‹ LES PRINCIPES DE 1789 EN AMERIQUEChapitre 9 sur 40 · LA FRATERNITÉ ET L'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

LA FRATERNITÉ ET L'ÉGALITÉ

Et hoc est tnandatum ^ut; ut eredamus in nomine Fiîii ^ut Jesu-Christi :Et diligamui

ALTERUTRUM SICOT DEDIT MANDATDM NOBIS.

(I Jean, m, S3.)

Tel est son commandement; que nous eroyiont au nom de son Fils Jésus-Christ^ et que nous

NODS AIMIONS LES UNS LES' AtTREl, AINSI Qu'lL

MOUS l'a ordonné.

Fraternité ! mot sublime, qui élargit le cœur, qui charme Tâme, qui porte à resî)rit l'idée la plus élevée, la plus vaste, la plus céleste! Comment ne parlerions-nous pas de la fraternité, quand c'est le mot d'ordre que la Société populaire a gravé en tête de son règlement, quand elle s'est proposé pour but de fraterniser, de rapprocher le pauvre du riche, le faible du fort, le savant de l'ouvrier sans instruction I Fraternité/ sainte parole prononcée par le Seigneur

1. Extrait d'un journal que l'auteur lédigeait à Bogota, en 1849, sous le titre de Sociedad Populart et destiné exclusivement aux classes ouvrières, réunies en une société de ce nom.

et scellée de son sang sur les roches escarpées du Golgotha !

La fraternité est Tesprit, le résumé du code de Jésus. Des siècles et des siècles de honte, de servitude et de malheur ont passé sur le monde ; Phomme a subjugué son semblable, lui a enlevé ses droits, Ta fait esclave et avili. Dès que le prédicateur de la Judée eut donné au monde son code céleste ; « dès que le signe rédempteur, simple en sa forme, mais sublime en ses mystères, se dressa plein de majesté au-dessus des aigles romaines rayonnantes de gloire ; • dès lors l'humanité rajeunie entrevit la haute destinée que lui préparait la main de son Dieu ; elle se sentit pleine de force et de vie.

Avant le christianisme, l'humanité gémissait dans les fers : le père était le despote du fils, Tépoux de Tépouse, le riche du malheureux;resclavage, cette monstrueuse institution qui a gravé au front de Fhomme une marque d'ignominie, a pris naissance dans les ténèbres de Tidolàtrie, et s*est développé dans ces siècles de fer, où la force subjugua rinlelligence, où les principes chrétiens étaient à peine en fusion.

L'homme naît l'égal des autres hommes, car il est doué des mêmes facultés, il peut également aspirer à la pratique de la vertu , mais il est mille circoustances qui occasionnent une inégalité naturelle, qu'aucun système de gouvernement n'a pu et ne pourra détruire. Celui qui est né avec une plus grande dose d'intelligence est supérieur à celui qui n'a que

le simple bon sens; celui qui, à force d'étude et d'application, est parvenu à se distinguer dans les sciences, dans les arts ou dans une industrie ou profession quelconque, est supérieur à celui qui ne sait rien, qui n'a rien appris; celui qui, à force de travail, de constance et d*habileté, a gagné une fortune, est supérieur à celui qui n'a rien acquis à cause de sa paresse, de sa négligence, de ses penchants pervers, ou pour tout autre motif. — Donc, quand on parle d'égalité, il s'agit de l'égalité des droits et des devoirs; de l'égalité fondée sur l'origine commune des hommes. — Ceux qui proclament Végalité absolue mentent; ceux qui prêchent au peuple cette égalité chimérique, le trompent, se servent de lui comme d'échelon pour arriver aux postes élevés, et le tyrannisent ensuite. Il faut qu'il y ait de l'inégalité pour que Fégalité soit respectée.

La seule égalité possible, c'est Tégalité devant la loi; l'égalité qui élève, en ouvrant à tous, en raison de leurs mérites, les routes qui conduiscD t à la science, à la richesse et au pouvoir. L'égalité qui abaisse, qui tend à mettre le savant de niveau avec l'ignorant, la ville avec la bourgade, est l'expression de l'orgueil

et du|mensonge; c'est la tyrannie de l'égalité.

Tandis que l'égalité est limitée, la fraternité n'a pas de bornes. Le riche est le frère du pauvre, comme le blanc est le frère du noir. Le magistrat est le frère du citoyen; Thomme vertueux est le frère de celui qui s'est écarté du sentier du devoir. La fraternité est

]a base de l'égalité, de la liberté et de la tolérance. La fraternité n'est donc que la charité chrétienne. La philanthropie, ce doux mot inventé par les philosophes, n'est qu'un mot creux et vain ; la cHARrrÉ seule, la plus belle parole du code de Jésus, est la réalité du plus grand des attributs du véritable Dieu.

Un peuple chez lequel la fraterni^té a sa place, chez lequel se pratique la charité de Jésus, est un peuple qui marche à sa perfection, et qui, sans aucun doute, jouit de liberté et de tous les biens que produit la paix. C'est un peuple éminemment chrétien. Cherchez la fraternité en dehors des principes inculqués par le christianisme, vous ne trouverez que mensonge, servitude, dégradation et misère. Les partis qui ne soDt pas chrétiens, qui ne sont pas moraux , sont essentiellement pernicieux, parce qu'ils n'ont pas la charité, parce qu'ils n'ont que la cruauté et la persécution.

Pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur les peuples de l'Orient, où règne l'islamisme. Votis n'y trouverez ni liberté, ni vie, ni progrès ; il n'y a pas là de fraternité. Voyez le musulman, son cimeterre au poing, le Koran à la main, tyranniser ses femmes au nom de son Prophète, méconnaître ses enfants, haïr ses semblables. Ses yeux n'ont que des éclairs de colère ; son cœur est ulcéré par la rage et le remords. En Orient, il n'y a de liberté ni pour l'indiyidu, ni dans la famille ; il n'y en a pas, pat conséquent, dansTÉtat ; il n'y a pas de charité, aussi l'habitant gémit-il sous le fouet de son tyran ; aussi nous

montre-t-on TOrient comme un cadavre majestuetix couché sm* un lit de fleurs,

Lorsqu'en 1793, le sang français coulait à flots, lorsque les têtes des premiers hommes de la patrie de Fénelon et de Bossue t tombaient sous le couteau delà guillotine, ce n'était pas la religion du Christ qui régnait. Persécutée et proscrite, elle était remplacée par la fausse raison, et l'image d'une fille de joie dominait Tautel à la place du signe du chrétien. La France gémissait sous le despotisme des constitutionnels, sous celui de Danton et de Marat; c'est aux préceptes de Jésus que ce peuple dut de relever son front abattu et de ne pas se plonger dans les horreurs de la barbarie.

La liberté et Tégalité ne peuvent exister sans morale et sans industrie* Le travail, l'application des forces intellectuelles à Toeuvre de la production, sont une condition essentielle du progrès. La liberté et l'égalité ne sauraient être sans ces conditions matérielles.

A mesure que l'homme travaille et remporte des vicloireft âur les éléments naturels, le niveau social s'élève , le bien-être s'étend , les hommes et les peuples se rapprochent davantage, les causes de guerre disparaissent, l'Égalité et la Fraternité se conâolident»

Rien n'est aussi noble que le travail ; rien ne contribue plus que lui à établir la démocratie, lorsqu'il est exécuté avec intelligence.

Les hommes sont égaux en droits et en devoirs. Ils ont dans le ciel un seul Père, un seul Juge. Tous, ils sont condamnés à travailler. Ils doivent donc s'aimer tous comme des frères. L'humanité est une, et le travail, réchange des produits, la communication des idées, réunissent tous les peuples en un seul groupe, sans distinction de races, de couleurs, de zones et de latitudes.

La Fraternité est la baie fondamentale de la Répnbllqne i.

La Fraternité est le fondement de la république, attendu que c'est d'elle que naît Tégalité, comme nous Pavons démontré dans notre écrit : la Paix et LA Liberté.

Elle est le principe de la république, de même que rintolérance et le défaut d'harmonie sont la base et le caractère distinctif des formes absolues ou despotiques. La démocratie, si mal appréciée par quelques publicistes, est le fruit de la civilisation et de la vertu. On a cru que la démocratie est ennemie de Tordre, qu'elle est le règne des passions déchaînées ; profonde erreur ! La fraternité ne peut produire que de magnifiques résultats, parce qu'elle

1 . Il ne faut pas perdre de vue que cet article a été écrit et publié en 1849 dans la capitale de la république néo-grenadine.

est l'ordre, le système, réijuilibrc entre les devoirs et les droits, Yalplia et Yâméga de la morale. Ceux qui calomnient la démocratie se révoltent contre la voix du ciel, qui a prescrit la fraternité, qui a ordonné que tous les hommes s'aimassent, riche et pauvre, savant et ignorant, blanc et noir.

Nous ne confondons pas la liberté avec la licence ; l'égalité avec le désordre et le nivellement; Tindépendance avec ce vague sentiment que répudient à la fois l'honneur, la patrie, la religion; la fraternité, avec ce système inventé , il y a peu de temps , par les charlatans , faux éclectisme , consistant à accepter la vérité et le mensonge, à se liguer avec les boDs et avec les méchants. Non ! la première de ces choses n'est que Tanarchie ; la seconde, le règne de l'erreur; la troisième, l'instinct du sauvage; la dernière, rindifférentisme, la prostration de Tâme.

La liberté que nous voulons et que nous aimons, c'est la liberté qui assure les droits de tous les hommes et qui sert de soutien et de fondement à Tégalité. La liberté dont nous parlons, c'est la liberté de l'homme civilisé, qui consiste dans la pratique de tout ce qui ne nuit à personne, et qui, par conséquent, n'est réprouvé ni par la morale, ni par les lois, ni par les traités.

L'égalité que nous prêchons, c'est l'égalité devant la loi, l'égalité des droits et des devoirs. Par conséquent, l'inégalité pernicieuse et antichrétienne est celle qu'établissent les lois exceptionnelles. Ainsi,

tout monopole créé en faveur de telle classi tel individu est odieux et inique. En matière lité, notre thème est le suivant : A chacun s vertus, à chaque homme, liberté complète, par la liberté d'autrui et par l'intérêt sociî homme éclairé par les rayons du soleil est aux mêmes destinées sociales et divines. L'i provenant des facultés et de la nature de homme en particulier est l'inégalité qui réj la marche des sociétés, parce que, par elle, 1' supérieur en intelligence, en richesse ou en f( capable d'accomplir des actes de vertu par la tion qu'il accordera au faible, au pauvre, à V sans intelligence.

L'indépendance personnelle, base de la lib ciale, a son origine dans le triomphe rempc nos passions; mais nous développerons cel plus loin.

La fraternité que nous défendons est, comn Pavons dit, le fondement de la république; el siste à aimer tous les hommes, alors mêm( suivent le chemin de Terreur, et à blâmer reurs, à les leur montrer et à leur aplanir le de la vérité. La fraternité est le trait caractéi dp rêtre pensant et sensible.

Il faut donc, pour juger la république, co:

ses bases, et ces bases sont établies par Dieu Le symbole démocratique est compris ai trois grands principes qui forment les bases i

ciétés libres. Ils résument la morale la plus sublime, la morale évangélique ; fondée sur ces bases, la dé* mocratie ne peut qu'être bonne et sainte, car l'Évangile est l'œuvre de Dieu.

Que nous dit la fraternité chrétienne ? Aimez-vous les uns les autres , ne faites i^as de distinction, pour aimer, entre le juif, le mahométau et le chrétien; entre le barbare et Thomme civilisé; entre le compatriote et rétranger;eatre une langue et une autre, un culte et un autre culte, une opinion et une autre opinion. Elle fait plus : elle nous ordonne de considérer le monde comme une vaste patrie, habitée par un peuple de frères.

Eh bienl qu'est-ce que la république I C'est la perfectiou idéale des gouvernements ; c'est la fraternité chrétienne appliquée sur une grande échelle à toutes les classes du peuple, et introduite dans les secrets inviolables du pouvoir. La fraternité est donc Tâme de la république.

Cela étant, la république doit être essentiellement bonne, parce que le gouvernement de tous et pour tous ne peut contenir aucun germe de dissociation. La république est rimitation de l'Eden perdu, c'est le temple de la justice, c'est Tarche des principes évangéliques. Il se peut que Ton voie dans la république des hommes pervers ravir l'honneur aux familles, mé* ccmnaitre leurs parents, persécuter et calomnier leurs amis, se jeter dans des luttes fratricides. Il se peut que Ton y voie des mandataires opprimer leshonunes

— Gode talent et de vertu, enlever les garanties et les droits individuels, attenter contre les libertés publiques. Ceux-là ne sont pas de vrais républicains; ce sont les descendants de Gain qui assassinent les enfants d'Abel I

Les tyrans du monde sont les ambitieux, leshom* mes qui agissent bien ou mal d'après les calculs égoïstes de leur utilité personnelle. Que ces hommes se trouvent dans un pays régi par des institutions libérales ou dans une nation opprimée par des despotes, ils sont les Gains de tous les âges.

Le modèle des frères, et par conséquent des démocrates, c'est Abel.

Les républiques démocratiques consistent à donner à tous et à chacun les garanties désirables; à ouvrir le champ de la gloire, de la richesse et du pouvoir à tous les citoyens, quelle que soit leur naissance, quelle que soit leur couleur.

Dans les pays démocratiques, l'intelligence et la vertu seules ont la suprématie, parce que seules elles peuvent gouverner le monde. Mais, si les hommes vertueux et intelligents sont appelés à gouverner les nations, c'est afin de donner le bonheur au peuple, et de servir de conseillers aux moins intelligents. Sans cela, ils remplissent mal leur mission, et outre-passent les pouvoirs que le peuple leur a donnés.

Dans les républiques, il n'y a pas de ces distinctions odieuses des gouvernements aristocratiques, qui font d*un homme peut-être sans talents ni vertus un

marquis, un duc, un prince, et du malheureux, qui peut-être possède ma grand génie et un grand cœur, un vil esclave. C'est que ces avantages de la république ne sont pas dus aux systèmes des hommes, mais àTHomme-Dieu qui a prêché la fraternité. Aussi, à mesure que le monde avancera dans sa carrière, tendra-t-il à se démocratiser. Les titres héréditaires vont mal avec les principes de pure fraternité.

Les nations civilisées où, par suite d'une aberration, existe cette classe de gouvernements d'exceptions et de privilèges, finiront par arriver à la forme démocratique et à s'y fixer. Partout germe le principe démocratique; et le triomphe de la démocratie se réalisera bientôt, si ses apôtres et ses propagateurs se bornent à faire pénétrer leurs principes daos le sein des sociétés au moyen de la raison et des voies pacifiques; car la seule chose qui jusqu'à présent a empéclié le développement complet des idées démocratiques, c'est la conversion en coryphées de la démocratie d'hommes qui, au fond, étaient tyrans, et qui pour cacher leur ambition se proclamaient républicains. Ce triomphe sera retardé tant que les hommes du sabre et du poignard pousseront le cri de liberté... ^

La démocratie, c'est la fraternité, et par conséquent elle n'a pas besoin desCromvsrell,desMarat,des Gollotd'Herbois, démocrates d'abord et liberticides ensuite; mais des Washington, des Franklin, des Nariiio, des Bolivar, etc.

Le résultat des efforts des premiers et des travaux des seconds finira de nous couvaincre que la repu* blique est éminemmeiit fraternelle dans son origine, ses moyens et sa fin.

X4I Prateraitë dans ses rspports avec la pafat.

Jetez un coup d'œil sur les peuples affligés par le pire des fléaux, par la guerre ! La fraternité règnet-elle chez eux? Non î

Ces peuples ont été libres ou souffrent le joug de l'esclavage .

Dans le premier cas, ils se sont jetés dans la guerre par un but immoral, pour renverser ceux qui gouvernent, poussés par des hommes pleins d'ambition; — et alors ces hommes méritent l'anathème du ciel, parce qu'ils méconnaissent la fraternité.

Si le gouvernement a violé la constitution et les lois; s'il à privé les citoyens de leurs droits; s'il a rompu toutes les digues que la morale et les lois opposent au déchaînement des passions; et si, pour ces raisons, le peuple opprinjé a résolu de recouvrer ses droits perdus, alors, son ^oulèvemept est juste, mais il n'est pas convenable ; parce que la raison et la vertu triomphent à la longue du règne de l'oppression et de la force. Un parti qui professe les principes de

fraternité ne prendra jamais les armés contre un gouvernement traître, tant qu'il restera quelque moyen de triompher légalement ; et ces moyens, tout peuple qui a été régi par des institutions démocratiques les possède.

Si le peuple qui se soulève a gémi pendant de longues années sous la verge de fer de son tyran ; si ce peuple n'a jamais joui de liberté, alors son soulèvement est juste et nécessaire; il est dans le même cas que celui où se trouvèrent les Macchabées.

Supposons qu'il y ait chez nous une administration

qui, transgressant le code fondamental, nous enlevât

nos droits, violât le secret de notre correspondance,

nous persécutât, nous incarcérât, nous dépouillât de

la liberté de manifester notre opinion ; supposez que

cette administration dilapidât les deniers publics;

qu'elle comptât dans son sein des hommes qui nous

fassent mander pour nous outrager de parole et de

fait, pour nous conseiller de faire des révolutions, etc. ,

aurions-nous le droit de nous soulever? Non, nous

ne l'aurions pas , d'après la logique de la fraternité.

Il nous resterait encore mille moyens légaux pour

vaincre, et nous vaincrions légalement , en dépit des

intrigues et des persécutions du pouvoir ^

Supposons maintenant une nation comme la Rusdé î là, il n'y a pas de garanties , il n'y en a jamais

1 . Tout cela est arrivé à la Nouyelle-Grenade , en 1849 et en 1861.

eu; les hommes y sont poursuivis et tués comme les bêtes fauves dans les bois ; pas de sécurité ni pour les personnes, ni pour la propriété; là, on proscrit les cultes qui ne plaisent pas au czar. Eh bien! en ce pays, la guerre est le seul moyen d'arriver au règne de la liberté et de la fraternité.

La fraternité nous conseille d'effacer de notre dictionnaire jusqu'aux mots de force, contrainte, violence : elle nous ordonne d'imiter le Christ, dont la religion a parcouru le monde d'un pôle à l'autre, sans autres armes que la prédication, sans autre armée que celle des douze pêcheurs. Si notre liberté est en danger, nos armes seront la raison, les associations fratehielles. Laissons la violence et le poignard pour les disciples de Marat et de Robespierre, pour les hommes sans cœur ni honneur.

La fraternité est le fondement de la tolérance ; là où existent fraternité et tolérance, la paix existe nécessairement. La fraternité nous enseigne à respecter les droits de nos semblables, et à sacrifier nos intérêts, notre repos et jusqu'à notre vie pour le bien des autres hommes, La fraternité est le bien de tous et de chacun, sans le mal du dernier des membres de la société.

Et non-seulement la fraternité nous ordonne d'aimer nos amis et les indifférents, elle nous prescrit aussi d'aimer nos ennemis mêmes. Tel est l'exemple donné à la terre par le Rédempteur : on connaît les paroles que Jésus enseigna à ses disciples à l'approche

de l'heure du sublime sacrifice; on sait aussi qu'en expirant sur la croix, il répéta des mots de fraternité que les siècles répètent aux siècles. La fraternité est donc la mère de la paix.

Glorifions la fraternité ! elle est le lemme de la république évangélique. Quand flotteront partout ses splendides étendards , les anges entonneront des hymnes de paix sur les hautes montagnes, à travers les vagues de l'orageux Océan, sur les glaces du Nord, et sous les ardents rayons du Midi.

Il est un peuple dont le front est couronné d'antiques lauriers : celui de Rome. Il jouit de libertés, il eut ses gloires : la fraternité fuit de son sein , et ce peuple baisa les pieds des tyrans ; ses gloires et ses lauriers perdirent leur éclat , ses chaînes l'opprimèrent. Au milieu de notre siècle, un saint pontife ceignit la tiare, et fit résonner le cri sacré de fraternité. A sa voix, les proscrits rentrent dans leursfoyers, les opprimés se sentent libres, les tyrans tremblent. Et que vous semble-t-il? La Rome des conquêtes n'at-elle pas été. éclipsée par la Rome des triomphes pacifiques de la liberté? La Rome de Pie IX n'est-elle pas plus grande que celle des Césars ^ ?

Quand la fraternité sera une réalité dans le monde, nous aurons atteint Tâge d'or chanté par les poètes ; alors régnera une parfaite harmonie entre ceux qui

1. Cet article fut écrit en 1848, à l'époque des réformes naugurées par Pie IX.

commandent et ceux qui obéissent ; parce qu'alors let un« et les autres respecteront leurs droits réciproques ;— alors il n'y aura plus dé révolutions, plus d'assassinats dans le sanctuaire même des lois*. Alors rhumanité recevra les bénédictions de son Dieu!

La FMUrBiié m% la Ubarté.

Liberté ! A ce mot enchanteur, tous les cœurs pal pitent d'allégresse; à ce cri sublime, la jeunesse s'èlancc » pleine d'ardeur , vers Tavenir; le vieillard secoue le poids des ans; le soldat, plein d'enthousiasme, court au champ d'honneur; les peuples se lèvent en masse: La liberté fait des héros, des savants^ par elle la vertu resplendît. Mais quelle est son origine? quels sont ses fondements? quelle est la véritable liberté?

Chacune de ces questions est féconde par sa nature; mais noua n'en parlerons que légèrement.

C'est un fait que la liberté n'existait pas dans les nations non chrétiennes. Les républiques grecques, tant citées pour leurs institutions libérales, n'étaient pas libérales au fond, car leurs institutions, jugées à

1. Allusion aux violences commises au sein de la repvé- •«fit&tiôn nationale, à Caracas, le 24 février 1848; à Bogota, le 7 mars 1849.

la lumière des doctrines évangéliques, renfermaient mille germes de tyrannie.

Dans les sociétés antiques, l'oppression domestique était sanctionnée; la femme, cette plus belle portion du genre humain, la plus faible, la plus sensible, était dégradée, avilie; les enfants étaient presque esclaves par rapport à leurs parents , l'esclavage était dans les lois, et souvent le nombre des esclaves était plus grand que celui des citoyens. La liberté individuelle n'existant donc pas, les bases de la famille étant perverties, la liberté politique devait être nulle.

« Dans une si déplorable situation, a dit fialmes,

• apparut le christianisme, religion de paix, de cha-

• rite, religion sublime qui, proclamant le principe « d'égalité de tous les hommes devant Dieu, faisait « présager l'influence qu'elle devait avoir dans l'ave- « nirdes peuples. En effet, bannir Terreur, réformer

• et adoucir les mœurs , corriger les vices de la lé- « gislation, borner le pouvoir et le mettre enharmo- « nie avec les intérêts publics, donner une vie nou- « velle à l'individu , réorganiser la famille et la « société , telle était la mission du christianisme,

• mission d'une grandeur infinie.

De sorte que, ces principes étant proclamés, l'égalité de tous les hommes étant préchée et la fraternité prescrite, la liberté politique prit un essor immense. C'est ainsi que l'origine et les fondements de la liberté se trouvent consignés dans le code le plus sublime, dans le code par excellence, dans l'Evangile

parce que c'est là que sont compris les vrais principes de fraternité.

Avant de dire quelle est, selon nous , la véritable liberté, nous prouverons qu'elle n'est et ne peut être en opposition avec Tordre ni avec la prudence, et qu'elle marche imie à la sécurité^ à l'égalité et à la propriété.

En effet, en quoi consistent la. prudence et la raison, si ce n'est dans le parfait usage de nos facultés? Et comment pourrons-nous jouir de liberté, sinon en usant de nos facultés, comme le veulent la raison et la prudence? Où voyons-nous régner Tordre le plus vrai, si ceVest là où chacun s'abstient de toute agression et de toute injustice? Que demande la liberté, sinon que chacun s'interdise la violence et Tiniquité? Donc, sous les mots d'ordre, de prudence et de raison, il n'y a aucune idée que n'embrasse le mot liberté; et celui qui demande le sacrifice de la liberté dans l'intérêt de Tordre est aussi ennemi de Tordre que de la liberté.

C'est un préjugé peu différent de celui que nous venons de réfuter que celui qui présente la liberté comme un élément de commotion et le despotisme comme un gage de paix. C'est le sens de ce proverbe politique si connu et si souvent cité : Malo periculO' sam liber tatem quam quietum servitiurn; « j'aime mieux une liberté pleine de périls qu'un tranquille esclavage. » C'est une folie que de vouloir allier ainsi les idées d'ordre et de sécurité avec le despotisme, et

celles d'agitation et de danger i^yec la liberté : si le despotisme était plus favorable que la liberté à la tranquillité des hommes, il est hors de doute qu'il devrait être préféré ; mais il n'en est pas ainsi, car, au contraire, le despotisme agite et la liberté tranquillise; et c'est pourquoi on doit préférer celle-ci à celui-là; la liberté tranquillise, le despotisme seul est turbulent. Partout où certains hommes veulent opprimer les autres, il y a violence, désordre et cause de désordres ; partout où personne n'a de prétentions dominatrices, partout où il y a liberté, il y a repos et gage de repos. Il suffit d'ouvrir les yeux pour s'en convaincre. Que Ton compare les pays dans lesquels il y a le plus de tyrannie avec ceux dans lesquels il y en a le moins , et on verra si les plus libres ne sont pas les plus tranquilles. Qu'y a-t-il de plus fréquemment agité que le despotisme turc, et qu'y a-t-il eu de plus constamment tranquille que la liberté anglo-américaine?

Certains hommes font plus de cas de la liberté que de la sécurité ; d'autres l'estiment moins que la prO' priété; d'autres moins que V égalité; et tous croient devoir la distinguer de ces trois choses. Cette distinction nous paraît peu motivée, car il y a plus de différence dans les mots que dans les idées qu'ils expriment, et quiconque apprécie sa sécurité, considère la propriété et l'égalité comme choses importantes, doit par cela même estimer davantage la liberté ; car toutes ces choses ne peuvent réeUemenit exister que

dftiis les pays où règne la liberté. 11 y a sécurité là où aucun homme ne pense à faire violence à autrui ; Il y a propriété là où aucun homme n'empêche son pwchain de disposer à son gré, pourvu qu'il ne nuise à personne, de sa personne, de ses facultés et de leurs produits ; et il y a égalité, non pas là où tous possèdent le même degré de vertu, de capacité, de biens et d'importance, car une telle égalité ne peut exister nulle part, mais là où nul ne possède plus d'importance qu'il ne doit, où chacun peut acquérir tout ce qu^l peut avoir. L'égalité, la propriété et la séctiritè, résultent donc de toutes les causes qui concourent à la production de la liberté, pour le moins, d'une de celles qui y contribuent le plus, c'est-à-dire le manque de toute prétention injuste et de toute entreprise violente. Ces choses sont la liberté ellemême, considérée sous un certain point de vue : la sécurité est spécialement la liberté de disposer de sa personne; la propriété, celle de disposer de sa fortune ; règalitô^ celle de croître en raison des moyens propres, qui se manifestent partout où chacun se soumet aux limites de la modération et de la justice.

Nous voyons donc que la fraternité est l'élément, la base principale de Tégalité, de la paix et de la liberté; et que la liberté véritable naît de l'Évangile.

On pourrait faire de longues dissertations sur chacun des points traités dans cet article ; mais à notre grand regret nous sommes obligé d'être laco*

nique. [Nous nous occuperons ailleurs de définir ce qui constitue la liberté politique, sociale et domestique, pour arriver ensuite à cette thèse : la morale etrindustrie sont, pour ainsi dire, les fondements de la liberté et de la démocratie.

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