LE VAGABONDAGE
Est-il juste, est-il utile de poursuivre le vagabondage? Obtient-on par ce moyen des résultats pratiques ?
Si le vagabondage était un délit, la société aurait le ™t de le réprimer, mais il n'est pas un délit; car ^1 consiste moins dans une action que dans l'inertie. ^ société n'a ni la faculté ni le pouvoir de châtier ^6 paresseux et Thomme inerte ; et bien que nous ne Pï'étendioûs pas proclamer le droit à l'oisiveté et au Vagabondage, nous nions le droit d'établir des peines pour une chose qui n'est pas un délit.
Les législations pénales qui pjLinissent le vagabondage par la prison sont injustes, et au lieu d'obtenir le résultat qu'elles veulent atteindre, elles ne font ?ue multiplier le vice qu elles voudraient faire disparaître.
Le vagabond est un être onéreux à la société, car ^out le monde étant obligé de vivre de son travail actuel ou de son travail accumulé,' c'est-à-dire du
capital, celui [qui ne travaille pas est un frelon qui vit du travail des abeilles industrieuses et actives. D'autre part, le vagabond est destiné à devenir tôt ou tard coupable ou criminel, ou pour le moins escroc ou voleur.
Dans une société bien organisée, il doit y avoir une police très-active; non pour molester, espionner, se déguiser, chercher et inventer des conspirateurs et des accusés politiques, mais pour observer, veiller à la sécurité des personnes et des propriétés, avertir et protéger.
M. Homberg a dit avec beaucoup de raison et trèsheureusement : « Le vagabondage est un état et nor un délit. »> Cette définition marque le caractère des dis positions que Ton doit prendre contre le vagabon dage.
Jusqu'à présent, on s'est emparé du vagabond eto3 l'a incarcéré pour plus ou moins de temps. De cetl* façon, on dénature le caractère du vagabondage; OJ établit une nouvelle catégorie de délits , et l'on n'fait que donner ainsi une prime d'encouragemen aux vagabonds. Ce à quoi ils aspirent, en effet, c'es à ne rien faire ; le travail leur fait horreur.
En prison, le vagabond ne fait rien *, sans aucut travail, il a le logement, le pain et le vêlement assarés, c'est-à-dire que, comme châtiment, il atteint le but qu'il se propose.
De là résulte que le vagabondage est le vice ou le délit (puisqu'on lui a donné ce caraclèrc) danslequel
il y a le plus de récidives. Les cliiffres des statistiques le prouvent.
Que faire ? Attaquer le mal par le véritable remède; opposer au vice la vertu contraire, obliger au travail celui qui ne veut pas travailler. Ainsi, au lieu delà prison dans laquelle on ne fait rien, où le vice jelle des racines plus profondes, on devrait forcer le vagabond à travailler; on devrait, dans un local construit à cet effet, lui enseigner un art, un métier, une profession quelconque ; une partie de la valeur des produits resterait à rétablissement, et l'autre, destinée à l'apprenti, lui serait remise au moment où on le replacerait au sein de la société.
De cette façon, on utiliserait ces forces sociales perdues pour le bien, aptes au mal ; on préviendrait de nombreux délits par des voies douces, modérées et utiles à celui qui en serait Tobjet, ainsi qu'à la société.
En beaucoup de pays de l'Europe, le vagabond, une fois sorti de prison où il n'a rien appris et n'a fait que prendre plus d'amour pour le vagabondage, reste soumis pendant un certain nombre d'années à la surveillance de la police, ni plus ni moins qu'un criminel sortant du bagne. De là résulte que si, par un hasard extrêmement rare, le vagabond désire renoncer à ses habitudes antérieures, il ne trouve ni atelier ni maison où on veuille l'admettre.
Le système que nous défendons n'offrira rien de semblable : le vagabond, déjà fait au travail, aurait
un métier ou une profession. La prison aurait été pour lui une école; il serait un citoyen utile et non un paria flétri ; il se sentirait digne et travaillerait. Ne voyant pas partout cette ombre funeste du gendarme, il serait maître du présent et de Tavenir, etc: le passé resterait pour toujours enfoui dans les bu — reaux, les écoles ou les ateliers destinés aux fainéant^ et aux paresseux.
L'individu et la société gagneraient donc à c ^ système, Taction de la police serait simplifiée, I ^ nombre des hommes laborieux et honnêtes sera.it augmenté, celui des oisifs et des délinquants diminuant dans la même proportion.