Cette observation est de J.-B. Saj
tre travail, vous êtes en droit de réclamer le travail d'une autre personne, et c'est lorsque vous l'aurez fait que l'évolution économique sera complète en ce qui vous touche, car c'est seulement alors que vous aurez obtenu, par une satisfaction réelle, la véritable récompense de votre peine. L'idée de troc implique celle de service rendu et de service reçu. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'idée d'échange, qui n'est qu'un troc en partie double. »
Un écu s'obtient donc par les mêmes moyens qu'un sac de blé, qu'un chapeau ou tout autre produit; c'est-à-dire en donnant en échange un autre produit, pour l'obtention duquel il aura fallu souffrir une peine, faire un effort, travailler.
En conséquence, la monnaie entre dans la sphère de tous les autres produits : les lois qui doivent régir son échange sont les mêmes que celles qui régissent l'échange des autres produits. Ces lois sont fondées sur la liberté :: laissez fdireiMsséz passer. On ne i^éai pas dire à un individu : Tu ne prêteras pas ton argent à un intérêt supérieur- à 5 ou 6 p; 100, pas plus que Ton ne peut imposer à un marchand de siicre le devoir de le vendre à un prix déterminé : les deux^ dispositions sont une attaque à la propriété.
La nécessité d'un intermédiaire qui facilitât le^ échanges fît adopter les métaux précieux comme excellent moyen de circulation, tant pour leur valeur intrinsèque que pour leur ductilité, leur facilité de
transport, etc. ; mais de là sont venues mille erreura économiques : on a cru que les lois qui régissent l'échange de la monnaie sont différentes de celles qui régissent réchange en général ; et on Ta appelée signe de valeur^ mesure de valeur ^ etc.
La monnaie n'est un signe de valeur qu'autant que peut l'être un sac de blé, par exemple. Cette erreur a conduit à des conséquences pratiques fatales. En croyant que la monnaie est le signe des valeurs, ' disent M. Molinari et Bastiat, on a cru qu'il suffirait d'augmenter le signe pour augmenter par cela même la chose signifiée. « De même qu'on voit dans la
• monnaie le signe de la richesse, on voit dans le « papier-monnaie le signe de la monnaie, et l'on en « conclut qu'il existe un moyen très-facile deprocu- « rer à chacun les douceurs de la fortune. »
On a cru voir dans la monnaie la mesure des valeurs,
• L'usage ordinaire a rapporté la valeur de toutes « les choses à la valeur du numéraire. On dit: cela « vaut 5, 10, 20 francs, comme on dit : cela pèse « 5, 10, 20 grammes; cela mesure 5, 10, 20 mètres;
• ce terrain contient 5, 10, 20 ares, etc. ; et Ton a « conclu de là que la monnaie est la mesure des von
• leurs. Une mesure de longueur, de capacité, de « pesanteur, de superficie, est une quantité conve-
• nue et invariable. Il n'en est pas de même de la « valeur de l'or et de l'argent; elle varie autant que
• celle du blé, du vin, du drap, du travail, et cela
par les mêmes causes, parce qu'elle obéit aux mêmes lois et a même origine. Nous obtenons Tor absolument comme le fer, p^r le travail 4es mineurs, les avances des capitalistes, le çoncpurs des marins et des négociants, L'or vaut plus ou ipoins suivant que sa production çoiite plus Qu moins sur le parcbé, qu'il est plug ou i^oins racberché; en ujî mot, il subit dans ^es fluctuations le destin de toutes les productions humaines. Mais vojci UUe cJiQse bien étrange et qui cause bien des illusions ; quand la valeur du pumérairQ varie, le langage en attribue la variation au? autres produits, Aiftsi je suppose que toutes les circonstances relatives à rpr restent les mêmes et que l^ récolte (lu blé soit mauvaise ; le blé montera ; on dira alors : rhectolitrede blé, qui valait 20 francs, en vaut aujourd'hui 40; et on aura raison, parce que c'est effectivement la valeur du blé qui a changé, et ]e langage est cette fois d'accord avec le fait Mais faisons la supposition inverse : supposons que toutes les circonstances relatives au blé spiept les mêmes, et que la moitié de tout For existant dans le monde se perde au fond de la mer • cette fois ce sera la valeur 4e Tor qui montera. Il semble alors que Ton devrait dire : cette pièce d'or, qui valait 20 francs^ en vaut 40, Mais comment s'exprimerat-on? comme. si c'était l'autre terme de comparaison qui eût baissé, et Ton dira : le blé, qui valait 20 francs, n'èja vaut plus que 10.
« Quant au résultat, il est le même; mais que Ton « se figure un instant toutes les tromperies qui doi- « v3Dt se faire dans les échanges, quand la valeur de l'intermédiaire varie sans qu'un changement de dénomination en avertisse. On met en circulation des pièces altérées ou des billets qui portent le chiffre de 20 francs et le conserveront à travers toutes les dépréciations ultérieures. Leur valeur sera réduite d'un quart, de moitié, et cependant on continuera de les nom^ner, pièces et billets de 20 francs. Les gens avisés auront soin de ne donner leurs produits que pour un nombre plus grand de billets ou de pièces; en d'autres termes, ils demanderont 40 francs ppur ce qu'ils vendaient autrefois 20 francs; mais les ignorants tomberont dans le piège, et il se passera plusieurs années avant que révolution soit complète ppur toutes les valeurs. Squs rinfluence de Tignoranceet de la coutume, la journép d un paysan restera longtemps à un franc, tandis que le prix de tous les objets de consommation s'élèvera autour de lui. Il tombera dans la njisére sans en discerner la cause. Une fois la fausse monnaie mise en circulation, quelle que soit la forme qu'elle prenne, il faut que la dépréciation vienne et se manifeste parla hausse universelle de tout ce qui est susceptible de se vendre. Mais celte hausse n'est ni instantanée ni égale pour tout. Les gens adroits, les brocanteurs, qui s'entendent aux affaire^, sortent du labyrinthe, parce que leur af-
faire, leur métier, leur profession est. d'observer les fluctuations de prix, d'en reconnaître la cause, et même de spéculer sur elles. Mais les petits commerçants, les paysans, les ouvriers, supportent tout le poids. Le riche n'est pas plus riche, mais le pauvre devient plus pauvre. Les expédients de cette espèce ont pour effets d'augmenter la distance qui sépare Topulence de la misère, de paralyser les tendances sociales qui rapprochent incessamment les hommes d'un même niveau; et ensuite il faut que plusieurs siècles se passent pour que les classes déshéritées regagnent le terrain qu'elles ont perdu « dans leur marche vers l'égalité des conditions. • Si la monnaie n'est pas une mesure de valeurs, y a-t-il quelque produit qui possède la qualité de les mesurer? Voyons ce qui a été dit à ce sujet : • La « science n'a pas pour but, comme réchange, de « chercher la relation actuelle entre deux services, « parce que dans ce cas la monnaie suffirait. Ce « qu'elle cherche surtout, c'est la relation entre Vef' « fort et la satisfaction; à cet égard, dans le cas où il « existerait une mesure de valeurs, elle n*enseigne- « rait rien, parce que Teffort porte avec lui à la sa- « tisfaction une proportion variable de profit gratuit^ « qui n'a pas de valeur. C'est parce que cet élément de « bien-être n*a pas été perdu de vue, que la plupart « des écrivains ont déploré l'absence d'une mesui'e « des valeurs. Us ont vu qu'elle ne donnerait aucune « réponse à la question suivante : Quelle est la ri-
chesse comparative de deux classes, de deux peuples, de deux générations ?
• Pour résoudre cette question, la science aurait besoin d'une mesure qui lui révélât, non la relation entre deux services, qui peuvent servir de véhicules à des doses très-diverses de profit gratuit ^ mais /a relation entre V effort et la satisfaction ; et cette mesure ne serait autre chose que Teffort même, c'est-à-dire le travail.
« Mais comment le travail servirait-il de mesure? N'est-il pas lui-même un des éléments les plus variables? N'est-il pas plus ou moins habile, pénible, variable , dangereux, répugnant? N'exige-t-il pas plus ou moins l'intervention de certaines facultés intellectuelles, dé certaines vertus morales ? Et ne conduit-il pas, en raison de toutes ces circonstances, à des rémunérations d'une variété infinie? « 11 y a une nature de travail qui, en tout temps et en tout lieu, est identique à elle-même, c'est-àdire qu'elle pourrait servir de type : c'est le travail le plus simple, le plus grossier, le plus primitif, le plus musculaire , celui qui est le plus dépourvu de toute préparation naturelle, celui que tout homme peut exécuter, qui rend dos services que chacun peut se rendre à soi-même; celui qui n'exige ni force exceptionnelle, ni habitude, ni apprentissage; le travail tel qu'il s'est manifesté au point de départ (le l'humanité, en un mot le Iravail du simple journalier. Co li-avail est partout le plus offert, le
t moios spécial, Iq plus bQWOgèQp 'fi\> le moins ré« « tribué. Toutes les rémuoéraUofts ^'écbelon^^nt et f ^e graduent ep paj?taQt de cette Jjasp, augroeptant f avec tôutps }Qg pjyconstaupe^ gui s'ajoutèr^ut à son « mérite.
? gi dQup on ymt cpïupare? deux états sociaux, il V u^est pa^ nécessaire de recourir aune mesure de « valeurs par deux motifs aussi logiques Vun que « Tautre : 1° parce qu'il n'y a pas de mesure de va- « leurs ; 2° parce que, s'il en existait une, elle donne- « rait à la question uue répouse trompeuse, en ou- « pliant un élémeut considérable et progi'essif du n J)ieu-être humain, le profit gratuit.
f Ce qu'il faut foire, c'egt au contraire oublier « complètement la valeur, particuUèrpment lampn» « uaie, et ge demander ; Qa^lle ^gt, eu tel payg at à « telle époque, la quantité de chaque genre de profit « spécial, pt la somme de tous les praûts qui corres- « pondent à pbaque quantité donnée de travail brut? «f Eq d'autres termes, quel e§t le bien-être que peut « se prpcurer par rechange le simple journalier*? »
Tout ce qui précède contribue à prouver avec plus de force que la monnaie egt une véritable marchandise, et que, comme telle, elle est sujette danç son échange au? mêmes lois qui règlent l'échange des autres produits, ainsi que nous l'avons démontré plus haut.