STATIQUB SOCIALE. — LOI DE CONCOURS
Par concours il faut comprendre la part que prennent des êtres distincts dans une action commune. Cette définition, rapprochée des conditions premières de l'organisation, indique comment des fonctions distinctes se résument dans la vie. L'organisme élémentaire, la cellule ne peut se produire si Tenveloppe, le protoplasme et le noyau ne concourent à la former : de môme la nation perd sa raison d'être si Findividu, la famille, la commune et la province se refusent à agir en commun et bornent leur activité à ce qui leur est propre.
Mais ce concours, si précieux pour Taccroissement de la vie, n'est pas une chose arbitraire ou de hasard. Il a des conditions spéciales et^ devientimpossible quand ellesne se rencontrent
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pas. Le rapprochement d'un certaih nombre d'organes peut très-i>ien ^botrtir au conflit ^ à la désorganisation, si leur structure n'est pas telle qu'ils puissent s'adapler les uns au): autres et agir en comiatun. L'ienveloppe, le protoplasme et le noyau sont complémentaires les uns des autres dans la /ormation de la ce^llaie, de même ^e la bouche, les dents, Testemac, le tube intestinal, les glandes salivaires, le foie, 1« pancréas, etc., sont complémentaires dans la lormation de l'appareil digestif; de même que lies tissus i^erveux, musculaire, osseux, fibreux, «eliulaire, glanduleux, «ofteé, etc., sont complémentaires dans la formation de l'anilttal; de même que l'homme et la femme sont complémentaires dans la formation du ménage.
Après que le concours des fondions a produit la Tie, celle-ci, en se continuant dans les générations successives, proportionne davantage les organes les uns aux autres, ou même les adapte au monde extérieur, sous forme d'acclimatation. Dans les deux circonstances se produit un accroissement de vie, un progrès, ou, fii Ton préfère, plus de mouvement dans le
même être. A ces modifications ou perfectionnements de la vie, qu'il est impossible de méconnaître dans la série biologique, préside évidemment une force naturelle indiquant pourquoi Tétat complémentaire, Tadoption et le concours se produisent nécessairement dans le temps et dans Tespace, quand il en doit résulter un accroissement de mouvement vital; pourquoi la désorganisation surgit quand le concours aboutit à une perte de mouvement par suite de neutralisation ou de conflit.
Des espèces vivantes ont disparu, soit parce que Taccroissement ou la diminution de certains organes essentiels avait rendu l'adaptation impossible, soit par le fait des changements climatériques dont ne pouvait pas s'accommoder l'ancienne organisation. De même des êtres se sont modifiés ou perfectionaés à mesure que leur état complémentaire 3'est accru, soit dans la disposition de leurs organes, soit dans leurs rapports avec le monde extérieur. L'homme doué de la vie la plus puissante est celui dont tous les organes s'adaptent le mieux les uns aux autres et au monde extérieur. On peut en dire autant des
plantes ou des bétes. De même le ménage le mieux* organisé est celui qui se compose de deux êtres complémentaires au degré le plus éminent, par suite des qualités viriles de Tun et des qualités féminines de Tautre.
L'union de l'homme et de la femme est déterminée par une attraction montrant trèsbien la réaction que des êtres séparés et distincts peuvent exercer les uns sur les autres. L'amour sexuel est élémentaire chez l'enfant et le vieillard, parce que les facultés viriles et féminines j sont peu accusées ; il est sans puissance sur les êtres ambigus qui participent simultanément aux qualités des deux sexes; il est vicieux chez Jes membres de Thumanité qui portent, à côté de facultés excessives, des facultés atrophiées; il est sain, fécond et persistant quand il fait concourir dans le ménage, dans ce que Platon appelait Tandrogyne, les apti-% tudes masculines avec les aptitudes féminines. Ce n'est pas seulement deux corps qu'il fortifie de la sorte, tout en les douant de la fécondité : il élargit encore Tintelligence, la conscience et la volonté des époux chargés de pourvoir à la subsistance des fruits de leurs amours ; il
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ftmit par concentrer dans la famille, à cAtë des (ùteeê néeë de Timion des sexes, les forces nées de ronion den âges* Il n'est pas sans importance, ponr Tagrandissement moral de Tbomme et de la femme, qne Fenfiant apporte entre eux sa déraison, ses grâces et sa faiblesse, qne Texpérience un peu timide du yieillard tempère roatrecoidance de Tadolescent.
La f arabondance compense ainsi la pénurie et prodoit dans les facnltés de la famille l'équilibre sans lequel la vie collective ne saurait être prospère.
Du premier groupe social ainsi organisé naissent des forces qui, pour se compléter et devenir fructueuses, appellent le concours d'autres familles. Alors nait un nouvel organisme social apparaissant sous le nom de tribu, de municipe ou de commune, dans toutes les oontrées qui se civilisent. Les fonctions communales, beaucoup plus compliquées que les fonctions familiales» supposent une plus grande variété de talents chez les conmiuniers. Dans la famille, le père était à la fois le défenseur, la producteur, Téducateur, le Juge et Tordonnateur; dans la commune, ces fonctions
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doivent être exercées par des êtres différent!) auxquels il faut adjoindre les agents de rindustrie, du commerce^ de Tart» de la seience et de la religion, toutes choses oom«* plëmentaires et concurrentes. Déjà, dans un munioipe la vie humaine prend de grandes proportions et fait surgir une série de facultés dont le concours fait une base pour la civilisation. Le commerce est le complément de l'industrie, la police est le complément de raotion judiciaire, l'art est le complément de la science, la religion est le complément des mœurs. Toutes ces fonctions sociales se prêtent un appui réciproque jusqu'au jour où l'une d'elles s'agrandit au point de menacer l'existence des autres, ou se déttuit au point de laisser un vide social.
Quand les communes sont pouvues des forces que comporte leur organisation, elles appellent le concours de leurs voisines pour former la province. A leur tour, les provinces concourent à former la nation, la»
vie humaine 'grandissant toujours et s' enrichissant de facultés nouvelles. Mais, dans la formation des organismes commune, province.
nation, on voit persister les lois qui président à la formation de la famille. La commune est d'autant mieux organisée que les communiers, par suite de la variété de leurs aptitudes, complètent davantage les facultés que comporte la vie humaine ; et de même de la province, et de même de la nation. Mais si la variété est nécessaire àTétat complémentaire, elle ne doit pas dépasser ce que comporte [l'unité biologique d'une espèce ou même d'une race. Rapprochez deux organes faisant partie d'unités biologiques différentes et le conflit est forcé. L'organe le plus fort détruit ou asservit le plus faible et l'organisation ne se produit pas.
Ces faits suffisent pour faire comprendre le progrès que réaliserait la sociologie, si elle était en mesure d'établir le complément des diverses fonctions de l'homme et de trouver ainsi le secret de l'organisation sociale.
La physiologie serait ici un excellent modèle à suivre, car elle démontre comment une multitude d'organes se complètent réciproquement et concourent à former le corp^ humain.
Pareille étude continuée dans la famille indiquerait sûrement, en 's'aidant de la statistique et
de rhistoire, comment le ménage, est d'autant mieux organisé que les facultés masculines j trouvent davantage leur complément dans les facultés féminines ; comùient Texubérance, d'une part, et rinsufl5sance, d'une autre part, sont des éléments de désorganisation; comment les âges et leurs forces respectives se complètent aussi bien que les sexes.
Ici les faits, étudiés en grand nombre, puis classés, puis généralisés, seraient le fondement de la science chargée de préciser la part qui revient à l'homme et à la femme, à l'adulte et à l'adolescent, à l'enfant et au vieillard dans rorganisatiôn de la famille. La législation qui régit la matière aurait dès lors une base fixe, et ne serait pas exposée à porter la désorganisation où elle a mission d'organiser.
Dans la commune, un double travail serait à faire : il y aurait, en premier lieu, à préciser les fonctions communales, puis à spécifier la proportion de chacune d'elles, pour que l'état complémentaire puisse s'y établir. En toute circonstance ce travail serait difficile, mais il le devient surtout par les dimensions infiniment variées des diverses communes, dont les
unes comprennent quelques centaines d'habi* tantS) alors que d'autres en comptent plusieurs millions. Entre des organismes si dissemhla*blesi les fonctions ne sauraient être pareilles» Outre qu'elles s'agrandissent dans les capitales, elles se sectionnent et se multiplient au point de changer de caractère. Il en résulte que l'état complémentaire dans les fonctions d'un municipe tel que Paris est autrement difficile à obtenir que dans une commune rurale. Ici l'instruction est primaire, là elle de«vient secondaire et supérieure ; d'un côté l'ac* tion agricole domine, ailleurs c'est l'action industrielle, une grande simplicité dans l'existence est remplacée par les recherches du luxe et des arts. Cependant l'équilibre organique peut s'établir dans la variété inânie des com^ munes et se trouver ramené à un petit nombre de lois, comme il fait dans la variété infinie des êtres organisés.
La précision donnée aux fonctions communales rend plus facile rétablissement des fonc* tions provinciales et de l'équilibre qui doit régner entre elles. Quant aux fonctions nationaleSi leur importance empêche qu'elles n'é-
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chappent aux yeux les moins clairvoyants. La difficulté est autre part : elle consiste à maintenir entre les forces nationales un équilibre tel que toutes se complètent sans s'absorber et se détruire, puis à empêcher qu'il n*y ait froissement ou destruction dans les forces provinciales, communales ou familiales. L'histoire montre à ceux qui savent l'apprécier combien il est difficile d'empêcher que l'organisme fort n'écrase ou n'opprime l'organisme faible, lors même que la souffrance de ce dernier doit faire souffrir son oppresseur. Ne voit-on pas, chaque jour, la prépondérance d'un appareil et d'une fonction rompre l'équilibre dans le corps et la vie de l'homme? Si l'exubérance du cœur,, du foie et du cerveau fait tant de mal dans l'organisme humain, il ne faut pas s'étonner si réxûbérance de l'État ou du'pouvoir exécutif produit tant de mal chez les nations.