Harmonies économiques
ïotit ce que fioiis tendtis d'exposeï' a dû Vêtre pour arriver â établir la thèse suivante î Tûut capital produit intérÊt. Tout produit qui n'est pas appliqué directement â la satisfâctldu Immédiate de îlos besoins produit un profit, un bênêflde ; que ce pt-odult soit une maison, une propriété ou unèsdmnie d'argent, etc., ce profit, ce bénéfice, se nomme tantôt loyer ^ tantôt fermage^ mufruii, elc. ; mais le nom géuél-al est in- Mi^ de iriter-êsse, qui, comme le mot l'indique, signifie participation daus les profits.
Avant de parlet de ce qui cbUstitue l'intérêt appliqué au bénéfice que produit le numéraire, et avan' d'examiner Ce que c'est que le prétàlniéfêt, vbyanë, datiâ ùti apologue emprunté au fécond auteur de la belle brochure intitulée CapUat u hnie, comment 8*étàblit rintérét oU bénéfice émané de tout autre produit, de tout autre service. Cela nous cohdulra plus '^icilemerit à la démonstralioti, ou, peur mieux dire, Cela démontrera le droit des contractants à fljtet librement rintérêt de l'argent.
LE RABOT DU MENUlSISa.
« 11 y a quelque temps vivait dans un village un nenuisier philosophe, car mes persontiages le sont eus un peti. Jacques travaillait du matin âii soir avec es deux bras robustes, sans qUè pour cela Soii inteligence restât oisive. Il âVait l^habitude dé se rendre ompte dé seâ actions, de leurs causes et de léui-ë onséquencés, et il se disait parfois : Avecmahàchë,
ma scie et mon marteau, je ne puis faire que des meubles grossiers, et on mêles paye comme tels; si j'avais un rabot, je contenterais mieux mes pratiques, et à leur tour elles me contenteraient. Cela est très* juste : je ne puis espérer que des services proportionnés à ceux que je rends. Oui, ma résolution est prise, je fabrique un rabot.
« Pourtant, au moment de se mettre à l'œuvre, Jacques fit encore cette réflexion : Je travaille pour mes pratiques 300 jours par an ; si je passe 10 jours à faire mon rabot, en supposant qull me dure ud an, iLne me restera que 290 jours pour faire des meubles. Il faut donc, pour ne pas me jouer un tour à moi-même, que je gagne dorénavant en 290 jours autant que maintenant en 300. Il faut même que je gagne davantage, car sans cela il serait inutile de me lancer dans les innovations. Jacques se mit alors à calculer^ et se convainquit qu'il pourrait vendre des meubles perfectionnés à un prix qui compenserait amplement les 10 jours consacrés à faire le rabot. Lorsqu'il fut arrivé à une pleine certitude à cet égard, il se mit à l'œuvre.
« Au bout de 10 jours, Jacques était possesseur d'un magnifique rabot, d'autant plus précieux pour lui qu'il était son propre ouvrage. Aussi sautait-il de joie, parce que, comme la bonne laitière, il supputait tout le bénéfice qu'il allait tirer de l'ingénieux instrument : mais, plus heureux qu'elle, il ne se vit pas réduit à dire adieu à ses beaux rêves.
« Jacques se mettait à faire des châteaux eu Espagne, quand il fut interrompu par son confrère Guillaume, menuisier du village voisin, qui, après avoir admiré le rabot, comprit tous les avantages que Ton pouvait retirer d'un tel outil, et dit à son ami :
« — Il faut que tu me rendes un service.
« — Lequel?
« — Préte-moi ton rabot pour un an.
« Comme on peut facilement le penser, Jacques , en entendant cette proposition, s'écria :
• — Y penses-tu^ Guillaume ? Et si je te rends ce lemce, quel service me rendras-tu de ton côté ?
« — Aucun. Ne sais-tu pas que le prêt doit être gratuit? Que le capital est nécessairement improductif? Que Ton a proclamé la fraternité ? Si tu me rends un service pour en recevoir un autre de moi, quel mérite auras-tu ?
< -—Mon ami Guillaume, la fraternité ne veut pas dire que tous les sacrifices soient d\in seul côté, et, s'il en était ainsi, je ne vois pas pourquoi ils ne devraient pas être du tien. Je ne sais pas si le prêt doit être gratuit, mais je sais bien que si je te prête gratuitement mon rabot pour un an, cela équivaut à te le donner. A te dire vrai^ je ne l'ai pas fait pour cela. « — Eh bien , mettons de côté les modernes axiomes de fraternité découverts par MM. les socialistes. Je te demande un service ; quel service exiges-tu en échange ?
« -- D'abord; dans un an^ le rabot ne vaudra plus
riôii et ne pouîta plus servir ; îl est donc jtiste que tu m'en rendes un autre exactement ëémblàble ; ou bien que tu me donnes Targetit sufflsant pour le faire arranger, OU que tu me payes leé ait journées (JUè je dois employer â le refaire, fie Tune et de l'autre façon, il faut que j'aie le rabot eîi bon état comme il Test à présent.
« — Cela est très-jUste ; je me soumets a cette condition, ie m'engage à te rendre un rabot pareil ou sa valeur. Je pense que tu es satisfait et que tu n'as pas autre chose â me demandei*.
« Je pense tout lé contraire, j'àî fait ce rabot non pbUr tôl, mais pour moi. Je me proposais un avantage, — un ti'avail plus fini et mieux l-étribué, — une amélioration â mon sott. Je iie pîiîs te céder toUt cela gratuitement. Quelle raison y à-t-il poUr que ce soit moi qui aie fait le rabot et toi qui en retires le pfôflt? Alors je pourrais té deinàndei* ta liàctie et ta Scie. Quelle confusion ! n'est-il pas plus naturel que ôbacun garde ce qU'il â fait avec ses mains comme il gardé ses mains ménies? Se servir sans rétribution desmàîiis d*un autre, c*est ce qu'on appelle f esclavage : se setvir sans rétribution du rabot, cela peut-il s'appeler fràlernîté ?
« — Mais, puisqu'il est convenu que je te le rendrai à la flii de Tannée, auSsi beau, aussi bon, aussi bien aiguisé qu'il est maintenant...
• — Il ne s'agit pas de Tannée prochaine, mais de Cette année. J*aî fait ce rabot pour améliorer mon
trayail et mon sort ; §\ lu fp bprpea à îB'^ le rendre dans un an, c^est toi (|ui e^ aur^s le proQt pend^pt un an, et je ne suis p^$ pbiigé à \q rendre up service semblable sans ep ^ec^voi^ aucun de tpi. Ainsi dopQ» si tu veux mon rabot, ipdépepd^mipep); de la restitution intégrale déjà stipulée, il faut que tu me rendes un autre servm que ppps allop? discuter; iUautqpe tu m'accordes une rétrib^tipp, — ef }a rétributjpn fut accordée.
« Il fut convenu que Jacques aurait à la fin da Tannée un rabot entièrapjept neuf, et ep outre une compensation, consistant en un établi , ep échange de^ avantages dopt il se privait ^ et qu'U avait pédés 4 son confrère.
« Et il fut impossible qu'apcun de ceux qui eurent connaissance de cette affaire ppssept y vpir JauiPiPdre trace d'oppression ou d'injustice S »
Comme la discussion, op plutôt l'exposé ne porte dans ce cas que sur des provisions/ des outils et du matériel, tout va parfaitepiept; personne, sauf les plus avancés de l'école socialiste, ne contrediront la légitimité du bénéfice op intérêt. Mais dès que Je nih méraire apparaît (et c'est le cas gépéral) copipie matière de la transaction, on pousse les hauts cris ; — les objections se pressent en foule, les déclamations arrivent en masse. On fait cette objection, que le numéraire ne se reproduit pas lui-mêpie çompae un s^c
l. Capital et rente.
de blé, qu'il n'aide pas au travail comme im rabot, une scie, etc., qu'il ne produit pas directement une satisfaction, comme le fait une maison^ et Ton a^ rive à cette conclusion, que le numéraire est impuissant à produire un intérêt quelconque, et on appelle l'intérêt une extorsion.
Cette objection est un véritable sophisme. La plupart du temps celui qui peut rendre le service n'a pas la chose même dont a besoin celui qui le demande. L'argent se présente au milieu de tant de complications sociales pour faciliter l'échange. Jean a besoin d'une machine à filer ; Pierre n'a pas la machine, mais il lui donne l'argent pour l'acheter; en réalité donc, ce n'est pas de l'argent qu'il lui prête, c'est une machine , et s'il lui prête cette machine pour un an, Jean est obligé de la lui rendre dans le même état où il l'a reçue, lui donnant en outre un bénéfice pour l'usage qu'il en fera, — un profit, un intérêt fixé d'avaiice et librement débattu entre eux. Quelle raison peut-il y avoir pour qu'il n'en soit pas de même avec l'argent, qui, ainsi que nous Tavons vu, est une véritable marchandise qui s'acquiert comme toutes les autres, et qui par conséquent doit êlre régie par les lois générales de l'échange? Le profit de Jean est aussi grand, si on lui prête la machine que si on lui fournit sa valeur en argent; et pour Pierre la privation est la même dans les deux cas, car machine et argent sont deux produits dont l'acquisition a nécessité une peine, un effort — un travail.
Mais, dit M. Thoré, est-ce qu'au bout d'un an vous trouverez un écu de plus dans un sac de cent francs*^ Non, dit Tauteur des Sophismes économiques^ si Temprunteur jette le sac d'argent dans un coin. Si on faisait la même chose d'un sac de blé ou d'un rabot, ils ne se reproduiraient pas non plus par eux-mêmes. Mais ce n'est pas pour laisser l'argent dans le sac ni lerabotàun clou que l'emprunteur les demande; c'est pour en faire usage. Et s'il est incontestable îue ces objets le mettent en état de réaliser des profils qu'il n'aurait pu obtenir sans eux, s'il est démontré que le prêteur renonce pour lui-même à ces promis, on comprend facilement que la stipulation d'une partie de ces profits en faveur de celui qui prêle soit équitable et légitime.
Pour mieux comprendre et démontrer la légitimité de l'intérêt de l'argent, et du libre intérêt , dévissons l'intérêt appliqué au prêt de l'argent, et examinons ses parties constitutives. Nous avons déjà fîonné plus haut notre définition; voyons-en d'autres:
L'intérêt est le service rendu, après un libre débat, jMir l'emprunteur au capitaliste en rémunération du Bervice que le prêteur a rendu au premier *.
LHntérêt est donc la somme que l'on paye pour avoir l'usage d'une certaine quantité de travail accumulé, sous la forme la plus durable, la moins