant aux monnaies byzantines de cuivre, c'étaient des

pièces, lourdes et mtMlvn, qui devinrent plus légères par la suite à mesUKqu'augtoeataltt valeur du numéraire. £lles se nommaient/oZ/M {Uyavaîtlc/oWw^t ses divisions) et portaient sur une face Teffigie du Christ, de la Vierge ou de l'qi^filKreui: et presque toujours sur le revers soit l'image de la cnSx» «oit une Icgendeen plusieurs lignes rappelant leff noms ci let^ljljres du prince, ou bien une de ces formules pieuses, une de ces invocations qui constituent comme la menteuse profession de foi de l'hypocrite, superstitieuse et puérile religion byzantine.

A côté de la monnaie des empereurs grecs, les croisés trouvèrent également dans les territoires qu'ils allaient occuper des espèces émises par les derniers conquéranis du soi; la monnaie arabe des califes, lesiiinflrsd'oret les dirkems d'àl- ■ gent. Les deux faces de ces pièces étaient couvertes de légendes en caractères arabes, sur lesquelles on lisait les noms et les titres du calife régnant, le nom de la ville oii elles avaient été frappées, puis la date de l'émission, généralement unie à des inscriptions pieuses en l'honneur de Dieu et de son prophète. On sait que la loi musulmane interdisait toute représentation (Je la figure humaine. Partout oti la conquête arabe s'était étendue comme une marée montante sur les plus vieilles provinces de l'empire grec, les dinars des califes, que les croisés et leurs chroniqueurs appelaient besants sarrasins, circulaient en grande quantité.

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